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  • La France démocrate interdit les langues régionales

    La France démocrate interdit les langues régionales

    La République française aime dénoncer le colonialisme, à condition qu’il soit ancien, abstrait ou pratiqué par d’autres. Elle condamne volontiers les dominations linguistiques ailleurs, se pose en protectrice des minorités culturelles à l’international, s’érige en donneuse de leçons morale. Mais cette posture s’effondre dès que l’on interroge sa propre histoire et ses pratiques présentes. Car la France n’a jamais cessé d’être une puissance coloniale, elle a simplement déplacé le front, à l’intérieur de ses frontières.

    Le non-respect du bilinguisme en France se manifeste par des discriminations linguistiques (glottophobie) envers ceux qui parlent d’autres langues, des débats sur l’usage de l’anglais dans le marketing (anglisme), et des restrictions sur les langues régionales malgré la reconnaissance constitutionnelle du français comme langue de la République, souvent perçue comme une entrave à la diversité linguistique. Cela inclut aussi les défis rencontrés par les enfants bilingues migrants, dont l’usage de la langue d’origine peut être découragé, et les débats juridiques concernant l’enseignement et l’usage des langues régionales, comme l’illustre la censure partielle de la loi Molac

    La domination linguistique est le cœur de ce projet. Interdire, marginaliser ou ridiculiser les langues locales fut l’un des premiers gestes du pouvoir central. Le français n’a pas été choisi parce qu’il était plus clair, plus rationnel ou plus moderne. Il a été imposé parce qu’il était la langue du pouvoir. L’école, l’administration, l’armée ont servi de relais à cette violence symbolique. On a puni les enfants qui parlaient breton, occitan ou basque. On a inculqué la honte. On a fait du silence linguistique une condition de l’ascension sociale.

    Eugen Weber l’a décrit sans détour : Être français signifiait être gouvernés par des administrateurs français », note Weber il s’agissait de « transformer des paysans en Français ». Autrement dit : détruire des cultures politiques autonomes pour fabriquer des sujets républicains dociles. La République a été un empire intérieur, et ses provinces, des territoires à pacifier par le modèle français de centralisation et l’imposition d’une langue commune au détriment des langues régionales. Les écoliers bretons se faisaient taper sur les doigts s’ils parlaient un seul mot de breton dans la cour de récréation.

    L’affaire de Perpignan, en 2024, n’est pas une erreur administrative. C’est un acte colonial contemporain. Refuser à un citoyen le droit de se marier en catalan dans sa propre ville, alors que cette pratique était reconnue depuis des décennies, n’est pas un détail juridique. C’est une affirmation de pouvoir. Supprimer les moyens (traducteurs, fonctionnaires bilingues), puis invoquer leur absence pour interdire la langue, relève d’une stratégie coloniale classique : créer la pénurie pour légitimer l’interdiction.

    Assimiler le catalan à une langue étrangère, dans un territoire où elle est autochtone, est un geste de dépossession. C’est nier l’existence même d’un peuple catalan au nord des Pyrénées. C’est transformer une langue vivante en curiosité tolérée, tant qu’elle reste privée, folklorisée, inoffensive.

    Que cette décision émane d’une municipalité dirigée par l’extrême droite n’est pas un hasard. Le Rassemblement national ne fait ici que dire plus brutalement ce que la République pratique depuis des décennies : l’unité comme arme, la diversité comme menace. Le cynisme de l’État français atteint son paroxysme lorsqu’il soutient, à l’étranger, des revendications linguistiques et identitaires qu’il écrase chez lui. En se posant en défenseur de minorités en Algérie ou ailleurs, Paris instrumentalise les droits culturels à des fins géopolitiques. Pendant ce temps, il refuse toute reconnaissance réelle aux langues qu’il a lui-même opprimées.

    Cette politique à géométrie variable révèle une vérité simple : les droits culturels ne sont acceptables pour la République que lorsqu’ils ne la mettent pas en cause. Dès qu’ils interrogent son architecture centralisée, ils deviennent subversifs, dangereux, « communautaristes ».

    Le discours sur la langue commune est l’un des grands mythes de la domination jacobine. Il n’existe pas de langue neutre. Le français n’est pas un simple outil de communication : il est une langue de pouvoir, chargée d’histoire, de hiérarchie sociale et de violence symbolique. L’imposer comme unique langue légitime dans l’espace public, c’est imposer une vision du monde et disqualifier toutes les autres.

    Les recherches en sociolinguistique l’ont démontré : le bilinguisme n’est pas un danger, mais une force. la mobilisation pour obtenir les moyens qui doivent permettre la vie sociale de nos langues, c’est à dire un patrimoine vivant et non des langues de musées, en les développant dans l’enseignement, dans les medias, dans la vie publique, en soutenant la transmission familiale. Nos langues sont un atout pour le développement intellectuel et affectif des jeunes générations, pour le polylinguisme, pour les sciences, pour la compréhension du monde. Ce qui menace réellement la cohésion sociale, ce n’est pas la pluralité linguistique, mais la négation des identités

    Après ce premier pas, la France, doit maintenant se mettre réellement au niveau des démocraties européennes qui appliquent démocratiquement la diversité linguistique. La République française doit en particulier donner aux collectivités, Régions, départements et collectivités locales les moyens nécessaires à la gestion de cette diversité dont elles ont la responsabilité avec l’Etat.

    Parler de « 72 langues régionales » pour tourner le débat en dérision est une stratégie de disqualification. Peu importe le nombre. Ce qui compte, c’est le principe : le droit des peuples à exister dans leur langue. Certaines de ces langues sont non latines basque, breton, alsacien rappelant que la France n’est pas une nation naturellement homogène, mais une construction politique issue de conquêtes, de suppressions et d’effacements.

    Décoloniser la France ne signifie pas la fragmenter. Cela signifie reconnaître qu’elle est plurielle, que son unité a été construite par la contrainte, et que la démocratie ne peut s’approfondir qu’en reconnaissant les peuples qu’elle a niés. Refuser aux citoyens le droit de vivre, d’aimer, de se marier, de travailler et de s’exprimer dans leur langue, c’est prolonger une domination coloniale sous couvert de République. Défendre les langues régionales n’est pas un combat identitaire étroit : c’est un combat démocratique, anticolonial et émancipateur.

    La question n’est donc pas de savoir si la République peut tolérer la diversité linguistique.
    La question est de savoir combien de temps encore elle pourra se dire démocratique en la refusant.

     A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

  • Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Par la surenchère verbale et la mise en scène du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.

    Ils étaient tapis dans l’ombre, attendant le moindre frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l’enclave espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent leur cirque médiatique habituel.

    Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir xénophobe grand grandeur nature.

    La fabrique de « l’invasion »

    Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu’à la corde. Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre guerrier  « submersion », « déferlement », « invasion » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des consciences.

    Le but de cette mise en scène n’est pas de protéger qui que ce soit : il est d’anesthésier la compassion et d’interdire toute réflexion rationnelle.

    En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace existentielle pour l’Europe, la droite et l’extrême droite accomplissent leur besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de digues à dresser contre la marée.

    Une indigence politique masquée par le bruit

    Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du monde ? Rien. Absolument rien.

    Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés, plus de vidéos d’intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et les désordres du continent africain relève de l’escroquerie intellectuelle pure et simple.

    Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement national pour lui arracher une bribe d’audience.

    Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de la division.

    Ils hurlent à l’invasion, mais ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’apaisement. Sans l’image du barbelé franchi, sans la peur du voisin, leur fonds de commerce s’effondre instantanément.

    Refuser la dictature du ressentiment

    Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n’est plus de mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands d’angoisse, c’est ratifier leur victoire idéologique.

    Il est temps de dénoncer l’imposture : Nommer le cynisme : Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la grammaire sécuritaire de l’extrême droite et réimposer les exigences du droit, de la dignité et de la solidarité. Exposer l’impuissance : Rappeler que les réponses simplistes à des défis majeurs n’ont jamais produit que du drame au sud et du déshonneur au nord.

    Ceuta n’est pas le symbole de l’impuissance européenne : c’est le miroir de la déchéance morale d’une droite française prête à instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les écrans.

    Face aux événements de Ceuta, la droite et l’extrême droite sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d’une instrumentalisation politique cynique.

    Conclusion

    Les réactions relatives des politiques français adorent le Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent beaucoup moins leur bled, vu qu’en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis. Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)

    On peut voir ça autrement. On n’imagine pas en effet que les quelques dizaines de milliers d’individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une forme d’encadrement peut-être ?
    Parce qu’une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c’est bien mûr on peut lancer l’opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand on sait qu’on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d’Europe, on a la main d’œuvre, ne reste plus qu’à la coaguler autour d’une chimère. Aussi cette « fausse » invasion, message ou test, n’est-elle sans doute pas le fruit d’un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir groupés à l’assaut de l’Europe.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

  • Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait croire que l’Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que l’Algérie n’aurait plus qu’à contempler, impuissante, la prétendue « montée en puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu’un exercice d’autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la géopolitique.

    L’auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n’argumente pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d’autres collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord est présenté comme la preuve d’un supposé déclin algérien.

    La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l’adversaire et annoncer la victoire avant même que les faits ne l’aient consacrée.

    Franchement, y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l’Histoire et que l’Algérie serait juste là pour regarder passer le train.

    Sauf que… non.

    Le texte ne démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules, les effets d’annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l’Algérie est ramené à l’échec ou à l’immobilisme.

    Ça ressemble plus à un récit qu’à une analyse.

    Le plus étonnant est cette obsession de l’Algérie. Si le Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu’on le prétend, pourquoi consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les puissances confiantes regardent vers l’avenir ; les puissances anxieuses regardent constamment par-dessus leur épaule.

    L’auteur parle d’une Algérie « sans vision ». Pourtant, il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d’investir dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu’un chroniqueur les ignore.

    Il est tout aussi révélateur de voir l’auteur transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d’appeler à une solution politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans pour autant effacer d’un trait cinquante années de contentieux ni faire disparaître la nécessité d’un règlement politique accepté par les parties.

    Plus grave encore, l’article avance plusieurs affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l’Algérie par les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation tant qu’elle n’est pas étayée.

    Au fond, cette tribune révèle surtout une chose : certains milieux politiques semblent avoir besoin d’une Algérie imaginaire pour célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se mettre en scène. C’est une vieille recette : lorsqu’on peine à convaincre par les résultats, on construit un récit héroïque.

    Mais l’Histoire est moins sensible aux effets de manche qu’aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les faits, pas les envolées lyriques.

    Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de foi.

    À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

  • Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait
    croire que l’Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que
    l’Algérie n’aurait plus qu’à contempler, impuissante, la prétendue « montée en
    puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu’un exercice
    d’autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la
    géopolitique.

    L’auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n’argumente
    pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d’autres
    collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque
    évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord
    est présenté comme la preuve d’un supposé déclin algérien.

    La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses
    succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l’adversaire et annoncer la
    victoire avant même que les faits ne l’aient consacrée.

    Franchement,
    y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le
    match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l’Histoire et que l’Algérie
    serait juste là pour regarder passer le train.

    Sauf que…
    non.

    Le texte ne
    démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules,
    les effets d’annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du
    Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l’Algérie est
    ramené à l’échec ou à l’immobilisme.

    Ça ressemble
    plus à un récit qu’à une analyse.

    Le plus étonnant est cette obsession de l’Algérie. Si le
    Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu’on le prétend, pourquoi
    consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les
    puissances confiantes regardent vers l’avenir ; les puissances anxieuses
    regardent constamment par-dessus leur épaule.

    L’auteur parle d’une Algérie « sans vision ». Pourtant,
    il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux
    enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses
    infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à
    son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d’investir
    dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu’un chroniqueur
    les ignore.

    Il est tout aussi révélateur de voir l’auteur
    transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat
    définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions
    internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure
    traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d’appeler à une solution
    politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans
    pour autant effacer d’un trait cinquante années de contentieux ni faire
    disparaître la nécessité d’un règlement politique accepté par les parties.

    Plus grave encore, l’article avance plusieurs
    affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations
    des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l’Algérie par
    les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation
    répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation
    tant qu’elle n’est pas étayée.

    Au fond, cette tribune révèle surtout une chose :
    certains milieux politiques semblent avoir besoin d’une Algérie imaginaire pour
    célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se
    mettre en scène. C’est une vieille recette : lorsqu’on peine à convaincre par
    les résultats, on construit un récit héroïque.

    Mais l’Histoire est moins sensible aux effets de manche
    qu’aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force
    évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les
    faits, pas les envolées lyriques.

    Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de
    confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes
    et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de
    foi.

    À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes
    finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité
    possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Par la surenchère verbale et la mise en scène
    du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent
    leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.

    Ils étaient tapis dans l’ombre, attendant le moindre
    frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que
    quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l’enclave
    espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent
    leur cirque médiatique habituel.

    Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains
    ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers
    théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir
    xénophobe grand grandeur nature
    .

    La fabrique de « l’invasion »

    Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu’à la corde.
    Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez
    la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre
    guerrier  « submersion », « déferlement
    », « invasion
    » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des
    consciences.

    Le but de cette mise en scène n’est pas de protéger qui que ce
    soit : il est d’anesthésier la compassion et d’interdire toute réflexion
    rationnelle.

    En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace
    existentielle pour l’Europe, la droite et l’extrême droite accomplissent leur
    besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits
    fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de
    digues à dresser contre la marée.

    Une indigence politique masquée par le bruit

    Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du
    monde ? Rien. Absolument rien.

    Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés,
    plus de vidéos d’intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire
    qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et
    les désordres du continent africain relève de l’escroquerie intellectuelle pure
    et simple.

    Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à
    gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement
    national pour lui arracher une bribe d’audience
    .

    Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa
    stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de
    la division.

    Ils hurlent à l’invasion, mais ce qu’ils redoutent le plus,
    c’est l’apaisement. Sans l’image du barbelé franchi, sans la peur du voisin,
    leur fonds de commerce s’effondre instantanément.

    Refuser la dictature du ressentiment

    Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n’est plus de
    mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands
    d’angoisse, c’est ratifier leur victoire idéologique.

    Il est temps de dénoncer l’imposture : Nommer le cynisme :
    Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement
    des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la
    grammaire sécuritaire de l’extrême droite et réimposer les exigences du droit,
    de la dignité et de la solidarité. Exposer l’impuissance : Rappeler que les
    réponses simplistes à des défis majeurs n’ont jamais produit que du drame au
    sud et du déshonneur au nord.

    Ceuta n’est pas le symbole de l’impuissance européenne : c’est
    le miroir de la déchéance morale d’une droite française prête à
    instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les
    écrans.

    Face aux événements de Ceuta, la droite et l’extrême droite
    sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d’une instrumentalisation
    politique cynique.

    Conclusion

    Les réactions relatives des politiques français adorent le
    Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent
    beaucoup moins leur bled, vu qu’en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves
    candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils
    oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à
    nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers
    l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les
    Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers
    de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de
    sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis.
    Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement
    économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées
    marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les
    tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la
    préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)

    On peut voir ça autrement. On n’imagine pas en effet que les
    quelques dizaines de milliers d’individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés
    par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains
    membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une
    forme d’encadrement peut-être ?
    Parce qu’une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c’est bien mûr on peut
    lancer l’opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand
    on sait qu’on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d’Europe, on a la
    main d’œuvre, ne reste plus qu’à la coaguler autour d’une chimère. Aussi cette
    « fausse » invasion, message ou test, n’est-elle sans doute pas le
    fruit d’un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir
    groupés à l’assaut de l’Europe.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

     

  • Crise de Sebta et propagande du Makhzen : le syndrome algérien.

    Crise de Sebta et propagande du Makhzen : le syndrome algérien.

    C’est une
    mécanique bien rodée, un véritable réflexe pavlovien : dès que les côtes de
    Sebta débordent sous la pression d’une jeunesse désespérée, dès que le cri de
    détresse de milliers de personnes résonne aux portes de l’Europe, les plumes de
    la presse du Makhzen trempent leurs calames dans l’encre du mensonge pour
    pointer du doigt le voisin de l’Est.

    À les
    entendre, ni la misère sociale, ni le chômage endémique, ni l’absence
    d’infrastructures de santé ou d’éducation, ni la corruption généralisée ne sauraient
    expliquer le drame de la frontière. Non ! La faute reviendrait, selon ce récit
    féerique, à des « numéros en +213 » et à de mystérieux algorithmes téléguidés
    depuis Alger.

    La fabrique du bouc émissaire : Quand la fiction masque la stratégie royale

    Pousse-t-on
    le ridicule jusqu’à faire croire que quelques administrateurs de groupes
    WhatsApp auraient le pouvoir d’orchestrer de tels mouvements ? Quelle insulte à
    l’intelligence ! Prétendre que la responsabilité incombe à l’Algérie relève de
    la psychiatrie politique, surtout au regard des révélations documentées par les
    services de renseignement espagnols et occidentaux.

    Car la réalité du terrain et les rapports du CNI (Centre National de
    Renseignement espagnol) dessinent une tout autre vérité, bien loin des
    affabulations de Rabat :

    Une
    ingérence orchestrée au plus haut sommet de l’État : Des rapports confidentiels
    du CNI révèlent que les opérations vers Sebta découlent d’une « stratégie
    parfaitement planifiée et dirigée depuis les plus hautes sphères du pouvoir »,
    impliquant directement un conseiller royal en coordination étroite avec le
    ministre des Affaires étrangères et les chefs des services secrets marocains
    (DGED et DGSN).

    Instrumentalisation
    cynique et portes ouvertes : Des sources de renseignement concordantes et des
    témoignages poignants font état de la libération ciblée par le pouvoir marocain
    de milliers de criminels et prisonniers juste avant les vagues d’assaut. Des
    criminels, des repris de justice, mais aussi des soldats de l’armée marocaine
    ont été littéralement entassés dans des camions, conduits à la frontière et
    escortés jusqu’aux grilles de Sebta par les forces de l’ordre marocaines. Sur
    place, la consigne des policiers était limpide : « Venez, entrez en Espagne ! ».

    Le chantage
    géopolitique comme doctrine : Selon le renseignement espagnol, l’objectif réel
    de ce déferlement organisé n’a jamais été un secret : faire pression sur le
    gouvernement de Pedro Sánchez afin de le contraindre à abandonner sa neutralité
    et à cautionner le plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental.

    Le mensonge
    par procuration démasqué

    Pour donner
    un vernis d’objectivité à leurs fables et masquer ce chantage d’État, les
    organes de propagande du Makhzen citent en boucle le journal espagnol La Razón
    et prétendent s’appuyer sur l’OSINT. Sauf que manque de chance à l’ère du
    numérique : l’article original de La Razón est accessible à tous. Et que
    constate-t-on ? Absolument aucune trace d’une quelconque accusation pénale ou
    étatique visant l’Algérie. L’Audiencia Nacional espagnole enquête sur la
    cybercriminalité et les réseaux de passeurs, pendant que les services secrets
    espagnols, eux, identifient clairement le véritable chef d’orchestre du drame :
    le cabinet royal et ses relais sécuritaires.

     

    Le réel ne
    se dissout pas dans la propagande

    Rappelons
    quelques réalités élémentaires que la manipulation ne saura étouffer :

    Une crise
    sociale exploitée comme arme : Transformer la détresse d’une jeunesse
    abandonnée et de prisonniers utilisés comme de la chair à canon diplomatique en
    une « conspiration algérienne » montre à quel point le régime refuse
    d’affronter ses propres faillites.

    Le trafic
    d’État contre la souveraineté européenne : Utiliser des camions militaires pour
    acheminer des foules à la frontière constitue une violation flagrante du droit
    international et une instrumentalisation criminelle de la misère humaine.

    Conclusion :
    À force de crier au loup…

    Accuser
    l’Algérie pour chaque vague migratoire, chaque émeute sociale, chaque dérive
    autoritaire est une stratégie éculée qui ne trompe plus personne — ni les
    observateurs internationaux, ni les services de renseignement européens, ni les
    citoyens de la région.

    Plutôt que
    d’investir des trésors d’ingéniosité dans la falsification de la presse
    étrangère et la fabrication de boucs émissaires, il serait temps pour le
    Makhzen de regarder en face ses propres méthodes : le chantage migratoire,
    l’usage de la criminalité comme levier diplomatique et le refus de toute
    reddition de comptes interne. On ne soigne pas les béances d’un régime par la
    manipulation, et aucun mensonge géopolitique ne pourra indéfiniment effacer les
    rapports des services de renseignement qui ont déjà mis à nu la vérité.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • L’Algérie est née de sa Libération, pas des arbitrages coloniaux.

    L’Algérie est née de sa Libération, pas des arbitrages coloniaux.

    Un media
    marocain a présenté un article consacré aux archives de Vincennes et aux
    événements d’El Arja et de Ksar Ich qui relève d’une opération de communication
    bien rodée : instrumentaliser la complexité des archives coloniales et la
    détresse de quelques exploitants agricoles pour remettre en cause des réalités
    géopolitiques intangibles. Une note parlementaire d’un député colonial
    (Sabattier) n’a jamais représenté un acte juridique ou un traité international.
    C’était un document de travail parlementaire reflétant les débats internes aux
    factions coloniales françaises (certains plaidant pour l’extension de
    l’Algérie, d’autres pour des accords avec le Sultan
    .

    L’auteur s’appuie sur une note de 1886 d’un député français (Sabattier)
    pour affirmer que la France « savait » que ces terres étaient
    marocaines.
    Une note parlementaire d’un député colonial (Sabattier) n’a
    jamais représenté un acte juridique ou un traité international. C’était un
    document de travail parlementaire reflétant les débats internes aux factions
    coloniales françaises (certains plaidant pour l’extension de l’Algérie,
    d’autres pour des accords avec le Sultan

    La
    réouverture récurrente de la question des frontières par la presse marocaine ne
    relève pas de la quête historiographique, mais d’une stratégie d’agitation
    politique. Face à cette tentative d’altération des faits, une mise au point
    ferme et argumentée s’impose

    Une
    idéologie expansionniste dangereuse :
    Cette rhétorique s’inscrit en droite ligne avec la
    vieille doctrine du « Grand Maroc », un projet expansionniste qui a
    historiquement prétendu englober des territoires algériens, mauritaniens et
    sahraouis.

    Une menace
    pour la stabilité régionale :
    Tenter d’entretenir un irrédentisme territorial à
    partir d’archives coloniales tronquées fragilise l’équilibre sécuritaire déjà
    précaire du Maghreb et viole l’esprit de coexistence pacifique entre les
    peuples de la région.

    La narration
    victimaire autour d’El Arja (2021) et de Ksar Ich procède d’un déni des
    réalités sécuritaires frontalières.

    De la
    tolérance unilatérale à la souveraineté :
    Pendant des décennies, l’Algérie a fait preuve d’une
    tolérance de bon voisinage en laissant des agriculteurs marocains accéder de
    fait à des terres situées sur le sol souverain algérien. Une tolérance n’a
    jamais valant droit acquis.

    Impératifs
    de sécurité nationale :
    La décision de fermer l’accès à ces zones s’inscrit dans le cadre de la
    protection des frontières nationales contre la contrebande, les infiltrations
    et le narcotrafic transfrontalier. Tout État souverain possède le droit
    inaliénable de contrôler l’accès à son territoire et d’y appliquer ses lois.

    Rejeter la manipulation de
    l’histoire coloniale et l’inversion des rôles

    Accuser
    l’Algérie de perpétuer une « dépossession coloniale » constitue un contresens
    historique majeur et une provocation inacceptable.                                                                                                      L‘Algérie, fille de ses
    œuvres et de son sang :
    L’Algérie contemporaine n’est pas l’héritière
    passive de « l’Algérie française », mais le fruit d’une Guerre de Libération
    Nationale héroïque qui a arraché son territoire au prix de lourds sacrifices
    dans les limites territorialement établies.                                            Insulte aux luttes anticoloniales : Présenter l’État algérien
    souverain comme un « colonisateur » poursuivant l’œuvre de l’administration
    française de 1886 est une inversion coupable des rôles. Cette dialectique tente
    absurdement de transformer les libérateurs d’hier en oppresseurs d’aujourd’hui
    pour justifier des prétentions territoriales illégitimes.

    Conclusion

    La
    souveraineté de l’Algérie sur l’ensemble de son territoire national n’est ni
    négociable, ni sujette aux interprétations opportunistes de notes
    parlementaires du XIXᵉ siècle. Le respect des traités signés et le strict
    alignement sur le droit international restent les seules voies valables pour
    garantir la sécurité et la stabilité de la région.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

    Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

    Il existe un
    vieux métier, aussi cynique qu’éprouvé, qui consiste à fabriquer de toutes
    pièces des épouvantails pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation. Jadis,
    cela s’appelait de la propagande grossière. Aujourd’hui, cela se drape sous les
    oripeaux plus élégants d’une « chronique diplomatique ».

    Dans cette
    mise en scène, la Tunisie contemporaine est sommée de renoncer à son âme
    politique et à sa souveraineté pour devenir le théâtre d’un chantage à la
    terreur. Le script est rôdé : le Makhzen dépêche son monarque en chevalier
    blanc un Zorro de pacotille venant déjouer les plans machiavéliques d’un ennemi
    invisible. Ne craignez rien, semble-t-on dire au peuple : Hassan II et Mohamed
    V veillent toujours sur leurs sujets depuis leur position lunaire.

    La fabrique de l’ogre : anatomie d’une manipulation

    À lire une
    certaine presse aux ordres et ses précieux relais éditoriaux, l’Algérie serait
    devenue le monstre hégémonique du Maghreb.

    Chaque prise
    de parole d’Alger cacherait un agenda d’annexion. Chaque déclaration du
    président Algérien annoncerait une invasion imminente. Chaque coopération
    sécuritaire transfrontalière dissimulerait la mise sous tutelle d’un voisin.

    À ce niveau
    de paranoïa orchestrée, on s’étonne presque de ne pas encore voir des soucoupes
    volantes estampillées de l’ANP stationnées au-dessus de Tamanrasset.

    La mécanique
    d’abêtissement est pourtant d’une vulgarité sans nom. On commence par
    caricaturer le parler populaire du président algérien pour dénier toute stature
    d’État à la diplomatie d’Alger. Puis, on instrumentalise une mise en garde
    légitime pour la transformer en « menace existentielle ». On convoque ensuite
    une poignée d’opposants de salon, soigneusement sélectionnés pour fabriquer
    l’illusion d’un consensus. Enfin, le tour de passe-passe s’achève : on
    réinjecte subrepticement le dossier du Sahara occidental véritable névrose
    obsessionnelle du Makhzen et de ses parrains, sommés d’agiter le chiffon rouge
    dès qu’il s’agit d’attaquer l’Algérie.

    Ce n’est
    plus du journalisme, c’est un procès en sorcellerie.

    La géométrie très variable du « droit d’ingérence »

    L’hypocrisie
    atteint ici des sommets d’art contemporain. Les mêmes plumes qui célèbrent
    chaque matin le « droit sacré des puissances » à défendre leurs intérêts vitaux
    découvrent soudain les vertus virginales de la non-ingérence dès lors qu’Alger
    affirme une évidence : l’Algérie ne restera pas spectatrice devant la
    déstabilisation de sa frontière orientale.

    Depuis quand
    une puissance régionale renonce-t-elle à sécuriser son pré carré ?

    Washington
    s’octroie le droit de verrouiller tout le continent américain. Paris défend
    avec les dents les restes de son pré carré africain.

    Ankara projette
    sa puissance militaire de la Méditerranée jusqu’au Caucase. Rabat revendique
    sans vergogne une zone d’influence exclusive du Sahel à l’Atlantique.

    Mais que
    l’Algérie rappelle qu’une implosion de la Tunisie aurait des répercussions
    directes et dramatiques sur sa propre sécurité nationale, et la voilà
    immédiatement traînée dans la boue, taxée d’« empire menaçant ».

    Même comédie
    grotesque concernant la souveraineté tunisienne : voir des chroniqueurs
    habitués à justifier les guerres d’agression, les régimes d’exception, les
    sanctions et les ingérences occidentales se transformer subitement en vierges
    effarouchées et en gardiens du temple de la Convention de Vienne relève de la
    farce. La souveraineté est devenue un principe à géométrie variable : sainte et
    intouchable quand elle sert à frapper Alger, facultative et obsolète le reste
    du temps.

    La réalité du terrain face au théâtre du déni

    Puis vient
    le morceau de bravoure de la propagande, où l’on ose poser la question avec une
    naïveté feinte : « Mais enfin, qui menace la Tunisie ? »

    Comme si le
    Sahel était une station balnéaire pacifiée. Comme si la désintégration de la
    Libye  orchestrée par ces mêmes
    puissances n’avait jamais eu lieu. Comme si la peste terroriste, les trafics
    d’armes lourdes et les réseaux de criminalité transnationale relevaient de la
    science-fiction. Feindre l’ignorance stratégique pour tourner en dérision une
    urgence sécuritaire absolue ne relève plus de la naïveté : c’est une complicité
    idéologique.

    Et pourquoi
    cette fixation systémique sur le Sahara occidental dans un débat sur la
    sécurité tunisienne ? Quel est le rapport ? Aucun. Il s’agit purement et
    simplement de plaquer le logiciel anti-algérien du Makhzen sur n’importe quel
    sujet, d’imposer une grille de lecture unique et d’évacuer soigneusement les
    responsabilités de Rabat dans la déstabilisation régionale. La diplomatie n’est
    plus une analyse des faits : elle est devenue un tribunal fantoche où le
    verdict contre l’Algérie est rédigé avant même l’ouverture de l’audience.

    L’échec d’un logiciel périmé

    Le narratif
    d’une Algérie « isolée », pétrifiée dans la Guerre froide et incapable de lire
    le monde moderne ne tient plus debout. La réalité celle qu’on cherche
    désespérément à masquer  est tout autre :

    1.      Redéploiement
    stratégique :
    L’Algérie
    multiplie et diversifie ses alliances globales, des BRICS aux puissances
    émergentes.

    2.      Ancrage
    africain :
    Elle
    réaffirme sa doctrine de sécurité collective et de co-développement sans
    tutelle néocoloniale.

    3.      Souveraineté
    décisionnelle :
    Elle
    s’impose comme un pivot incontournable dans un monde devenu multipolaire.

    On peut
    contester ces choix, on peut débattre de la méthode. Mais il faut le faire avec
    l’honnêteté des faits, pas avec des contes de fées pour diplomates aux abois. Au
    fond, ces attaques répétées en disent long sur l’impuissance de leurs auteurs.
    Elles révèlent la panique d’un système incapable d’accepter qu’un État
    souverain du Sud refuse de soumettre sa sécurité aux diktats d’un ordre ancien
    ou aux délires d’expansionnisme d’un voisin féodal. L’Algérie n’est pas irréprochable,
    et aucun État ne l’est. Mais réduire sa politique étrangère à des fantasmes
    impériaux relève de la psychiatrie politique. À force de fabriquer des ogres
    pour masquer leurs propres faillites, le Makhzen et ses scribes ne trompent
    plus personne : ce n’est pas l’Algérie qui menace le Maghreb, c’est leur propre
    propagande qui étouffe la vérité.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Ceuta ou le grand mensonge : quand les prophètes du déclin oublient le rôle du Maroc :

    Ceuta ou le grand mensonge : quand les prophètes du déclin oublient le rôle du Maroc :

     

    Et si le
    véritable scandale n’était pas l’immigration… mais la manière dont certains
    transforment chaque crise en croisade idéologique ?

    La presse extrême droite de France, qui nous rapporte les évènements de
    Ceuta, personnellement j’estime à juste titre que c’est donc organisé par le
    Maroc, et pas un mot des média occidentaux !
    Ça me semble en effet
    d’autant plus gros que beaucoup sont déjà repartis au Maroc. Ça me rappelle
    beaucoup la « marche verte » vers le Sahara en 1975.

    Mais il ne faut pas fâcher leur ami le roi, les
    riads et vacances à Marrakech ou Essaouira sont en jeu pour ces journalistes

    À les entendre, tout serait limpide. Ceuta ne serait plus une crise
    diplomatique, ni un épisode géopolitique, ni la frontière sous tension de deux
    continents. Non. Pour la presse d’extrême droite française et sa cohorte
    d’éditorialistes en mal de déclin, Ceuta serait la preuve ultime de l’agonie de
    l’Europe, le grand signe précurseur de l’« effondrement civilisationnel
    » prophétisé depuis des décennies.

    Il faut
    reconnaître une constance à cette école du pire : elle transforme chaque
    convulsion du monde en confirmation de ses propres dogmes. Une émeute ? La
    décadence. Une baisse de natalité ? La décadence. Une crise aux frontières ? La
    décadence. Le réel n’est plus analysé ; il est enrôlé.

    À Ceuta,
    lorsque des milliers de personnes prennent d’assaut les grillages en quelques
    heures, les marchands d’apocalypse dégainent immédiatement leurs grands récits.
    Jean Raspail remplace les diplomates, les fantasmes identitaires étouffent
    l’analyse, et la géopolitique s’efface devant la surenchère théâtrale.

    Mais dans ce
    grand spectacle de la peur, une question fondamentale est soigneusement
    étouffée : comment des milliers d’individus atteignent-ils simultanément une
    frontière surarmée sans que l’État qui la borde n’ait orchestré  ou au moins
    toléré un tel mouvement ?

    Le grand silence de la « diplomatie des riads »

    L’histoire a
    pourtant de la mémoire. Cette manœuvre rappelle étrangement la « Marche verte »
    de 1975 vers le Sahara : une instrumentalisation méthodique des masses à des
    fins d’expansion et de pression stratégique. Il s’agit d’un secret de
    Polichinelle : les événements de Ceuta sont téléguidés depuis Rabat. Et pourtant,
    sidérant constat, une grande partie des médias occidentaux brille par son
    silence ou sa retenue déplacée.

    Pourquoi une
    telle pudeur ? Peut-être parce qu’il ne faut pas fâcher le Roi. Pour une
    certaine élite médiatique et politique, les séjours feutrés à Marrakech, les
    invitations dans les riads de luxe et la douceur des vacances à Essaouira
    valent bien quelques aveuglements stratégiques. On préfère taire la
    responsabilité du royaume chérifien plutôt que de gâcher des privilèges
    mondains.

    Lorsqu’il s’agit
    de tirer à boulets rouges sur Bruxelles, les certitudes de nos pamphlétaires
    abondent. Mais lorsqu’il s’agit d’interroger Rabat, les voix se font soudain
    mielleuses ou prudentes. Comme si le régime marocain bénéficiait d’une immunité
    intellectuelle et médiatique totale.

    Le double piège : crise civilisationnelle vs
    aveuglement volontaire

    Pourtant,
    personne n’ignore que le contrôle migratoire est devenu une arme diplomatique
    majeure. Depuis plus de deux décennies, l’Union européenne subventionne l’externalisation
    de ses frontières extérieures auprès de régimes tiers. En déléguant sa
    sécurité, l’Europe a elle-même forgé l’outil de son propre chantage. La
    migration n’est plus seulement une question humaine ou sociale : elle est
    devenue une monnaie d’échange, un levier d’extorsion géopolitique.

    Cette
    réalité dérange deux camps symétriques et tout aussi coupables :

    Les
    prophètes du déclin
    , qui voient
    dans chaque désespéré l’avant-garde d’une prétendue « invasion démographique »
    et exploitent la peur pour nourrir leur fonds de commerce électoral.

    Les aveugles
    volontaires
    , qui
    refusent d’admettre que certains gouvernements autoritaires utilisent
    froidement les flux humains comme de la chair à canon diplomatique dans leurs
    rapports de force avec l’Europe.

    Les uns
    fabriquent une invasion imaginaire ; les autres cultivent une naïveté complice.
    Entre ces deux postures, la vérité étouffe.

    Reprendre le contrôle du réel

    Car enfin,
    de quoi parle-t-on à Ceuta ? D’une frontière que l’Europe a abandonnée à la
    sous-traitance. D’accords cyniques où la souveraineté européenne est bradée
    contre des promesses de garde-chiourme. De gouvernements européens qui financent,
    coopèrent, puis feignent la surprise et l’indignation lorsqu’un partenaire
    décide d’ouvrir le robinet pour obtenir gain de cause sur le plan diplomatique.

    Voilà le
    véritable scandale. Mais ce scandale est bien moins vendeur qu’un sermon
    haineux sur « la mort de l’Occident ».

    Ceuta mérite
    mieux que des mythes préfabriqués. Cette frontière ne raconte pas la fin de la
    civilisation européenne, mais l’incohérence et la lâcheté de sa politique
    étrangère. Elle révèle le piège d’une Union qui délègue ses principes et sa
    sécurité à des partenaires dont les intérêts stratégiques ne sont pas les
    siens.

    Les
    grillages de Ceuta ne séparent pas seulement deux continents. Ils séparent deux
    exigences morales et intellectuelles :

    Celle qui
    réduit chaque crise à une prophétie apocalyptique pour flatter des bas
    instincts.

    Celle qui
    exige de regarder les faits dans toute leur gravité, d’affronter les chantages
    d’où qu’ils viennent et de dénoncer l’hypocrisie des complaisances bourgeoises.

    Entre le
    prophète de malheur et le diplomate endormi, il existe une place urgente :
    celle du citoyen lucide qui refuse de sacrifier la réalité géopolitique sur
    l’autel des mythologies idéologiques ou des renoncements dorés. C’est cette
    place qu’il est temps de réoccuper haut et fort.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet


    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Non, la colonisation de l’Algérie n’a pas « civilisé » : elle a détruit !

    Certains intellectuels français
    persistent à entretenir la fable d’une colonisation bienveillante,
    civilisatrice, presque nécessaire. Qu’il s’agisse des dithyrambes autour de la
    « conquête » de l’Algérie, ou des diatribes sur la supposée « névrose
    algérienne », un même mécanisme est à l’œuvre : blanchir l’histoire coloniale,
    inverser les responsabilités, et transformer les victimes en coupables.

    Je relève à mon tour que certains
    récits, comme ceux consacrés à l’ouvrage sur la conquête de l’Algérie, on
    croirait presque que la colonisation française aurait été une étape «nécessaire»,
    une aventure civilisatrice, voire un laboratoire social généreux. Une telle
    présentation est non seulement trompeuse, mais dangereuse : elle recycle les
    mythes coloniaux qui, depuis deux siècles, servent à maquiller une guerre de
    conquête en geste humanitaire.

    Des mots « appropriation », «
    cohabitation », « expérimentation sociale » sont des euphémismes indécents. La
    vérité est là : enfumades dans les grottes ((Les estimations oscillent entre
    700 et plus de 1 000 victimes humaines.), villages entiers rasés,
    terres volées, famines organisées, populations réduites à l’indigénat. Entre
    1830 et 1872, un tiers de la population algérienne a disparu. Est-ce cela,
    votre civilisation ?

    Ah, la rengaine est de retour. Chaque
    fois qu’on parle de colonisation, voilà qu’arrivent les défenseurs de «
    l’Algérie française », la larme à l’œil et le verbe docte, pour nous expliquer
    que, sans la France, les Algériens n’auraient jamais découvert ni la roue, ni la
    lumière, ni qui sait l’hygiène. On se demande encore comment ce peuple,
    supposément plongé dans l’obscurité totale, avait réussi à exister plusieurs
    millénaires avant 1830. Miracle ou magie noire, sans doute.

    Non, les
    infrastructures ne furent pas un cadeau

    Ils nous brandissent les routes, les
    ports, l’école comme preuves de modernisation. Mais ces routes servaient
    d’abord aux colonnes militaires ; ces ports exportaient le blé et le vin
    spoliés ; ces écoles formaient une élite docile, tout en maintenant la masse
    dans l’analphabétisme. La colonisation ne construisait pas pour les Algériens :
    elle construisait contre eux, pour enrichir la métropole et asseoir la
    domination.

    Oui, l’Algérie
    s’est forgée, mais dans la résistance

    Ah, celle-là, je
    l’adore. Donc avant les canons de Bugeaud, l’Algérie n’existait pas ? C’était
    un décor vide, avec des figurants qui attendaient sagement qu’un général
    français vienne leur donner un nom, un drapeau et un mode d’emploi ? Comme si
    les royaumes berbères, les dynasties musulmanes, la régence d’Alger étaient des
    hologrammes en attente d’une colonie. Sérieusement ? C’est comme dire qu’un
    incendiaire a « inventé » la maison qu’il vient de brûler.

    C’est Abd el-Kader, pas Bugeaud, qui a
    donné à ce pays son souffle politique. C’est la guerre de libération, pas le
    Code de l’indigénat, qui a forgé l’État moderne. L’Algérie est née du refus
    d’être soumise, pas du joug colonial. Voilà la vérité que vous cherchez à
    travestir.

    Cesser de se
    cacher derrière les échecs du FLN

    Enfin, à vous qui détournez le regard en
    pointant du doigt la corruption, la dictature ou la guerre civile
    post-indépendance : votre argument est fallacieux. Oui, l’Algérie indépendante
    a connu ses drames et ses trahisons. Mais ces échecs n’effacent pas les crimes
    coloniaux, pas plus que la misère actuelle d’un peuple ne justifie qu’il ait
    été autrefois asservi. Et n’oubliez pas : beaucoup des travers du pouvoir
    algérien sont l’héritage direct d’un État colonial militarisé et autoritaire.

    L’Algérie n’est
    pas une invention française

    On lit encore que « l’Algérie est une
    création française ». C’est une absurdité historique. L’Algérie existait bien
    avant 1830, dans sa profondeur humaine, culturelle et politique : royaumes
    berbères, dynasties musulmanes, régence ottomane. Ce que la France a inventé,
    ce n’est pas l’Algérie : c’est une colonie taillée pour servir ses intérêts
    militaires et économiques, construite sur la négation des peuples qui y
    vivaient.

    La mission
    civilisatrice : un alibi pour la spoliation

    L’idée que la colonisation aurait apporté
    l’école, les infrastructures, le progrès est un mensonge répété à l’envi. Les
    routes et les ports ? Ils servaient à déplacer les troupes et exporter les
    richesses vers la métropole.

    L’école ?

    Réservée aux colons et à une élite
    minoritaire, destinée à fabriquer des auxiliaires de l’administration
    coloniale. Pendant ce temps, la grande majorité des Algériens était maintenue
    dans l’analphabétisme et la misère.

    La « mission civilisatrice » fut un
    habillage idéologique. En réalité, la colonisation signifiait spoliation
    massive des terres, apartheid juridique du Code de l’indigénat, et dépossession
    culturelle systématique.

    L’Algérie s’est
    forgée contre, et non grâce à la colonisation

    Ce que la France a voulu étouffer, les
    résistances l’ont fait naître. Abd el-Kader incarne la première affirmation
    nationale, prolongée plus d’un siècle plus tard par la guerre de libération.
    C’est dans la lutte, pas dans l’assimilation forcée, que s’est forgée la
    conscience algérienne. L’Algérie moderne est fille de la résistance, pas de
    l’occupation.

     Mais enfin, regardez
    l’Algérie d’aujourd’hui !

    Certains, pour dédouaner la France,
    n’hésitent pas à pointer les dérives du régime algérien après 1962 :
    autoritarisme, corruption, guerre civile. Mais ce procédé est une diversion.
    Les erreurs des dirigeants algériens ne sauraient en rien justifier ou
    minimiser 132 ans d’apartheid colonial. D’autant que bien des travers de l’État
    algérien indépendant centralisation autoritaire, militarisation du pouvoir sont
    directement hérités de l’organisation coloniale.

    Argument préféré des nostalgiques.
    Traduction : puisque vous avez des problèmes politiques et économiques en
    2025, cela prouve qu’on aurait dû vous coloniser encore un siècle de plus
    .
    Génial. Avec ce raisonnement, on pourrait dire que puisque la France actuelle a
    ses crises sociales et ses scandales de corruption, elle aurait bien besoin de
    se faire recoloniser par qui ? L’Allemagne, pour parler enfin l’Allemand ou
    lieu du Français que l’Afrique presque entière vient de le refuser.

    La vérité ? Elle
    pique

    La colonisation n’a pas apporté la
    lumière, elle a imposé les ténèbres de l’apartheid. Elle n’a pas bâti une
    nation, elle a tenté d’en étouffer une. Elle n’a pas donné, elle a pris. Et
    ceux qui continuent de parler de « bienfaits » ressemblent à ces pickpockets
    qui, après vous avoir volé votre portefeuille, vous expliquent qu’ils vous ont
    « soulagé du poids ».

    Nostalgie
    coloniale : une maladie française

    À force, on se demande si ce n’est pas
    ça, la fameuse « névrose » : cette incapacité de certains Français à tourner la
    page de leur empire perdu, préférant se bercer de contes pour enfants plutôt
    que d’affronter la vérité. Eh bien non, désolé : l’Algérie n’était pas une page
    blanche. Et la France coloniale n’était pas une institutrice bienveillante,
    mais une armée d’occupation.

    Alors, amis nostalgiques, rangez vos
    violons. La civilisation ne sort pas du canon d’un fusil. L’histoire n’est pas
    un roman de cape et d’épée. Et votre empire, quoi que vous en disiez, n’a pas
    laissé des bienfaits mais des cicatrices.

    Assez de
    nostalgie coloniale

    Messieurs les nostalgiques, cessez de
    travestir l’histoire. La colonisation ne fut pas une mission civilisatrice : ce
    fut une spoliation, un apartheid et une guerre de destruction. Persister à la
    présenter comme un bienfait, c’est insulter la mémoire de millions de victimes
    et prolonger l’arrogance d’un empire disparu.

    La seule attitude digne aujourd’hui
    n’est pas la nostalgie, mais la lucidité. La France ne s’abaisse pas en
    reconnaissant ses crimes : elle s’honore. À continuer de se réfugier dans le
    mythe, elle ne fait que retarder le jour où les mémoires pourront, enfin, se
    réconcilier dans la vérité.

    La vérité est claire : la colonisation
    de l’Algérie fut une entreprise de domination violente, qui a détruit des vies,
    des structures sociales et des cultures entières pour enrichir la France et
    asseoir sa puissance. La présenter encore aujourd’hui comme une œuvre «
    civilisatrice » est une insulte à la mémoire des victimes et un obstacle à
    toute réconciliation sincère.

    Reconnaître cela ne signifie pas
    s’enfermer dans une « guerre mémorielle ». Cela signifie simplement dire la
    vérité. Car sans vérité, il ne peut y avoir ni paix des mémoires, ni avenir
    partagé.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

    https://kadertahri.blogspot.com/