Merci pour le carnage : quand le mépris du droit international devient un brevet de vertu.

les larmes de Moloch

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La Presse occidental nous présente cette information : Cisjordanie : une femme perd
son bébé dans une ambulance, bloquée par des soldats israéliens
 !
Quelle information importante ??????  On nous explique qu’Israël subirait une « exigence morale démesurée ». Traduction : exiger d’une
puissance occupante qu’elle respecte les Conventions de Genève et les ordonnances de la CIJ serait un « procès en sainteté ». Le mépris du droit international est désormais vendu comme un acte de courage républicain.

Il paraît qu’il faut dire « merci ». Merci aux procureurs, merci aux
sceptiques, et surtout, aux soldats israéliens, merci aux fossoyeurs. C’est la
toute dernière acrobatie à la mode dans les salons feutrés et les rédactions
climatisées : transformer des monceaux de ruines en brevet de supériorité
morale, et le piétinement méthodique de la Charte des Nations Unies en un acte
de courage tragique.

On nous sert avec une assurance déconcertante la théorie du «
privilège moral
». Israël, nous explique-t-on la larme à l’œil et le
sarcasme sur les lèvres, souffrirait d’un excès d’exigence. On lui en
demanderait trop ! Pensez donc : exiger d’une puissance occupante qu’elle
respecte les Conventions de Genève de 1949, qu’elle applique la IVᵉ Convention
sur la protection des civils en temps de guerre, qu’elle n’affame pas deux
millions d’âmes et qu’elle ne pulvérise pas des familles sous les décombres, ce
serait faire preuve d’un « antisémitisme moral », d’une « obsession
mystique ». Quelle ingratitude de notre part ! Nous devrions au contraire
comprendre que le mépris affiché pour les ordonnances de la Cour internationale
de Justice relevait en réalité de la légitime défense républicaine et du salut
de la civilisation.

Le procédé est aussi ancien que la barbarie, mais il prend soin ici de
s’habiller des oripeaux du cynisme éclairé. Pour blanchir l’inexcusable, on
invoque les fantômes de Grozny, de Mossoul ou du Tigré. Regardez ailleurs, nous
lance-t-on ! Voyez comme le monde est atroce ! Pourquoi vous obstiner à
rappeler les résolutions du Conseil de sécurité
de la résolution 242 à la résolution 2728 exigeant un cessez-le-feu,
alors qu’il y a tant d’autres massacres plus silencieux à travers le globe ?
C’est le triomphe du détournement décomplexé : puisque le sang coule ailleurs,
il serait injuste de refuser à Tel-Aviv son exemption du droit international.

Mais le sommet de la haute voltige intellectuelle réside dans cette logique
où le bombardier devient le seul adulte dans la pièce. Selon ce raisonnement
tordu, dénoncer le risque plausible de génocide identifié par la CIJ
reviendrait à « infantiliser » les Palestiniens, tandis que leur
pilonnage quotidien serait la preuve du respect qu’on doit à des êtres humains
responsables. Le Hamas se cache parmi les civils ? Quelle opportunité
stratégique et philosophique ! Il suffit alors d’éradiquer l’école, l’hôpital
sous protection du droit humanitaire, le quartier et ses habitants pour prouver
au monde qu’on refuse la « pureté intégriste ». On efface ainsi d’un trait de
plume les principes cardinaux de distinction et de proportionnalité pour inventer
l’humanisme par l’anéantissement : massacrer pour enseigner à l’humanité les
dures vérités du « principe de réalité ».

Quant aux milliers de cadavres de gosses, bien sûr, ils sont balayés d’un
revers de manche ironique. Des « chiffres du Hamas », répète-t-on
en boucle sur les plateaux de télévision, au mépris des rapports documentés du
Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, de l’UNRWA ou des ONG
internationales. Les corps amputés à vif ? De la mise en scène. Les
journalistes et les humanitaires ciblés ? Des pertes annexes. Les avis
consultatifs de la CIJ sur l’illégalité de l’occupation ? Des chiffons de
papier. Il faut une dose de morgue peu commune pour réduire les violations
flagrantes du droit international à une simple querelle de comptabilité
sémantique.

Soyons nets. Il n’y a ici aucune « attente mystique », aucun
procès en « sainteté ». Il y a simplement le spectacle navrant
d’un État qui réclame tous les privilèges diplomatiques et la protection du
droit international quand cela l’arrange, tout en appliquant les méthodes du
fait accompli territorial et de la punition collective, exigeant en prime que
le monde applaudisse la performance.

La comédie de la « mauvaise conscience occidentale » ne trompe plus grand
monde. Ce que la Terre entière contemple à Gaza, ce n’est pas la tragique
imperfection d’une nation assiégée ; c’est la laideur nue d’une violence
industrielle en roue libre, drapée dans l’impunité la plus insolente.

Alors non, nous ne dirons pas merci. Nous ne remercierons pas ceux qui nous
somment d’éteindre notre raison et d’enterrer le droit international pour ne
pas déranger le travail des démolisseurs. Et lorsque les sophistes
d’aujourd’hui viendront nous expliquer, avec leur dédain habituel, que
l’Histoire a pardonné parce qu’il le « fallait », il ne leur
restera que la cendre de leurs certitudes et la jurisprudence de leur propre
cynisme pour étouffer le remords d’avoir été les porte-cotons d’une boucherie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »  

https://kadertahri.blogspot.com/

 

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