Le Makhzen et sa diplomatie du tournevis crie au miracle :

L'illusion

Écrit par

dans

On pensait avoir tout vu en matière d’autosatisfaction, mais la presse du Makhzen vient de signer un chef-d’œuvre : transformer le démontage d’une exposition photo dans un couloir de l’ONU en victoire géopolitique historique. Entre effets de manche, communiqués triomphalistes et illusion permanente.

On pensait avoir tout vu dans la catégorie « autosatisfaction de compétition », mais la presse du Makhzen vient de signer un chef-d’œuvre. Lisez, admirez, savourez : chez les scribes du Palais, le décrochage d’un cadre photo par les services de sécurité de l’ONU est désormais élevé au rang de triomphe stratégique majeur, d’épopée héroïque et de masterclass diplomatique.

Le pitch est d’une simplicité biblique. Des ONG, appuyées par plusieurs délégations, installent une exposition de photos sur le quotidien des réfugiés sahraouis dans les couloirs des Nations unies. Horreur, sacrilège et crise d’urticaire chez les représentants du Royaume ! Les diplomates maison sautent sur leurs téléphones, agitent les règles administratives et obtiennent le démontage des panneaux. Résultat des courses ? Des tirades dithyrambiques sur la « clairvoyance », la « vigilance » et la « rigueur institutionnelle » marocaine.

La victoire du tournevis

Il faut mesurer le niveau de l’exploit. Déménager des cadres en bois et plier des tréteaux devient ainsi une « défaite cuisante pour le camp adverse ». Si on suit la logique du texte, effacer des images et faire disparaître des visages d’un couloir relève du génie tactique. On croyait la diplomatie faite de négociations, d’alliances et de vision politique ; on apprend qu’au Palais, elle se mesure au nombre de mètres carrés nettoyés avant l’arrivée du personnel de ménage.

L’auteur du texte, visiblement très soucieux d’obtenir les bonnes grâces et le coup de tampon de sa hiérarchie, nous explique avec une gravité tragique que l’ONU ne saurait être une « vitrine ». On repensera à la poésie de la formule la prochaine fois que les communicants du pouvoir nous vendront la moindre poignée de main informelle dans un couloir new-yorkais comme une adhésion planétaire à leur cause.

L’illusion comme doctrine

Ce qui prête à sourire pour ne pas dire à rire jaune, c’est cette obsession d’accuser l’autre de « mise en scène » et de « propagande » tout en rédigeant un pamphlet de quatre-vingts lignes sures… des accrochages de murs. Pour le rédacteur, montrer des portraits d’humains est une « manœuvre cousue de fil blanc », mais consacrer trois pages de superlatifs au travail des décrocheurs de cadres, c’est de l’information pure et dure.

Derrière l’ironie des slogans et la prose grandiloquente se cache la réalité habituelle de cette communication de bureau : présenter chaque micro-incident de couloir comme une victoire de la civilisation, dissimuler les blocages de fond sous des effets de manche, et espérer que le lecteur oubliera de poser la seule vraie question. Car une fois les photos rangées dans les cartons et les diplomates rentrés à l’hôtel, la situation diplomatique, elle, n’a pas bougé d’un millimètre. Mais peu importe la réalité, pourvu qu’on ait le communiqué.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *