Affaire Aïssiou : Quand la défense d’un fugitif financier tourne au numéro de victimisation généralisée

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Oh, les pauvres chéris ! Qu’ils sont touchants, nos intellectuels de salon, nos redresseurs de torts à temps partiel et nos spécialistes du sauvetage de millionnaires en fuite !

Mettez-vous deux minutes à leur place : vous signez gentiment une pétition dans le Journal du Dimanche (ce fameux havre de la pensée progressiste) pour sortir du pétrin un saint homme, un modèle de vertu nommé Ayoub Aïssiou. Vous pensiez sauver un courageux dissident politique étouffé par une affreuse dictature. Pas de chance : l’« opposant » en question est surtout réclamé par la justice de son pays pour des affaires très poétiques de faux, usage de faux, blanchiment de flouze et fuites de capitaux. Le genre de profil qui milite généralement depuis les salons VIP des aéroports ou les paradis fiscaux.

Mais qu’à cela ne tienne ! Quand les faits dérangent, les professionnels du prêt-à-penser ont un joker magique : la posture du martyr offensé.

La journaliste Sarah Cattan signe une tribune vibrante d’émotion, le trémolo dans la plume : « On avait signé pour un homme, ils ont répondu en comptant les Juifs ! » Sortez les mouchoirs, la batterie de violons est envoyée à plein volume.

C’est le grand miracle de la bande à Daniel Salvatore Schiffer, Marek Halter et l’inévitable imam Hassen Chalghoumi  le seul imam au monde capable de représenter à lui seul 0,0001 % des musulmans tout en occupant 90 % du temps d’antenne plateau télé. Ces grands esprits s’engagent « à l’aveugle » pour défendre un homme d’affaires impliqué dans de sombres affaires financières, mais attention : si la presse d’en face s’étonne de voir la même claque médiatique pro-israélienne et néo-conservatrice accourir au galop au moindre sifflet, cela devient soudain un complot.

Voyons la séquence :

Étape 1 : On ne vérifie rien. On signe un texte les yeux fermés pour couvrir un individu poursuivi pour délits financiers, en le faisant passer pour un Jean Moulin algérien.

Étape 2 : On se fait choper le nez dans le sac. La presse algérienne aligne les éléments du dossier judiciaire — mandats d’arrêt, procédures, banques détournées.

Étape 3 : On crie au scandale moral. Au lieu d’admettre qu’ils se sont fait pigeonner (ou qu’ils ont sciemment servi de bouclier médiatique), nos pétitionnaires sortent l’esquive suprême : la généalogie et la Victimisation Absolue.

Qu’un journal algérien maladroit ou poussif aille fouiller dans l’état civil de la maman de Schiffer est une sottise grotesque, certes. Mais de là à faire passer toute remise en cause d’un réseau de soutiens politiques bien identifié pour un complot ténébreux, il y a un pas que notre collectif franchit avec des bottes de sept lieues !

Car enfin, qui retrouve-t-on sur la liste des signataires ? Pascal Bruckner, Arno Klarsfeld, Bernard Kouchner, Boualem Sansal, Céline Pina… Le ban et l’arrière-ban des partisans de la ligne dure, des abonnés aux plateaux CNews et des soutiens inconditionnels des politiques les plus à droite d’ici et d’ailleurs. Un hasard métaphysique, sans doute ! Une simple coïncidence statistique !

À aucun moment la tribune de Mme Cattan ne s’interroge sur le fond : Pourquoi diable ce collectif d’« intellectuels » s’investit-il avec tant de ferveur pour empêcher l’extradition d’un homme poursuivi pour blanchiment d’argent ?

De quelle liberté d’expression parlent-ils ?

De celle de transférer des fonds illégalement ?

Mais non, le fond, c’est assommant. Il est tellement plus commode de draper un problème de droit commun dans les habits de la grande cause morale. La méthode est rodée : on fait de la politique de réseaux, on monte au créneau pour les copains ou les utiles du moment, et dès qu’on vous demande des comptes sur l’escroquerie judiciaire sous-jacente, vous accusez la terre entière d’être habitée par une haine ancestrale.

Bref, un spectacle comique si la manœuvre n’était pas si grossière. Quand la justice d’un pays réclame un homme pour des délits financiers, nos beaux esprits découvrent subitement les vertus du doute, mais uniquement pour l’accusé. Pour eux-mêmes, le doute n’existe pas : ils sont le Camp du Bien, incritiquables, intouchables, et surtout… affreusement victimes.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »          

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