C’est dingue cette tendance sur Facebook
et d’autres réseaux sociaux d’étiqueter des infos en provenance de pays
comme la Russie, la Chine, Cuba ou… l’Algérie «Médias contrôlés par
l’État». Genre, «Balakou ! Méfiez-vous !». Pourquoi diantre aucune
mention identique pour les infos des médias appartenant et contrôlés
par…
… Bolloré, Drahi, Arnault, Dassault, Pinault, Lagardère, Niel, Lévy ???
La bave n’avait pas encore séché sur
leurs lèvres gercées par la haine. Les lèvres de qui ? De toutes celles
et de tous ceux qui n’ont vu dans le projet d’une statue pour l’Émir
Abdelkader que son coût qualifié d’«exorbitant». Ils éructaient encore
tout à l’heure, ou il y a quelques heures à peine, que le pays avait
d’autres priorités qu’une statue, entre autres les dégâts des dernières
pluies. Et là, quoi ? La nouvelle tombe à l’issue du Conseil des
ministres : 10 milliards de dinars pour les victimes et les sinistrés.
C’est suffisant ? Ce n’est pas suffisant ? C’est moyen-moyen ? C’est
tout bon ? Le problème n’est déjà plus là. Je note juste qu’un pays qui
bosse se reconnaît aussi à son degré de réactivité. Et en le notant, en
notant que les autorités du pays ont réagi vite, très vite, il me
revient à l’esprit des inondations terribles qui ont ravagé et
endeuillé, il y a de cela un peu plus de deux ans, une vallée d’un grand
pays européen, civilisé, porteur même d’une civilisation dite des
«lumières», développé aâl kif, au tissu industriel impressionnant, aux
réseaux financiers, bancaires et… assurantiels mondialement reconnus.
Pourquoi ça me revient ainsi à l’esprit ? Parce que les habitants de ce
grand pays, de cette vallée, de tous les villages et villes situés sur
le parcours de cette catastrophe ont mis des années, voire pour certains
sont encore et toujours en procédure pour toucher les aides et
financements destinés à la reconstruction, et pour certains à refaire
juste leur vie. Des années ! Les intempéries qui viennent de frapper
plusieurs régions de notre Dézédie remontent à… moins d’une semaine, et
10 milliards sont sur la table. Pas en promesse. Non ! Sur la table !
Est-ce que cette promptitude de la part d’un pays comme le nôtre, humble
malgré tout dans sa dimension assurantielle et de procédure, règle tout
? Non ! Encore une fois, non ! Nous sommes d’accord là-dessus. Ça ne
règle surtout pas le truc que je considère comme faisant partie du
package «réactivité». Des gens, à des degrés de responsabilité divers,
petits, grands ou moyens commis de l’État, des élus, des fonctionnaires,
des agents de l’administration doivent répondre et répondre vite, de
manière républicaine bien évidemment, c’est-à-dire devant la justice et
la loi, de toutes ces autorisations, ces avals, ces paraphes apposés sur
des permis de construire en zone inondable, dans des lits d’oued, sans
respect des normes architecturales et d’urbanisme ou tout «bonnement»
sans permis de construire du tout ! 10 milliards de dinars d’aides
urgentes, sec, oui ! Mais des comptes, des comptes précis et tout aussi
secs dans leur rigueur implacable doivent être demandés à ceux qui ont
aussi permis, avalisé et couvert administrativement cette catastrophe.
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
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