Israël
se couvre le visage : Par honte, peut-être, ou par culpabilité, ou par peur, et sans
doute pour les trois raisons à la fois. La nouvelle tendance consiste pour les
officiers interrogés à la télévision à cacher leur visage sous des cagoules
noires. L’armée du peuple est devenue l’armée des cagoules.
Le
lieutenant-colonel T., commandant de bataillon dans la réserve, affirme que le
taux de mobilisation des réservistes est «impressionnant» ; le
commandant en second du bataillon de réserve, le major S., déclare : «J’ai
laissé une épouse courageuse seule à la maison avec trois enfants qui ont
retrouvé leur routine et une entreprise mise en pause. Néanmoins, nous
comprenons que nous sommes en mission importante».
Tous
deux apparaissent cagoulés de noir. Ils ressemblent à deux braqueurs de banque
prêts pour un coup ; seuls leurs yeux sont visibles. Les cagoules fournies par
l’armée ont remplacé le bas nylon classique des cambrioleurs. Il y a sans doute
quelqu’un, et quelque chose, à dissimuler.
Les
premiers, comme toujours, furent les pilotes de l’armée de l’air. Dans chaque
interview, ils portaient le casque impressionnant ainsi que des lunettes
noires, de peur d’être reconnus. Au départ, la crainte était que si un pilote
s’éjectait en pleine nuit, ses ravisseurs ne l’identifient grâce à une
apparition télévisée. Grâce au casque et aux lunettes, il pourrait prétendre
n’être qu’un simple sergent de bureau, ou être opposé aux primes militaires.
Mais avec l’augmentation des crimes commis par les pilotes à Gaza, le
déguisement a pris une fonction supplémentaire cruciale : éviter que nos
«héros» soient identifiés à La Haye, où l’on sait très bien ce que font ces
pilotes.
Les gardes du corps
du Premier ministre et de quelques ministres se sont récemment joints à cette
mascarade de mystère, de dissimulation et d’auto-magnification. Ils portent des
masques chirurgicaux noirs, ajoutant une dimension supplémentaire à un
spectacle déjà grotesque : celui de dizaines de gardes du corps se pressant
avec agressivité autour d’un seul individu, avec un sérieux solennel.
Désormais, ce ne sont plus seulement les protégés, mais aussi les gardes
eux-mêmes qui deviennent des cibles sensibles. Ajoutez les gardes masqués aux
sirènes hurlantes et aux cortèges interminables, et nous avons une république
bananière certifiée. Les masques chirurgicaux noirs en sont la cerise sur le
gâteau. Si, auparavant, ces gardes semblaient être nos meilleurs éléments,
affublés de noir ils ressemblent eux aussi à des hommes de main de la mafia.
Peut-être est-ce le but recherché.
Mais les nouvelles
cagoules militaires et les accoutrements des gardes du corps ne sont pas
seulement une caricature d’importance déplacée ; ils reflètent aussi une
réalité plus large. Au moins certains officiers de réserve qui entrent cette
semaine dans Gaza le font en sachant qu’ils sont censés commettre d’horribles
crimes de guerre. Et pourtant, ils se présentent au service. La cagoule est
censée leur faciliter la tâche. Elle dit qu’ils ont quelque chose à cacher et
quelque chose à craindre.
Le braqueur armé qui
part pour son plus gros coup sait que ce qu’il fait est illégal, immoral et
dangereux ; c’est pourquoi il enfile un bas nylon. Il en va de même pour les
officiers pénétrant dans la bande de Gaza. Peut-être que quelques-uns éprouvent
de la honte pour leurs actes. C’est très douteux – les braqueurs, eux non plus,
n’ont pas honte : la plupart ont juste peur d’être attrapés. La peur de La Haye
s’est abattue sur l’armée, et à juste titre.
Non pas que cette
crainte soit pleinement fondée. Les rouages de la justice à La Haye tournent
avec une lenteur insupportable. Le temps qu’ils déterminent si un génocide est
en cours à Gaza, il n’y aura plus personne là-bas. Et Benjamin Netanyahou ne
sera pas extradé, malgré le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.
Pourtant, le simple fait que les officiers portent des cagoules suggère qu’il
existe, au sein de l’armée, une compréhension implicite que quelque chose ne va
pas et qu’il faut se montrer prudent. Non pas prudent dans leurs actes, mais
prudent afin de ne pas être pris à cause de ces actes.
Une armée qui
affuble ses officiers de cagoules noires est une armée qui sait qu’elle commet
des crimes, même si elle ne l’admet pas. Finalement, même ceux qui regardent
ces officiers déguisés finiront par le reconnaître.
Source : Gideon Levy /Haaretz via Tlaxcala

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