Ah, le grand frisson médiatique de l’automne 2026 ! Ouvrez les vannes, sortez les violons de la rescousse et préparez les cotillons pour le retour des grands inventeurs de la roue idéologique. Dans son dernier manifeste – qu’on nous vend avec le sérieux d’un notaire découvrant un testament truqué –, la grande prêtresse autoproclamée des plateaux télévisés, Barbara Lefebvre, vient de nous pondre un petit chef-d’œuvre de bien-pensance en Loden.
Sous sa plume, le sieur Mohamed Louizi est érigé en « doux radical » de l’humanisme. Un « Soljenitsyne du dimanche » qui aurait bravé tous les dangers pour nous expliquer quoi ? Que les enfants des quartiers ne jouent pas aux billes mais s’entraînent à devenir des machines de guerre sous l’œil inquisiteur de la charia, guidés par un « moteur de la peur » à douze pistons. Rien que ça ! On se croirait dans un mélange improbable entre un manuel de mécanique agricole et un roman de gare pour cathos paniqués du seizième arrondissement.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : derrière le vernis de l’analyse sociologique de pacotille, ce texte pue le vieux renfermé du sous-produit idéologique. C’est le grand retour du disque raye de l’extrême droite littéraire, celui qui mélange tout pour mieux justifier l’injustifiable.
Le « Mur Mental » et autres balivernes de salon
Le concept est beau sur le papier, il faut le reconnaître : le fameux « mur mental ». Oubliez la pauvreté, la ségrégation territoriale, les politiques publiques exsangues, les services publics laminés à coups de taille-crayon budgétaire et le mépris social systémique ! Non, le problème de la République, c’est ce qui se passe dans la tête des mômes avant même qu’ils n’aient ouvert un livre de géographie.
L’autrice nous vend une salade bien assaisonnée où l’on convoque Hannah Arendt et la sociologie de comptoir pour expliquer que l’islam est, par essence, une « matrice islamophobe » (pardon, « matrice » tout court selon ses petits arrangements avec la sémantique). C’est pratique, c’est net, c’est sans bavure : cela permet d’exonérer totalement la société dominante de ses propres échecs, de sa propre violence coloniale, et de cette obsession maladive à désigner en permanence le bouc émissaire idéal.
Quand on aime la colonisation et qu’on a la nostalgie des grands espaces sous tutelle, on ne peut décemment pas regarder la réalité en face. Alors on fabrique du « totalitarisme d’atmosphère » à la petite semaine. On prend une trajectoire individuelle celle d’un transfuge qui a le droit d’avoir son parcours et on en fait une loi universelle taillée à la hache pour les besoins de la cause nationaliste.
Les Idiots Utiles et la grande foire du mépris
À mourir de rire, si ce n’était si triste. Les porte-voix médiatiques s’émeuvent en chœur d’une prétendue « omerta » qui frapperait l’auteur, pendant qu’on lui déroule le tapis rouge dans tous les hebdos identitaires et les émissions de décérébrés du PAF. Quel courage ! Quelle bravoure physique de venir répéter ce que tout le landerneau réactionnaire assène du matin au soir sur les chaînes d’information en continu !
On nous rejoue la partition éternelle : l’intellectuel courageux face à la meute, le dissident qui ose dire « la vérité qu’on nous cache ». Sauf que le seul secret bien gardé de cette imposture, c’est qu’elle rapporte gros en termes de surface médiatique et de respectabilité bourgeoise. Dénigrer l’islam en long, en large et en diagonale est devenu un passe-temps aussi banal que de critiquer la météo de novembre.
Pendant ce temps, les vrais problèmes du pays s’accumulent sous le tapis, balayés par des diatribes qui sentent bon la naphtaline sécuritaire. On agite le hochet du séparatisme pour mieux masquer le gouffre abyssal des inégalités.
Alors, aux marchands de soupe identitaire et à leurs laudateurs en col claudine : changez de disque. Vos douze pistons sont grippés, votre moteur cale, et la seule chose qui monte vraiment ici, c’est la nausée face à tant de cécité volontaire.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
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