Auteur/autrice : Wahrani

  • Le Makhzen continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest !  

    Le Makhzen continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest !  

    À Rabat, le Makhzen semble toujours regarder le monde à travers les mêmes lunettes, comme si le temps s’était arrêté un sinistre jour de décembre 1975. Quand la machine institutionnelle s’enraye et que les dysfonctionnements internes s’accumulent, le réflexe reste pourtant le même : chercher un responsable à l’extérieur.

    À ce jeu-là, l’appareil médiatique du Makhzen  avec en tête d’affiche son champion incontesté du sensationnalisme, Le360  fait preuve d’une régularité quasi horlogère. Trois articles par jour au bas mot, emballés dans des titres volontairement alarmistes pour maintenir le citoyen sous perfusion d’angoisse. L’objectif ? Agiter l’épouvantail de l’« ennemi de l’Est » pour masquer l’absurdité du spectacle qui se joue en interne.

    Une diplomatie du spectre et un bêtisier institutionnel

    Le contraste serait comique s’il n’était pas orchestré avec tant de cynisme. D’un côté, nous avons un pouvoir empêtré dans une cacophonie permanente :

    Des alertes sans anticipation : On publie des rapports d’urgence sur des risques majeurs… que personne n’a vus venir. Des responsabilités sans coupables : On pointe du doigt des fautes graves dans l’administration, mais sans jamais nommer les auteurs (il ne faudrait pas fâcher les copains du cabinet). Un vaudeville de prétoire : Des fuites calculées le matin, catégoriquement démenties l’après-midi, et des versions opposées qui s’affrontent au sein même des couloirs du Palais.

    Le Makhzen et le réflexe de l’ennemi extérieur

    Mais dès qu’il s’agit d’ Alger, la magie opère ! La brume se dissipe, le désordre s’efface et laisse place à une mécanique d’une précision chirurgicale. Subitement, le Makhzen retrouve sa boussole et nous vend un « plan d’action pour 2027 ». 2027 ! Alors même que la diplomatie marocaine est incapable de clarifier sa ligne pour la semaine prochaine, elle prétend planifier des offensives juridiques internationales sur cinq ans.

    La fabrique du « contentieux stratégique » : de l’art d’imprimer du vide

    Le texte du Collectif international (CIMEA-75) repris religieusement par Le360 est un cas d’école de cette mystification. On y enfile les mots savants comme des perles sur un boulier : « contentieux stratégique », « compétence universelle », « Rapporteur spécial des Nations Unies ».

    Derrière ce jargon juridico-diplomatique pompeux se cache une opération de diversion bien plus terre-à-terre :

    Recycler l’histoire à des fins de politique intérieure : En réveillant le drame des expulsions de 1975  tragédie humaine survenue dans un contexte de guerre froide il y a plus d’un demi-siècle, le but n’est pas de rendre justice aux victimes, mais de nourrir une rancœur artificielle.

    Attaquer des fantômes : Parler d’engager des poursuites judiciaires contre des responsables algériens pour des faits datant de 51 ans relève de la pure science-fiction juridique. C’est l’art d’agiter des menaces qu’on sait inapplicables pour entretenir l’illusion d’un combat héroïque.

    Internationaliser l’impasse : À défaut d’avoir des arguments solides sur les dossiers régionaux actuels, on essaie de déporter le débat devant les instances de Genève pour meubler l’agenda diplomatique.

    La névrose anxiogène comme mode de gouvernement

    Le plus navrant dans cette surenchère reste l’instrumentalisation permanente de l’opinion publique marocaine. En matraquant quotidiennement des articles sur la « menace algérienne », la presse sous ordre ne cherche pas à informer : elle cherche à conditionner. C’est la culture de la peur élevée au rang d’art d’État. On crée un climat de siège permanent pour faire oublier la hausse des prix, le chômage des jeunes ou l’absence de perspective politique.

    En somme, l’imposture est totale. Ceux qui prétendent défendre la mémoire des victimes de 1975 ne font que l’exploiter comme de la chair à canon médiatique. Tant que le Makhzen préférera scruter son rétroviseur plutôt que d’affronter ses propres défaillances, le public aura droit à la même pièce de théâtre grinçante : un gouvernement qui trébuche dans ses propres couloirs, mais qui continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Le voile, encore un art français !

    Le voile, encore un art français !

    Il y a des sujets, en France, où tout le monde a un avis tranché et personne n’a le courage de le tenir jusqu’au bout. Le voile islamique en fait partie depuis vingt-cinq ans, avec la régularité d’un marronnier et la mauvaise foi d’un jury de Cour des comptes. Cette semaine encore, on nous ressert le plat : le RN veut interdire, le bloc central tergiverse, Mélenchon se convertit, et la presse s’émeut qu’on ose en parler. Un grand classique. Sortez le formica, on refait le débat de 2004.

    Macron, ou l’art de dire sans dire

    Commençons par le maître incontesté de la nuance stratosphérique. Le président a un jour laissé entendre que le voile serait « contraire à notre civilité » une formule assez creuse pour y garer un camion, assez vague pour ne fâcher personne, et surtout parfaitement inutile puisqu’elle n’engage à rien. C’est le grand art macronien : dire une chose et son contraire dans la même phrase, puis s’étonner que personne n’y comprenne rien. Mais qu’on ne s’y trompe pas : refuser le référendum n’est pas de la sagesse institutionnelle, c’est de la trouille bien élevée. On appelle ça « ne pas fracturer le pays ». Traduction : ne pas prendre de risque avant la prochaine élection.

    Mélenchon, la conversion la plus rapide depuis Paul sur le chemin de Damas

    Et puis il y a l’autre miracle de la saison : l’homme qui défendait la laïcité à la trique il y a quinze ans découvre soudain qu’il s’agissait d’« une erreur terrible ». On admire la vitesse de la pirouette. D’habitude, une conversion politique prend des années, un peu de pudeur, quelques éléments de langage soigneusement rodés. Là, c’est du direct, sans filet, comme un plongeon dans une piscine vide. Le cynisme aurait au moins le mérite de l’honnêteté ; ici, on nous demande d’applaudir un reniement en le prenant pour une élévation morale. Chapeau ou plutôt, non, justement, pas de chapeau, ce serait mal vu.

    Le Pen, ou comment vouloir l’unité en fabriquant la fracture

    Reste la proposition du RN, présentée comme le remède à la fragmentation nationale : interdire le voile dans la rue pour ressouder le pays. L’idée a un charme certain, celui du foie gras au gaveur : on veut nourrir l’unité en enfonçant l’entonnoir un peu plus profond. Car en généralisant l’interdiction à l’espace public tout entier, on ne cible plus seulement l’islamisme politique, on ramasse au passage toute personne qui trouve simplement insupportable qu’un État décide de ce qu’une femme adulte porte sur son crâne. Bravo la stratégie : on voulait piéger l’islamisme, et on offre à la mouvance islamiste le plus beau cadeau de sa décennie le statut de victime de la liberté individuelle. Même Machiavel aurait rougi de honte devant un tel sens du contre-pied.

    Le vrai sujet, planqué sous le tapis

    Et pendant que ce beau monde s’écharpe sur des symboles, la vraie question celle de l’influence réelle des courants islamistes, de leurs réseaux, de leur travail de sape patient sur les esprits reste soigneusement hors champ. On préfère parler du voile plutôt que de ce qu’il y a derrière, parce que le tissu, ça se légifère en une loi et un communiqué de presse… alors que le reste demande du travail, du courage, et l’absence totale de perspective électorale immédiate. Beaucoup plus confortable de débattre du foulard que de la stratégie.

    Cette dérive illustre une tendance dangereuse : l’instrumentalisation de la laïcité pour contrôler, surveiller et stigmatiser l’islam. La neutralité du service public est invoquée, mais l’application révèle un biais idéologique évident. Alors que le calot est un outil de travail parfaitement neutre, il devient le symbole d’une “islamisation” fantasmée à combattre.

    Au-delà du ridicule, il y a une dimension profondément injuste et discriminatoire. La jurisprudence administrative et la Cour européenne des droits de l’homme permettent la neutralité dans le service public, mais le cas présent montre qu’une interprétation extrême peut transformer ce principe protecteur en machine de contrôle des corps et des croyances. Ce n’est plus la laïcité : c’est une chasse aux sorcières version moderne, avec comme victimes principales les femmes musulmanes.

    Morale de l’histoire

    Ce pays a un incroyable talent : transformer n’importe quel sujet de fond en foire d’empoigne identitaire où chacun choisit son camp avant même d’avoir lu la première ligne. Le voile devient un test de loyauté plutôt qu’un problème à résoudre. Résultat : ceux qui posent une vraie question se retrouvent accusés d’islamophobie, et ceux qui répondent par la loi la plus large possible se retrouvent à fabriquer, bien malgré eux, des martyrs en puissance. Entre les deux, personne ne gouverne, tout le monde communique, et le pays continue d’avancer à reculons en applaudissant très fort.

    Prochain épisode : on refait le débat sur la burkini, promis, ce sera différent cette fois.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Histoire de poche et délire chérifien : Quand 1866 sert de kit de bricolage territorial

    Histoire de poche et délire chérifien : Quand 1866 sert de kit de bricolage territorial

    Le délire chérifien autour de l’histoire du Sahara algérien atteint parfois des sommets…

    Avis aux amateurs de spéléologie historiographique : les archéologues de la presse marocaine viennent encore de frapper un grand coup. Cette fois, la trouvaille du siècle ne vient ni des archives secrètes du Vatican, ni d’une carte oubliée par Ptolémée, mais d’un bouquin de 1866 signé Léon Plée, un journaliste français du XIXᵉ siècle qui devient soudainement le nouveau prophète géographe de la presse rabatise. Rien que ça !

    Le pitch de cet article mémorable ? « Regardez ! Un Français écrivait en 1866 que le Sahara n’était pas algérien, donc tout cela appartient historiquement au Maroc ! »

    Sortez le pop-corn. On tient là un cas d’école de bricolage mémoriel, où la mauvaise foi le dispute à l’ignorance historique la plus décomplexée.

    Le délire chérifien et la magie du saut temporel

    Pour comprendre le grotesque de la démonstration, il faut suivre la mécanique de nos apprentis historiens.

    L’illusionniste Plée : Léon Plée écrit son livre en 1866 pour raconter la conquête de l’Algérie de 1830 à… 1847.

    Le miracle logique : puisque l’armée coloniale française s’est arrêtée aux portes du désert en 1847 pour soumettre d’abord le Tell, la presse marocaine en conclut pompeusement que le Sahara « n’existait pas » dans l’ensemble algérien.

    C’est le fameux « principe du Polaroïd amnésique » : si le photographe s’arrête à la taille, les jambes n’ont jamais existé !

    À ce compte-là, rappelons à nos brillants chroniqueurs qu’en 1847, le Texas était à peine sorti de la tutelle mexicaine et que la Californie n’était pas encore un État américain. Doit-on réécrire la carte des États-Unis en se basant sur un fascicule de gare sous le Second Empire ?

    Le mythe magique de la « Bay’a » à géométrie variable

    Le délire chérifien tente également une petite pirouette théorique en invoquant la Bay’a — l’allégeance religieuse — pour revendiquer Tindouf, Béchar ou le Touat. Là encore, le rire devient difficile à contenir.

    Dans cette vision féodale de la géographie, dès qu’un chef de tribu nomade du désert recevait un présent, commerçait avec Oujda ou saluait un envoyé du Sultan, hop ! La terre entière était instantanément annexée à l’Empire chérifien. C’est la géopolitique du tampon encreur.

    Sauf que l’Histoire — la vraie, pas celle découpée aux ciseaux dans les rédactions de propagande — rappelle une réalité autrement plus complexe.

    Une souveraineté n’est pas un vœu pieux : si la Bay’a spirituelle valait frontière étatique, le Sultan du Maroc aurait dû exercer une autorité politique, fiscale, administrative et militaire effective sur les territoires concernés. Or l’allégeance religieuse, à elle seule, ne suffit pas à établir une souveraineté territoriale au sens moderne.

    Le mythe de la « terre vacante » : réduire la Régence d’Alger à la seule bande côtière sous prétexte que le pouvoir ottoman était décentralisé relève d’une profonde méconnaissance du système maghrébin. Le lien territorial des confédérations tribales sahariennes avec les Beyliks du Nord, notamment le Beylik de Mascara puis d’Oran, s’inscrivait dans des réseaux socio-économiques, commerciaux et sécuritaires anciens.

    Merci à l’armée coloniale ? Le comble du cynisme

    Le chef-d’œuvre d’ironie de cet article réside dans son hommage involontaire au colonialisme français. À les écouter, la France aurait généreusement offert le Sahara à l’Algérie sur un plateau d’argent !

    On croit rêver.

    Doit-on rappeler à ces spécialistes du révisionnisme de salon que l’armée française n’a pas « donné » le Sahara aux Algériens, mais qu’elle l’a conquis dans le cadre de l’expansion coloniale, au prix de violences considérables contre les populations locales, de Zaatcha aux oasis du Sud, qui se sont opposées à la conquête ?

    Prétendre que l’Algérie moderne ne serait qu’un « découpage administratif français » revient à effacer l’histoire politique et sociale antérieure à la colonisation, ainsi que les résistances locales à la conquête française. C’est aussi reprendre, paradoxalement, une partie du vieux raisonnement colonial selon lequel l’Algérie aurait été une création administrative sans histoire territoriale propre.

    Bilan de la farce

    En résumé, pour monter un dossier d’imposture territoriale, la méthode est désormais bien rodée :

    • Prenez un livre d’un pamphlétaire français de 1866.
    • Isolez des descriptions de campagnes militaires s’arrêtant en 1847.
    • Saupoudrez le tout d’un zeste d’allégeance religieuse fantasmée.
    • Oubliez volontairement le contexte politique du Maghreb, les réalités territoriales historiques et la complexité des relations entre pouvoirs, tribus et populations.
    • Puis présentez le tout comme une preuve définitive d’une souveraineté marocaine sur des territoires algériens.

    Voilà comment fonctionne le délire chérifien : transformer un document ancien, sorti de son contexte, en certificat de propriété territoriale.

    C’est ridicule, grinçant, et profondément triste pour le journalisme. À force de vouloir réécrire l’histoire des voisins dans des journaux aux ordres, on finit par transformer la géographie en pièce de théâtre de boulevard.

    Un conseil aux auteurs de ces perles : la prochaine fois, citez directement la bande dessinée Astérix ou les carnets de voyage de Jules Verne. Ce sera tout aussi crédible et nettement plus drôle !

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

  • Algériens de France : Génération bouc émissaire en grande braderie des coupables sur ordonnance.

    Algériens de France : Génération bouc émissaire en grande braderie des coupables sur ordonnance.

    Algériens de France : derrière les discours polémiques sur l’immigration algérienne se joue un débat public marqué par les stéréotypes, les amalgames et les lectures historiques approximatives.

    Ah, le charme suranné de la nostalgie sous ronce de noyer ! Prenez un brin de San-Antonio, trois gouttes de cholestérol gaulois, saupoudrez d’un zeste d’indignation républicaine, et vous obtenez le dernier chef-d’œuvre de la sociologie du comptoir : « C’était mieux quand ils fermaient leur gueule ».

    Regardez-les, ces nostalgiques des Trente Glorieuses ! Ils regrettent le temps béni où le daron algérien trimait douze heures par jour sur les échafaudages de Bouygues, le dos pété, le vêtement du dimanche bien repassé, trop heureux d’habiter dans un bidonville à Nanterre avant d’être relégué gentiment dans une barre d’HLM en béton armé.

    Algériens de France : une génération transformée en bouc émissaire

    Ça, c’était du « bon migrant » ! Un migrant silencieux, reconnaissant, qui ne ramenait pas sa fraise et qui crevait poliment avant l’âge de la retraite sans demander son reste. Lionel Stoléru  (ou prime de retour) : En 1977, face à la montée du chômage après le choc pétrolier, il instaure une prime de 10 000 francs accordée aux travailleurs étrangers qui acceptaient de rendre leur titre de séjour et de rentrer définitivement dans leur pays d’origine. La grande majorité des travailleurs immigrés (notamment algériens) ont refusé ce départ, ayant déjà ancré leur vie, leur travail et souvent leur famille en France.

    Des Seigneurs, on vous dit ! Ils préféraient le doux parfum du gaz d’échappement parisien.

    Mais patatras ! La troisième génération est arrivée. Et là, le logiciel du conservateur moyen explose en vol. Pourtant, les Algériens de France ne constituent pas un bloc uniforme : leurs parcours, leurs histoires familiales et leurs rapports à la société française sont multiples.

    Pensez donc : ces enfants de la république ne veulent plus jouer les Oncle Tom de service. Ils ont le culot d’utiliser les réseaux sociaux, de porter des survêtements et de huer La Marseillaise les soirs de défaite au foot ! Pire : au lieu de se franciser par la rillette et le cholestérol comme le prophétisait San-Antonio.

    Mais attention ! La faute à qui ? Aux profs, pardi ! À la gauche, évidemment ! Aux cantines scolaires ! Et au « collège unique », qui aurait baissé le niveau à cause de trois gaminos arrivés en 1975. C’est connu : avant 1975, chaque gamin du Cantal récitait Racine en latin avant d’aller traire les vaches.

    Et que propose notre essayiste de choc pour résoudre le problème ? Attention, sortez les cahiers : l’internat de force ! Isoler les « irrécupérables » de leurs familles, couper les câbles Wi-Fi, les enfermer dans des pensionnats façon IIIe République avec récitation obligatoire des fables de La Fontaine de 6 heures du matin à minuit. Jean Zay qui a théorisé l’école comme un espace protégé des passions partisanes et religieuses, sanctuaire où l’élève doit être soustrait aux influences politiques et confessionnelles pour devenir un citoyen libre, doit se retourner dans sa tombe avec une telle violence qu’on pourrait y brancher une centrale nucléaire.

    C’est l’entrisme d’extrême droite à partir des années 80 ! Il y a eu un travail de fond pour les convaincre que leur nullité était le résultat du racisme en France !

    C’était pas de leur faute, tout était de la faute du racisme des français (un des peuples les plus racistes au monde, il n’y a qu’à voyager pour le constater). Le mitterrandien a joué à fond cette carte (SOS racisme) tout en faisant monter le FN !

    Alors les deux « preuves » du racisme français pour eux, ce fut la laïcité et le FN ! On en est là aujourd’hui avec en plus un parti politique qui siège à l’assemblée et qui a repris cette stratégie et l’a amplifiée pour en faire le cœur de sa prise du pouvoir…Alors cela sera très difficile de sortir de ce piège diabolique par les voies démocratiques, les prochaines présidentielles seront un tournant sans retour possible !

    Quel pessimisme gratuit et incompréhensible, des français sont la quintessence de l’intégration heureuse, du patriotisme rayonnant, de la joie de vivre ensemble. C’est bien simple, quand on se lève le matin avec des idées noires, il suffit, hop, de penser quelques secondes à l’Algérie et aux Algériens pour se sentir tout de suite mieux.

    Les Algériens de France deviennent alors une cible commode dans un débat où les réalités sociales sont souvent réduites à des slogans. Bref, la rengaine est connue, le disque est rayé, mais le tiroir-caisse tourne toujours. On prend les complexes d’une société en panne d’avenir, on les emballe dans du mépris culturel, et on accuse l’Algérien du coin d’être responsable de la hausse du prix du beurre, de la baisse du niveau en maths et du mauvais temps sur la Bretagne.

    Sauf qu’à force de chercher le bouc émissaire parfait, on oublie juste un détail : la France de 2026 n’est ni un roman de San-Antonio, ni un pèlerinage nostalgique des années 50. Elle se fera avec tous ses enfants, qu’ils aiment le coq au vin, le couscous, ou les deux. Quant aux nostalgiques du « veston-cravate du dimanche », il leur reste toujours la possibilité d’aller vivre dans un musée. Les entrées y sont gratuites le premier dimanche du mois.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Chronique d’un charognard du Makhzen : Rabat jubile, la Kabylie brûle

    Chronique d’un charognard du Makhzen : Rabat jubile, la Kabylie brûle

    Les récentes publications de la presse marocaine face aux épreuves traversées par l’Algérie révèlent le glissement d’une certaine ligne éditoriale vers l’opportunisme politique. Transformer la mort et la souffrance d’un peuple en argument de communication relève d’une abdication éthique majeure. En tirant profit des drames humains, ces médias ne pratiquent plus l’information, mais la dénigrement systématique.

    C’est pourtant dans cet exercice que la presse du Makhzen s’illustre avec une aisance déconcertante. Lorsqu’un média guette la tragédie d’un peuple voisin pour s’en nourrir, il abandonne le journalisme au profit du charognage médiatique. En fouillant les décombres et en instrumentalisant les victimes, ces officines orchestrent une véritable opération de désinformation. Derrière ces litanies répétées à satiété se cache une stratégie de manipulation grossière, visant à déformer la réalité et à exploiter la détresse des citoyens à des fins purement politiques.

    Il y a une espèce animale bien connue des naturalistes, mais que l’on retrouve avec un bonheur renouvelé dans les officines du Makhzen : le rapace de caniveau. Un incendie se déclare en Algérie ? La forêt brûle ? Des familles pleurent leurs morts ? Vite, vite ! L’éditorialiste de service à Rabat enfile son plus beau costume de vautour, aiguise sa plume et vient piétiner la cendre encore chaude pour nous vendre son petit catéchisme anti-algérien.

    Dernier exploit en date : la prose signée Aziz Daouda. Un chef-d’œuvre de cynisme d’État, où la tragédie humaine sert de prétexte à une indigestion de sarcasmes sur la « gouvernance », servie avec un sourire en coin qui pue la satisfaction mal dissimulée.

    Analyse critique des obsessions du Makhzen

    Le voyeurisme de préfecture : L’auteur nous avoue d’entrée de jeu consulter les vidéos de drames depuis sa petite fenêtre marocaine pour dénoncer la « com » d’Alger. Magnifique pudeur ! Utiliser des drames environnementaux et des pertes humaines non pas pour exprimer une solidarité fraternelle de voisinage, mais pour dérouler un pamphlet d’opportunisme politique, c’est la marque des grandes consciences.

    L’arroseur arrosé et la projection psychologique : Accuser l’Algérie de tout rejeter sur « l’ennemi extérieur » quand toute la politique étrangère du royaume repose sur la désignation d’un bouc émissaire à l’Est relève du génie comique. La propagande makhzénienne repère les failles chez le voisin avec une loupe, tout en oubliant opportunément ses propres zones d’ombre, de censure et d’alignements stratégiques contestables.

    La recette du « complotisme inversé » : Pour faire oublier le choc des victimes, la tribune transforme l’action sécuritaire et judiciaire algérienne en un sketch télévisé pré-écrit. C’est pratique : en prétendant anticiper l’enquête, on disqualifie d’avance tout fait réel, toute piste criminelle et toute souveraineté de l’État algérien sur son propre sol.

    Chronique satirique : « Allô le Makhzen ? Ici la fumée ! »

    Ah, la belle déontologie du royaume ! Un hectare de pinède brûle en Algérie, et voilà nos docteurs en pyrotechnie makhzénienne qui préparent et servent le thé. C’est plus fort qu’eux : chez ces professionnels du charognage, le malheur algérien est un plat qui se mange chaud, très chaud, de préférence fumant.

    Notre bon éditorialiste nous fait le coup de la larme à l’œil et du diagnostic d’expert. Pensez donc ! Il a regardé le JT d’Alger entre deux tasses de thé, et paf, le voilà devenu inspecteur général des forêts et spécialiste mondial du Canadair. D’un trait de plume triomphant, il nous livre sa grande révélation : l’État algérien est incompétent, ses hélicoptères sont de la décoration et son président joue les Mastroianni. On admire la hauteur de vue et le silence royal de ce fou du Roi, qui avait oublié que sa majesté le roi son Sidhoum est à Paris, faires des selfies, en état d’ivresse et surtout chaque le soir se trouve en bonnes mains sous de belles draps.  Quand la maison du voisin brûle, le vrai gentleman ne propose pas un seau d’eau ; il écrit une chronique pour se moquer du pompier.

    Mais le plus croustillant reste la leçon de morale sur le « complotisme ». Entendre les scribes d’un régime qui vend la souveraineté régionale aux plus offrants nous donner des cours de transparence, c’est un peu comme recevoir des leçons d’ascétisme de la part d’un prince en goguette à Marbella. Tout y passe : l’armée algérienne, les budgets de défense, la télévision d’État… À les entendre, si le soleil chauffe trop au Maghreb, c’est encore une manipulation du gouvernement algérien pour cacher le prix de la semoule.

    La réalité est beaucoup plus triviale, mes bons messieurs : pendant que vous comptez les points et que vous buvez votre petit nectar d’aigreurs géopolitiques sur le dos de nos morts, le peuple algérien, lui, fait face, lutte et reconstruit. Gardez vos diagnostics de comptoir et vos larmes de crocodile. L’Algérie n’a pas besoin de la compassion intéressée des gazettes de cour pour panser ses plaies et régler ses comptes avec elle-même.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Chronique d’une colonisation mentale : Marianne, le néo-protecteur et la bouillie « républicaine

    Chronique d’une colonisation mentale : Marianne, le néo-protecteur et la bouillie « républicaine

    Cette colonisation mentale de l’Algérie semble encore se manifester à Paris, chez Marianne, où l’on prend encore l’Algérie pour un département de l’Indre-et-Loire.Un certain Amar Ingrachen (Arabe de service) vient de publier une tribune d’une insondable tartufferie, réclamant rien de moins que l’officialisation de la langue française en Algérie. Rien que ça. Quand le ridicule ne tue plus, il prend la plume dans la presse parisienne pour dispenser des cours de patriotisme aux Algériens depuis les comptoirs de Saint-Germain-des-Prés.

    L’argumentaire est une prouesse d’acrobatie intellectuelle. Sa thèse ? Si vous refusez de faire du français votre langue nationale, vous êtes, au choix : un obscurantiste islamiste, un amnésique analphabète ou un traître à la cause panafricaine. Le sophisme est tellement gros qu’il faudrait une grue pour le soulever.

    Analyse critique d’une colonisation mentale : les mirages de la tribune :

    L’imposture du « bouclier antilumière » : L’auteur réduit le débat linguistique algérien à une guerre binaire entre la modernité francophone et le fondamentalisme religieux. « C’est l’escroquerie habituelle : instrumentaliser le traumatisme de la Décennie Noire pour imposer une forme de colonisation mentale et un privilège néocolonial. ». Refuser le statut d’officialité au français ne signifie pas adhérer au projet salafiste ; c’est simplement faire preuve de souveraineté élémentaire.

    La falsification historique et la symétrie barbare : Mettre sur un pied d’égalité l’arabisation progressive et l’islamisation du Maghreb au VIIe siècle avec la nuit coloniale de 132 ans relève de la pyromanie mémorielle. Mieux encore : prétendre que le français est l’« instrument de notre libération » sous prétexte que la Déclaration du 1er Novembre fut rédigée dans cette langue, c’est confondre le fusil volé à l’ennemi avec l’âme du combattant.

    La panique identitaire parisienne : Voir un auteur algérien supplier la France de lui accorder son brevet de « progressisme » en sacrifiant l’anglais, le tamazight et l’arabe sur l’autel de la Francophonie institutionnelle relève de la soumission psychologique. L’argument selon lequel le français garantit notre « rayonnement en Afrique » fait doucement rire à l’heure où l’Afrique francophone elle-même rejette massivement ce tutelle linguistique et politique.

    Tribune satirique : « S.O.S. Francophonie : Un indigène demande le retour du protecteur »

    Ah, le charme envoûtant du paternalisme de gauche en couverture de Marianne ! On en verserait presque une larme de nostalgie. Voilà qu’un éditorialiste éclairé se propose de sauver l’âme algérienne en lui réimposant la langue de Molière, de Jules Ferry et… des circulaires préfectorales.

    Selon notre bon docteur ès identités, le peuple algérien serait frappé d’amnésie généralisée. S’il parle arabe ? Un coup des sabres du VIIe siècle ! S’il apprend l’anglais ? Un complot des Frères musulmans ! La seule planche de salut pour ce peuple égaré serait de sanctuariser le français dans la Constitution. C’est vrai, quoi ! Comment imaginer un Algérien rêver, aimer ou acheter son pain sans la bénédiction de l’Académie française ?

    L’argument scientifique vaut son pesant de cacahuètes : le Japon utilise le japonais et ça marche, le Nigeria parle anglais et c’est le souk. Conclusion logique d’Amar Ingrachen : l’Algérie doit parler français. Une rigueur cartésienne qui ferait retourner Descartes dans sa tombe en faisant des toupies. Le génie de la démonstration réside dans cet art consommé de faire passer une aliénation culturelle pour un acte de résistance démocratique.

    Mieux encore ! L’auteur nous explique avec un aplomb rafraîchissant que les écrivains algériens n’existent que parce que les éditeurs parisiens ont bien voulu les imprimer. Sans la rive Nord, point de salut littéraire. C’est le retour de la mission civilisatrice, mais repeinte aux couleurs de la laïcité républicaine. Kateb Yacine parlait du français comme d’un « butin de guerre » ? Nos néo-assimilés en ont fait des menottes dorées.

    Qu’on se le dise : l’Algérie de 2026 n’a aucun problème avec la langue française comme outil de savoir, de culture ou d’échange international. Ce qu’elle refuse, c’est cette forme de colonisation mentale postcoloniale qui veut qu’une langue étrangère serve de test de pureté idéologique. Gardez vos médailles de la Francophonie et vos leçons de sérénité : l’identité algérienne s’écrit en arabe, se vit en tamazight, et s’ouvrira au monde entier, en anglais comme en français, sans demander de visa linguistique à Paris.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »          

  • Affaire Aïssiou : Quand la défense d’un fugitif financier tourne au numéro de victimisation généralisée

    Affaire Aïssiou : Quand la défense d’un fugitif financier tourne au numéro de victimisation généralisée

    Oh, les pauvres chéris ! Qu’ils sont touchants, nos intellectuels de salon, nos redresseurs de torts à temps partiel et nos spécialistes du sauvetage d’un fugitif financier…

    Mettez-vous deux minutes à leur place : vous signez gentiment une pétition dans le Journal du Dimanche (ce fameux havre de la pensée progressiste) pour sortir du pétrin un saint homme, un modèle de vertu nommé Ayoub Aïssiou. Vous pensiez sauver un courageux dissident politique étouffé par une affreuse dictature. Pas de chance : l’« opposant » en question est surtout réclamé par la justice de son pays pour des affaires très poétiques de faux, usage de faux, blanchiment de flouze et fuites de capitaux. Le genre de profil qui milite généralement depuis les salons VIP des aéroports ou les paradis fiscaux.

    Fugitif financier : voyons la séquence :

    Mais qu’à cela ne tienne ! Quand les faits dérangent, les professionnels du prêt-à-penser ont un joker magique : la posture du martyr offensé.

    La journaliste Sarah Cattan signe une tribune vibrante d’émotion, le trémolo dans la plume : « On avait signé pour un homme, ils ont répondu en comptant les Juifs ! » Sortez les mouchoirs, la batterie de violons est envoyée à plein volume.

    C’est le grand miracle de la bande à Daniel Salvatore Schiffer, Marek Halter et l’inévitable imam Hassen Chalghoumi  le seul imam au monde capable de représenter à lui seul 0,0001 % des musulmans tout en occupant 90 % du temps d’antenne plateau télé. Ces grands esprits s’engagent « à l’aveugle » pour défendre un homme d’affaires impliqué dans de sombres affaires financières, mais attention : si la presse d’en face s’étonne de voir la même claque médiatique pro-israélienne et néo-conservatrice accourir au galop au moindre sifflet, cela devient soudain un complot.

    Voyons la séquence :

    Étape 1 : On ne vérifie rien. On signe un texte les yeux fermés pour couvrir un individu poursuivi pour délits financiers, en le faisant passer pour un Jean Moulin algérien.

    Étape 2 : On se fait choper le nez dans le sac. La presse algérienne aligne les éléments du dossier judiciaire — mandats d’arrêt, procédures, banques détournées.

    Étape 3 : On crie au scandale moral. Au lieu d’admettre qu’ils se sont fait pigeonner (ou qu’ils ont sciemment servi de bouclier médiatique), nos pétitionnaires sortent l’esquive suprême : la généalogie et la Victimisation Absolue.

    Qu’un journal algérien maladroit ou poussif aille fouiller dans l’état civil de la maman de Schiffer est une sottise grotesque, certes. Mais de là à faire passer toute remise en cause d’un réseau de soutiens politiques bien identifié pour un complot ténébreux, il y a un pas que notre collectif franchit avec des bottes de sept lieues !

    Car enfin, qui retrouve-t-on sur la liste des signataires ? Pascal Bruckner, Arno Klarsfeld, Bernard Kouchner, Boualem Sansal, Céline Pina… Le ban et l’arrière-ban des partisans de la ligne dure, des abonnés aux plateaux CNews et des soutiens inconditionnels des politiques les plus à droite d’ici et d’ailleurs. Un hasard métaphysique, sans doute ! Une simple coïncidence statistique !

    À aucun moment la tribune de Mme Cattan ne s’interroge sur le fond : Pourquoi diable ce collectif d’« intellectuels » s’investit-il avec tant de ferveur pour empêcher l’extradition d’un homme poursuivi pour blanchiment d’argent ?

    De quelle liberté d’expression parlent-ils ?

    De celle de transférer des fonds illégalement ?

    Mais non, le fond, c’est assommant. Il est tellement plus commode de draper un problème de droit commun dans les habits de la grande cause morale. La méthode est rodée : on fait de la politique de réseaux, on monte au créneau pour les copains ou les utiles du moment, et dès qu’on vous demande des comptes sur l’escroquerie judiciaire sous-jacente, vous accusez la terre entière d’être habitée par une haine ancestrale.

    Bref, un spectacle comique si la manœuvre n’était pas si grossière. Quand la justice d’un pays réclame un homme pour des délits financiers, nos beaux esprits découvrent subitement les vertus du doute, mais uniquement pour l’accusé. Pour eux-mêmes, le doute n’existe pas : ils sont le Camp du Bien, incritiquables, intouchables, et surtout… affreusement victimes.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »          

  • Gaza et le massacre propre : Quand la sémantique sert de bouclier au crime

    Gaza et le massacre propre : Quand la sémantique sert de bouclier au crime

    La prétendue « guerre propre à Gaza » repose précisément sur cette mécanique sémantique : modifier les mots pour rendre la violence politiquement et moralement acceptable.

    Guerre propre à Gaza : ah ! Quel bonheur d’apprendre que les bombes ne tuent pas avec l’intention de tuer, mais par pur sens du devoir pédagogique !

    La « guerre propre à Gaza » devient alors moins une réalité militaire qu’un récit destiné à rendre la destruction acceptable. Cette mécanique rejoint les interrogations développées dans Gaza, la fausse vertu de l’extrême droite, où le discours politique autour du conflit est également mis en question.

    Il faut lire les grands penseurs du salon bourgeois pour enfin comprendre : si vous voyez des enfants tués, des hôpitaux détruits et toute une population réduite à survivre sous les bombardements, vous n’êtes qu’un pauvre « ignorant endoctriné » ou, mieux encore, un « antisémite » tapi dans le buisson du droit international.

    C’est écrit noir sur blanc dans cette prose sirupeuse, dégoulinante de fausse rigueur et de vraie condescendance : les Israéliens ne commettraient pas de génocide ; ils feraient de la pédagogie militaire lourde.

    C’est le grand miracle de la sémantique de salon. Le mot « génocide » serait trop lourd, trop noble, trop réservé. Il faudrait le conserver sous verre, propre, lavé de tout soupçon, comme une argenterie de famille que l’on ne sortirait que pour les commémorations du passé.

    L’appliquer aujourd’hui à Gaza ? Quelle vulgarité ! Quelle « indigence intellectuelle » !

    Cette logique de discours médiatique et de condescendance intellectuelle rejoint plus largement le traitement politique et médiatique de Gaza.

    Guerre propre à Gaza : la méthode du chirurgien à la moissonneuse-batteuse

    L’auteur du pamphlet nous explique, avec la gravité d’un prof de droit sous valium, que la guerre, « voyez-vous, c’est sale ». Dresde ! Hambourg ! Grozny ! On vous sort le grand jeu des analogies historiques.

    Mais le sophisme est si gros qu’il en fait sauter les charnières.

    Le Hamas est partout, dites-vous ? Pratique ! Le Hamas serait dans l’incubateur, dans le sac de farine de l’ONU, sous la tente du réfugié et jusque dans la bouteille d’eau — qu’on a d’ailleurs pris soin de couper.

    Dès lors, détruire massivement des habitations et tuer des dizaines de milliers de civils ne relèverait plus d’une politique dont il faudrait interroger les méthodes et les objectifs. Non ! Ce ne serait qu’un « dommage collatéral » d’une armée tellement « morale » qu’elle prévient parfois ses victimes par SMS avant de pulvériser leur salon.

    L’intention génocidaire ? Quelle introuvable chimère !

    Il ne faudrait surtout pas écouter les déclarations de responsables politiques israéliens lorsqu’elles évoquent les Palestiniens dans des termes déshumanisants ou appellent à des mesures susceptibles d’aggraver leurs conditions d’existence. Non, ça, ce serait de la poésie lyrique de coalition gouvernementale !

    Ne mélangeons surtout pas les torchons de la rhétorique d’État et les serviettes du droit international.

    La Cour internationale de Justice, saisie dans l’affaire opposant l’Afrique du Sud à Israël au titre de la Convention sur le génocide, a ordonné des mesures conservatoires destinées notamment à prévenir certains actes visés par la Convention et à permettre l’accès à l’aide humanitaire. Voir les mesures conservatoires de la CIJ.

    Cela ne constitue pas un jugement définitif sur la qualification de génocide. Mais cela suffit à rappeler une chose élémentaire : le droit international n’est pas un accessoire décoratif que l’on peut sortir du placard lorsqu’il sert un récit et ranger lorsqu’il dérange.

    L’insulte suprême : la cécité sur diplôme

    Le sommet du grotesque est atteint quand notre pamphlétaire s’en prend aux ONG, aux juristes de l’ONU, à la Croix-Rouge et aux universitaires. Ces gens-là souffriraient d’une « ignorance savante ».

    Comprenez :

    Ceux qui sont sur le terrain, qui documentent les violations du droit international et décrivent les conséquences humaines de la guerre ne compteraient pas. Seul compterait l’éditorialiste parisien, confortablement assis devant son café gourmand, qui nous expliquerait depuis son XVIe arrondissement que les organisations humanitaires se seraient fait pigeonner par la propagande du Hamas.

    Selon cette rhétorique bancale, dénoncer les souffrances d’une population civile prise au piège ne relèverait plus de l’humanité la plus élémentaire, mais d’une mystérieuse « passion antisémite ».

    C’est le coup de grâce intellectuel : l’inversion accusatoire poussée au rang d’art majeur.

    Si vous vous indignez devant les milliers de morts et les destructions massives, ce ne serait pas parce que vous avez un cœur ou des yeux : ce serait parce que vous chercheriez désespérément à diaboliser l’État d’Israël pour vous laver la conscience !

    Bilan comptable et morale à géométrie variable

    Alors résumons la grille de lecture de ces grands esprits :

    Si une armée occidentale ou alliée pilonne une enclave densément peuplée : c’est de la guerre urbaine, tragique mais inévitable. Les morts civils seraient la faute exclusive des combattants qui se cachent parmi eux. Circulez, y a rien à voir.

    Si l’ONU, la CIJ et les ONG alertent sur les crimes potentiels ou évoquent le risque de génocide : ce seraient des idiots utiles ou des complices des terroristes.

    Si vous refusez de fermer les yeux : vous êtes un analphabète émotionnel manipulé par TikTok.

    Quelle prodigieuse acrobatie mentale pour éviter de nommer ce qui se passe sous nos yeux !

    La vérité, c’est que ce texte n’est pas une réflexion philosophique sur le sens des mots : c’est un manuel de nettoyage sémantique. Une tentative désespérée de raser les mots après avoir rasé les villes.

    Mais que voulez-vous ? Les soldats ont bien foutu la merde aux quatre coins du globe… sauf là-bas. Là-bas, ils sont gentils ! Enfin, c’est en tout cas la fable magnifique que nous racontent à longueur de journaux télévisés une partie des médias et des gouvernements occidentaux.

    Décidément, ils n’ont vraiment pas de chance, ces Gazaouis : parmi toutes les armées du monde, il a fallu qu’ils tombent sur la seule qui massacre avec des sentiments purs, pulvérise des quartiers entiers par pur sens du devoir moral et affame une population avec la bénédiction supposée du droit international !

    Quelle ironie tragique.

    Aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé et aucun éditorial de salon ne suffiront jamais à effacer cette réalité : quand on a rasé une terre et détruit les conditions de vie de son peuple, on ne fait pas de la « guerre propre ». On produit une violence que le vocabulaire ne peut pas rendre acceptable par simple changement d’étiquette.

    Et les mots finiront toujours par rattraper ceux qui les utilisent pour maquiller les faits, qu’ils soient armés d’un canon ou d’un stylo.

    Le refus de nommer la violence

    Il existe des mouvements politiques dont le maintien au pouvoir peut rendre toute perspective de paix plus difficile. Dans certaines situations historiques, la fin d’un pouvoir politique ou militaire peut devenir une condition de la paix plutôt qu’un obstacle.

    La présence au sein du gouvernement israélien de figures de l’extrême droite ultranationaliste, certaines défendant la suprématie juive ou l’annexion de territoires palestiniens, nourrit ainsi des critiques portant sur l’ethno-nationalisme, le rejet de l’Autre et la légitimation de la violence.

    La loi fondamentale de 2018 définissant Israël comme l’État-nation du peuple juif est elle aussi régulièrement critiquée pour son caractère discriminatoire à l’égard des citoyens non juifs, notamment des citoyens arabes palestiniens.

    Israélien : on ne peut mieux dire ! C’est vraiment le signifiant à conquérir.

    Mieux : la violence de chaque intervention armée contre les civils peut ainsi être présentée comme relevant du « droit à la défense ». Le sionisme devient alors, dans cette construction discursive, le signifiant autour duquel tout doit être réorganisé : la violence devient défense, l’occupation devient sécurité, et la contestation devient menace.

    La guerre comme impasse

    Les guerres prennent généralement fin lorsqu’on découvre que les poursuivre est pire que d’en accepter le résultat. L’Allemagne et le Japon l’ont appris, comme d’innombrables autres sociétés. La défaite peut parfois remplir une fonction moralement utile : détruire les illusions et les fantasmes qui empêchaient de regarder la réalité en face.

    Pour Israël, l’illusion qu’une pression militaire toujours plus forte finira par faire disparaître Gaza ou la question palestinienne demeure, selon cette lecture, une impasse. La guerre propre à Gaza devient alors une formule commode pour éviter de regarder cette impasse en face.

    Dès lors, chaque génération risque d’être condamnée à rouvrir un conflit que l’histoire n’a jamais véritablement refermé.

    La situation humanitaire à Gaza reste documentée par les organismes internationaux. Les faits sont têtus, et le droit international l’est encore davantage.

    Quand on affame une population, qu’on détruit ses hôpitaux, ses écoles et ses réseaux d’eau, et qu’on contraint des civils à se déplacer de refuge en refuge, on ne peut pas simplement faire disparaître ces réalités derrière le vocabulaire aseptisé de la « guerre asymétrique ».

    La guerre propre à Gaza ne peut être une évidence que dans les mots de ceux qui cherchent à rendre la violence présentable.

    Aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé et aucun éditorial de salon ne suffiront à nettoyer le sang des tapis de ces grands théoriciens de la « guerre propre ».

    Il n’y a rien d’humain à encourager les peuples à se battre indéfiniment pour un résultat qu’ils n’atteindront pas.

    La compassion consiste parfois à annoncer à ceux qui vivent dans l’illusion permanente de la victoire que la guerre ne peut pas être une politique éternelle.

    La guerre propre à Gaza devient alors une formule commode pour éviter de regarder cette impasse en face. La prétendue guerre propre à Gaza ne peut survivre que tant que les mots parviennent à masquer les conséquences humaines de la guerre.

    Construisez plutôt quelque chose.

    La prétendue guerre propre à Gaza ne peut survivre que tant que les mots parviennent à masquer les conséquences humaines de la guerre.

    La colombe est un magnifique symbole. Pourtant, elle ne peut se poser en toute sécurité que si l’on a réussi à effrayer le faucon pour qu’il ne la mange plus.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »