Israël : « Ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

Bibi le celebre criminel

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« Ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît. » La citation de Audiard est commode : elle permet de faire de l’esprit à peu de frais tout en feignant de poser les vraies questions. Dans la prose feutrée des salons qui carburent au cynisme bien peigné, on nous rejoue la pièce du « Grand Stratège tragique ». Oui, Bibi est un poil encombrant, concède-t-on du bout des lèvres — un « criminel reconnu », admettez-vous gentiment, histoire d’avoir l’air impartial. Mais immédiatement après le numéro de contorsionniste, la vraie question tombe, lourde comme un pavé dans la mare des naïfs : « Mais qui d’autre pour assurer la survie d’Israël ? »

Sainte Mère Teresa ! Sans le bon docteur Netanyahou, le ciel nous tomberait donc sur la tête ? L’argument est tellement moisi qu’il en devient poétique. C’est la vieille ficelle de l’épouvantail : faites sauter le monstre, et c’est le déluge. Sauf que le « sauveur » en question est précisément l’incendiaire qui a méthodiquement versé du pétrole sur le brasier pendant des années, bétonné les impasses et saboté le moindre avenir sécuritaire viable, tout cela pour s’éviter deux heures d’audience devant ses propres juges.

Mais la vraie performance d’imposture ne s’arrête pas là. Elle réside dans cette pudeur de gazelle qui consiste à traiter de « naïfs », d’« idiots utiles » ou de « pervers » tous ceux qui refusent d’avaler la soupe. Quand le mot « génocide » ou la critique d’un fiasco sécuritaire est posé, les beaux esprits s’étouffent, hurlent au parti pris et au mauvais registre. Pensez donc ! Douter de la méthode qui consiste à raser des quartiers entiers pour produire de la sécurité, c’est forcément faire preuve d’une « esprit profondément malade ».

Rappelons pourtant quelques vérités simples, sans le jargon des éditorialistes en chambre :

Le mythe de l’homme indispensable : Prétendre qu’aucun autre dirigeant ou aucune autre coalition ne saurait prendre de décisions réalistes pour la sécurité d’un pays de neuf millions d’habitants est une insulte pure et simple à l’intelligence des Israéliens. Réduire la survie d’une nation au maintien au pouvoir d’un seul homme aux abois, c’est de l’idolâtrie partisane masquer sous un vernis de réalisme.

L’esquive permanente : Quand la Cour suprême renvoie la création d’une commission d’enquête sur le 7-Octobre aux calendes grecques sous prétexte de « contraintes de calendrier », ce n’est pas de la gestion : c’est une manœuvre de fuite en avant. On enterre le bilan sous le tapis électoral en espérant que la peur fera le reste.

Le renversement des valeurs : Qualifier de « profondément pervers » ceux qui refusent la fuite dans le sang et l’aveuglement stratégique, c’est l’hôpital qui se moque de la charité. La vraie perversité consiste à faire croire aux citoyens qu’il n’y a pas d’alternative à la guerre perpétuelle et à l’effondrement moral.

Alors oui, « Bibi or not Bibi », la question est posée aux urnes. Mais la poser en faisant croire que le choix réside entre un tyran cynique et le néant absolu est une escroquerie intellectuelle. Israël n’a pas besoin d’un criminel de guerre pour exister ; il a besoin de dirigeants qui ne confondent pas la survie d’un peuple avec leur propre immunité judiciaire.

Le reste n’est que littérature de comptoir, tartuferie et mauvaise foi.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

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