Une Suédoise de 20 ans avec un keffieh sur les épaules fait trembler la République

Écrit par

dans

Alerte rouge sur le plan Vigipirate intellectuel ! Coupez les réseaux, barricadez les préfectures, rangez les tricots : la menace ultime a franchi nos frontières. Ni une armée blindée, ni un commando de conspirateurs d’élite, non. Pire que ça : une Suédoise de 20 ans avec un keffieh sur les épaules.

Face à ce péril existentiel venu du Nord, la réaction de notre droite pamphlétaire ne s’est pas fait attendre. Dans une panique morale d’une rare intensité, les éditorialistes du dimanche ont dégainé leurs plus beaux concepts d’artillerie lourde : « ingérence étrangère », « culture de l’affrontement » et, bien sûr, le fameux « islamo-gauchisme », le couteau suisse rhétorique qui sert désormais à meubler n’importe quel vide argumentatif.

L’art d’éviter soigneusement le sujet

Examinons le chef-d’œuvre de prestidigitation intellectuelle qu’on nous propose :

La caricature de bazar : Réduire une militante engagée pour le climat et les droits humains à une « teigneuse », voilà qui élève immédiatement le niveau du débat républicain. C’est la vieille méthode du naufrageur : quand le message dérange, on conspue le messager.

Le grand détournement des priorités : Le texte s’insurge : « Les élèves demandent des professeurs ; elle apporte la Palestine. » Ah, la belle émotion de casse-noisettes ! On ne savait pas la presse d’extrême droite si passionnée par le recrutement des enseignants dans le 93. Mais la ficelle est un peu grosse : prétendre qu’un soutien aux droits humains empêche d’exiger des remplaçants en mathématiques, c’est comme dire qu’on ne peut pas réparer une fuite d’eau parce qu’il pleut dehors.

Le totem d’immunité policière : On nous explique que sacraliser la colère des jeunes serait un crime d’État. En revanche, sacraliser le statu quo et décréter que l’autorité républicaine est par définition infaillible, c’est le B.A.-BA du bon citoyen docile.

La paranoïa comme doctrine d’État

Au fond, quel est le véritable crime de Greta Thunberg devant le lycée Paul-Éluard ? Avoir rappelé qu’une jeunesse peut s’intéresser à la fois à son avenir scolaire immédiat et aux drames humanitaires du monde. Mais pour les gardiens de la bien-pensance identitaire, voir une jeune femme porter un keffieh en Seine-Saint-Denis relève de l’attaque chimique.

Dans cette vision du monde, la jeunesse n’a le droit d’être en colère que si elle le fait poliment, en rang de deux, et de préférence sur des sujets validés par les plateaux de CNews. Dès qu’elle exprime une solidarité internationale contre un massacre documenté, elle devient immédiatement l’« idiot utile » d’un complot mondialiste.

La vérité sur la piètre qualité du déni

Ce qui terrifie les auteurs de ce genre de prose, ce n’est pas le désordre dans la rue ; c’est le désordre dans leurs certitudes. Ne pouvant défendre l’indéfendable ni affronter la réalité des accusations d’extermination et de crimes de guerre à Gaza, ils préfèrent faire la police du vêtement.

On en arrive donc à cette situation grotesque : des hommes mûrs, installés dans de confortables bureaux parisiens, tremblent de rage devant une photo de presse et crient à la fin de la civilisation parce qu’une militante porte un foulard tissé.

Si la République est si fragile qu’un keffieh suédois à Saint-Denis peut l’effondrer, ce n’est pas la jeunesse qu’il faut blâmer : c’est la frousse ridicule de ceux qui prétendent la défendre.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *