Parce qu’il faut bien rendre hommage à la haute voltige intellectuelle de la presse du Makhzen, voici une tribune mordante, à la plume aiguisée comme un scalpel et nourrie au rire noir.
C’est le rendez-vous automnal de la presse marocaine du Makhzen : la messe dominicale de l’apocalypse algérienne. Chaque année, avec une régularité de métronome suisse, un analyste chevronné décrète que l’économie algérienne n’a plus que trois jours à vivre. Et miracle ! Dix ans plus tard, le cadavre respire encore, ne doit pas un seul centime aux banques internationales, et se paye le luxe de regarder flotter la monnaie de voisins qui ont engagé leurs souverainetés jusqu’aux dents.
Cette fois-ci, une dame en femme de ménage au Palais, qui s’y colle, dans un exercice d’imposture journalistique d’une rare pureté, transformant un bilan financier de routine en scénario hollywoodien façon « Venezuela sous la neige ».
La dette extérieure : le péché originel qu’Alger refuse de commettre
Commençons par le péché capital de l’Algérie : son absence de dette extérieure. Pour les courtisans de la finance mondialisée et du Makhzen, ne rien devoir au FMI est une hérésie intolérable. Comment un pays du Tiers-Monde ose-t-il financer ses hôpitaux, ses routes, ses subventions et sa défense nationale avec son propre argent et ses propres mécanismes bancaires internes ? C’est un affront !
Pour notre chroniqueuse, financer son propre État par de la dette intérieure ce que font religieusement les États-Unis, le Japon ou la France à des échelles astronomiques devient soudainement une « bombe à retardement » et un « crime monétaire ». Mais quand un pays voisin s’endette jusqu’au cou auprès de créanciers étrangers pour financer des vitrines de prestige en bradant ses richesses natales, là, mesdames et messieurs, c’est du « génie économique ».
Résumé du dogme du Makhzen :
- S’endetter en dollars chez le FMI et soumettre son peuple à des cures d’austérité drastiques = Gestion moderne et éclairée.
- Refuser les tuteurs internationaux, garder sa souveraineté financière et soutenir le pouvoir d’achat interne = Folie dictatoriale et planche à billets vénézuélienne.
Le grand cirque des prédictions du FMI et l’œuf à 65%
On appréciera le sens du détail dramatique : nous voilà plongés dans la tragédie de l’œuf qui a augmenté au mois d’août ! On tremble, on palpite. C’est bien connu, la variation saisonnière des produits frais en été est la preuve irréfutable de l’effondrement imminent d’une puissance gazière et pétrolière.
Quant aux projections catastrophistes du FMI à l’horizon 2031… Rappelez-vous des mêmes prédictions pour 2018, puis 2020, puis 2023 ! Selon la presse de Rabat, les réserves de change algériennes devaient être négatives depuis déjà cinq ans. Manque de pot, le marché de l’énergie bouge, la souveraineté alimentaire se renforce pas à pas, et les réserves résistent. Mais qu’importent les faits : pour notre femme de menage, tant qu’il reste du papier pour imprimer son article, la faillite de l’Algérie sera pour demain matin à 8 heures précises.
L’ironie des leçons de morale monétaire
L’auteur s’émeut du marché parallèle du dinar et de l’écart avec le taux officiel. Quelle découverte fracassante ! Elle oublie juste de préciser que toutes les économies émergentes en transition, soumises à des contrôles de capitaux stricts pour éviter la fuite des devises vers les paradis fiscaux, connaissent ce phénomène. Mieux vaut une monnaie nationale maîtrisée et protégée qu’un alignement servile sur les monnaies étrangères au prix de la paupérisation des classes populaires.
Parler de « l’enchaînement entre l’État, les banques publiques et la Banque centrale » comme d’un secret d’État ténébreux relève du burlesque : c’est le B-A-BA de la souveraineté monétaire. Quand l’Europe imprime des milliers de milliards via la BCE (Quantitative Easing), c’est du sauvetage économique. Quand l’Algérie soutient son tissu industriel et ses entreprises publiques stratégiques (Sonatrach, Sonelgaz), c’est une « perfusion mortelle ». Deux poids, deux mesures, une seule mauvaise foi.
En conclusion : La sérénité face à la rengaine
Ce genre d’article ne s’adresse ni aux économistes, ni aux observateurs neutres : c’est un tranquillisant à usage interne. Il s’agit de rassurer une opinion locale en lui racontant que, chez le voisin, l’herbe est brûlée, la terre est stérile et le ciel va tomber.
L’Algérie a ses défis, ses lourdeurs bureaucratiques et ses chantiers de diversification indispensables nul ne le nie. Mais elle les affronte debout, sans chaîne au pied ni créancier à la porte. Que les prophètes de malheur rédigent leurs billets de nécrologie : l’Algérie continuera d’exister, de produire, de payer ses factures et de faire déjouter ceux dont le seul projet économique est d’espérer sa chute.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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