Auteur/autrice : Wahrani

  • France : L’illusion de l’abondance, la réalité des vies rétrécies

    France : L’illusion de l’abondance, la réalité des vies rétrécies

    En France, la statistique ne relève plus du simple chiffre de travail : elle prend la forme d’une sentence quotidienne. Quand une personne sur deux déclare ne plus pouvoir vivre dignement, nous ne sommes plus face à une crise passagère ou à des accidents de parcours individuels. Nous assistons à une bascule structurelle, à l’effondrement feutré mais dévastateur de notre pacte social.

    L’enquête menée par le Pacte du pouvoir de vivre et la Fondation Jean-Jaurès auprès de 12 000 répondants met à nu ce que l’arbitrage comptable s’obstine à masquer. La pauvreté ne s’arrête pas au seuil officiel de 15,4 %. Elle s’infiltre partout, rongeant le quotidien des classes populaires et des classes moyennes. Renoncer à une alimentation de qualité par manque de moyens, redouter la prochaine facture d’énergie comme une menace existentielle, voir les jeunes étouffer sous la pression des loyers dès leur entrée dans la vie adulte : voilà la réalité d’une majorité.

    Ce retrait forcé du monde débouche sur ce que les chercheurs nomment des « vies rétrécies ». On ne choisit plus ses projets, on comptabilise ses dépenses au centime près. Et dans ce rétrécissement de l’existence, un second poison s’infiltre : l’isolement social.

    Un tiers de nos concitoyens déclare aujourd’hui n’avoir personne sur qui compter en cas de coup dur. 35 % d’hommes et de femmes privés de filet de sécurité relationnel, d’écoute ou d’entraide. Lorsque la contrainte financière oblige à sacrifier les sorties, les engagements, les transports et les lieux de sociabilité, la solitude devient la peine double de la précarité. Une société qui isole à ce point est une société qui s’épuise. Il n’est donc pas surprenant que 95 % des Français perçoivent notre quotidien comme profondément conflictuel, sous la pression combinée des incivilités et de l’explosion des inégalités.

    Face à ce diagnostic alarmant, la cécité politique et la réponse autoritaire ou méprisante ne sont plus seulement des erreurs d’appréciation : elles constituent un gâchis démocratique absolu. Abandonner la jeunesse à l’angoisse de son avenir et ignorer la détresse des ménages, c’est dérouler le tapis rouge aux colères aveugles et aux replis identitaires.

    Il y a urgence à sortir du déni. Restaurer la dignité ne se fera ni par des incantations ni par des demi-mesures technocratiques, mais par une redéfinition radicale de nos priorités : garantir des revenus et des logements décents, reconstruire des services publics de proximité et refonder les espaces de solidarité. Le temps n’est plus aux promesses d’ajustement, mais à l’action immédiate.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Délire néocolonial : quand Paris réinvente l’histoire au pays de l’uranium

    Délire néocolonial : quand Paris réinvente l’histoire au pays de l’uranium

    Il y a des jours où la presse française atteint des sommets de voltige mentale qui forcent l’admiration. Prenez cet article du Point (oui, encore eux), intitulé avec un frisson d’épouvante surjouée : « En Algérie, la tentation d’une fuite en avant militaire ». On croirait lire un vieux scénario de la Guerre froide réchauffé au micro-ondes par un éditorialiste en mal de sensations fortes.

    Selon notre brillant plumitif, l’envoi de troupes ou de matériel algérien au Niger pour sécuriser les frontières ou stabiliser la région serait l’événement stratégique du siècle, comparable ni plus ni moins à la décennie noire. Rien que ça ! Rien sur les décennies de pillage de l’uranium nigérien par Areva/Orano sous protection de la françafrique, bien sûr. Non, le grand danger pour l’univers, c’est l’Algérie qui bouge le petit doigt hors de ses frontières. L’hôpital qui se moque de la charité, version casquette militaire et bachi-bouzouks journalistiques.

    La grande peur du gendarme de salon

    L’auteur nous sort la totale : Jean Cocteau, la « machine infernale », la boîte de Pandore, les grands frissons dans le dos. On imagine le journaliste, un café tiède à la main, tremblant à l’idée que l’armée algérienne ose faire ce que les armées occidentales font en toute impunité depuis un siècle : exister et bouger.

    L’argumentaire est un chef-d’œuvre de contorsion : quand Paris piétine la souveraineté sahélienne pendant des décennies au nom de la « démocratie » (et surtout des mines d’uranium d’Arlit), c’est de la haute diplomatie humanitaire. Mais quand l’Algérie regarde ce qui se passe chez son voisin du Sud, c’est une « fuite en avant ». La mauvaise foi est tellement épaisse qu’on pourrait la couper au couteau.

    Quand la mauvaise foi se prend pour de la géopolitique

    C’est ironique, venant d’une feuille de chou qui passe son temps à agiter le chiffon rouge du péril algérien selon les commandes de Paris ou les humeurs de la rédaction. Rebaptiser la réalité pour faire plaisir au prêt-à-penser parisien, c’est un art consommé. Mais réduire les dynamiques régionales à une simple paranoïa de caserne relève soit d’une cécité clinique, soit d’un cynisme de bon aloi. L’auteur de ces lignes aura beau jeu de regarder ailleurs en oubliant que le soutien occidental a longtemps nourri les pires turpitudes de la région.

    Le grand paradoxe d’Arlit : la lumière pour Paris, l’obscurité pour le Niger

    Pendant plus d’un demi-siècle, les mines d’Arlit et d’Akouta dans le nord du Niger ont alimenté une part importante du parc nucléaire français. À certaines périodes, une ampoule sur trois en France brillait grâce à l’uranium nigérien. Pourtant, le contraste entre la destination du minerai et le sort de ceux qui l’extraient donne la mesure du scandale :

    Un pays sous-développé et sous-perfusé : Bien que le Niger ait figuré parmi les producteurs mondiaux d’uranium, il est resté durablement ancré au bas du classement de l’Indice de développement humain (IDH) des Nations unies. La grande majorité de la population locale n’a longtemps même pas eu accès à l’électricité, y compris dans les zones d’extraction minière comme Arlit, où l’énergie produite était locale mais prioritairement réservée aux sites industriels.

    L’asymétrie de la valeur ajoutée : Des analyses macroéconomiques de la chaîne de valeur ont souvent souligné qu’une infime portion de la richesse finale générée par l’électricité nucléaire européenne revenait réellement dans les caisses de l’État nigérien. Les contrats, ficelés à l’époque coloniale et post-coloniale, garantissaient des exonérations fiscales massives aux multinationales et des prix d’achat bloqués au détriment des intérêts souverains du Niger.

    Le coût écologique et sanitaire : le passif invisible : L’autre angle mort de la présence industrielle occidentale au Sahel concerne la dette environnementale. L’extraction de l’uranium à ciel ouvert ou en souterrain génère des millions de tonnes de résidus radioactifs et de poussières contaminées.

    La gestion des stériles : Pendant des décennies, les populations locales ont vécu à proximité immédiate de sites de stockage de déchets peu ou pas sécurisés selon les standards rigoureux appliqués en Europe.

    La santé publique et l’opacité : Les associations de défense des droits humains et de l’environnement (comme Greenpeace ou des ONG locales) ont maintes fois documenté la prévalence de maladies respiratoires et de cancers chez les anciens mineurs et les riverains. Les entreprises ont longtemps minimisé ces risques, cultivant une opacité totale sur la contamination des nappes phréatiques dans cette région aride où l’eau est un bien plus précieux que l’or noir ou l’uranium.

    La géopolitique de la « sécurité » : le cache-sexe militaire : Pendant des années, le narratif officiel occidental a justifié la présence militaire au Sahel (opérations Serval, puis Barkhane) par la lutte contre le terrorisme jihadiste. Mais pour les populations et les observateurs lucides de la région, cette équation avait un envers géostratégique indissociable : protéger les axes d’approvisionnement et maintenir une zone d’influence directe sur les gisements stratégiques.

    L’ingérence déguisée en stabilité : Quand les régimes locaux garantissaient la docilité face aux intérêts extractifs occidentaux, les coups d’état ou les dérives autoritaires trouvaient souvent une forme de mansuétude diplomatique à Paris ou à Bruxelles. En revanche, dès que la souveraineté commence à être invoquée ou que les partenariats se diversifient (vers la Chine, la Russie ou d’autres acteurs), le vernis de la « démocratie » vole en éclats pour laisser place aux foudres de la realpolitik.

    Le réveil de la souveraineté : Les soubresauts politiques récents au Sahel et au Niger traduisent précisément un rejet viscéral de cette tutelle. La volonté de nationaliser certains actifs, de dénoncer les accords léserins et de diversifier les alliances (notamment dans la gestion minière) marque la fin de l’impunité pour les monopoles historiques.

    Le modèle d’exploitation de l’uranium au Niger a fonctionné pendant des décennies comme une pompe à richesses unilatérale, délocalisant les risques écologiques et sanitaires au Sud tout en capitalisant les profits et la sécurité énergétique au Nord. S’indigner aujourd’hui de la rupture de ce cordon ombilical en invoquant un prétendu « péril » ou une « fuite en avant » des pays africains relève soit d’une amnésie historique coupable, soit d’un cynisme colonial recuit qui refuse d’admettre que le temps du pillage en damier (gant de velours) est bel et bien révolu.

    À force de vouloir réécrire l’histoire à coups de métaphores grandiloquentes, Le Point finit par nous offrir un divertissement de premier choix. C’est grotesque, c’est pathétique, mais qu’est-ce que ça fait rire jaune !

    L’Algérie sera toujours l’Algérie….

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Un media du Makhzen découvre l’eau tiède sur un vieux post LinkedIn de fonctionnaire en préretraite pour crier victoire !

    Un media du Makhzen découvre l’eau tiède sur un vieux post LinkedIn de fonctionnaire en préretraite pour crier victoire !

    Quand la diplomatie officielle patine et que les revers internationaux s’accumulent, la presse du Palais n’a plus qu’une botte secrète : exhumer un vieux post LinkedIn de fonctionnaire en préretraite pour crier victoire. Visite guidée dans les coulisses d’une propagande en kit, entre schizophrénie narrative et méthode Coué.

    Il y a des jours où la créativité journalistique des officines rabattues au service du Palais atteint des sommets stratosphériques de vacuité. Le dernier chef-d’œuvre en date, signé Aziz Daouda dans sa tribune aux allures de prière du soir, nous vend du rêve réchauffé avec l’enthousiasme d’un VRP de marée basse. Armé d’une trouvaille d’une modernité absolue : un post LinkedIn d’un retraité de l’ONU, monsieur Julian Harston, ex-patron de la MINURSO entre 2007 et 2009.

    Oui, vous avez bien lu : un quarteron de nostalgiques exhumé des limbes numériques pour venir certifier, tampon officiel à l’appui, que le Maroc a raison depuis un demi-siècle. C’est beau comme un communiqué de l’entité Sioniste d’Israël, un jour de fête biblique.

    Le grand frisson de la méthode Coué et le LinkedIn de la dernière chance

    Le papier du jour s’articule autour d’une rhétorique bien rodée : face aux revers diplomatiques qui s’accumulent et aux réveils un tantinet brutaux du Conseil de sécurité, on sort l’artillerie lourde… du copier-coller de réseau social. On nous rejoue la partition habituelle : « Regardez comme ils ont peur à Alger ! » Avec un sens du ridicule qui frôle l’art contemporain, nos publicistes du régime croient effrayer des voisins en leur brandissant un texte déniché sur un fil d’actualité professionnel, entre deux infographies sur la supply chain et un post de coach en développement personnel. C’est le niveau zéro de la diplomatie d’influence : faire de la prose d’un vieux fonctionnaire international en préretraite une révélation divine.

    On imagine sans peine la scène dans les rédactions du pouvoir : Patron, catastrophe, le Conseil de sécurité nous ignore et la diplomatie patine ! Qu’est-ce qu’on fait ?  Sors-moi la pelle, va chercher un ancien de la MINURSO sur LinkedIn, n’importe lequel, pourvu qu’il dise du mal des voisins !

    Demain, on nous sortira le tweet d’un stagiaire de l’OMS ou le post Instagram d’un chef de projet en plomberie sanitaire pour prouver que la terre est plate et que le Sahara est au centre de l’univers.

    La schizophrénie narrative : l’art d’inverser les rôles

    Mais le sommet de la comédie réside dans la grande contradiction narrative qui anime ces colonnes. D’un côté, on nous peint l’Algérie comme un pays au bord de l’effondrement, miné par des dirigeants vieillissants, un peuple qu’on affame et un modèle économique calciné qui aurait englouti des milliards en pure perte. Bref, une épave flottante au milieu du désert.

    Mais de l’autre côté de la même page, ce même pays serait doté d’une puissance maléfique et tentaculaire telle qu’il parviendrait à tenir en échec la diplomatie marocaine, à manipuler New York, à séquestrer des populations entières et à bloquer à lui seul la marche triomphante de l’Histoire. Faudrait savoir : soit le voisin de l’est est un nain politique grabataire qui avance avec un déambulateur, soit c’est le grand ordonnateur de la galaxie. Cette contorsion intellectuelle a de quoi donner des vertiges même au meilleur contorsionniste du Cirque du Soleil.

    Les feux de la rampe pour masquer le vide

    Le texte s’enfonce ensuite dans des délires historiques dignes d’une cour de récréation sous influence. On y ressort le vieux grimoire des « mercenaires déguisés », des camps de Tindouf prétendument peuplés de « Marocains séquestrés » une trouvaille magique qui ferait passer n’importe quel recensement pour un sketch de boulevard et l’éternel refrain du « caillou dans la chaussure ».

    On sourit doucement en lisant ces leçons de morale géopolitique débitées par des plumitifs dont le métier consiste précisément à maquiller la soumission en souveraineté triomphante. Quand le Conseil de sécurité rappelle les réalités ou que les équilibres bougent, la réaction épidermique est toujours la même : on hausse le ton, on multiplie les imprécations grandiloquentes et on agite le chiffon rouge de l’autonomie comme un hochet pour calmer les angoisses d’une diplomatie en plein marasme. شدة الصراخ من شدة الألم, disait l’adage : plus le discours tonne, plus la gamelle est vide. Hurler très fort dans le vide n’a jamais empêché les fondations de s’écroûter.

    Le réel finit toujours par souffler à la figure

    En somme, que nous restera-t-il de ces grandes messes textuelles et de ces triomphes en kit ? Rien d’autre qu’un immense éclat de rire face à cette diplomatie d’opérette, où l’on s’évertue à repeindre les façades d’un Titanic en perdition pendant que l’orchestre joue du LinkedIn. À force de confondre les communiqués de propagande avec les lois de la gravité, les scribouillards du Palais finiront bien par s’apercevoir d’une chose : on a beau hurler très fort pour faire taire le vent, le réel finit toujours par vous souffler à la figure. Mais d’ici là, laissons-les dans leur bulle enchantée après tout, refaire le monde à coups de copier-coller et de vœux pieux reste encore le plus beau spectacle comique de la saison.

    Et sans rancune, aux scribouillards du Palais malgré tout ?

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Le veto de Moscou met la basse-cour du Palais

    Le veto de Moscou met la basse-cour du Palais

    La MINURSO est morte, vive la bonne franquette du mensonge !

    Il paraît qu’au royaume de la lune de miel éternelle avec le Palais, on ne pleure pas les morts : on les maquille. L’article que nous livre la presse du Makhzen pour commenter le veto russe au Conseil de sécurité est une petite merveille d’orthopédie mentale. C’est du grand art, du sur-mesure pour esprits confinés : quand un train vous fonce dessus et vous laisse sur le carreau, c’est la faute des rails, du mécanicien et, tant qu’on y est, de la météo.

    Selon notre plumitif de service un de ces inlassables saltimbanques de la cour qui preste des courbettes dès que le vent souffle du bon côté, le veto de Moscou à l’ONU ne serait pas un coup de balai diplomatique, mais une « machination » de Washington. Ah, la belle affaire ! La Russie brandit un véto bien lourd, enterre la MINURSO avec les honneurs du feu de camp, et c’est l’oncle Sam qui se retrouve avec le cadavre dans le coffre. C’est magique. À ce niveau de mauvaise foi, on n’est plus dans le journalisme, on est dans le miracle permanent.

    Le meurtre du canard boiteux : Moscou tire, l’autre crie au loup

    Reprenons les faits, puisque visiblement, les chiffres et la géographie font des allergies dans les rédactions officielles.

    Un projet américain recueille 11 voix sur 15.

    Une seule voix s’y oppose : celle de la Russie. Un véto, un vrai, net et massif.

    Le contre-projet de Moscou ? Trois malheureuses petites voix, planquées au fond de la salle comme des élèves pris en train de fumer derrière les toilettes.

    Mais non ! Pour notre scribe aux ordres, ce grand plongeon dans le ridicule géopolitique est un « triomphe ». Moscou aurait abattu la mission onusienne par amour de la paix, et le Makhzen applaudit des deux mains en espérant un strapontin. C’est beau comme l’antique. On réécrit l’histoire avec la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine marocaine, tout en jouant les vierges effarouchées devant la « duplicité » américaine.

    Le clou du spectacle reste cette pirouette sémantique où la Russie, après avoir torpillé le machin onusien, vient nous expliquer le plus sérieusement du monde qu’elle se soucie de « l’organisation territoriale » des habitants. Traduction simultanée pour les distraits du bocal : le référendum d’autodétermination est enterré sous le tapis depuis belle lurette, mais on continue de danser la gigue autour de la tombe en faisant mine d’invoquer les grands principes.

    La valse des faux-nez et des plumitifs en service commandé

    Onze voix pour, une seule voix contre, et c’est l’Oncle Sam qui « porte le chapeau » ? Allons donc ! À force de vouloir faire avaler des couleuvres grosses comme des boa constrictors à l’opinion publique, les plumitifs du Palais risquent l’indigestion chronique.

    Ce texte n’est pas une analyse diplomatique : c’est une séance de contorsionnisme mental, un chef-d’œuvre de cynisme de salon où l’on s’arrange avec la vérité à coups de trique et de slogans prémâchés. Mais rassurons-nous : pendant que la diplomatie s’embourbe dans ses propres mensonges, le bon peuple, lui, a depuis longtemps compris que le roi est nu. Sauf que dans cette cour des miracles, les courtisans s’esbaudissent en chœur pour saluer la magnifique qualité de son pyjama invisible.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Quand la plume du Makhzen déraille sur le rail algérien :

    Quand la plume du Makhzen déraille sur le rail algérien :

    Quand la presse du Makhzen s’improvise experte en haute finance, cela donne un naufrage journalistique mémorable ! 🚂📉

    Entre fantasmes de banqueroute et ignorance totale des mécanismes bancaires africains (où l’Algérie est le 3ᵉ actionnaire de la BAD), certains chroniqueurs rivalisent de zèle pour plaire au Palais. Une belle démonstration d’une plume en quête permanente de satisfecit royal.

    Dans une lecture de la presse du Makhzen, on connaissait le journalisme d’investigation, le journalisme d’opinion, et même le journalisme de préfecture, mais avec le média proche du Palais et ses pairs du royaume de l’illusion, cette presse sous perfusion palatiale vient d’inventer un nouveau genre : la comptabilité de café du commerce appliquée à la haute finance africaine.

    Dans une tirade enflammée où le ridicule dispute le haut du pavé à l’incompétence technique, un veilleur du Makhzen pousse des cris d’orfèvre effarouché : « L’Algérie s’endette ! Le train de la souveraineté roule à crédit ! »

    Sauf qu’à force de regarder par le petit bout de la lunette du Palais, le rédacteur en chef s’est pris les pieds dans le tapis des réalités financières internationales. Décryptage d’un naufrage journalistique sur fond d’obsessions algorithmiques anti-algériennes.

    La leçon de finance d’un élève qui ne sait pas lire un bilan

    Reprenons les chiffres, car la rigueur contrairement au zèle monarchique exige un minimum d’honnêteté intellectuelle.

    L’auteur hurle au loup en voyant passer des lignes de financement de la Banque Africaine de Développement (BAD). Ce qu’il oublie commodément de préciser à ses lecteurs (sans doute jugés trop crédules pour vérifier), c’est une donnée pourtant fondamentale : l’Algérie n’est pas un mendiant au guichet de la BAD, elle en est le 3ᵉ actionnaire africain avec 5,6 % du capital, soit un engagement de plus de 11,5 milliards de dollars.

      ALGERIE (Actionnaire à 5,6% / ~11,5 Mds $)

              │

              ├────── Mobilisation de fonds propres adossés ────┐

              ▼                                                ▼

    ┌───────────────────┐                             ┌───────────────────┐

    │ Banque Africaine │ ── Prêt adossé (~1 Md $) ──>│ Ligne Ferroviaire│

    │ de Développement │                             │ Alger-Tamanrasset│

    └───────────────────┘                             └───────────────────┘

    En clair :

    L’auto-adossement financièrement intelligent : Techniquement, l’Algérie ne subit pas un « prêt extérieur classique » aux conditions draconiennes du FMI. Elle mobilise une fraction de son propre capital auprès d’une institution financière intergouvernementale dont elle est co-propriétaire.

    La réalité des proportions : Le concours de la BAD sur ce projet d’envergure transsaharienne s’élève à environ 900 millions d’euros (près d’un milliard de dollars), rapporté à un coût global qui dépasse les 3,2 milliards de dollars.

    Le ratio réel : Les financements d’appoint extérieurs représentent moins d’un tiers de l’opération. Le reste ? Financé cash sur fonds propres par le budget national.

    Mais évidemment, expliquer qu’un État utilise les leviers bancaires multilatéraux dont il détient lui-même les clés de coffre-fort cassent la narration de « la banqueroute » patiemment tricotée dans les salons dorés.

    Le grand écart comique des valets de presse

    Il y a une poésie macabre à lire la prose des scribes du royaume quand ils tentent d’expliquer au reste du continent ce qu’est la souveraineté économique.

    « Le régime ne s’endette pas, il se fait mettre des fonds à disposition », ironise le journaliste.

    C’est l’hôpital qui se moque de la charité, servi sur un plateau d’argent. Voir la presse officielle d’un pays surendetté auprès des bailleurs internationaux donner des leçons de souveraineté budgétaire à un voisin qui finance 70 % d’un mégaprojet ferroviaire sur sa propre cassette, cela relève de l’acrobatie mentale de haut niveau.

    Pour notre pamphlétaire d’occasion, 1 500 kilomètres de rails à travers le Sahara ne sont qu’un « projet de communication ». Bien sûr ! Relier le Méditerranée au cœur de l’Afrique subsaharienne, désenclaver des régions entières et structurer l’infrastructure du continent ne sert à rien si l’on ne peut pas couper le ruban en fracassant son propre budget.

    La bave du crapaud et la caravane du rail

    Le reste de l’article déroule le chapelet habituel des clichés usés jusqu’à la corde : les queues de lait, le poulet, et l’effondrement prétendu du monde. Une soupe tiède servie aux lecteurs pour tenter de masquer la panique stratégique que suscite le développement des infrastructures logistiques du voisin du Nord.

    Ce que révèle cet article, ce n’est pas une défaillance de l’économie algérienne ; c’est la soumission intellectuelle d’une plume en quête permanente de satisfecit royal. À force de vouloir plaire au Makhzen, l’auteur livre une caricature d’analyse, truffée d’omissions volontaires et de raccourcis grossiers.

    L’Algérie construit son réseau, sécurise ses investissements et fait tourner son capital bancaire africain. Pendant ce temps, sur le papier journal du royaume, le train de Tamanrasset roule déjà… mais c’est l’auteur qui reste sur le quai, avec sa grille de lecture complètement dépassée.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Le Makhzen et sa diplomatie du tournevis crie au miracle :

    Le Makhzen et sa diplomatie du tournevis crie au miracle :

    On pensait avoir tout vu en matière d’autosatisfaction, mais la presse du Makhzen vient de signer un chef-d’œuvre : transformer le démontage d’une exposition photo dans un couloir de l’ONU en victoire géopolitique historique. Entre effets de manche, communiqués triomphalistes et illusion permanente.

    On pensait avoir tout vu dans la catégorie « autosatisfaction de compétition », mais la presse du Makhzen vient de signer un chef-d’œuvre. Lisez, admirez, savourez : chez les scribes du Palais, le décrochage d’un cadre photo par les services de sécurité de l’ONU est désormais élevé au rang de triomphe stratégique majeur, d’épopée héroïque et de masterclass diplomatique.

    Le pitch est d’une simplicité biblique. Des ONG, appuyées par plusieurs délégations, installent une exposition de photos sur le quotidien des réfugiés sahraouis dans les couloirs des Nations unies. Horreur, sacrilège et crise d’urticaire chez les représentants du Royaume ! Les diplomates maison sautent sur leurs téléphones, agitent les règles administratives et obtiennent le démontage des panneaux. Résultat des courses ? Des tirades dithyrambiques sur la « clairvoyance », la « vigilance » et la « rigueur institutionnelle » marocaine.

    La victoire du tournevis

    Il faut mesurer le niveau de l’exploit. Déménager des cadres en bois et plier des tréteaux devient ainsi une « défaite cuisante pour le camp adverse ». Si on suit la logique du texte, effacer des images et faire disparaître des visages d’un couloir relève du génie tactique. On croyait la diplomatie faite de négociations, d’alliances et de vision politique ; on apprend qu’au Palais, elle se mesure au nombre de mètres carrés nettoyés avant l’arrivée du personnel de ménage.

    L’auteur du texte, visiblement très soucieux d’obtenir les bonnes grâces et le coup de tampon de sa hiérarchie, nous explique avec une gravité tragique que l’ONU ne saurait être une « vitrine ». On repensera à la poésie de la formule la prochaine fois que les communicants du pouvoir nous vendront la moindre poignée de main informelle dans un couloir new-yorkais comme une adhésion planétaire à leur cause.

    L’illusion comme doctrine

    Ce qui prête à sourire pour ne pas dire à rire jaune, c’est cette obsession d’accuser l’autre de « mise en scène » et de « propagande » tout en rédigeant un pamphlet de quatre-vingts lignes sures… des accrochages de murs. Pour le rédacteur, montrer des portraits d’humains est une « manœuvre cousue de fil blanc », mais consacrer trois pages de superlatifs au travail des décrocheurs de cadres, c’est de l’information pure et dure.

    Derrière l’ironie des slogans et la prose grandiloquente se cache la réalité habituelle de cette communication de bureau : présenter chaque micro-incident de couloir comme une victoire de la civilisation, dissimuler les blocages de fond sous des effets de manche, et espérer que le lecteur oubliera de poser la seule vraie question. Car une fois les photos rangées dans les cartons et les diplomates rentrés à l’hôtel, la situation diplomatique, elle, n’a pas bougé d’un millimètre. Mais peu importe la réalité, pourvu qu’on ait le communiqué.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • La soupe identitaire réchauffe les mêmes vieux plats

    La soupe identitaire réchauffe les mêmes vieux plats

    Ah, le grand frisson médiatique de l’automne 2026 ! Ouvrez les vannes, sortez les violons de la rescousse et préparez les cotillons pour le retour des grands inventeurs de la roue idéologique. Dans son dernier manifeste – qu’on nous vend avec le sérieux d’un notaire découvrant un testament truqué –, la grande prêtresse autoproclamée des plateaux télévisés, Barbara Lefebvre, vient de nous pondre un petit chef-d’œuvre de bien-pensance en Loden.

    Sous sa plume, le sieur Mohamed Louizi est érigé en « doux radical » de l’humanisme. Un « Soljenitsyne du dimanche » qui aurait bravé tous les dangers pour nous expliquer quoi ? Que les enfants des quartiers ne jouent pas aux billes mais s’entraînent à devenir des machines de guerre sous l’œil inquisiteur de la charia, guidés par un « moteur de la peur » à douze pistons. Rien que ça ! On se croirait dans un mélange improbable entre un manuel de mécanique agricole et un roman de gare pour cathos paniqués du seizième arrondissement.

    Mais qu’on ne s’y trompe pas : derrière le vernis de l’analyse sociologique de pacotille, ce texte pue le vieux renfermé du sous-produit idéologique. C’est le grand retour du disque raye de l’extrême droite littéraire, celui qui mélange tout pour mieux justifier l’injustifiable.

    Le « Mur Mental » et autres balivernes de salon

    Le concept est beau sur le papier, il faut le reconnaître : le fameux « mur mental ». Oubliez la pauvreté, la ségrégation territoriale, les politiques publiques exsangues, les services publics laminés à coups de taille-crayon budgétaire et le mépris social systémique ! Non, le problème de la République, c’est ce qui se passe dans la tête des mômes avant même qu’ils n’aient ouvert un livre de géographie.

    L’autrice nous vend une salade bien assaisonnée où l’on convoque Hannah Arendt et la sociologie de comptoir pour expliquer que l’islam est, par essence, une « matrice islamophobe » (pardon, « matrice » tout court selon ses petits arrangements avec la sémantique). C’est pratique, c’est net, c’est sans bavure : cela permet d’exonérer totalement la société dominante de ses propres échecs, de sa propre violence coloniale, et de cette obsession maladive à désigner en permanence le bouc émissaire idéal.

    Quand on aime la colonisation et qu’on a la nostalgie des grands espaces sous tutelle, on ne peut décemment pas regarder la réalité en face. Alors on fabrique du « totalitarisme d’atmosphère » à la petite semaine. On prend une trajectoire individuelle celle d’un transfuge qui a le droit d’avoir son parcours et on en fait une loi universelle taillée à la hache pour les besoins de la cause nationaliste.

    Les Idiots Utiles et la grande foire du mépris

    À mourir de rire, si ce n’était si triste. Les porte-voix médiatiques s’émeuvent en chœur d’une prétendue « omerta » qui frapperait l’auteur, pendant qu’on lui déroule le tapis rouge dans tous les hebdos identitaires et les émissions de décérébrés du PAF. Quel courage ! Quelle bravoure physique de venir répéter ce que tout le landerneau réactionnaire assène du matin au soir sur les chaînes d’information en continu !

    On nous rejoue la partition éternelle : l’intellectuel courageux face à la meute, le dissident qui ose dire « la vérité qu’on nous cache ». Sauf que le seul secret bien gardé de cette imposture, c’est qu’elle rapporte gros en termes de surface médiatique et de respectabilité bourgeoise. Dénigrer l’islam en long, en large et en diagonale est devenu un passe-temps aussi banal que de critiquer la météo de novembre.

    Pendant ce temps, les vrais problèmes du pays s’accumulent sous le tapis, balayés par des diatribes qui sentent bon la naphtaline sécuritaire. On agite le hochet du séparatisme pour mieux masquer le gouffre abyssal des inégalités.

    Alors, aux marchands de soupe identitaire et à leurs laudateurs en col claudine : changez de disque. Vos douze pistons sont grippés, votre moteur cale, et la seule chose qui monte vraiment ici, c’est la nausée face à tant de cécité volontaire.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Le Makhzen et ses ventriloques, communiqué royal » : quand le vide devient un triomphe:

    Le Makhzen et ses ventriloques, communiqué royal » : quand le vide devient un triomphe:

    Il faut leur reconnaître un talent de funambule : à force de danser sur la tête, les plumitifs du Makhzen finissent par croire que le monde entier applaudit leur pirouette. Prenez l’article d’un média du Makhzen publié dans ce grand tout-venant de la propagande royale. Le garçon s’égosille, s’offusque, compte les points et brandit les chiffres avec la morgue d’un sous-secrétaire ministériel qui aurait confondu sa machine à écrire avec une table d’orientation.

    Selon lui, la presse algérienne aurait « raconté la victoire à moitié ». Mais quelle mouche a piqué ces courtisans patentés pour donner des leçons de journalisme, eux dont la déontologie consiste à attendre sagement que le fax du Palais leur souffle les virgules et les éléments de langage ?

    Écoutons-les jubiler. Le Conseil de sécurité a voté le 30 octobre, le mandat de la MINURSO n’est pas reconduit, et le Cabinet royal dans un accès de panique habillé en panache crie presque victoire en annonçant le départ du matériel et du personnel. On nous explique doctement qu’Alger a perdu la partie, que le texte russe n’a récolté que trois voix, et que le Royaume, souverain et magnifique, aurait demandé le départ de la mission.

    Mais quelle blague de potache ! Présenter la cessation d’une mission de paix onusienne et un blocage diplomatique majeur comme un « succès souverain », il n’y a que des esprits profondément tordus par des décennies de soumission pour avaler pareille couleuvre. Depuis quand expulser ou voir s’effondrer le cadre de surveillance international est-il un exploit ? C’est un peu comme un cambrioleur qui, voyant débarquer la police, met le feu à la maison et hurle à qui veut l’entendre qu’il a enfin réussi à vider les lieux. Une victoire à la Pyrrhus, version marbre et zellige.

    Les faiseurs de mythes du Palais

    L’auteur et ses semblables s’époumonent à critiquer les angles morts de la presse algérienne. Mais parlons un peu des angles morts de la cour ! Où est passée l’objectivité quand chaque recul diplomatique est maquillé en audace stratégique ? La vérité, c’est que le régime marocain tremble à l’idée que la légalité internationale ne se plie pas aux caprices de sa diplomatie de pacotille.

    Le texte russe n’a peut-être pas recueilli les neuf voix magiques, mais il a eu le mérite de mettre le nez du Palais dans son caca géopolitique, en brisant le faux consensus américain. Et que fait la cour ? Elle s’accroche à une non-reconduction comme un naufragé à une planche pourrie, en se disant qu’en faisant suffisamment de bruit, les opinions publiques finiront par oublier que le dossier s’enlise, que le statu quo explose et que la fuite en avant est leur seule boussole.

    Le rire noir face à l’imposture

    À mourir de rire, vraiment. On frôle l’hilarité nerveuse en lisant ces scribouillards de service accuser les autres de cacher la poussière sous le tapis, alors que leur tapis royal cache un véritable champ de mines diplomatique. La diplomatie, ce ne sont pas des communiqués crachés par un cabinet aux abois, ni des odes lyriques à la colonisation déguisées en analyses géopolitiques.

    Mais qu’y peut-on ? Quand on a passé sa vie à cirer les parquets du Makhzen, on finit par voir des victoires partout, même dans les pires gadoues diplomatiques. Continuez donc à célébrer le vide, messieurs les censeurs. Pendant que vous festoyez dans les ors de la principauté en réécrivant l’histoire à votre sauce, la réalité, elle, continue de vous exploser à la figure. Et ça, aucun veto, fût-il américain, ne pourra jamais le masquer.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • L’entité d’Israël  découvre l’eau tiède (et l’apartheid en tremblant) :

    L’entité d’Israël  découvre l’eau tiède (et l’apartheid en tremblant) :

    Quand l’extrême droite tente de nous vendre l’apartheid comme un modèle de « démocratie robuste », la caricature atteint des sommets !

    On nous l’avait promis : l’extrême droite française en roue libre ne pouvait plus nous surprendre. Et pourtant, elle réussit l’exploit de ressusciter ses marronniers rances avec la fraîcheur d’un kebab laissé au soleil un 15 août. Dans une prose qui hésite entre le communiqué de la préfecture de Vichy et la rédaction d’un élève de terminale fan de Valeurs Actuelles après trois tasses de café filtre, notre brillant plumitif nous vend son grand frisson géopolitique du mois : l’élection israélienne du 27 octobre 2026.

    Accrochez vos ceintures, le « pluralisme robuste » est de sortie !

    La « Démocratie » à géométrie variable (et à l’eau de Javel)

    Le texte s’extasie : « Seule démocratie du Moyen-Orient, Israël a démontré la robustesse de son pluralisme politique avec 77,7 % de participation ! »

    Ah, le grand classique du bingo colonial. Oublier, par un tour de passe-passe digne de Houdini, que de l’autre côté du mur, de l’autre côté des checkpoints, des millions de personnes vivent sous un régime militaire permanent, sans bulletins de vote, sans tribunaux civils et sous la botte de bulldozers obsessionnels. C’est vrai qu’en matière de « pluralisme », un État qui applique deux systèmes juridiques distincts sur un même bout de terre  l’un pour les colons en sandales, l’autre pour les indigènes en cage  a de quoi faire pâlir d’envie les pires régimes ségrégationnistes. Mais bon, tant que la boîte à urnes brille à Tel-Aviv, le reste du paysage en ruines de Gaza et de Cisjordanie n’est qu’un détail esthétique pour paysagiste cynique.

    Netanyahu, l’inoxydable survivant du naufrage

    Passons à la star du feuilleton : l’indéboulonnable, l’inusable, l’indestructible Bibi.

    Notre scribouillard nous concède, du bout des lèvres, que le bonhomme a quelques petits « déboires judiciaires » et qu’il a un brin de mal à assumer les ratés du 7 octobre 2023. Oups, un simple oubli de gestion ! Un petit couac organisationnel entre deux bombardements d’hôpitaux. Mais qu’importe le passif, puisque l’auteur nous assure que ses « succès militaires » (traduisez : l’art de raser des blocs entiers d’immeubles pour soigner sa cote de popularité) lavent plus blanc que persil. On frôle l’orgasme stratégique : applaudir un pyromane qui vient d’incendier la maison en expliquant qu’il sait admirablement manier le seau d’eau qu’il a lui-même percé.

    Le tour de passe-passe des « Arabes israéliens »

    C’est le moment magique du texte, celui où l’on frôle la crise de rire jaune. Pour prouver qu’il n’y a pas d’apartheid, notre idéologue nous brandit le taux de participation des citoyens arabes d’Israël, tout en reconnaissant… qu’ils qualifient la guerre à Gaza de « génocide » et qu’ils sont traités par certains de ses petits copains de chambrée comme une « cinquième colonne ».

    C’est génial : on les enferme dans le rôle de la menace intérieure, on les regarde de travers dès qu’ils ouvrent la bouche, mais on s’en sert comme alibi démocratique pour dire : « Vous voyez bien qu’on les laisse voter ! ». C’est un peu comme inviter le voisin à l’apéro après avoir incendié son garage, et s’étonner qu’il refuse de trouver la soirée formidable. L’hypocrisie atteint ici des sommets himalayens.

    La Palestine imaginaire et l’Europe « hypocrite »

    Évidemment, la reconnaissance de la Palestine par la France en septembre 2025 est balayée d’un revers de main souverain : un État « sans territoire, sans capitale ». Drôle de coïncidence : quand on passe son temps à coloniser, grignoter, expulser et détruire les infrastructures pour s’assurer qu’il ne reste rien à souverainiser, c’est un brin facile de venir ensuite déplorer l’absence de contours administratifs ! C’est l’art suprême du pyromane qui se plaint de l’odeur de brûlé chez le voisin.

    Quant au poncif sur Chypre et le Tibet pour renvoyer l’Europe dos à dos, il nous rappelle cette grande règle de la rhétorique d’extrême droite : « Puisque les autres font des saloperies, laissez-nous donc faire les nôtres en paix ! ». La boussole morale est tellement tordue qu’elle indique le Sud en permanence.

    Le mot de la fin

    Ce texte n’est pas seulement un monument de naïveté feinte ; c’est la radiographie d’un esprit recroquevillé sur ses peurs, incapable de regarder la réalité en face sans un filtre idéologique épais comme une brique de béton armé.

    Pendant que l’Europe « prêche » (selon leur vocabulaire, c’est-à-dire, tente vaguement de rappeler le droit international entre deux siestes), l’extrême-droite française continue de cirer les pompes bottées de la colonisation. Un classique indémodable, à lire un soir de déprime, un verre de vitriol à la main.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • L’obsession identitaire comme fonds de commerce permanent des sionistes de France :

    L’obsession identitaire comme fonds de commerce permanent des sionistes de France :

    Si l’on regarde au-delà de la charge pamphlétaire et de l’effet comique, ce type d’article de presse d’extrême droite révèle un mécanisme idéologique bien rodé : la panique morale instrumentalisée.

    Plutôt que de s’attaquer à de véritables questions de société (le chômage, les services publics qui craquent, la précarité ou les inégalités territoriales), ce journalisme de caserne choisit de déplacer le combat sur le terrain de la pureté lexicale. C’est une stratégie cousue de fil blanc qui mérite qu’on l’analyse sous un angle critique plus froid.

    1. Le mythe de la « langue assiégée » : Une diversion politique

    Pour ces idéologues, la langue française n’est jamais vue comme un fleuve vivant, en mouvement permanent, mais comme une forteresse assiégée qu’il s’agirait de barricader. En dressant un cordon sanitaire autour de mots comme « wesh » ou « wallah », ils font croire à leur lectorat que l’identité nationale se joue sur un tic de langage adolescent.

    L’hypocrisie historique : Comme le soulignait l’article d’origine, le français regorge d’emprunts (à l’arabe, à l’anglais, à l’italien, aux langues régionales). Mais ces emprunts-là sont absous parce qu’ils sont lointains et qu’on a eu le temps de les digérer. Ce qui dérange ici, ce n’est pas l’emprunt en soi, c’est l’origine sociale et politique de l’emprunt : il vient de la cité, de l’immigré, de l’Arabe d’aujourd’hui. Accepter ces mots, ce serait admettre que l’autre fait partie du paysage, qu’il irrigue la culture commune. C’est précisément cela que l’extrême droite refuse.

    2. La « bonne famille » et le mythe du déclin : Le biais du bourgeois apeuré

    L’argumentaire de ce type de papier repose toujours sur le même artifice rhétorique : l’anecdote du « copain non politisé, habitant les beaux quartiers » qui se lamente en entendant son fils parler.

    C’est le portrait craché du bourgeois en mal de repères, terrifié à l’idée que sa progéniture s’acoquine, même par le vocabulaire, avec la culture populaire des classes laborieuses ou issues de l’immigration.

    L’auteur brandit cet exemple comme une vérité générale, posant en sous-texte que « si les beaux quartiers commencent à s’y mettre, c’est que la civilisation est foutue ». C’est l’expression classique d’un entre-soi apeuré qui prend ses propres angoisses de déclassement pour une catastrophe civilisationnelle.

    3. La confusion volontaire entre appauvrissement et métissage

    L’auteur commet une erreur intellectuelle grossière en affirmant que l’usage de ces termes s’accompagne d’un appauvrissement global de la langue, en l’opposant fallacieusement à des mots rares comme « mirifique » ou « courroucé ».

    La jeunesse qui utilise « miskine » ou « seum » ne remplace pas un vocabulaire riche par un vocabulaire pauvre : elle superpose les registres. Le même gamin qui sort un wesh dans la cour de récréation est parfaitement capable de rédiger une dissertation ou de basculer dans un registre familier, argotique ou technique selon les contextes.

    L’argot a toujours existé en français (des loubards des fortifs’ aux zazous, des blousons noirs aux rappeurs d’aujourd’hui). Réduire l’évolution de la langue à un complot d’importation culturelle ou à une « wallahweshisation » agressive, c’est faire preuve d’une profonde malhonnêteté intellectuelle : on criminalise la créativité langagière de la jeunesse populaire sous prétexte qu’elle ne porte pas les galons de l’académisme bourgeois.

    Au final, ce genre de prose journalistique ne sert qu’à une seule chose : fournir aux tenants du repli identitaire leur dose quotidienne de frisson réac. On brasse du vent, on s’indigne d’un participe ou d’une interjection pour masquer le vide abyssal d’une pensée politique incapable de penser le monde tel qu’il est : multiple, traversé de flux, vivant et irrémédiablement métissé.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »