Parce qu’il faut bien rigoler un peu, pour jeter un œil sur la dernière livraison des scribes du Makhzen. Selon la presse du voisin de l’Ouest, 61 personnes menées par un ex-militaire auraient fait un petit « trekking bucolique » de 1 200 km entre la Tunisie, les maquis d’El Tarf et Oran… juste pour « prendre un bateau » ! Oubliez les aveux, la logistique clandestine et les devises : pour la propagande d’en face, il s’agissait simplement d’une sortie club atlassien qui a mal tourné.
À les lire, la presse marocaine s’étrangle, suffoque et hurle à l’imposture. On croirait entendre une cantate de castrats effarouchés. Leur drame du jour ? La prise au piège de 61 « innocents » compatriotes, cueillis par la Sûreté algérienne, avec parmi eux un ex-militaire des Forces armées royales.
Mais attention ! Selon la gazette officielle du voisin de l’Ouest et ses informateurs anonymes tapis dans les couloirs obscurs de Jeune Afrique, ce ne sont absolument pas des saboteurs. Non, voyons ! Ce sont de doux agneaux, des candidats à l’émigration clandestine. De simples touristes du dimanche qui, pris d’une soudaine passion pour la randonnée pédestre extrême, ont décidé de s’offrir un petit trekking bucolique : vol pour la Tunisie, traversée commando des maquis touffus d’El Tarf, puis un marathon de mille kilomètres jusqu’à Oran. Tout ça, juste pour « choper un bateau vers l’Europe ». Voyons, qui n’a jamais fait un détour de 1 200 kilomètres à pied à travers des frontières militarisées pour aller prendre un café à la marine d’Oran ? C’est tellement plus logique !
Le concours de mauvaise foi du Makhzen
L’auteur de ce chef-d’œuvre de victimisation se déchaîne en huit leçons de logique inversée. Il nous joue le grand air de la défense des droits de l’homme et du droit pénal international avec le sang-froid d’un marchand de tapis pris la main dans le sac.
« Où sont les armes et les bombes ? » s’indigne notre pamphlétaire du dimanche. Ah, la belle naïveté ! Parce que c’est bien connu, lorsqu’une cellule de renseignement et de sabotage opère en territoire étranger, elle voyage en bus touristique avec des kalachnikovs qui dépassent du sac à dos, des bâtons de dynamite en guise de saucissons et un panneau « Attention, mission secrète en cours ».
« Ils avaient leurs passeports et des euros ! » bénit-il avec un aplomb fascinant. Ben voyons ! Quand on cherche à s’infiltrer et à financer de la logistique clandestine en sous-main, quoi de mieux que des devises fraîches et des papiers officiels pour blanchir sa présence avant le grand saut ?
« Un ancien militaire, et alors ? » C’est vrai, quoi ! Qu’y a-t-il de plus banal qu’un ancien gradé des FAR qui mène une troupe de 60 gaillards à travers les maquis de la frontière algéro-tunisienne ? Probablement un simple moniteur de colonie de vacances en reconversion professionnelle !
Quand les aveux dérangent le récit officiel
Mais là où le vernis craque complètement, c’est dans le silence assourdissant des plumes du Makhzen face aux aveux mêmes des inculpés. Car pas de chance pour les scénaristes de Rabat : la justice ne s’appuie pas sur des « sources officieuses » anonymes qui murmurent à l’oreille de médias parisiens, mais sur des dépositions, des recoupements et des dossiers judiciaires bien réels scellés devant le pôle pénal spécialisé.
L’imposture est là, flagrante, grotesque, presque attendrissante dans son amateurisme. Pour faire oublier la débâcle d’un réseau démantelé la main dans le collimateur, la presse de papa préfère hurler à la paranoïa algérienne. C’est l’arroseur arrosé qui accuse le tuyau d’être une arme de destruction massive.
La négation comme seule ligne de conduite
Au fond, ce texte d’une piètre qualité journalistique n’est que le reflet d’une panique morale. Faute d’arguments solides, on nous vend du sarcasme bon marché sur « l’Oscar du meilleur scénario ». Mais si la catégorie « Meilleure inversion des rôles » existait à Los Angeles, le Makhzen repartirait avec la statuette d’or, le tapis rouge et les félicitations du jury.
Continuer à faire passer des infiltrés chevronnés et guidés par des professionnels de la guerre pour de pauvres « migrants égarés » n’est plus de la diplomatie ni du journalisme : c’est de la psychiatrie. Un exercice d’auto-persuasion où l’on tente de convaincre le monde que le feu ne brûle pas, que l’eau ne mouille pas et qu’un réseau de 61 personnes dirigé par un cadre militaire n’était là que pour cueillir des champignons dans la forêt d’El Kala.
À mourir de rire, vraiment. Mais d’un rire jaune pour ceux qui croient encore que la naïveté feinte peut remplacer la vérité des faits.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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