La presse de l’extrême droite sioniste de France semble perdre les pédales et propose une grille de lecture très critique des mouvements lycéens et étudiants récents, du slogan « Bismillah, c’est les ténèbres », ainsi que du rôle joué par Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise.
On croyait le stock d’aigreur nationale à sec, mais non : la réserve fédérale des éditorialistes en charentaises tourne encore à plein régime. Un pamphlétaire d’arrière-garde vient de nous pondre son chef-d’œuvre de paranoïa bourgeoise, où quelques lycéens en doudoune et un slogan piqué à un flic infiltré suffisent à faire trembler les fondations de la République.
Le pitch ? Du grand art. Les jeunes qui manifestent ne seraient pas révoltés par les massacres à Gaza ou par l’avenir bouché qu’on leur fabrique sur mesure : non, ils seraient simplement les figurants décérébrés d’un complot d’outre-tombe tricoté par Jean-Luc Mélenchon. Quel génie !
La panique morale du « grand remplacement » linguistique
Regardez-les trembler devant trois mots d’argot. Un pauvre condé sous couverture tente de jouer les djeun’s sur Snapchat, se prend les pieds dans le tapis sociologique, et voilà nos beaux esprits convaincus que le « rêve islamiste » a pris d’assaut les cours de récréation. Pour ces prophètes du déclin, la moindre syllabe empruntée à l’arabe dans une cour de lycée n’est pas de l’argot urbain : c’est l’avant-garde des armées du califat. À ce niveau de phobie linguistique, entendre quelqu’un dire « wallah » au rayon surgelés doit ressembler à une sommation d’abdiquer.
La mécanique du déni : l’indignation sous passe-droit
Le plus comique — ou le plus sinistre — reste la méthode. Pour ne surtout pas avoir à répondre à des jeunes qui dénoncent un carnage humain et l’hypocrisie internationale, l’auteur sort la boîte à clichés. C’est tellement plus reposant :
Psychologiser la colère : Si un lycéen porte un drapeau palestinien, ce n’est pas une conscience politique, c’est de la naïveté manipulée par un vieillard en manque de barricades.
Inverser la morale : Les vrais monstres ne sont pas ceux qui ferment les yeux sur les massacres, mais les gamin(e)s qui s’en indignent.
Plaquer l’étiquette rouge : Agiter le spectre de l’« islamo-gauchisme » comme un hochet pour éviter de prononcer les mots qui fâchent : droit international, justice, dignité.
C’est la grande supériorité du pamphlétaire de salon : il décrète d’avance qui a le droit de pleurer et qui a le devoir de fermer sa gueule. Les victimes de la guerre ont le « mauvais goût » de déranger la tranquillité de leurs éditos ? Qu’à cela ne tienne, on accuse la jeunesse d’être pervertie !
Les « idiots utiles » ne sont pas ceux qu’on croit
Ce media ricane de la « copie comique » de Mai 68, convaincu de détenir la patente de la vraie liberté de penser. Mais qui est le plus ridicule ? La jeunesse qui s’insurge contre la barbarie avec la fougue et les erreurs de son âge, ou le rentier du commentaire qui distribue les brevets d’honorabilité depuis son fauteuil, trop effrayé par l’histoire qui s’écrit dehors ?
Pendant que ces nostalgiques du XIXe siècle auscultent le vocabulaire des banlieues avec une loupe de criminaliste, ils ratent l’essentiel : la jeunesse n’a pas besoin de la flûte de Mélenchon pour voir que le monde tourne à l’envers. Et s’il y a des esprits profondément malades dans cette histoire, ce sont bien ceux qui préfèrent criminaliser la compassion plutôt que d’affronter la réalité d’un génocide qu’ils s’obstinent à ne pas voir.
Bref, leur « grande restauration » sent la naphtaline et la trouille. Qu’ils se rasurent : l’Histoire continue de s’écrire sans leur permission. Et certainement pas en charentaises.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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