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  • Chronique d’une colonisation mentale : Marianne, le néo-protecteur et la bouillie « républicaine

    Chronique d’une colonisation mentale : Marianne, le néo-protecteur et la bouillie « républicaine

    Il semble encore  qu’à Paris, chez Marianne, on prend encore l’Algérie pour un département de l’Indre-et-Loire. Un certain Amar Ingrachen (Arabe de service) vient de publier une tribune d’une insondable tartufferie, réclamant rien de moins que l’officialisation de la langue française en Algérie. Rien que ça. Quand le ridicule ne tue plus, il prend la plume dans la presse parisienne pour dispenser des cours de patriotisme aux Algériens depuis les comptoirs de Saint-Germain-des-Prés.

    L’argumentaire est une prouesse d’acrobatie intellectuelle. Sa thèse ? Si vous refusez de faire du français votre langue nationale, vous êtes, au choix : un obscurantiste islamiste, un amnésique analphabète ou un traître à la cause panafricaine. Le sophisme est tellement gros qu’il faudrait une grue pour le soulever.

    Analyse critique des mirages de la tribune

    L’imposture du « bouclier antilumière » : L’auteur réduit le débat linguistique algérien à une guerre binaire entre la modernité francophone et le fondamentalisme religieux. C’est l’escroquerie habituelle : instrumentaliser le traumatisme de la Décennie Noire pour imposer un privilège néocolonial. Refuser le statut d’officialité au français ne signifie pas adhérer au projet salafiste ; c’est simplement faire preuve de souveraineté élémentaire.

    La falsification historique et la symétrie barbare : Mettre sur un pied d’égalité l’arabisation progressive et l’islamisation du Maghreb au VIIe siècle avec la nuit coloniale de 132 ans relève de la pyromanie mémorielle. Mieux encore : prétendre que le français est l’« instrument de notre libération » sous prétexte que la Déclaration du 1er Novembre fut rédigée dans cette langue, c’est confondre le fusil volé à l’ennemi avec l’âme du combattant.

    La panique identitaire parisienne : Voir un auteur algérien supplier la France de lui accorder son brevet de « progressisme » en sacrifiant l’anglais, le tamazight et l’arabe sur l’autel de la Francophonie institutionnelle relève de la soumission psychologique. L’argument selon lequel le français garantit notre « rayonnement en Afrique » fait doucement rire à l’heure où l’Afrique francophone elle-même rejette massivement ce tutelle linguistique et politique.

    Tribune satirique : « S.O.S. Francophonie : Un indigène demande le retour du protecteur »

    Ah, le charme envoûtant du paternalisme de gauche en couverture de Marianne ! On en verserait presque une larme de nostalgie. Voilà qu’un éditorialiste éclairé se propose de sauver l’âme algérienne en lui réimposant la langue de Molière, de Jules Ferry et… des circulaires préfectorales.

    Selon notre bon docteur ès identités, le peuple algérien serait frappé d’amnésie généralisée. S’il parle arabe ? Un coup des sabres du VIIe siècle ! S’il apprend l’anglais ? Un complot des Frères musulmans ! La seule planche de salut pour ce peuple égaré serait de sanctuariser le français dans la Constitution. C’est vrai, quoi ! Comment imaginer un Algérien rêver, aimer ou acheter son pain sans la bénédiction de l’Académie française ?

    L’argument scientifique vaut son pesant de cacahuètes : le Japon utilise le japonais et ça marche, le Nigeria parle anglais et c’est le souk. Conclusion logique d’Amar Ingrachen : l’Algérie doit parler français. Une rigueur cartésienne qui ferait retourner Descartes dans sa tombe en faisant des toupies. Le génie de la démonstration réside dans cet art consommé de faire passer une aliénation culturelle pour un acte de résistance démocratique.

    Mieux encore ! L’auteur nous explique avec un aplomb rafraîchissant que les écrivains algériens n’existent que parce que les éditeurs parisiens ont bien voulu les imprimer. Sans la rive Nord, point de salut littéraire. C’est le retour de la mission civilisatrice, mais repeinte aux couleurs de la laïcité républicaine. Kateb Yacine parlait du français comme d’un « butin de guerre » ? Nos néo-assimilés en ont fait des menottes dorées.

    Qu’on se le dise : l’Algérie de 2026 n’a aucun problème avec la langue française comme outil de savoir, de culture ou d’échange international. Ce qu’elle refuse, c’est cette névrose postcoloniale qui veut qu’une langue étrangère serve de test de pureté idéologique. Gardez vos médailles de la Francophonie et vos leçons de sérénité : l’identité algérienne s’écrit en arabe, se vit en tamazight, et s’ouvrira au monde entier, en anglais comme en français, sans demander de visa linguistique à Paris.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »          

  • Affaire Aïssiou : Quand la défense d’un fugitif financier tourne au numéro de victimisation généralisée

    Affaire Aïssiou : Quand la défense d’un fugitif financier tourne au numéro de victimisation généralisée

    Oh, les pauvres chéris ! Qu’ils sont touchants, nos intellectuels de salon, nos redresseurs de torts à temps partiel et nos spécialistes du sauvetage de millionnaires en fuite !

    Mettez-vous deux minutes à leur place : vous signez gentiment une pétition dans le Journal du Dimanche (ce fameux havre de la pensée progressiste) pour sortir du pétrin un saint homme, un modèle de vertu nommé Ayoub Aïssiou. Vous pensiez sauver un courageux dissident politique étouffé par une affreuse dictature. Pas de chance : l’« opposant » en question est surtout réclamé par la justice de son pays pour des affaires très poétiques de faux, usage de faux, blanchiment de flouze et fuites de capitaux. Le genre de profil qui milite généralement depuis les salons VIP des aéroports ou les paradis fiscaux.

    Mais qu’à cela ne tienne ! Quand les faits dérangent, les professionnels du prêt-à-penser ont un joker magique : la posture du martyr offensé.

    La journaliste Sarah Cattan signe une tribune vibrante d’émotion, le trémolo dans la plume : « On avait signé pour un homme, ils ont répondu en comptant les Juifs ! » Sortez les mouchoirs, la batterie de violons est envoyée à plein volume.

    C’est le grand miracle de la bande à Daniel Salvatore Schiffer, Marek Halter et l’inévitable imam Hassen Chalghoumi  le seul imam au monde capable de représenter à lui seul 0,0001 % des musulmans tout en occupant 90 % du temps d’antenne plateau télé. Ces grands esprits s’engagent « à l’aveugle » pour défendre un homme d’affaires impliqué dans de sombres affaires financières, mais attention : si la presse d’en face s’étonne de voir la même claque médiatique pro-israélienne et néo-conservatrice accourir au galop au moindre sifflet, cela devient soudain un complot.

    Voyons la séquence :

    Étape 1 : On ne vérifie rien. On signe un texte les yeux fermés pour couvrir un individu poursuivi pour délits financiers, en le faisant passer pour un Jean Moulin algérien.

    Étape 2 : On se fait choper le nez dans le sac. La presse algérienne aligne les éléments du dossier judiciaire — mandats d’arrêt, procédures, banques détournées.

    Étape 3 : On crie au scandale moral. Au lieu d’admettre qu’ils se sont fait pigeonner (ou qu’ils ont sciemment servi de bouclier médiatique), nos pétitionnaires sortent l’esquive suprême : la généalogie et la Victimisation Absolue.

    Qu’un journal algérien maladroit ou poussif aille fouiller dans l’état civil de la maman de Schiffer est une sottise grotesque, certes. Mais de là à faire passer toute remise en cause d’un réseau de soutiens politiques bien identifié pour un complot ténébreux, il y a un pas que notre collectif franchit avec des bottes de sept lieues !

    Car enfin, qui retrouve-t-on sur la liste des signataires ? Pascal Bruckner, Arno Klarsfeld, Bernard Kouchner, Boualem Sansal, Céline Pina… Le ban et l’arrière-ban des partisans de la ligne dure, des abonnés aux plateaux CNews et des soutiens inconditionnels des politiques les plus à droite d’ici et d’ailleurs. Un hasard métaphysique, sans doute ! Une simple coïncidence statistique !

    À aucun moment la tribune de Mme Cattan ne s’interroge sur le fond : Pourquoi diable ce collectif d’« intellectuels » s’investit-il avec tant de ferveur pour empêcher l’extradition d’un homme poursuivi pour blanchiment d’argent ?

    De quelle liberté d’expression parlent-ils ?

    De celle de transférer des fonds illégalement ?

    Mais non, le fond, c’est assommant. Il est tellement plus commode de draper un problème de droit commun dans les habits de la grande cause morale. La méthode est rodée : on fait de la politique de réseaux, on monte au créneau pour les copains ou les utiles du moment, et dès qu’on vous demande des comptes sur l’escroquerie judiciaire sous-jacente, vous accusez la terre entière d’être habitée par une haine ancestrale.

    Bref, un spectacle comique si la manœuvre n’était pas si grossière. Quand la justice d’un pays réclame un homme pour des délits financiers, nos beaux esprits découvrent subitement les vertus du doute, mais uniquement pour l’accusé. Pour eux-mêmes, le doute n’existe pas : ils sont le Camp du Bien, incritiquables, intouchables, et surtout… affreusement victimes.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »          

  • Gaza et le massacre propre : Quand la sémantique sert de bouclier au crime

    Gaza et le massacre propre : Quand la sémantique sert de bouclier au crime

    Ah ! Quel bonheur d’apprendre qu’à Gaza, les bombes ne
    tuent pas avec l’intention de tuer, mais par pur sens du devoir pédagogique !

    Il faut lire
    les grands penseurs du salon bourgeois pour enfin comprendre : si vous voyez
    des enfants décapités, des hôpitaux rasés et toute une population réduite à
    mâcher de l’herbe sous des pluies de phosphore, vous n’êtes qu’un pauvre «
    ignorant endoctriné »
    ou, mieux encore, un « antisémite » tapi dans
    le buisson du droit international. C’est écrit noir sur blanc dans cette prose
    sirupeuse, dégoulinante de fausse rigueur et de vraie condescendance : les
    Israéliens ne commettent pas un génocide, ils font de la pédagogie militaire
    lourde
    .

    C’est le
    grand miracle de la sémantique de salon. Le mot « génocide » serait trop lourd,
    trop noble, trop réservé. Il faudrait le conserver sous verre, propre,
    lavé de tout soupçon, comme un argenterie de famille qu’on ne sort que pour les
    commémorations du passé. L’appliquer aujourd’hui à Gaza ? Quelle vulgarité !
    Quelle « indigence intellectuelle » !

    La méthode du chirurgien (à la moissonneuse-batteuse)

    L’auteur du
    pamphlet nous explique avec la gravité d’un prof de droit sous valium que la
    guerre, « voyez-vous, c’est sale ». Dresden ! Hamburg ! Grozny !
    On vous sort le grand jeu des analogies historiques. Mais le sophisme est si
    gros qu’il en fait sauter les charnières.

    Le Hamas est
    partout
    , dites-vous
    ? Pratique ! Le Hamas est dans l’incubateur de la couveuse, dans le sac de
    farine de l’ONU, sous la tente du réfugié et dans la bouteille d’eau (qu’on a
    pris soin de couper). Dès lors, raser 80 % des habitations et massacrer des
    dizaines de milliers de civils ne relève pas de la volonté d’anéantir, non !
    C’est juste un dommage collatéral d’une armée tellement « morale » qu’elle
    prévient ses victimes par SMS avant de pulvériser leur salon.

    L’intention
    génocidaire ?
    Quelle
    introuvable chimère ! Il ne faut surtout pas écouter les ministres du
    gouvernement israélien qui parlent publiquement d’« animaux humains »,
    d’effacer Gaza de la carte ou d’assoiffer deux millions d’âmes. Non, ça, c’est
    de la poésie lyrique de coalition gouvernementale ! Ne mélangeons pas les
    torchons de la rhétorique d’État et les serviettes de la Cour Internationale de
    Justice.

    L’insulte suprême : la cécité sur diplôme

    Le sommet du
    grotesque est atteint quand notre pamphlétaire s’en prend aux ONG, aux juristes
    de l’ONU, à la Croix-Rouge et aux universitaires. Ces gens-là souffriraient
    d’une « ignorance savante ».

    Comprenez :

    Ceux qui
    sont sur le terrain, qui ramassent les membres épars à la cuillère et
    documentent chaque violation des conventions de Genève, ne comptent pas. Seul
    compte l’éditorialiste parisien, confortablement assis devant son café
    gourmand, qui nous explique depuis son XVIe arrondissement que la Croix-Rouge
    s’est fait pigeonner par la propagande du Hamas.

    Selon cette
    rhétorique bancale, dénoncer le massacre systématique d’un peuple piégé dans
    une cage à ciel ouvert ne relèverait pas de l’humanité la plus élémentaire,
    mais d’une mystérieuse « passion antisémite ». C’est le coup de
    grâce intellectuel : l’inversion accusatoire poussée au rang d’art majeur.
    Si vous vous indignez devant 70 000 morts ou disparus sous les décombres, ce
    n’est pas parce que vous avez un cœur ou des yeux : c’est parce que vous
    cherchez désespérément à diaboliser l’État juif pour vous laver la conscience !

    Bilan comptable et morale à géométrie variable

    Alors
    résumons la grille de lecture de ces grands esprits :

    Si une armée
    occidentale ou alliée pilonne une enclave fermée :
    C’est de la guerre urbaine tragique
    mais inévitable. Les morts civils sont la faute exclusive des combattants qui
    se cachent parmi eux. Circulez, y a rien à voir.

    Si l’ONU, la
    CIJ et les ONG crient au génocide :
    Ce sont des idiots utiles ou des complices des
    terroristes.

    Si vous
    refusez de fermer les yeux :
    Vous êtes un analphabète émotionnel manipulé par
    TikTok.

    Quelle
    prodigieuse acrobatie mentale pour éviter de nommer ce qui se passe sous nos
    yeux ! La vérité, c’est que ce texte n’est pas une réflexion philosophique sur
    le sens des mots : c’est un manuel de nettoyage sémantique. Une
    tentative désespérée de raser les mots après avoir rasé les villes.

    Mais que
    voulez-vous ? Les soldats ont bien foutu la merde aux quatre coins du globe…
    sauf là-bas. Là-bas, ils sont gentils ! Enfin, c’est en tout cas la fable
    magnifique que nous racontent à longueur de journaux de 20 heures la plupart
    des médias et des gouvernements occidentaux. Décidément, ils n’ont vraiment pas
    de chance, ces Gazaouis : parmi toutes les armées du monde, il a fallu qu’ils
    tombent sur la seule qui massacre avec des sentiments purs, pulvérise des quartiers
    entiers par pur sens du devoir moral et affame deux millions d’âmes avec la
    bénédiction du droit international !

    Quelle
    ironie tragique. Aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé
    et aucun éditorial de salon ne suffiront jamais à effacer cette réalité : quand
    on rasé une terre et son peuple, on ne fait pas de la « guerre propre
    », on exécute un projet d’effacement. Et les mots finiront toujours par
    rattraper les bourreaux, qu’ils soient armés d’un canon ou d’un stylo.

    Pourquoi ce développement fonctionne :

    Le
    principe est simple. Il existe des mouvements politiques dont le maintien au
    pouvoir rend la paix impossible. Dans ces cas-là, la suppression de ce pouvoir
    peut être une condition préalable à la paix plutôt qu’un obstacle  
    avec la présence au gouvernement israélien de figures de
    l’extrême droite ultranationaliste (exigeant la suprématie juive ou prônant
    l’annexion
    ) est parfois comparé à des dynamiques fascisantes axées sur le
    rejet de l’Autre et l’ethno-nationalisme. Loi « État-nation » :
    La loi fondamentale adoptée en 2018, définissant Israël comme l’État-nation du
    peuple juif, est critiquée pour son caractère exclusif envers les citoyens
    non-juifs (notamment arabes palestiniens), en conservent les réflexes de base :
    le refus du pluralisme, la recherche d’un bouc émissaire, la justification de
    la violence contre leurs adversaires politiques, posent précisément ce problème.

    Israélien:
    on ne peut mieux dire ! C’est vraiment le signifiant à conquérir. Mieux ! La
    violence de chaque intervention armée et anti civils, est ainsi justifiée, et
    peut d’autant mieux s’appeler « droit à la défense ». Le sionisme ainsi
    est au final « vainqueur » ou en tout cas brièvement rendu impossible.

    Les guerres prennent généralement fin lorsqu’on découvre que les poursuivre
    est pire que d’en accepter le résultat. L’Allemagne et le Japon l’ont appris,
    tout comme d’innombrables autres sociétés. La défaite peut remplir la fonction
    moralement utile de détruire les illusions et les fantasmes.

    Pour Israël l’illusion totale qu’un  génocide suffisant  finira par faire disparaître Gaza persiste.
    Dès lors, chaque Israélien est invité à rouvrir un conflit que l’histoire a
    déjà réglé.

    Mais les
    faits sont têtus, et le droit international l’est encore plus. Quand on affame
    méthodiquement une population, qu’on détruit ses hôpitaux, ses écoles, ses
    réseaux d’eau et qu’on la bombardera de refuge en refuge jusqu’à la mer, on ne
    fait pas de la « guerre asymétrique ». On exécute un projet d’effacement. Et
    aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé ne suffira à
    nettoyer le sang des tapis de ces grands théoriciens de la « guerre propre ».

    Il n’y a rien
    d’humain à encourager les gens à se battre indéfiniment pour un résultat qu’ils
    n’atteindront pas. La compassion consiste parfois à annoncer à un peuple
    colonisateur que la guerre est finie et qu’il a perdu. Construisez plutôt
    quelque chose. La colombe est un magnifique symbole. Pourtant, elle ne peut se
    poser en toute sécurité que si l’on a réussi à effrayer le faucon pour qu’il ne
    la mange plus.

    A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

  • Les docteurs en naïveté : quand les beaux esprits nous jouent la comédie du jacobinisme

    Les docteurs en naïveté : quand les beaux esprits nous jouent la comédie du jacobinisme

    Quand la
    France ou la Corée défendent leur langue, on salue leur souveraineté ; quand un
    peuple colonisé veut changer d’horizon scientifique, les beaux esprits hurlent
    à la « naïveté ». Retour sur une posture d’intellectuel de salon qui prétend
    nous apprendre à penser l’État tout en justifiant le statu quo culturel.

    Ah ! Quelle
    bénédiction d’avoir parmi nous de si grands esprits pour éclairer la plèbe ! Il
    fallait au moins la hauteur de vue d’un penseur de salon pour nous extirper de
    notre crasse ignorance et nous asséner cette vérité fracassante : non,
    répéter « good morning » ne fera pas surgir la démocratie participative du jour
    au lendemain.

    Un bonhomme
    de paille taillé sur mesure

    Quelle
    audace ! Quel génie visionnaire ! Merci mille fois pour cette illumination :
    nous étions tous convaincus qu’en changeant la langue des panneaux de
    signalisation, les maires de nos communes allaient soudainement se transformer
    en Périclès et nos institutions en modèles de vertu scandinave. Heureusement
    que le docteur en politologie appliquée est venu démolir avec perte et fracas
    ce bonhomme de paille géant qu’il a lui-même fabriqué de toutes pièces au fond
    de son bureau.

    Mais
    observons de plus près cette grande leçon de civisme. Sous le vernis d’une
    analyse « profonde », la manœuvre est d’une grossièreté comique.

    La fable du
    jacobinisme comme péché originel

    Pour
    fustiger ce qu’il nomme pompeusement un « fétichisme linguistique »,
    notre pamphlétaire du dimanche s’enfonce la tête la première dans une fable
    autrement plus niaise : la diabolisation du « jacobinisme ». Réduire toute
    l’histoire politique et administrative d’une nation à un simple décalque de la
    France monarchique et républicaine, c’est au mieux de la paresse intellectuelle
    de classe terminale, au pire une falsification historique bien commode.
    L’hyper-centralisation et le dogme de l’État tout-puissant ne sont pas nés
    d’une soudaine passion pour la Convention nationale de 1793 ; ils se sont
    forgés dans le sang de la guerre de libération, la peur panique du morcellement
    et la gestion patrimoniale des ressources. Mais c’est tellement plus élégant de
    tout mettre sur le dos du « logiciel français », n’est-ce pas ?

    La
    schizophrénie des faux universels

    Et puis,
    admirez la splendide schizophrénie du propos.

    Quand la
    France défend sa langue à coups de lois Toubon, de circulaires ministérielles
    et de cris d’orfraie de l’Académie contre trois mots d’anglais, personne ne
    vient expliquer à ses élites qu’elles souffrent d’« enfantillages » ou d’un
    manque de maturité politique. Quand Tokyo, Séoul, Sofia ou Tel-Aviv font de
    leur langue le bouclier suprême de leur souveraineté, on applaudit la cohérence
    nationale. Mais dès qu’un peuple dominé tente de secouer le carcan d’un
    monopole linguistique colonial pour s’ouvrir directement au savoir mondial,
    voilà les beaux esprits qui s’étouffent : « Quelle naïveté ! Quel manque de
    hauteur ! »

    La langue
    n’est pas un tuyau neutre, c’est une géopolitique

    Accuser les
    gens de « se cacher derrière la langue » pour fuir les « vrais débats », ce
    n’est pas la parole d’un penseur. C’est le bégaiement frileux d’un clerc
    effrayé par le moindre mouvement de plaques tectoniques.

    La langue
    n’est pas un banal tuyau neutre dans lequel on injecte de la politique en
    poudre. Une langue, c’est une géopolitique, un marché, un horizon scientifique,
    un réseau d’alliances. Vouloir substituer l’anglais au français dans les
    universités n’a jamais été une promesse d’absolution démocratique instantanée :
    c’est un acte d’émancipation pragmatique, un choix de rupture face à un pré
    carré culturel asphyxiant.

    Ravalez vos
    sermons, nous changerons les deux

    Alors de
    grâce, ravalez vos métaphores informatiques sur le « changement de logiciel »
    et vos sermons de catéchisme institutionnel. On peut vouloir balayer la centralisation
    asphyxiante et refuser de payer ad vitam aeternam la rente symbolique de
    l’ancien colonisateur. L’un n’a jamais empêché l’autre sauf dans le cerveau de
    ceux qui cherchent désespérément de grands mots pour justifier le statu quo.

    La véritable
    souveraineté ne s’embarrasse ni de vos faux dilemmes, ni de votre paternalisme
    d’un autre âge. Elle s’arrache sur tous les fronts à la fois : dans la conquête
    de nos libertés politiques collectives comme dans le choix souverain des armes
    culturelles avec lesquelles nous parlons au monde.

    A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Les Dévolus de la Francofolies : Anatomie d’un clergé en sevrage

    Les Dévolus de la Francofolies : Anatomie d’un clergé en sevrage

    « Chaque mot français que j’apprenais m’éloignait davantage
    de ma mè
    re
    », écrivait Kateb Yacine.

    Quarante ans
    plus tard, une caste d’orphelins volontaires continue d’hurler au sacrilège dès
    qu’on touche à la tétine coloniale.

    Il a suffi
    d’une simple décision d’arbitrage reculé le français d’une petite année dans
    les salles de classe, au profit de l’anglais pour déclencher un choc
    anaphylactique chez nos marquis de la Francophonie. On assiste depuis à une
    hystérie collective, un festival de larmes de crocodiles et d’âneries
    prétentieuses maquillées en « rigueur pédagogique ».

    Nos érudits
    du dimanche croient avoir percé le mystère de l’Histoire. Ils débarquent le
    menton haut pour nous asséner leur trouvaille suprême : « Mais enfin,
    l’anglais aussi est une langue coloniale ! C’est la langue de Balfour, du grand
    Satan américain ! Et l’arabe alors ? N’a-t-il pas colonisé les Berbères ? »

    On attendait
    le couplet, le voilà livré sur plateau d’argent par l’aile républicaine du
    salon.

    Quelle
    profondeur sociologique ! À les entendre, une langue porterait dans ses gênes,
    par essence, le germe du crime ou de la vertu. On en est réduit à rappeler des
    évidences élémentaires devant tant de vide : le français n’est pas colonial à
    Paris, l’anglais n’est pas impérialiste à Londres. Une langue devient un outil
    de domination uniquement quand un pouvoir s’en sert pour étouffer le peuple,
    confisquer les institutions, privatiser les carrières et régner par procuration.

    Mais ne nous
    y trompons pas. Derrière ces contorsions intellectuelles, il n’y a aucun débat
    sur l’ouverture aux langues étrangères. Le vrai problème de nos passionnés de
    la langue de Molière, c’est la trouille panique de perdre leur privilège de
    caste. Le français chez nous n’a jamais été pensé comme une langue étrangère
    parmi d’autres ; il a été érigé en super-langue, en diplôme
    d’aptitude à la citoyenneté, en barrière à l’entrée des cabinets ministériels
    et de la haute société. Toucher à son monopole éducatif, c’est menacer le fonds
    de commerce d’une minorité rentière.

    Alors, pour
    défendre leur bifteck social, la cavalerie idéologique déboule grand train. Les
    voilà qui sortent le grand jeu : la « modernité », la « tolérance
    », le rempart contre « le fanatisme » et la « barbarie ».
    L’équation est aussi grossière que commode : si vous parlez français, vous êtes
    un esprit éclairé et progressiste ; si vous parlez arabe, vous êtes un
    archaïque en puissance, un gardien du dogme, un obscurantiste à neutraliser. Il
    fallait oser transférer sur le sol algérien, en plein XXIe siècle, le vieux
    logiciel du colonisateur venu apporter la lumière aux indigènes.

    Cette
    arnaque intellectuelle ne vient pas de nulle part. C’est le sous-produit
    pernicieux de la « gauche coloniale » française. Hier, les hussards noirs de
    Jules Ferry masquaient l’infamie des enfumades sous les fards du « progrès
    civilisateur
    ». Aujourd’hui, leurs héritiers locaux continuent d’agiter
    les mêmes chiffons : la laïcité de salon, l’occidentalisme béat et le mépris du
    bled.

    Le plus
    savoureux si l’on aime le comique grimaçant 
    reste le spectacle de ces partis politique experts en embrigadement, qui
    crient soudain à la « politisation de l’école » dès que leur
    langue de confort perd un millimètre de terrain.

    Mais le
    sommet de la farce le vrai chef-d’œuvre kafkaïen de ce vaudeville est tombé au
    détour d’un débat. On apprend de la bouche même d’un des grands gourous de
    cette croisade linguistique, conseiller de haut vol au ministère de l’Éducation
    pendant des années, qu’il ne maîtrise même pas l’arabe ! Mieux : sa ministre de
    tutelle peinait à aligner trois phrases correctes dans la langue nationale du
    pays dont elle gérait l’école.

    Des
    mandarins analphabètes dans la langue du peuple qu’ils sont censés instruire !
    On imagine la scène : des docteurs en pédagogie qui ont besoin d’un traducteur
    pour lire les manuels scolaires de leurs propres élèves. Même Shakespeare
    n’aurait pas osé une pareille mascarade.

    Il est temps
    de sortir du ridicule et de nommer les choses. Ces gens ne défendent pas la
    culture, ils défendent leur guichet. Un vrai patriote ne cherche pas à ériger
    une langue contre une autre pour entretenir des guerres de tranchées. Il remet
    chaque outil à sa place utilitaire. Le français n’a pas à être le berger d’un
    peuple souverain, ni le filtre de ses élites. Qu’il redescende au rang qu’il
    n’aurait jamais dû quitter : une langue étrangère parmi d’autres, ni sacrée, ni
    maudite, et certainement plus au-dessus des lois de la République

    A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Causeur : l’obsession rance et le vrai visage du mépris

    Causeur : l’obsession rance et le vrai visage du mépris

     

    l’obsession rance et le vrai visage du mépris

    Quand la panique identitaire s’invite au tribunal de la
    nostalgie :

    Il y a des rendez-vous hebdomadaires dont la régularité
    force une forme de respect comique. Prenez la rédaction de Causeur, par
    exemple. Dès que le baromètre de leur pertinence baisse,  c’est-à-dire du lundi au dimanche, ces
    messieurs-dames déballent la même vieille boîte d’emballage stamped « Algérie
    ». C’est leur hochet, leur doudou réactionnaire, leur pilule contre le
    vide existentiel. Sans l’Algérie pour meubler leurs obsessions, de quoi
    parleraient-ils ? Du prix du pain ? De la vacuité de leurs propres essais ?
    Trop banal.

    Dans son dernier exercice de style, un blogueur s’est
    surpassé. Armé d’un Éluard raté et d’un Zola de bazar, le voilà qui s’improvise
    procureur des nations, distributeur de bons points démocratiques et grand
    exégète du « récit national ». Les références latines et les citations
    littéraires sont sorties du placard comme des décorations sur la veste d’un
    général en retraite : ça brille, ça fait du bruit, mais ça ne cache pas l’usure
    du tissu.

    Le schéma est d’une paresse rafraîchissante. Pour ces
    nostalgiques au sang bleu délavé, l’Algérie ne saurait être un pays réel, avec
    ses contradictions, ses luttes, son peuple vivant et sa souveraineté complexe.
    Non, l’Algérie doit rester un décor de papier mâché, un épouvantail commode où
    l’on vient déverser son trop-plein d’aigreur civilisationnelle. Quand
    l’écriture manque d’inspiration, on sort les grands mots : « orwellien »,
    « fantasmagorie », et bien sûr, la petite touche d’exotisme
    méprisant sur le « tapis de prière ». Le kit complet du parfait chroniqueur en
    mal d’audience.

    Ce qui est fascinant avec ce paternalisme d’un autre âge,
    c’est sa constance. Ils prétendent défendre la liberté d’expression et les
    écrivains, mais ils ne voient dans la littérature qu’un projectile à lancer à
    la tête du voisin.

    L’écrivain devient leur alibi, ici le choix a été porté sur
    un Sansal, un vieux monsieur susceptible et soupe au lait qui s’est fait
    surprendre à tous les points de vue après pendant et avant son année de
    détention. Il fut cueilli à froid lors de son arrestation, étant persuadé de
    pouvoir continuer à vivre entre France et Algérie. Se croyant intouchable par l’Algérie,
    dont il fut haut fonctionnaire après y avoir mené toute sa carrière depuis
    l’indépendance (il est né en 44), après avoir publié plusieurs livres. Il fut
    cueilli à froid lors de son arrestation, étant persuadé de pouvoir continuer à
    vivre entre France et Algérie… Il se trouve être d’origine marocaine et se
    trouve donc à de multiples titres apatride (ou multinational) et donc l’un des
    principaux prophètes de malheur.

    La culture leur prétexte, et la métropole fantasmée leur
    tribunal suprême. Ils observent la rive sud de la Méditerranée avec des
    jumelles datant de 1830, s’étonnant toujours que le monde ait tourné sans leur
    demander la permission.

    Restons sérieux deux minutes. La critique politique est un
    droit, et l’Algérie  comme n’importe quel
    pays du monde  s’analyse, se discute et
    se conteste par ses propres citoyens, ses propres intellectuels, ses propres
    forces vives. Mais recevoir des leçons de liberté et de grandeur morale de la
    part d’une feuille de chou spécialisée dans la panique identitaire et la rance
    nostalgie empire, c’est un peu comme demander des conseils de diététique à un
    vendeur de friture usagée.

    Continuez d’écrire, messieurs de Causeur. Écrivez,
    gesticulez, étalez vos certitudes en papier recyclé. Pendant que vous rongez
    vos vieux os historiques dans vos salons parisiens, l’Algérie avance, vit,
    râle, crée et construit son histoire loin de vos petits miroirs déformants. Et
    c’est sans doute cela qui vous est fondamentalement insupportable.

    A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
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  • Gaza, la fausse vertu de l’extrême droite et la comédie des civilisés :

    Gaza, la fausse vertu de l’extrême droite et la comédie des civilisés :

    « Qu’un
    officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de
    drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses
    enfants
    . »

    C’est une bien triste époque pour les
    professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça
    saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination
    presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et
    l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas
    la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la
    redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire
    ou dans un tweet de la France Insoumise.

    Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un
    État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des
    villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide
    sanitaire, réussit encore l’exploit d’écrire des élégies sur sa propre
    souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà
    chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un
    étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la
    civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité,
    c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe
    irréprochable.

    Ils aiment convoquer la culture, l’histoire et les grands massacres de la
    terre de l’Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix
    tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d’exterminer.
    Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les
    vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui
    défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la
    mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé,
    vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien
    polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer
    deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

    La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette
    extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime
    en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre
    vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un
    occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme
    » est un martyr de la liberté.

    On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux
    sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté
    imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme,
    parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du
    ressentiment » chez ceux qui s’indignent, plutôt que d’évaluer le tonnage
    d’explosifs balancé par leurs protégés.

    Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme
    humaine fra
    gile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui
    préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités
    d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La
    barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu’elle se traite en conférence de
    presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens :
    le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu’aux dents.

    A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

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  • L’Imposture du Bouc Émissaire : Sebta et l’Indicatif +213.

    L’Imposture du Bouc Émissaire : Sebta et l’Indicatif +213.

    Il y a des
    prodiges politiques devant lesquels la raison pure doit s’incliner avec un
    soupçon de pitié. Prenez la presse officielle de nos voisins de l’Ouest :
    chaque fois qu’une fissure apparaît sur le mur de leur récit national, ce n’est
    jamais la faute de la gravité, encore moins de l’usure du plâtre. Non, c’est
    invariablement la faute du souffle du voisin algérien.

    La dernière
    trouvaille du roman policier sous presse ? Un indicatif téléphonique : le +213.

    Le bouc émissaire comme paravent social : En attribuant la détresse
    de milliers de jeunes Marocains prêts à sauter les grillages de Sebta à un «
    piratage numérique algérien » (+213), le texte évacue purement et simplement
    les causes structurelles (chômage, désespoir, précarité, manque de perspectives
    d’avenir).

    L’argument d’autorité importé : Le recours à un journaliste «
    italo-suisse » (Stefano Piazza) ou à un expert espagnol permet d’habiller une
    thèse d’État d’un vernis « d’expertise internationale neutre ».

    La théorie du complot hybride : Réduire des mouvements sociaux ou
    migratoires massifs à de simples « consignes WhatsApp émises par le voisin »
    relève de la caricature. Un indicatif téléphonique ne crée pas, à lui seul, le
    désespoir de 400 000 membres de groupes sociaux.

    L’inversion des rôles : Le gouvernement marocain passe du statut de
    gestionnaire débordé d’une crise sociale interne à celui de « victime héroïque
    et protectrice » de sa propre jeunesse contre l’ogre de l’Est.

    À en croire
    les gazettes locales, relayant avec un sérieux papal les illuminations
    d’analystes « italo-suisses » et « d’experts » sortis du chapeau pour
    l’occasion, des milliers de jeunes Marocains ne fuiraient pas la misère, le
    chômage structurel ou l’absence criante d’avenir. Non, voyons ! Ils seraient
    simplement hypnotisés, téléguidés à distance par des cartes SIM algériennes
    depuis leurs applications TikTok et WhatsApp.

    Quelle
    puissance maléfique que ce voisin de l’Est ! Un simple SMS envoyé depuis Alger aurait
    donc le pouvoir magique de faire courir des dizaines de milliers de citoyens
    vers les barbelés de Sebta et Melilla, sous le regard médusé d’un État
    incapable de retenir sa propre jeunesse autrement qu’en accusant le réseau
    téléphonique adverse.

    La magie noire du code +213

    Soyons
    sérieux une minute. À quel moment l’incompétence de gestion interne a-t-elle
    besoin d’un passeport étranger pour expliquer le désespoir social ?

    Réduire la
    tragédie d’une jeunesse prête à braver la mer et les forces de sécurité à une «
    attaque hybride » conçue par des numéros en +213 relève d’un
    théâtre d’ombres d’un ridicule absolu.

    Est-ce
    l’Algérie qui fixe le taux de chômage des jeunes au Maroc ?

    Est-ce Alger
    qui rédige la politique économique de Rabat ? Est-ce un serveur informatique
    basé à Oran qui prive ces gamins d’hôpitaux, d’écoles et de salaires décents ?

    Accuser le
    voisin d’avoir « inventé » la fuite vers Sebta, c’est traiter sa
    propre jeunesse avec un mépris effroyable. C’est dire à ces milliers de jeunes
    : « Vous n’avez aucune conscience, aucun cerveau, aucune douleur réelle ;
    vous n’êtes que les marionnettes crédules d’un groupe WhatsApp algérien. »

    L’insulte faite à leur intelligence et à leur détresse est sans borne.

    L’art de la projection névrotique

    Ce récital
    d’accusations est une vieille recette. Quand les gares du Nord étouffent sous
    la pression de ceux qui cherchent la porte de sortie, quand l’opération Marhaba
    menace de tourner à la démonstration de crise sociale sous le soleil d’août, il
    faut un paratonnerre. Et quel meilleur paratonnerre que l’éternel « complot
    extérieur » ?

    On nous
    explique sans rire qu’un simple appel sur Facebook oblige des bataillons
    entiers de forces de l’ordre à verrouiller Fnideq et que la défaite réside déjà
    dans « la tension permanente ».

    Mais qui est
    en tension ?

    Un État
    incapable de donner une raison de rester à ses enfants, ou le voisin qui
    contemple, navré mais guère surpris, cette ridicule pièce de théâtre
    géopolitique ?

    Si un code
    téléphonique étranger suffit à ébranler l’architecture sécuritaire d’un pays et
    à inciter des milliers de personnes à prendre d’assaut une frontière coloniale,
    ce n’est pas d’un rapport sur le terrorisme dont ce pays a besoin, mais d’un
    miroir.

    Rire noir devant l’imposture

    L’Algérie a
    bon dos. Elle est l’explication magique à la sécheresse, aux pénuries, aux
    fuites de cerveaux, et maintenant au somnambulisme migratoire de la jeunesse
    locale. Bientôt, le moindre pneu crevé sur l’autoroute Donald Trump
    sera attribué à une interférence hertzienne venue de Tindouf.

    Cette
    surenchère paranoïaque ne trompe plus personne, à commencer par ces mêmes
    jeunes que l’on prétend « protéger contre la propagande ». La vérité est
    nue, brutale et tragique : quand un peuple n’a plus que la mer comme horizon,
    ce ne sont pas les cartes SIM du voisin qui le font courir. C’est le vide
    abyssal qu’il laisse derrière lui.

    Alors
    continuez de scruter les indicatifs téléphoniques, de convoquer les experts de
    salon et de crier au complot à chaque vague d’août. Mais n’oubliez pas une
    chose : on peut censurer la réalité, on peut fabriquer des coupables
    imaginaires, mais on ne colmate jamais les fuites d’un navire en accusant le
    phare du voisin d’éclairer les trous dans la coque.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. » 

  • Une réforme comptable déguisée en pédagogie : anatomie d’un aveuglement de la meute :

    Une réforme comptable déguisée en pédagogie : anatomie d’un aveuglement de la meute :

     

    Parce que le
    débat éducatif en Algérie mérite mieux que l’invective
    , je tiens d’emblée à exprimer mon
    entier soutien à l’un des pédagogues les plus lucides de notre pays,
    aujourd’hui livré aux attaques dogmatiques d’une frange réactionnaire. Son tort
    ? Avoir défendu une école de la rationalité, du doute méthodique et de la
    science face au carcan de l’idéologie.

    Pourtant,
    au-delà de la cabale haineuse et des procès d’intention, un constat s’impose :
    la crise de nerfs autour de la prétendue « suppression de la philosophie » n’est
    qu’un leurre grossier. Une diversion idéale qui occulte les véritables
    renoncements méthodologiques de cette réforme scolaire. Une analyse froide des
    nouvelles grilles horaires montre en effet que la philosophie n’a pas été
    bannie, mais simplement déplacée en classe de deuxième année secondaire pour
    les filières scientifiques. Quant au report du français en primaire, il ne
    relève en rien d’un drame idéologique, mais d’un ajustement pragmatique face à
    la surcharge d’un programme inadapté au développement psychomoteur des jeunes
    enfants.

    Le véritable
    problème est ailleurs. Il réside dans la pauvreté structurelle d’un
    réaménagement qui relève davantage du bricolage comptable que d’une vision
    d’avenir.

    Tu sais, ce genre de phénomène, il faut vraiment l’avoir vécu de l’intérieur
    pour piger ce qui se joue. De loin, on a l’impression d’un grand mouvement
    d’idées, d’un élan collectif. Mais quand tu regardes de près… c’est juste de
    la compensation. Une mécanique hyper bien rodée qui tourne sur deux carburants
    : la rancœur des uns et le besoin de sécurité des autres.

    Ce qu’on appelle « la meute« , ce
    n’est pas un rassemblement de gens forts. C’est tout l’inverse. C’est le refuge
    de ceux qui ont peur d’être seuls. Chacun vient y déposer sa petite
    frustration, son ressentiment, et cette fichue envie de faire tomber celui qui
    tient debout tout seul. Prises isolément, ce sont de petites misères. Mais
    additionne-les, et tu obtiens une force de frappe assez effrayante.

    Regarde les animaux : le loup chasse parce qu’il
    doit bouffer. Il a une bonne raison. La meute humaine, elle, poursuit les gens
    juste pour le plaisir de la chasse.

    Et aujourd’hui avec le Web, c’est devenu un jeu
    d’enfant. Tout le monde est bien au chaud derrière un pseudo ou une photo de
    profil. D’autres finissent par avancer à visage découvert, mais uniquement
    parce qu’ils se sentent intouchables au milieu de la foule. Ce qu’ils cherchent
    ? Certainement pas à débattre ou à comprendre. Ils veulent juste faire taire,
    humilier, effacer le mec qui dérange. Si tu ne répètes pas le refrain du jour
    gentiment, tu deviens louche avant même d’avoir fini ta phrase.

    Et la cible, c’est presque toujours la même : la
    personne qui a gardé une colonne vertébrale. Celle qui ose dire « non ».
    Celle qui préfère perdre sa place dans le groupe plutôt que sa dignité. Et ça,
    le groupe ne le pardonne pas. Parce que sa simple présence rappelle aux autres
    tout ce qu’ils ont abandonné en chemin : le goût du risque, le courage,
    l’honnêteté.

    Sauf qu’aujourd’hui, c’est accéléré. On signe des
    pétitions sans lire le bouquin, on condamne un auteur sur une rumeur ou une
    phrase sortie de son contexte, juste parce qu’il refuse d’enfiler le costume
    officiel de la bien-pensance. Le militantisme est devenu une pose, un filtre
    Instagram. On ne cherche plus à réfléchir, on veut juste montrer qu’on est dans
    le bon camp. L’œuvre, le texte ? Tout le monde s’en fout. Ce qui compte, c’est
    d’être conforme aux règles du moment.

    C’est quand même un comble, parce que la véritable  éducation demande exactement l’inverse. Elle
    demande du silence, du temps, et parfois le courage de penser contre son propre
    camp. Éduquer, ce n’est pas aller manifester ou scander des slogans. Éduquer,
    c’est accepter d’être bousculé, contredit, parfois blesse. Une foule ne lit pas
    : elle applaudit ou elle hue. Entre les deux, l’intelligence n’a plus d’espace
    pour respirer.

    Notre époque adore les chorales. On aime les grands
    rassemblements, les festivals, les belles déclarations collectives où tout le
    monde se prend en photo en souriant sous la bannière de la vertu. On s’applaudit
     ensemble, on se rassure… et on se
    trouve un ennemi commun. Peu importe qui c’est cette semaine, du moment qu’il
    permet de resserrer les rangs.

    Mais le plus triste dans tout ça, ce n’est pas que
    la meute attaque elle a toujours fait ça. Le plus flippant, c’est qu’elle
    réussit à faire croire aux spectateurs que le courage est une faute, que la
    nuance est une trahison, et que la solitude est suspecte. Résultat ? Les gens
    honnêtes ne doutent pas de leurs convictions, mais ils souffrent juste d’être
    écartés comme des pestiférés parce qu’ils ont refusé de mentir.

    C’est exactement là que la meute gagne : quand
    elle réussit à faire passer la lâcheté pour de la morale, et qu’elle convainc
    chacun qu’il vaut mieux suivre le troupeau que d’assumer sa propre parole.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

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  • Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

    Il existe un vieux métier, aussi cynique qu’éprouvé, qui consiste à fabriquer de toutes pièces des épouvantails pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation. Jadis, cela s’appelait de la propagande grossière. Aujourd’hui, cela se drape sous les oripeaux plus élégants d’une « chronique diplomatique ».

    Dans cette mise en scène, la Tunisie contemporaine est sommée de renoncer à son âme politique et à sa souveraineté pour devenir le théâtre d’un chantage à la terreur. Le script est rôdé : le Makhzen dépêche son monarque en chevalier blanc un Zorro de pacotille venant déjouer les plans machiavéliques d’un ennemi invisible. Ne craignez rien, semble-t-on dire au peuple : Hassan II et Mohamed V veillent toujours sur leurs sujets depuis leur position lunaire.

    La fabrique de l’ogre : anatomie d’une manipulation

    À lire une certaine presse aux ordres et ses précieux relais éditoriaux, l’Algérie serait devenue le monstre hégémonique du Maghreb.

    Chaque prise de parole d’Alger cacherait un agenda d’annexion. Chaque déclaration du président Algérien annoncerait une invasion imminente. Chaque coopération sécuritaire transfrontalière dissimulerait la mise sous tutelle d’un voisin.

    À ce niveau de paranoïa orchestrée, on s’étonne presque de ne pas encore voir des soucoupes volantes estampillées de l’ANP stationnées au-dessus de Tamanrasset.

    La mécanique d’abêtissement est pourtant d’une vulgarité sans nom. On commence par caricaturer le parler populaire du président algérien pour dénier toute stature d’État à la diplomatie d’Alger. Puis, on instrumentalise une mise en garde légitime pour la transformer en « menace existentielle ». On convoque ensuite une poignée d’opposants de salon, soigneusement sélectionnés pour fabriquer l’illusion d’un consensus. Enfin, le tour de passe-passe s’achève : on réinjecte subrepticement le dossier du Sahara occidental véritable névrose obsessionnelle du Makhzen et de ses parrains, sommés d’agiter le chiffon rouge dès qu’il s’agit d’attaquer l’Algérie.

    Ce n’est plus du journalisme, c’est un procès en sorcellerie.

    La géométrie très variable du « droit d’ingérence »

    L’hypocrisie atteint ici des sommets d’art contemporain. Les mêmes plumes qui célèbrent chaque matin le « droit sacré des puissances » à défendre leurs intérêts vitaux découvrent soudain les vertus virginales de la non-ingérence dès lors qu’Alger affirme une évidence : l’Algérie ne restera pas spectatrice devant la déstabilisation de sa frontière orientale.

    Depuis quand une puissance régionale renonce-t-elle à sécuriser son pré carré ?

    Washington s’octroie le droit de verrouiller tout le continent américain. Paris défend avec les dents les restes de son pré carré africain.

    Ankara projette sa puissance militaire de la Méditerranée jusqu’au Caucase. Rabat revendique sans vergogne une zone d’influence exclusive du Sahel à l’Atlantique.

    Mais que l’Algérie rappelle qu’une implosion de la Tunisie aurait des répercussions directes et dramatiques sur sa propre sécurité nationale, et la voilà immédiatement traînée dans la boue, taxée d’« empire menaçant ».

    Même comédie grotesque concernant la souveraineté tunisienne : voir des chroniqueurs habitués à justifier les guerres d’agression, les régimes d’exception, les sanctions et les ingérences occidentales se transformer subitement en vierges effarouchées et en gardiens du temple de la Convention de Vienne relève de la farce. La souveraineté est devenue un principe à géométrie variable : sainte et intouchable quand elle sert à frapper Alger, facultative et obsolète le reste du temps.

    La réalité du terrain face au théâtre du déni

    Puis vient le morceau de bravoure de la propagande, où l’on ose poser la question avec une naïveté feinte : « Mais enfin, qui menace la Tunisie ? »

    Comme si le Sahel était une station balnéaire pacifiée. Comme si la désintégration de la Libye  orchestrée par ces mêmes puissances n’avait jamais eu lieu. Comme si la peste terroriste, les trafics d’armes lourdes et les réseaux de criminalité transnationale relevaient de la science-fiction. Feindre l’ignorance stratégique pour tourner en dérision une urgence sécuritaire absolue ne relève plus de la naïveté : c’est une complicité idéologique.

    Et pourquoi cette fixation systémique sur le Sahara occidental dans un débat sur la sécurité tunisienne ? Quel est le rapport ? Aucun. Il s’agit purement et simplement de plaquer le logiciel anti-algérien du Makhzen sur n’importe quel sujet, d’imposer une grille de lecture unique et d’évacuer soigneusement les responsabilités de Rabat dans la déstabilisation régionale. La diplomatie n’est plus une analyse des faits : elle est devenue un tribunal fantoche où le verdict contre l’Algérie est rédigé avant même l’ouverture de l’audience.

    L’échec d’un logiciel périmé

    Le narratif d’une Algérie « isolée », pétrifiée dans la Guerre froide et incapable de lire le monde moderne ne tient plus debout. La réalité celle qu’on cherche désespérément à masquer  est tout autre :

    1. Redéploiement stratégique : L’Algérie multiplie et diversifie ses alliances globales, des BRICS aux puissances émergentes.
    2. Ancrage africain : Elle réaffirme sa doctrine de sécurité collective et de co-développement sans tutelle néocoloniale.
    3. Souveraineté décisionnelle : Elle s’impose comme un pivot incontournable dans un monde devenu multipolaire.

    On peut contester ces choix, on peut débattre de la méthode. Mais il faut le faire avec l’honnêteté des faits, pas avec des contes de fées pour diplomates aux abois. Au fond, ces attaques répétées en disent long sur l’impuissance de leurs auteurs. Elles révèlent la panique d’un système incapable d’accepter qu’un État souverain du Sud refuse de soumettre sa sécurité aux diktats d’un ordre ancien ou aux délires d’expansionnisme d’un voisin féodal. L’Algérie n’est pas irréprochable, et aucun État ne l’est. Mais réduire sa politique étrangère à des fantasmes impériaux relève de la psychiatrie politique. À force de fabriquer des ogres pour masquer leurs propres faillites, le Makhzen et ses scribes ne trompent plus personne : ce n’est pas l’Algérie qui menace le Maghreb, c’est leur propre propagande qui étouffe la vérité.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »