Auteur/autrice : Wahrani

  • De qui les États-Unis sont-ils le proxy ?

    De qui les États-Unis sont-ils le proxy ?

    Regardez-les. Admirez la diplomatie des carnassiers. Les sionistes au pouvoir n’ont pas d’alliés, car leurs plus purs instincts les poussent irrépressiblement vers la destruction de l’Autre et leur propre suicide politique. C’est une loi élémentaire de la physique sociale : on ne règne pas en célébrant le culte de la mort, et on ne conserve pas un réseau d’amis quand on s’est mis la terre entière à dos. L’« alliance sacrée » entre Tel-Aviv et Washington, agrémentée des platitudes complices des régimes européens, n’est rien d’autre qu’un pacte entre caïds du crime organisé. Une association de malfaiteurs qui s’embrassent le matin et se sauteront à la gorge au tout premier signe de faiblesse l’après-midi.

    Mais après tout, le prétendu « monde libre » semble pris d’une crise de démence suicidaire. Il accepte sans broncher d’être gouverné par un aventurier de foire comme Donald Trump ou par la brochette de jean-foutre qui font office de dirigeants en Israël et à travers l’Occident. Une jeunesse crédule se laisse ferrer par des charlatans politiques et des démagogues toxiques, Netanyahou en tête. Et pendant ce temps, les foules écoutent les prières des fous en guerre ouverte contre la raison. C’est un grand marché de la connerie : d’un côté, des écologistes de pacotille qui exploitent des angoisses légitimes pour refourguer de la contrefaçon scientifique ; de l’autre, des complotistes en roue libre qui voient la main du Diable chez les Francs-Maçons, les satanistes pédophiles ou les extraterrestres.

    Ajoutez à ce tableau d’honneur l’effondrement méthodique de l’école publique, la promotion active de l’obscurantisme, la tolérance béate pour les trafics, le vandalisme et les incendies volontaires… Si la France, l’Espagne, l’Italie ou la Grande-Bretagne deviennent invivables parce qu’une trop grande partie du corps social refuse de se comporter en citoyens, et si l’on continue de décréter qu’il faut dépendre à 100 % de l’étranger pour leurs besoins vitaux à commencer par de quoi manger, soyons clairs : l’Occident ne va rien « vaincre » du tout. Il va tout simplement crever.

    Regardons les chiffres, la froide réalité : les États-Unis, c’est 4 % de la population mondiale, 14 % de la production de la planète et 13 % des importations globales. Pour maintenir leur statut d’hégémon absolu avec un tel différentiel, ils n’ont pas cinquante options : il leur faut une politique de prédation pure, financer le chaos et organiser la nuisance globale pour étouffer préventivement le moindre rival. Une stupidité d’une paresse intellectuelle crasse, équivalente à ce socialisme de bazar qui s’imagine que l’économie mondiale est un gâteau à taille fixe qu’il faudrait voler avant que le voisin ne le croque.

    Pendant ce temps, le vent tourne. On ferait bien d’abandonner l’expression condescendante de « Sud global » pour celle, autrement plus factuelle, de Majorité mondiale. L’Inde et le Brésil, deux des piliers fondateurs des BRIC, sont des démocraties parlementaires. L’Afrique du Sud, qui les a rejoints pour former les BRICS, cherchait avant tout à se prémunir du terrorisme et de l’extrémisme religieux. Car chacun sait  ou devrait savoir que le fanatisme takfiriste (Daeech) a été méthodiquement manipulé et instrumentalisé par la CIA pour déstabiliser les États souverains, qu’ils soient laïcs ou non. Petit détail savoureux pour l’Histoire : le plus ancien manuel retrouvé du parfait petit soldat takfiriste avait été imprimé très officiellement dans le Montana. Comme c’est étrange ! Le hasard fait décidément bien les choses.

    Ce qu’il y a de formidable avec la bande de voyous qui sert de guides, c’est qu’ils finissent toujours par avouer la bouche enfarinée. Comme par exemple quand ils ont vu les pétromonarchies du Golfe entamer une romance diplomatique avec Pékin, leur premier cri du cœur n’a pas été « La démocratie est en danger ! », mais un sublime : « Oh merde ! Ce sont les Chinois qui vont foutre la main sur leurs ressources, et pas nous ! » Le masque tombe, la nudité de l’impérialisme apparaît dans toute sa splendeur.

    Cette supériorité odieuse des États-Unis  que tout cœur authentiquement progressiste a le devoir moral de haïr, comme on haïssait au XIXᵉ siècle l’infâme Angleterre et son peuple de boutiquiers cyniques  est peut-être enfin sur le point de toucher à sa fin. On reste halluciné en observant les successeurs de Washington, Jefferson, Lincoln et Roosevelt emprunter leurs méthodes de gouvernance directement aux pires Gouvernements  despotiques d’Ouganda d’Israël.

    Rendons toutefois à César ce qui lui appartient : à côté du vol, de la rapine et de la force brute impériale, l’Amérique a aussi compté une véritable étincelle de créativité, une intelligence vive et une collection impressionnante de Prix Nobel. On y croise des Japonais, des Chinois, des chercheurs issus de tous les peuples de la Terre. Rendons-lui cet hommage : une nation capable d’attirer et d’accueillir autant de découvreurs n’est pas entièrement méprisable.

    Mais la réalité du terrain rattrape le théâtre des ombres. La profondeur de l’isolement international d’Israël est devenue totale, bien que scrupuleusement masquée par le filtre complaisant des médias de grand chemin. À l’Assemblée générale de l’ONU, Netanyahou est venu pérorer depuis la tribune devant une salle quasiment vide.

    Ces images ne mentent pas. Regardez ces dizaines de délégués quitter la salle en signe de protestation dégoûtée dès que le premier ministre israélien s’avance vers le micro. Heureusement que la honte ne tue plus depuis longtemps, sans quoi les travées seraient jonchées de cadavres. Car il n’y a pas de mots pour qualifier la veulerie de ces diplomates restés sagement assis. Dans ce désert de courage, saluons la lucidité des interventions du président iranien, du président turc ou du roi de Jordanie, qui ont au moins eu la décence de nommer les choses et de condamner sans détour le génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • Le spectacle de Caligula à l’ONU : déclarations dangereuses et dérive impériale

    Le spectacle de Caligula à l’ONU : déclarations dangereuses et dérive impériale

    J’ai suivi une partie du discours de Donald Trump devant l’Assemblée générale des Nations Unies, avant de devoir couper court. Le spectacle était devenu insoutenable : il y étalait sans pitié son ignorance crasse des fondements de l’ONU et une obsession narcissique déplacée, se posant en figure absolue alors qu’il ne faisait que s’offrir en spectacle dans le rôle d’un despote grotesque.

    L’ONU a pourtant été fondée précisément pour extirper le fléau de la guerre. Les premiers mots de sa Charte rappellent cette ambition fondamentale :

    « NOUS, LES PEUPLES DES NATIONS UNIES, SOMMES DÉTERMINÉS

    À épargner aux générations futures le fléau de la guerre qui, à deux reprises de notre vivant, a causé à l’humanité des souffrances indicibles,

    À réaffirmer la foi dans les droits fondamentaux de la personne humaine, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes et des nations, grandes et petites, à établir les conditions permettant de maintenir la justice et le respect des obligations découlant des traités et autres sources du droit international.

    À promouvoir le progrès social et de meilleures conditions de vie dans une plus grande liberté. »

    De cette mission et de cet engagement collectif pour la paix, Trump n’a pas la moindre idée. Son intervention n’était que le pur produit de la doctrine façonnée par Netanyahou et son manifeste de 1996, « A Clean Break », qui revendiquait déjà le droit d’Israël à imposer son hégémonie par la force sur tous ses voisins.

    Devant les délégués du monde entier, Trump s’est laissé aller à cette déclaration effarante :

    « J’ai une décision cruciale à prendre. Dois-je conclure un accord avec l’Iran qui lui permette de se reconstruire et de devenir un pays bien plus grand qu’auparavant, peut-être même l’un des plus grands du Moyen-Orient ou du monde ?

    Ou dois-je anéantir la République islamique, et ce rapidement, sans jamais lui laisser la moindre chance de tuer et de détruire à nouveau des peuples et des pays ? Dois-je les conduire en enfer sans aucune chance de survie et sans espoir de grandeur future ni de descendance ? »

    Promettre l’anéantissement total d’une nation n’a rien d’une posture diplomatique : c’est une menace explicite de génocide. C’est la promesse de la pire abomination qu’un dirigeant puisse formuler, proférée ici en toute décomplexion. Pour Trump et ses alliés à Tel-Aviv, la notion d’« accord » n’est d’ailleurs qu’un prétexte opportun avant le massacre, une rhétorique qu’il a également invoquée pour justifier sa vision du conflit à Gaza. On en vient à se demander s’il ne préfère pas que l’histoire retienne son nom aux côtés des tyrans les plus sanguinaires plutôt que d’être réduit au rôle de simple exécutant de Netanyahou. Donc Qualifier cette stratégie de projet d’« anéantissement des peuples » relève toutefois d’un discours politique partisan destiné à légitimer des sanctions ou des actions militaires contre l’Iran.

    Ce discours aura au moins eu le mérite de révéler au grand jour la réalité du pouvoir américain. Ses prédécesseurs n’étaient pas meilleurs, mais ils voilaient leur brutalité sous des discours lisses. On se souvient de l’ambassadrice d’Obama, Samantha Power, drapée dans le principe de la « responsabilité de protéger » les populations opprimées, alors même que personne au sein de cette administration n’a jamais levé le petit doigt pour protéger les Palestiniens.

    Trump, lui, montre sans masque le visage le plus sombre des États-Unis. Il incarne une dérive si ouverte qu’aucune personne soucieuse de justice ne saurait l’accepter. Avec Netanyahou, ils partagent la même logique. Son objectif à la tribune était transparent : prouver l’impuissance des institutions internationales à stopper ses projets et ceux du courant sioniste. En usant du siège new-yorkais pour filtrer les représentations et en abusant du droit de veto au Conseil de sécurité, Washington retient l’ONU en otage.

    Une fois de plus, Trump prouve que s’il veut commettre un génocide, personne ne peut l’en empêcher et, par extension, Israël est protégé par son droit « divin » d’exterminer quiconque est considéré comme un Amalek. Tout ce qu’il fait repose sur le suprémacisme juif sioniste, qui ne respecte aucune loi ni aucun traité international et ne suit que les préceptes du Talmud.

    C’est une façon d’afficher ouvertement le suprémacisme juif au monde entier et de demander : « Qu’allez-vous faire ? » C’est conditionner le monde à accepter le suprémacisme juif sioniste, sous peine d’être à nouveau anéantis. Ce sont des psychopathes et des sociopathes malades et pervers, et le seul moyen de les arrêter est la force militaire. Il est impossible de raisonner avec ces gens-là, et la seule façon de leur faire accepter une quelconque « solution pacifique » est sous la menace d’une arme.

    Rendons grâce à Dieu pour les Iraniens, Ansar Allah et ceux qui les soutiennent ; ils comprennent parfaitement la situation et seront ravis de mettre un fusil sur la tempe de ces suprémacistes juifs sionistes.

    Dans ce contexte, les nations et les mouvements qui maintiennent une ligne de résistance face à cette hégémonie perçoivent parfaitement l’enjeu et refusent de céder aux sommations de ce suprémacisme.

    Le discours de Trump à l’ONU lui a offert une occasion parfaite de se révéler être l’imbécile qu’il est. Le plus tragique, c’est que Trump n’est même pas un menteur convaincant  ses histoires changent au gré des circonstances, les détails variant selon l’influence de Bibi mais il le fait depuis si longtemps qu’il a oublié comment s’arrêter, et les Américains commencent à se réveiller, ne tolérant plus un homme devenu étranger même à lui-même.

    Le discours à l’ONU ne doit laisser aucun doute au reste du monde : Trump pense que soit vous vous prosternez aux pieds de Néron, soit nous (nous, dans ce sens, confondons la volonté de Trump avec les intérêts américains puisqu’il se prend pour les États-Unis) vous anéantirons Si Cuba a fini par quitter la table, le plus inquiétant demeure le silence des autres nations. Étaient-elles là pour assister en spectatrices aux dérives de l’administration américaine ? Rappelons que l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies énonce pourtant clairement :

    « Tous les Membres s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies. »

    À l’exception d’un représentant, la délégation iranienne a quitté la salle lors des menaces de Trump, suivie plus tard par les délégués cubains. Mais le reste de l’Assemblée générale est resté stoïque, écoutant en silence des propos en violation directe avec le droit international. Apparemment, cet organe autrefois auguste des Nations Unies n’est plus guère qu’une clique internationale de flagorneurs impuissants et obséquieux, ce qui a été trop clairement démontré par son incapacité à quitter la salle en masse lorsque Trump a menacé l’Iran d’anéantissement.

    Moralité comme le rappelait la maxime classique : Un dirigeant maléfique réduira sa propre nation en cendres pour régner sur ces dernières.  Sun Tzu.
    C’est le cas de Trump, la marionnette sioniste.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation :

    Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation :

    Ah ! Qu’il était beau, le Président Français, drapé dans sa chlamyde de grand commandeur du Droit International à la tribune de l’ONU ! La voix trémolante, le regard fixé sur la ligne d’horizon des sondages en berne, il est venu porter la Bonne Parole aux sauvages : « Dites donc, en Cisjordanie, c’est pas très joli-joli, et puis d’abord le Hamas y est pas ! »

    Scandale ! Hérésie ! Blasphème en direct sur BFM !

    Aussitôt, dans les rédactions parisiennes aux moquettes épaisses et aux éditorialistes en béton armé, ce fut le branle-bas de combat. Pensez donc : rappeler un fait géographique élémentaire  à savoir que la Cisjordanie est administrée par l’Autorité palestinienne et quadrillée par l’armée israélienne, c’est quasiment de la haute trahison envers le manuel de bien-pensance du parfait petit colonisateur !

    Au Figaro, on a tout de suite sorti les pelles à purin pour ramasser les réactions de LFI. « Regardez, même Mélenchon dit que c’est un Tartuffe ! » gloussent les rédacteurs en chef, ravis de pouvoir faire d’une pierre deux coups : taper sur le Président gesticulateur tout en évitant soigneusement de prononcer les mots « colonisation », « blocus » ou « droit international ». Bah oui, ma bonne dame, si le type qui vend des armes le mardi déplore les morts le mercredi, ce n’est pas un problème de bombardement, c’est un problème de com’ !

    L’angle du Figaro consiste à instrumentaliser les réactions politiques en l’occurrence celles de La France Insoumise  pour cadrer l’intervention de Macron non pas sur le fond du droit international, mais sous l’angle du spectacle politique et du double jeu.

    La rhétorique du procès en insincérité : En mettant en avant les qualificatifs de « Tartuffe » ou de « comédien », l’article déplace le débat : on ne parle plus de la colonisation ou du statut de la Cisjordanie, mais de la posture morale du Président.

    L’évitement du sujet de fond : Le Figaro s’appuie sur la critique d’opposition pour invalider le constat de fait posé par le chef de l’État (l’absence de pouvoir structurel du Hamas en Cisjordanie occupée). L’argumentation vise à disqualifier la parole publique française en la réduisant à un simple calcul électoraliste ou diplomatique sans portée réelle.

    L’éditorial du Point adopte une stratégie d’alignement sémantique avec la communication officielle du gouvernement israélien (qui a qualifié les propos de Macron d’« absurdité grotesque »).

    Le piège du mot-clé : L’article isole une formule ou un mot du discours pour faire sauter tout le contexte géopolitique. En isolant l’affirmation selon laquelle le Hamas n’est pas aux commandes en Cisjordanie, l’éditorial cherche à faire passer un fait territorial et politique pour une faute morale ou une omission coupable.

    La légitimation du récit sécuritaire : L’imposture de cette grille de lecture réside dans l’assimilation permanente de toute la population palestinienne et de tous ses territoires à une menace terroriste globale, permettant de justifier l’extension des colonies et l’occupation militaire sous couvert de légitime défense.

    Au Point, on frôle l’infarctus du myocarde. Trouver « le mot qui annule tous les autres » ! Quel suspense ! On attendait le décodage d’un manuscrit de la mer Morte, on a juste eu droit au habituel numéro d’équilibrisme : expliquer que constater l’absence de régiment du Hamas sous les oliviers de Jénine, c’est limite faire l’apologie du terrorisme. Selon la presse des salons, quand un bulldozer rase une maison à Hébron, c’est forcément pour débusquer un tunnel sous l’évier. Si l’évier est vide ? C’est que le tunnel était bien caché !

    Et comme si le duo ne suffisait pas, le Journal du Dimanche est entré dans la danse en traînant ses grosses bottes de treillis. Depuis que le JDD a troqué sa plume d’information dominicale pour le képi d’un régiment d’infanterie, on n’y va plus avec le dos de la cuillère ! Pour le foudroyant gratte-papier de service, les mots du Président ne sont rien de moins qu’une « absurdité grotesque », reprenant au mot près, en bons toutous de garde, le communiqué vengeur transmis directement depuis le bureau de Bibi Netanyahou.

    Au JDD, on jubile : Bibi cite la Bible, parle de « Judée-Samarie », et le journal valide en hochant gentiment la tête, ravi d’apprendre que le droit international se lit désormais dans l’Ancien Testament. Macron ose qualifier le drame humain à Gaza de « spectacle qui nous fait honte » ? Vaine agitation diplomatique, tranche le JDD ! Pensez donc, réclamer la paix et le respect des frontières, quelle drôle d’idée quand on peut juste envoyer des bulldozers annexer deux collines de plus sous couvert de légitime défense.

    Mais le plus croustillant dans cette farce tragique, c’est la performance DU Président Français qui  nous fait le coup du désarroi moral à New York, pendant qu’à Paris, les livraisons d’armes et la coopération militaire se poursuivent dans le plus grand des calmes, au mépris des mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. On condamne les larmes aux yeux le matin, on valide les traités commerciaux l’après-midi, et le soir on s’étonne que personne ne rigole à la pièce.

    Résultat des courses : une presse d’opinion aux abois qui nous explique avec gravité que la réalité est une fake news, un gouvernement israélien qui hurle à l’outrage dès qu’on ne lui tend pas le tapis rouge, et un Président français qui continue de flotter au-dessus du vide, persuadé qu’une belle formule diplomatique équivaut à sauver des lives.

    Allez, rideau ! Et n’oubliez pas d’acheter vos journaux dimanche : on vous expliquera gentiment que la paix est un concept dépassé et que le bombardement préventif est bon pour le commerce !

    Moralité ; Aveuglement des médias et des politiques sur la situation à Gaza et en Cisjordanie … Gaza est un champ de ruines et des milliers milliers de morts … la loi du plus riche et du plus fort … la loi de la force contre la loi du droit ! Rien de nouveau !

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • Miracle au Makhzen :Mohamed 6 découvre le pétrole et sa presse découvre le FMI. 

    Miracle au Makhzen :Mohamed 6 découvre le pétrole et sa presse découvre le FMI. 

    C’est la grande frousse de la rentrée. Du côté de Rabat, la presse du Palais en fait ses choux gras, salive aux lèvres et tambour battant, avec des lunettes royales : l’Algérie serait au bord du gouffre, asphyxiée, ruinée, prête à vendre ses meubles et ses derniers coussins d’airbags !

    La preuve ? Le FMI a parlé. Et quand le FMI parle, il paraît qu’il faut trembler en rythme.

    On lit la tribune du Makhzen avec des larmes plein les yeux. Des chiffres à faire blêmir un comptable sous perfusion : une dette publique projetée à 79 % en 2031, une planche à billets qui tourne à plein régime, et des réserves de change qui fondent comme neige sous le soleil du Sahara. Mon Dieu, quelle horreur ! On en oublierait presque de regarder ce que dit vraiment la fameuse note de Washington.

    Car pour lire le FMI version « éditorialiste royaliste aux abois », il faut pratiquer l’art très sélectif du hachoir à texte. Casser le rapport en deux, jeter les morceaux gênants à la poubelle, et ne garder que la sauce piquante.

    Oubliée, la croissance estimée « solide et dynamique » à 3,8 % ! Trappée, la mention d’une dette extérieure publique insignifiante (moins de 1 % du PIB) qui ferait rêver n’importe quel ministre des Finances occidental ! Amnésié, le coup de chapeau sur la sortie de la liste grise du GAFI, ou le matelas de réserves qui couvre encore plus de 12 mois d’importations ! Non, ce qu’il faut retenir, c’est que l’Algérie va fermer boutique en 2031. Précis, le calendrier de l’apocalypse.

    Mais le sommet du comique troupier réside dans l’émetteur de la panique. Voir des gazettes du Makhzen s’extasier sur les sermons du FMI adressés au voisin algérien, c’est un peu comme regarder un naufragé pieds et poings liés à sa banque donner des cours de natation à un type qui a de l’eau jusqu’aux genoux.

    Rappelons aux amnésiques du crédit que l’Algérie, aussi perfectible soit sa gestion budgétaire et aussi urgente soit la diversification de ses ressources, n’a aucune dette auprès du FMI. Elle ne passe pas ses trimestres à quémander des rallonges, à faire valider son budget par des fonctionnaires internationaux ou à cumuler une Ligne de Crédit de Flexibilité de 5 milliards de dollars complétée par une rallonge de 1,3 milliard, comme le fait le Royaume voisin dont la dette publique frôle les 70 % du PIB, avec 25 à 30 % de dette extérieure directement exposée aux marchés financiers.

    La dette algérienne dont s’inquiète le FMI est une dette intérieure, libellée en dinars, contractée auprès de sa propre banque centrale. Un problème d’apothicaire national, de tuyauterie interne. Bref, un arbitrage souverain discutable, dangereux si mal maîtrisé, mais strictement domestique. Pendant ce temps, d’autres font la queue au guichet du FMI depuis des décennies pour rembourser les intérêts des prêts précédents au prix d’une austérité féroce. Mais de cela, motus : le FMI n’est un « oracle » que lorsqu’il critique le voisin.

    Indicateur cléAlgérie (Rapport FMI)Maroc (Données FMI)
    Dette extérieure publiqueQuasi nulle (< 1 % du PIB)~25 % à 30 % du PIB
    Dette publique globale~50 % à 55 % du PIB (100 % interne)~67 % à 70 % du PIB
    Programmes FMI actifsAucun (Souveraineté budgétaire)LCF (5 Mds $) + FRD (1,3 Md$)
    Couverture des importations> 12 mois de réservesModérée (~5 à 6 mois)

    La caricature est grosse, le trait est épais, mais la ficelle est usée. Faire passer une alerte technique sur la gestion de la rente pétrolière pour un certificat de décès économique relève de la prestidigitation de foire. Messieurs les cassandres : avant de prophétiser la faillite du voisin sur la base de trois paragraphes tronqués, vérifiez donc le solde de votre propre compte courant. Ça évitera de faire rire les banquiers.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • Mohamed 6 : absence enragé :  

    Mohamed 6 : absence enragé :  

    L’art de gouverner en portrait.

    Il paraît qu’à El Mouradia, on fait la queue comme au bureau des visas. C’est du moins ce qu’assure la chronique mondaine de la diplomatie en sous-main. Aussitôt, la gazette d’en face pousse des cris d’orfraie, dégaine le dictionnaire des pathologies mentales et décrète l’isolement d’un « enragé ». Grand style, grandes envolées, petite cuisine.

    Quand la politique étrangère se résume à mesurer le diamètre des tapis rouges déroulés à Rome ou à Berlin, on n’est plus analyste : on est valet de chambre. Voir dans les visites des dirigeants européens un « repas rapide pour gérant de station-service », c’est oublier un détail qui chiffonne : dans une Europe prise au piège de sa souveraineté énergétique post-2022, ce sont précisément ces « gérants de station » qui fixent le prix du plein, verrouillent les pipelines transméditerranéens (Eni, Uniper) et arbitrent l’approvisionnement du flanc Nord de la Méditerranée. Le « service minimum » qualifié avec mépris par les chroniqueurs de cour pèse en réalité des milliards d’euros de contrats fermes et structurants.

    L’art de la diversion : quand la paille cache la poutre

    Mais pour que la comédie diplomatique tienne le coup, encore faudrait-il que le modèle qu’on nous vend en face brille par sa solidité. Manque de chance, le tableau dressé par la presse internationale est nettement moins reluisant. Dans une enquête cinglante publiée en ce mois de septembre 2026, l’hebdomadaire britannique The Economist dissèque la fragilité d’un système à bout de souffle :

    • La jeunesse à la nage : Pendant que les scribes de Rabat s’épanchent sur la prétendue solitude d’Alger, des centaines de jeunes Marocains continuent de jeter leurs espoirs et leur vie sur les grillages de Ceuta ou à l’assaut de la mer, fuyant un chômage structurel endémique et le naufrage d’un modèle socio-économique à bout de course.
    • Le simulacre des urnes : Le magazine britannique pointe l’abîme abyssal entre le storytelling du Palais et le désintérêt total d’une population en particulier les 18-24 ans  qui boycottes des parlements fantoches où les décisions réelles ne dépendent jamais des bulletins de vote, mais des arbitrages verrouillés du Makhzen.
    • Le clan des ombres : Au lieu d’ausculter la santé mentale des voisins, les plumitifs feraient bien de balayer devant leur porte en relisant les chapitres que The Economist consacre aux affaires d’espionnage (les dérives de la DGST), aux scandales de surveillance de masse et aux angoisses d’une transition de pouvoir assombrie par les absences répétées au sommet de l’État.

    Rivalités du Golfe et souveraineté assumée

    L’auteur de la diatribe originelle s’émeut également du « silence majestueux » d’Abou Dhabi face à la « fureur » algéroise. C’est la poésie des affaires : transformer des divergences géopolitiques majeures  du Sahel à la Corne de l’Afrique en une simple leçon de savoir-vivre aristocratique. La réalité est pourtant tout autre : ce que l’invective qualifie d’« humeur changeante » au Sahel masque un affrontement de doctrines. D’un côté, l’Algérie défend la profondeur stratégique de sa frontière sud et son refus d’un alignement sur les agendas des monarchies du Golfe ou des diplomaties occidentales. De l’autre, on tente de travestir l’autonomie d’un État souverain en « isolement » pour complaire aux bailleurs de fonds. Proclamer l’Algérie isolée alors qu’elle siège au Conseil de sécurité de l’ONU et pèse sur les équilibres énergétiques de la Méditerranée relève de la pure bouffonnerie médiatique.

    Conclusion : Rangez le stéthoscope

    On ne peut qu’applaudir la politique étrangère algérienne,  pour ses rigidités et sa rhétorique souveraine. Mais remplacer la géopolitique des rapports de force par une psychanalyse de bazar sous forme de pamphlet relève de l’imposture théâtrale. Messieurs les chroniqueurs de cour, au lieu de jouer les psychiatres de pacotille, relisez l’actualité internationale, rangez le stéthoscope et sortez les cartes : la politique, ce n’est pas de la thérapie, c’est du rapport de force. Et à ce jeu-là, les leçons de morale de ceux qui vivent sur une poudrière sociale font surtout beaucoup rire.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • La reconnaissance de l’État palestinien: Les docteurs en diplomatie du salon d’en face :

    La reconnaissance de l’État palestinien: Les docteurs en diplomatie du salon d’en face :

    On croyait le papier journal bon pour le recyclage ou l’emballage du poisson frais ; c’était sans compter sur les casuistes de la réaction galopante, toujours prompts à nous offrir de grandes leçons de géopolitique avec l’élégance intellectuelle d’un char d’assaut. Un an après la reconnaissance symbolique de l’État palestinien par la France, nos analystes de tribune déballe la marchandise : du fiel bien emballé, un soupçon de pleurnicherie sécuritaire, et surtout cette formidable prétention à donner des leçons de « levier diplomatique ».

    C’est le grand drame de cette prose d’extrême droite : nous expliquer avec des trémolos dans la voix que reconnaître un peuple, ce serait « donner une prime ». Dans leur logiciel comptable, l’existence et la souveraineté ne sont pas des principes de droit international, mais de petites gommettes colorées qu’on distribue aux bons élèves si les programmes scolaires ont été préalablement tamponnés par un comité de censure satisfaisant.

    La morale à géométrie variable du bout du comptoir

    Le fond de l’argumentation touche au sublime du ridicule : il suffirait de conditionner l’existence des peuples à l’obtention préalable de « contreparties ». C’est la diplomatie du marchand de tapis appliquée à la survie des nations. On exige d’un peuple sous occupation un brevet de civisme certifié avant d’oser émettre l’idée qu’il ait droit à un toit international, tout en qualifiant le moindre geste politique de « récompense au terrorisme ». L’inversion est complète, l’imposture totale, mais le trait est tiré avec un tel aplomb qu’on en viendrait presque à admirer la tuyauterie.

    Et puis vient l’inévitable défilé des épouvantails. On nous rejoue la pièce du président « seul à errer dans les rues de New York », abandonné par ses alliés, pendant que le reste du monde irait badiner dans les salons trumpiens. La belle affaire ! Quand la politique étrangère française cherche tant bien que mal à sauver ce qui reste de la solution à deux États face au cynical business des accords régionaux, nos censeurs n’y voient qu’une « obsession contre Israël » ou un calcul de politique intérieure. C’est la signature classique des esprits chagrins : accuser l’autre d’idéologie pour mieux masquer la sienne, nettement plus rance et bien plus crasse.

    Du « Cause toujours » aux leçons de costume

    Le morceau de bravoure de cette littérature reste le chapitre syrien. Après nous avoir expliqué qu’il ne faut pas « donner avant d’obtenir », les voilà soudainement inquiets pour le sort des minorités et la conformité des manuels d’histoire à Damas. La préoccupation serait presque touchante si elle ne provenait pas de ceux qui, d’ordinaire, ne s’intéressent aux drames de l’Orient que lorsqu’ils peuvent en faire un levier d’angoisse identitaire sur les plateaux de télévision.

    La métaphore du « costume » qu’on enfile et des « embrassades » diplomatiques fait sourire. On nous met en garde contre la « diplomatie des images » et le « mime démocratique » depuis des officines dont toute la politique repose précisément sur la mise en scène du déclin et le spectacle de la peur. On dénonce le « Cause toujours » des institutions internationales tout en rédigeant des pamphlets qui relèvent exactement du même exercice : brasser de l’air, poser pour la galerie, et vendre de la réprobation morale au kilo.

    L’art d’avoir toujours raison sur les ruines

    Ce qui transparaît sous le vernis de cette « démonstration », c’est la profonde satisfaction de voir le désordre l’emporter. Moins ça marche, plus ces chroniqueurs jubilent, car chaque échec prétendu de la diplomatie vient nourrir leur obsession centrale : démontrer que le monde est un terrain vague où seuls la force, le mépris et le fait accompli ont droit de cité.

    Au fond, ces grands théoriciens du « résultat » ne cherchent rien d’autre qu’à fermer les portes, verrouiller les consciences et draper leur impuissance haineuse dans les habits de la lucidité diplomatique. On leur laissera volontiers leurs leçons de comptabilité politique et leur fausse indignation. La comédie des hypocrites a au moins ce mérite : elle permet de repérer tout de suite ceux pour qui le droit des peuples n’a jamais été qu’une variable d’ajustement.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • La Muse du Bakhta : Bakhta, l’Apothéose d’un Amour Tumultueux

    La Muse du Bakhta : Bakhta, l’Apothéose d’un Amour Tumultueux

    Avant-propos

    Dans la rumeur des dunes et le souffle chaud du vent du Sud, le Chi’r el Melhoun s’élève comme un chant sacré.
    Né des profondeurs du désert, il est la parole du peuple bédouin, celle qui se transmet par le cœur avant les lèvres, qui parle d’amour comme on parle de Dieu — avec humilité, ferveur et pudeur.
    Dans ce chant de sable et de mémoire, se reflète l’âme d’une Algérie à la fois fière et blessée, éternelle et mouvante.

    Le Melhoun, c’est la poésie de la poussière et du parfum, du souvenir et de la promesse. Il est l’écho d’un monde où la parole guérit, où la musique console, où la beauté sauve. Et au cœur de cette tradition, un nom résonne comme un secret : Bakhta.
    Muse, amante, étoile, elle fut l’incandescence d’un poète et la blessure d’un homme : Cheikh Abdelkader El Khaldi.

    La naissance d’un chant

    Les poètes du Chi’r el Melhoun ont façonné une langue entre la terre et le ciel. Lakhdar Benkhlouf, Sidi de la poésie du XVIᵉ siècle, posa les premières pierres de ce temple lyrique. Puis vinrent Cheikh Mostefa Ben Brahim, Larbi Ben Hammadi, Boumedienne Bensahla, , El Khaldi… Autant de voix qui, dans le murmure de l’oud et du guembri, ont célébré l’amour, la foi, la perte et la patience.

    Sans oublier de noter la première femme Cheikha El Mokrania est l’une des figures pionnières de la poésie populaire et du Melhoun en Algérie au XIXe siècle. Issue  à la grande région des Mokrani (les seigneurs de la Medjana), elle a défié les interdits de son époque en s’imposant dans un art poétique largement dominé par les hommes. Elle s’est distinguée par la récitation de ses propres vers en public, marquant les mémoires par la force de ses expressions. Ses poèmes racontent la vie quotidienne, les épreuves et des récits marquants de son époque, comme son poème célèbre où elle met en scène l’histoire de son ouvrier (Berger) qui choisit de la demander en mariage après des bouleversements familiaux après le décès de son mari.

    Le Melhoun naquit du désert, mais grandit dans la ville. Les artisans, dans la pénombre de leurs ateliers, chantaient ces poèmes pour alléger la fatigue, pour tisser, au rythme du métier, la trame invisible du rêve. Ainsi, la poésie devint un abri contre la dureté du monde, une forme de paix, un acte de résistance.

    Cheikh Abdelkader El Khaldi (1896–1964) : le poète du feu intérieur

    Abdelkader El Khaldi était un homme d’apparence simple, mais de regard habité.
    Fonctionnaire discret, il portait le burnous avec cette noblesse silencieuse des poètes qui vivent plus dans leur âme que dans le monde. Son français était soigné, son parler mesuré, sa sensibilité à fleur de peau.

    L’œuvre poétique de El Khaldi (1896–1964) représente l’un des piliers majeurs du Chi’r el Melhoun et de la chanson bédouine oranaise en Algérie. Surnommé « le chantre du melhoun », il a magnifiquement fait la transition entre la poésie traditionnelle et la musique moderne algérienne

    Son Chi’r el Melhoun fut celui de l’émotion pure, d’une poésie populaire, certes, mais d’une élégance raffinée et d’une gravité presque mystique.

    Il chanta l’Émir Abdelkader, la patrie, la liberté, mais surtout — il chanta Bakhta, cette femme simple et lumineuse qui devint sa muse, sa douleur, son mythe.

    Bakhta : la révélation de l’amour :

    Son héritage artistique s’articule autour de plusieurs grands axes thématiques :

    Le cycle de « Bakhta » (Poésie Courtoise) L’élément le plus célèbre de son œuvre reste sa passion pour sa muse, Bakhta. Plus de 50 qasidas lui sont entièrement dédiées, marquant l’histoire de la poésie amoureuse et courtoise (el-ghazal). Écrit d’un seul jet avec un don inné pour l’improvisation, ce cycle décrit un amour passionné, teinté de chagrin et de mélancolie.

    La pièce maîtresse Bakhta est restée ancrée dans la culture populaire mondiale grâce à sa reprise moderne par des artistes de renommée Ahmed Wahby, Blaoui Houari, et d’autres.

    Le quotidien et le spleen Oranais

    À travers des œuvres poignantes comme Jar Alia El Wam ou Ya Sahab El Madem, El Khaldi dresse le portrait des blessures humaines. Il y raconte la trahison, l’amertume, la solitude et la déchirure face aux épreuves de la vie quotidienne

    3. Spiritualité et élévation de soi

    Loin de se limiter à la poésie amoureuse, le Cheikh a exploré un univers mystique et philosophique profond. Des textes comme Ritek Temchi Seghir ou Rani Dyaik mettent en avant la spiritualité, la quête de sagesse, la modestie et le dépassement de soi. [1]

    Poésie engagée et patriotique : En tant que témoin majeur de son époque, il a mis sa plume au service de l’histoire et de l’identité de son pays. Il a ainsi composé des poèmes vibrants rendant hommage à l’Émir Abdelkader, chantant les sacrifices de la guerre de Libération nationale et célébrant l’Indépendance de l’Algérie.

    Un pont vers la musique moderne : La particularité de l’œuvre d’El Khaldi est sa formidable musicalité. Ses écrits bédouins ont servi de matière première pour façonner les débuts de la chanson oranaise moderne. Ses textes ont été immortalisés et chantés par les plus grands maîtres du genre, notamment Ahmed Wahby, Blaoui Houari, et d’autres.

    C’était à Tiaret, un soir de fête : Cheikh Abdelkader El Khaldi, invité à animer un mariage, fit vibrer l’assemblée de sa voix chaude et mélancolique. Dans la foule, une femme l’écoutait, le cœur suspendu. C’était Bakhta. Quand le poète eut quitté les lieux, elle sentit en elle un vide, une brûlure. Le lendemain, portée par une impulsion irrépressible, elle prit le train pour Mascara.
    Ainsi naquit l’un des plus beaux récits d’amour de la poésie algérienne : une passion douce et interdite, nourrie de distance et de désir, de lettres et de larmes, de mots et de silence.

    De cette rencontre, El Khaldi tira plus d’une soixantaine de poèmes. Chacun d’eux est une offrande, un souffle, un cri.
    Dans “Ari ‘alik”, le poète implore :

    « ʾAri ʿalik, ô Bakhta, honte à toi si tu me rejettes !
    Tu es la cause de mon mal et son remède,
    Toi seule détiens la clé de ma guérison.
    Ta beauté fait pâlir les astres,
    Et ton nom seul allume mes veilles. »

    Dans ce poème, la ferveur amoureuse atteint une intensité presque mystique. L’amour n’est plus ici un plaisir, mais une ascèse : le feu qui consume le poète et l’élève à la pureté du verbe.

    L’amour comme épreuve et lumière

    Leur relation suscita la jalousie, la désapprobation, parfois même la haine. Les proches de Bakhta voulurent y mettre fin.
    Mais El Khaldi, tel un pèlerin du sentiment, poursuivit inlassablement la route entre Mascara et Tiaret. « Aâyatni had trigg », disait-il  « cette route m’a épuisé »

    Dans “Hawlou galbi”, il confie la douleur de la séparation :

    « Mon cœur est blessé,
    Les nouvelles m’ont meurtri,
    Et les larmes, sans prévenir, ont envahi mon visage.
    J’ai vu un nom que j’aime
    Et j’ai senti la fièvre du souvenir.
    »

    Ce poème est un cri de tendresse et de résignation. Le poète y pleure sans faiblesse, car il sait que toute passion véritable est un combat.
    Il écrit pour survivre à l’absence, pour donner à la douleur un sens. Son amour pour Bakhta devient alors une offrande à Dieu, une prière ardente ya layl, ya sabr, ya qalbi!

    La poésie, mémoire et ascension

    Le Chi’r el Melhoun n’est pas seulement un art, c’est une mémoire.
    Le poète y est à la fois chroniqueur, mystique et témoin. Il dit les faits de sa tribu, les blessures de son peuple, les rêves de la nation.
    Chez El Khaldi, la poésie se fait flambeau. Il est le gardien de la sagesse populaire, celui qui rappelle que l’amour et la dignité sont les deux piliers de toute humanité.

    Ainsi, à travers Bakhta, il chante la femme, mais aussi la patrie.
    Il exalte la beauté, mais célèbre aussi la résistance de l’âme.
    Dans cette double lumière celle de l’amour et de la liberté  se dessine l’apothéose du Chi’r el Melhoun.

    Bakhta ou la lumière du désert

    Bakhta n’était pas une princesse ni une courtisane. Elle était simplement femme, vivante, ardente, de celles que la poésie rend éternelles.
    Pour El Khaldi, elle fut à la fois refuge et tempête, douceur et foudre.
    Elle incarne cette part de l’invisible que chaque poète tente de saisir — la beauté qui échappe, l’amour qui élève, la douleur qui éclaire.

    « Ô Bakhta, tu as sculpté dans mon cœur l’amour éternel,
    Fort comme au premier jour,
    Qui ne s’éteindra jamais. »

    Par ces mots, le poète inscrit son amour dans la durée du sacré. Il fait de la passion un lieu de mémoire, de la blessure un acte de foi.

    Conclusion : l’éternité du verbe

    Le Chi’r el Melhoun est plus qu’un chant : c’est un souffle.
    Il est la prière du peuple, la mémoire du désert, le miroir de l’âme.
    À travers El Khaldi et sa muse Bakhta, cette poésie atteint son sommet  celui où le sentiment humain devient un hymne universel, où l’amour devient sagesse, et où la parole devient héritage.

    Bakhta, dans son éclat de femme aimée, a transcendé la mort et le temps.
    Elle demeure dans la mémoire du peuple, comme une source d’inspiration et de tendresse.

    Préserver le Chi’r el Melhoun, c’est donc veiller sur cette flamme fragile qui éclaire encore nos cœurs.
    C’est dire au monde que la beauté, même souffrante, demeure une forme de liberté.
    Et qu’au bout du désert, toujours, une voix continue de chanter :

    “Ya Bakhta… ya nour el qalb…”
     Ô Bakhta, lumière du cœur.

    Note d’auteur Texte écrit et revisité par A/Kader Tahri  dans un esprit poético-académique empreint de sincérité, de mémoire et d’amour, pour rendre hommage à Cheikh Abdelkader El Khaldi, à sa muse Bakhta et à l’immortalité du Chi’r el Melhoun  patrimoine vivant de l’âme algérienne.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

  • Loi sur le Voile : un théorème du jambon et la Sainte Marine :

    Loi sur le Voile : un théorème du jambon et la Sainte Marine :

    Il y a une élégance toute particulière chez les théoriciens du dimanche : cette capacité remarquable à observer l’oppression avec le flegme d’un entomologiste regardant des fourmis se battre dans un pot de confiture.

    Sous couvert de « pragmatisme » et de « nuance », on nous sert un cocktail particulièrement indigeste. D’un côté, une défense empressée de Marine Le Pen présentée comme une experte chevronnée du terrain politique qu’il ne faudrait surtout pas vexer. De l’autre, les réminiscences candides d’un Américain du Midwest qui découvre avec stupeur que le monde arabe n’est pas un épisode de La Petite Maison dans la prairie.

    Le nœud du délire atteint son paroxysme lorsque l’auteur tente une analogie sociologique qui restera dans les annales de la bêtise académique : la parabole du jambon. Oui, vous avez bien lu. Pour nous expliquer le patriarcat et le contrôle du corps des femmes, la presse nous raconte l’histoire d’un morceau de charcuterie trop grand pour une cocotte. Par quel miracle de gymnastique mentale en arrive-t-on à comparer des siècles de contrôle social, de coercition et de pression religieuse à un réflexe culinaire machinal ?

    La presse Française concède généreusement qu’« il ne dit pas que les femmes sont des jambons ». Quelle grandeur d’âme ! Merci pour la précision. On repassera pour la finesse de l’analyse, c’est la faillite morale d’une pensée qui normalise l’inacceptable :

    La réhabilitation de l’autoritarisme d’État : Transformer la prohibition vestimentaire générale du Rassemblement National en une « mesure politique parmi d’autres », c’est banaliser le flicage du corps des femmes dans l’espace public.

    Le paternalisme anthropologique : Regarder l’asservissement patriarcal comme une curiosité exotique ou une « fonction pratique » liée aux pulsions mâles, c’est abdiquer tout idéal d’émancipation universelle.

    Reprenons depuis le début. La presse commence par essuyer les larmes de Marine Le Pen. La pauvre chérie se fait critiquer par des militantes iraniennes. « Laissez Marine tranquille, nous dit-on, elle fait de la politique depuis trente ans, elle connaît le sujet ! » Tu m’étonnes ! Trente ans à repérer du tissu musulman au mètre carré, c’est de l’artisanat. On attend d’ailleurs avec impatience la thèse de doctorat de l’héritière Le Pen sur la texture des hijabs.

    Mais le chef-d’œuvre de la chronique arrive au rayon charcuterie. Notre anthropologue de comptoir nous explique gentiment que si les femmes se voilent, c’est un peu comme la maman qui coupe les deux bouts du jambon parce que son four est trop petit.

    « Maman, pourquoi papa me demande de me couvrir les cheveux ? » « Parce que ta grand-mère n’avait pas de cocotte Seb en 1950, mon enfant ! »

    C’est d’une limpidité biblique. L’oppression patriarcale ? Une simple erreur d’électroménager qui a mal tourné. La police des mœurs à Téhéran ? Des inspecteurs du service après-vente Darty venus vérifier la taille de votre cuisinière.

    La presse prend soin de préciser : « Je ne suis pas en train de dire que les femmes sont des jambons. » Ouf ! Nous voilà rassurés. Les femmes ne sont pas des jambons, ce sont juste des tranches de couenne sur lesquelles la politique d’extrême droite et les idéologues religieux aiment bien poser leur grille de cuisson.

    Et le plus beau dans tout ça ? Notre esthète conclut en observant que tout cela répond à une « fonction » liée à la « sexualité masculine ». Traduction pour les profanes : les hommes ne savent pas retenir leurs pulsions, donc mettons une bâche sur les femmes ou laissons l’État décider de leur tenue, le tout avec le sourire bienveillant du sociologue de comptoir.

    Bref, entre les flics du vêtement et les philosophes du charcutier, une chose est sûre : dans cette histoire, c’est l’intelligence humaine qu’on essaye de faire rentrer dans un four trop petit.

    Et le plus beau dans tout ça ? Notre esthète conclut en observant que tout cela répond à une « fonction » liée à la « sexualité masculine ». Traduction pour les profanes : les hommes ne savent pas retenir leurs pulsions, donc mettons une bâche sur les femmes ou laissons l’État décider de leur tenue, le tout avec le sourire bienveillant du sociologue de comptoir.

    Bref, entre les flics du vêtement et les philosophes du charcutier, une chose est sûre : dans cette histoire, c’est l’intelligence humaine qu’on essaye de faire rentrer dans un four trop petit, il n’y a rien à intellectualiser : il y a juste des libertés à défendre.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Le Makhzen : Le grand cirque de la frousse sur commande :

    Le Makhzen : Le grand cirque de la frousse sur commande :

    Avis aux amateurs de science-fiction militaire et de géopolitique sur pièces jointes : la presse marocaine vient d’inventer le journalisme d’anticipation anxiogène. Son dernier chef-d’œuvre ? Avoir transformé un simple gribouillage baveux du canal Rybar  l’officine de com’ des nostalgiques du Kremlin qui gèrent la guerre depuis leur clavier – en menace existentielle d’une précision chirurgicale.

    Le pitch est digne d’un mauvais téléfilm du dimanche soir : l’Algérie, armée de mystérieux drones russes à propulsion réactive  le Geran-5, l’engin qui fait trembler les chaumières depuis 2026  s’apprêterait à atomiser les infrastructures marocaine et à réduire en confettis le complexe d’Airbus à Toulouse. Rien que ça !

    Que personne n’ait jamais vu l’ombre d’un Geran-5 en Afrique importe peu : chez nos gazettes locales, dès qu’un troll moscovite dessine un cercle rouge sur Photoshop, on sort les sirènes d’alarme et les casques lourds.

    La diplomatie du « Et si ma tante en avait… »

    L’exercice de style vaut le détour. Le journalisme de précaution s’efface gentiment devant la puissance sacrée du conditionnel.

    « Si l’Algérie achetait le drone, si sa portée atteignait miraculeusement Marseille, si les centrales nucléaires françaises étaient sur la trajectoire… »

    Avec des « si », Rybar met Paris en bouteille et nos scribes locaux mettent le feu au Maghreb. Qu’importe si le texte avoue du bout des lèvres qu’« aucune confirmation ne permet d’établir la présence du système » : la carte est imprimée, les flèches sont rouges, et le trouillomètre de l’opinion est dans le rouge. Mission accomplie. C’est l’effet d’optique parfait : peu importe la vacuité du texte, le lecteur retient la photo de la bombe.

    L’art de vendre du « Péril Rouge » à l’Occident

    Mais ne nous y trompons pas : sous le ridicule du procédé se cache un calcul d’une gentille roublardise. Il s’agit d’agiter le chiffon rouge du « bras armé du Kremlin » pour aller tapiner auprès des chancelleries occidentales.

    Le message envoyé à Paris et à l’OTAN est aussi fin qu’un char d’assaut dans une faïencerie : « Regardez ! L’Algérie n’est plus un voisin embarrassant, c’est le sous-marin de Poutine garé sous les fenêtres de Marseille ! Achetez nos arguments, durcissez le ton, protégez nos budgets militaires ! »

    Une ficelle vieille comme le monde : faire croire au voisin français que le feu qui brûle dans la cour du voisin menace de faire sauter son propre garage. Au passage, cela permet de légitimer la course aux armements à domicile. Pour faire passer l’addition des joujoux militaires auprès du contribuable, rien de tel qu’une petite frayeur du soir sponsorisée par Telegram.

    Chasser le fantôme à coups de clics

    On touche là au sommet de la perversion intellectuelle : transformer la doctrine militaire algérienne – historiquement et viscéralement défensive – en un roman d’espionnage où des généraux illuminés distribueraient des drones kamikazes comme des petits pains. Tout cela parce qu’un blogueur patriotique russe en mal d’audience avait besoin de meubler son canal X entre deux communiqués officiels.

    La prochaine fois que la presse choisit d’ériger des délires de salon en réalité stratégique, qu’on lui offre une boussole, un dictionnaire des verbes à l’indicatif et une bonne camomille. Quant aux fins stratèges de Rybar, qu’ils continuent de dessiner des flèches sur l’Europe depuis leur canapé : à défaut d’effrayer les états-majors, ils auront au moins réussi à faire rire ceux qui refusent de prendre des bulles de savon pour des missiles hypersoniques.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Le « crime » d’Adèle Haenel : avoir refusé la hiérarchie des victimes

    Le « crime » d’Adèle Haenel : avoir refusé la hiérarchie des victimes

    La droite réactionnaire et ses éditorialistes de garde sont au bord de la syncope. Ils criaient déjà au scandale quand Adèle Haenel avait osé quitter la cérémonie des Césars face à un agresseur célébré par le tout-Paris ; les voilà désormais au sommet de l’hystérie. Son nouveau « crime » ? Avoir pris la parole pour lier la grille d’analyse du féminisme celle qui refuse la violence, le déni et l’impunité  au carnage perpétré à Gaza.

    Dans le bréviaire réactionnaire, cette prise de position est perçue comme une haute trahison. Pour cette droite, le féminisme ne doit être accepté qu’à une seule condition : rester un accessoire inoffensif, une posture morale pour dîners en ville, ou mieux encore, une arme opportuniste pour cibler les banlieues et l’immigration. Mais qu’une femme refuse de borner son indignation aux frontières du monde occidental, qu’elle applique les mêmes principes de justice à Gaza qu’à Paris, et la sentence tombe immédiatement : elle est décrétée manipulée, dévoyée, habitée par la « haine de l’Occident ».

    L’infantilisation comme bouclier rhétorique

    Plutôt que d’affronter la réalité des faits  des dizaines de milliers de civils, de femmes et d’enfants broyés sous les bombes avec la complicité morale et matérielle des gouvernements occidentaux –, les critiques préfèrent s’en prendre à la santé mentale et à l’autonomie des féministes.

    C’est le cœur de leur argument sur le fameux « féminisme d’atmosphère » : selon eux, la femme lambda serait une créature crédule, incapable d’élaborer une pensée géopolitique propre. Elle s’engagerait pour défendre ses droits intimes, puis se ferait piéger à son insu par de sombres officines décoloniales ou sionistes. Ce paternalisme d’un autre âge en dit long : pour cette droite, une femme ne raisonne pas, elle se fait embrigader. L’idée même qu’une solidarité humaine puisse traverser les frontières leur est intellectuellement étrangère.

    La complicité des médias : de la mise sous séquestre au nettoyage audiovisuel

    Cette cabale réactionnaire ne tourne pas à vide : elle s’appuie sur des relais médiatiques complices, véritables gardiens du dogme et de la censure. La panique qui s’est emparée du paysage audiovisuel dès qu’Adèle Haenel a prononcé les mots interdits – génocide, sanctions, Palestine libre – en est la démonstration la plus flagrante.

    En retirant en urgence les replays et les extraits vidéo, le service public et les chaînes d’information ne cherchent pas à protéger un quelconque équilibre républicain : ils protègent un récit officiel. Les mêmes médias qui célèbrent à longueur de journée la liberté d’expression quand il s’agit d’insulter les minorités paniquent soudainement dès qu’une voix dissidente nomme les crimes de guerre.

    On assiste à un véritable nettoyage de l’espace public : Le vocabulaire est filtré : le carnage devient un « conflit », le massacre de masse une « riposte », et les victimes palestiniennes de simples « dégâts collatéraux ». Les voix divergentes sont criminalisées ou effacées : tout invité qui refuse de réciter le catéchisme géopolitique dominant se voit menacé de mort sociale ou banni des plateaux.

    En étouffant la parole d’Adèle Haenel, l’appareil médiatique a prouvé qu’il préférait la complaisance envers un État colonisateur plutôt que l’honneur d’informer. La censure n’est pas un accident de parcours : c’est l’outil indispensable pour maintenir le consensus de l’indifférence.

    La géométrie variable de l’indignation

    Ce qui dérange profondément dans la parole d’Adèle Haenel, c’est qu’elle met à nu ce double standard quotidiennement entretenu par la presse de grand chemin :

    Le féminisme utile : Celui qu’on brandit avec emphase lorsqu’il s’agit de dénoncer les violences commises par le voisin du dessous ou d’alimenter les stigmates raciaux. Là, nos éditorialistes se découvrent soudain une âme de chevaliers de la cause des femmes.

    Le silence exigé : Dès lors que les bombardements sont le fait d’un État allié soutenu par nos diplomaties, la compassion devient suspecte, et la dénonciation du massacre est estampillée « terroriste » ou « anti-occidentale ».

    Adèle Haenel n’a fait que rappeler une vérité fondamentale : la lutte contre la violence patriarcale et la lutte contre la violence coloniale ou militaire procèdent du même refus de la domination et de l’écrasement des corps.

    L’arroseur arrosé

    En prétendant que la frontière entre le « bon féminisme mainstream » et le « féminisme radical » a cédé, l’extrême droite et ses clercs médiatiques avouent leur plus grande crainte : que la lucidité politique devienne contagieuse. Ils voulaient des femmes victimes, silencieuses, reconnaissantes qu’on leur accorde quelques miettes de justice sous nos latitudes. Ils se retrouvent face à des militantes politiques qui refusent d’être les cautionnaires d’une barbarie lointaine.

    Ceux qui comptaient sur la censure et le silence des féministes pour laisser s’accomplir le drame palestinien en sont pour leurs frais. Celles qui ont appris à briser l’omerta face aux agresseurs d’ici ne risquent pas de fermer la bouche face aux boucheries financées par nos silences.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.