Il faut leur reconnaître un talent de funambule : à force de danser sur la tête, les plumitifs du Makhzen finissent par croire que le monde entier applaudit leur pirouette. Prenez l’article d’un média du Makhzen publié dans ce grand tout-venant de la propagande royale. Le garçon s’égosille, s’offusque, compte les points et brandit les chiffres avec la morgue d’un sous-secrétaire ministériel qui aurait confondu sa machine à écrire avec une table d’orientation.
Selon lui, la presse algérienne aurait « raconté la victoire à moitié ». Mais quelle mouche a piqué ces courtisans patentés pour donner des leçons de journalisme, eux dont la déontologie consiste à attendre sagement que le fax du Palais leur souffle les virgules et les éléments de langage ?
Écoutons-les jubiler. Le Conseil de sécurité a voté le 30 octobre, le mandat de la MINURSO n’est pas reconduit, et le Cabinet royal dans un accès de panique habillé en panache crie presque victoire en annonçant le départ du matériel et du personnel. On nous explique doctement qu’Alger a perdu la partie, que le texte russe n’a récolté que trois voix, et que le Royaume, souverain et magnifique, aurait demandé le départ de la mission.
Mais quelle blague de potache ! Présenter la cessation d’une mission de paix onusienne et un blocage diplomatique majeur comme un « succès souverain », il n’y a que des esprits profondément tordus par des décennies de soumission pour avaler pareille couleuvre. Depuis quand expulser ou voir s’effondrer le cadre de surveillance international est-il un exploit ? C’est un peu comme un cambrioleur qui, voyant débarquer la police, met le feu à la maison et hurle à qui veut l’entendre qu’il a enfin réussi à vider les lieux. Une victoire à la Pyrrhus, version marbre et zellige.
Les faiseurs de mythes du Palais
L’auteur et ses semblables s’époumonent à critiquer les angles morts de la presse algérienne. Mais parlons un peu des angles morts de la cour ! Où est passée l’objectivité quand chaque recul diplomatique est maquillé en audace stratégique ? La vérité, c’est que le régime marocain tremble à l’idée que la légalité internationale ne se plie pas aux caprices de sa diplomatie de pacotille.
Le texte russe n’a peut-être pas recueilli les neuf voix magiques, mais il a eu le mérite de mettre le nez du Palais dans son caca géopolitique, en brisant le faux consensus américain. Et que fait la cour ? Elle s’accroche à une non-reconduction comme un naufragé à une planche pourrie, en se disant qu’en faisant suffisamment de bruit, les opinions publiques finiront par oublier que le dossier s’enlise, que le statu quo explose et que la fuite en avant est leur seule boussole.
Le rire noir face à l’imposture
À mourir de rire, vraiment. On frôle l’hilarité nerveuse en lisant ces scribouillards de service accuser les autres de cacher la poussière sous le tapis, alors que leur tapis royal cache un véritable champ de mines diplomatique. La diplomatie, ce ne sont pas des communiqués crachés par un cabinet aux abois, ni des odes lyriques à la colonisation déguisées en analyses géopolitiques.
Mais qu’y peut-on ? Quand on a passé sa vie à cirer les parquets du Makhzen, on finit par voir des victoires partout, même dans les pires gadoues diplomatiques. Continuez donc à célébrer le vide, messieurs les censeurs. Pendant que vous festoyez dans les ors de la principauté en réécrivant l’histoire à votre sauce, la réalité, elle, continue de vous exploser à la figure. Et ça, aucun veto, fût-il américain, ne pourra jamais le masquer.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
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