Catégorie : Géopolitique

Analyses et décryptages consacrés aux rapports de force internationaux, aux relations entre États et aux grandes évolutions géopolitiques.

  • Le dernier des rois : Netanyahou, prisonnier de l’illusion d’immortalité et creuseur de sa propre tombe

     

    Depuis les légendes
    des rois engloutis par l’arrogance – Gilgamesh, qui chercha l’immortalité, et
    Néron, qui joua avec le feu -, chaque époque voit naître un roi qui se croit
    au-dessus des hommes.
     
    En Israël, son nom est
    Benjamin Netanyahou alias «Bibi, roi d’Israël», qui croit vraiment être un roi
    biblique arrivé par erreur au XXIe siècle. 
    Un roi qui possède toutes les formes
    de guerre.

    Et lorsque les soldats s’effondrent aux frontières de Gaza, ou que les
    civils tombent à Beyrouth, le roi sourit et dit à ses sujets que ce sang est le
    prix de la sécurité. Il leur rappelle qu’il est indispensable et que lui seul
    détient la clé du salut.

    C’est le dernier roi d’Israël, un roi de papier, qui gouverne un royaume
    qui se désagrège de l’intérieur et a bâti sa gloire sur les ruines de la paix.

    Sa politique ressemble à une malédiction ancienne : chaque fois qu’il
    s’approche d’une trêve, il déclenche une nouvelle guerre. Pour lui, la paix,
    c’est la perpétuation de la guerre perpétuelle.

    Un roi sans sagesse : voilà comment Ibn Khaldoun l’aurait décrit sur lui ;
    car lorsqu’un roi est dépourvu de raison et de discernement, il devient un
    malheur pour lui-même et pour son peuple.

    C’est une copie de Trump, dans son obsession de tout ce qui est «tendance».
    Tous deux sont prisonniers de l’illusion d’immortalité à travers les gros
    titres et les trophées creux. Ils vivent dans une ère numérique où ils croient
    que l’histoire est une application que l’on peut programmer, ou un algorithme
    que l’on peut tromper

    Mais l’histoire enregistre tout. Elle ne répond pas aux désirs des rois ni
    aux rêves des narcissiques. C’est un juge silencieux. Elle écrira certainement
    sur eux et consignera leur chute retentissante.

    Dans la nuit de Gaza, Netanyahou tisse les fils de sa nouvelle invasion.
    Les précédentes ne lui ont pas suffi. Il veut anéantir les édifices, arracher
    les êtres humains, pour qu’ils deviennent des spectres errants dans l’exil. Il
    appelle ça «un départ volontaire», mais le droit international l’appelle par
    son vrai nom : déplacement forcé, crime de guerre, crime contre l’humanité
    (selon les Conventions de Genève de 1949 et le Statut de Rome de 1998).

    Mais n’a-t-il rien appris des généraux du vide et de la bêtise ? Qu’il
    invoque donc l’esprit de Golda Meir : elle lui dira que le vide n’engloutit pas
    Gaza. Elle lui rira au visage et dira : «Bravo, Bibi ! Tu nous as ramené la
    même vieille stupidité. Ne sais-tu pas que ce vide engendrera des générations
    plus fortes ? Ne sais-tu pas que chaque mur que tu détruis à Gaza deviendra une
    pierre tombale pour toi et ton royaume de papier ?»

    Rêves-tu encore au «Grand Israël», Bibi ? C’est un royaume de cendres, qui
    grandit par le sang et s’effrite par le sang.

    Regarde la rue israélienne bouillir… Les manifestations remplissent les
    places, les pancartes crient : «Assez, fini de jouer, Bibi !» La
    guerre dont tu avais promis la victoire à ton peuple est devenue un cauchemar
    qui engloutit tes soldats et laisse les familles dans un deuil perpétuel.

    Pas d’occupation de Gaza, pas d’illusions de royaume biblique. Comprends
    donc que « le jeu est fini». N’as-tu pas réalisé que Gaza n’est pas un petit
    camp que tes chars peuvent occuper ? N’as-tu pas compris que Gaza est une bête
    qui respire sous les décombres ? Ta seule issue maintenant est de reconnaître
    la réalité et de te hâter d’ouvrir la porte. Accepte l’accord maintenant, un
    accord qui te permette de libérer les prisonniers et un retrait qui sauve ce
    qui reste de l’image de ton armée ensablée.

    Cette guerre doit se terminer immédiatement. Aucun trône ne peut se
    maintenir sur le sang, aucune armée n’échappe à la malédiction des enfants
    affamés ou enterrés sous les ruines. Ta seule issue est un échange de
    prisonniers et un retrait.

    Netanyahou, roi biblique obsédé par l’immortalité et non par ses soldats,
    préfère laisser les prisonniers de son pays fondre dans l’obscurité des tunnels
    de Gaza plutôt que d’affronter l’instant de vérité. Il les jette dans le
    brasier de la politique pour gagner un jour de plus sur son trône.

    Ici, au Liban, personne ne parle non plus des prisonniers. Regardez le
    Liban : ici, il n’y a pas un seul roi, mais une horde de petits rois. Des
    amateurs de pouvoir qui ne maîtrisent même pas les rituels du règne, mais
    excellent dans le silence comme pratique quotidienne… 19 prisonniers libanais
    croupissent dans les prisons israéliennes et personne ne mentionne leurs noms.
    Silence radio. Le président est occupé à couper les rubans des festivals, le
    Premier ministre à se faire photographier avec 
    Amr Diab, et les ministres rivalisent à la
    télévision. Silence encore.

    Voulez-vous savoir à quel point Netanyahou est chanceux ?

    La «yérida», l’’émigration hors d’Israël des intellectuels de gauche
    et des libéraux est le «gros lot» qu’il a décroché… Ces gens ne sont pas partis
    par amour pour Gaza ni pour la défendre ; ils sont partis parce qu’ils ne
    pouvaient plus supporter la politique du roi… Les «gêneurs», comme il les
    appelait, sont enfin partis…

    Maintenant, le pays ne reste plus que pour lui et sa clique rabbinique : le
    blond Smotrich et le bouffon Ben Gvir. Un duo de comédie noire qui accompagnera
    son roi dans son ultime voyage vers La Haye.

    Ceci n’est pas un article sur Netanyahou tel qu’il se présente, roi de
    l’histoire, mais un article sur le cauchemar du roi : le jour où l’accord sera
    conclu. Quand les visages reviendront des cellules de l’ombre :

    Marwan Barghouti, le bras levé en signe de victoire ;

    Ahmad Saadat, avec son keffieh rouge,  

    Abdallah Barghouti, au regard ferme.

    Ces images à elles seules démantèleront tout un récit, feront revenir
    l’histoire pour croiser passé et présent, et témoigneront de l’effondrement du
    pouvoir royal. Cela, Netanyahou le sait… parfaitement. Il sait qu’une seule
    photo d’un prisonnier libéré est plus puissante que tous ses chars et son
    arsenal, et que le sourire de Marwan Barghouti pourrait renverser son trône qui
    a coûté des décennies de sang.

    En fin de compte, Netanyahou ne négocie pas pour ses prisonniers ni pour
    l’avenir de Gaza. Il négocie seulement pour la durée de son règne et pour sa
    puissance. Cette puissance qu’il vénère le broiera à la fin.

    La fin de Netanyahou ne viendra pas de ses ennemis. Il tombera par la main
    d’un appareil de pouvoir stupide qu’il a lui-même dessiné. Du chaos qu’il a
    bâti comme instrument de domination et qui est devenu une machine de chute.

    Le destin de Netanyahou a déjà commencé depuis longtemps, il marche vers
    lui comme un roi aveugle. C’est un roi sans sagesse, ignorant que l’immortalité
    qu’il poursuit est son nom gravé sur le mur de l’effondrement final.

     

    Dr Lina Al-Tabbal

    Source : Rai Al Youm via Tlaxcala

  • Auschwitz, sponsor officiel des bombes sur Gaza

     

    Quand la Shoah devient une marque déposée pour
    blanchir les massacres de civils.                         On nous explique que le conflit de
    Gaza défie les lois de la guerre parce que le Hamas instrumentaliserait sa
    population, pendant qu’Israël, seul au monde, avertirait avant de bombarder.
    Mais réduire cette tragédie à une inversion de responsabilités est une
    dangereuse illusion. La vérité est plus simple et plus brutale : aucun peuple
    ne peut survivre éternellement sous occupation, blocus et colonisation.

    Gaza est devenue le miroir : Depuis le 7 octobre, l’opinion
    publique est saturée de récits simplificateurs. L’un érige le Hamas en
    incarnation de la barbarie, l’autre présente Israël comme un État génocidaire.
    Ces deux visions opposées, reprises en boucle dans nos débats, fonctionnent
    comme des miroirs déformants : chacun choisit son camp, chacun diabolise
    l’autre. Or cette guerre ne se comprend pas par les caricatures. Elle se
    comprend par la condition dans laquelle elle prend racine : celle d’un peuple
    palestinien privé de droits fondamentaux.

    On a parfois l’impression que Gaza est devenue le miroir dans lequel se
    reflètent les obsessions de notre époque. Les images d’enfants blessés, de familles
    dévastées, circulent en boucle. Elles suscitent compassion et colère, mais
    elles servent aussi de levier politique. Ce qui devrait être d’abord un appel
    universel à protéger les plus vulnérables devient, paradoxalement, un
    instrument de légitimation de la guerre.

    Il y a là un paradoxe moral : au lieu de protéger les civils, certains
    acteurs du conflit les exhibent sciemment, conscients que la souffrance des
    innocents est devenue la monnaie d’échange la plus puissante dans le marché
    médiatique mondial. La guerre se joue désormais aussi dans l’arène des images,
    où l’horreur sert d’arme rhétorique.

    Le piège des
    récits inversés :
    L’article auquel je réponds dénonce une « inversion des responsabilités » :
    Israël, frappé le 7 octobre, serait accusé à tort de génocide malgré sa
    prétendue retenue militaire. Mais ce récit occulte un fait incontournable :
    Israël administre depuis des décennies un système d’occupation et de
    colonisation condamné par le droit international. La Cisjordanie est quadrillée
    par des colonies illégales, Gaza est soumise à un blocus qui étouffe sa
    population. Prévenir avant de bombarder ne change rien à cette réalité : la
    sécurité d’Israël se bâtit depuis trop longtemps sur la négation des droits
    palestiniens.

    Hamas :
    résistance ou piège ? :
    Face à cette oppression, le Hamas se présente comme le
    fer de lance de la résistance. Mais réduire Gaza à ce seul acteur, comme le
    fait l’article initial, c’est refuser de voir que la violence du Hamas naît
    d’un terreau : celui de l’occupation, du blocus et de l’humiliation
    quotidienne. Alors que les récits s’affrontent pour désigner tour à tour le
    Hamas comme barbare et Israël comme génocidaire, on oublie l’essentiel : un
    peuple entier vit privé de droits fondamentaux, enfermé dans un blocus et une
    colonisation sans fin. Ni l’instrumentalisation cynique du Hamas, ni la
    brutalité sécuritaire d’Israël ne peuvent masquer cette réalité : survivre ne
    remplacera jamais le droit de vivre. »

    L’Occident et sa religion des victimes : Une autre idée force de l’article
    consiste à reprocher à l’Occident son obsession pour les victimes. Cette
    critique touche juste, mais elle est mal orientée. L’Occident ne se trompe pas
    en compatissant aux souffrances palestiniennes : il se trompe en croyant qu’il
    suffit de compatir. Pleurer les enfants de Gaza ou les morts israéliens n’est
    pas une politique. Or, faute de courage politique, l’Europe et les États-Unis
    oscillent entre indignation humanitaire et silence diplomatique, incapables de
    proposer une solution qui dépasse le cycle infernal des représailles.

    Le vrai
    scandale : survivre au lieu de vivre :
    Le véritable scandale n’est pas seulement dans les
    images de corps sans vie, ni même dans la brutalité d’une riposte militaire. Il
    est dans la condition permanente d’un peuple réduit à survivre au lieu de
    vivre. Quand un peuple n’a ni État, ni liberté de mouvement, ni égalité de
    droits, il n’a pas d’avenir. Le Hamas prospère sur ce désespoir ; Israël croit
    y trouver une justification sécuritaire. Mais au fond, les deux sont piégés par
    la même logique de mort.

    Chute :
    La guerre de
    Gaza n’est pas une aberration ponctuelle. Elle est le symptôme d’un système qui
    a normalisé l’exception, transformé l’occupation en gestion, et la souffrance
    en spectacle. Tant qu’on refusera de reconnaître que la dignité et
    l’autodétermination des Palestiniens sont la condition même de la paix, aucune
    rhétorique sur la barbarie de l’autre ne suffira. La question n’est pas de
    savoir qui est le plus barbare ou le plus civilisé. La question est de savoir
    combien de temps nous accepterons qu’un peuple soit condamné à survivre sans
    jamais vivre.

    Une
    compassion internationale offerte pour chaque missile largué !

    PLUS TU
    PLEURES, PLUS ÇA VEND.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

     

  • 700 jours de Guerre et Netanyahou ne sera jamais un Héros

     

    Une tribune moins important nous dit
    des prouesses de Tsahal et du Mossad, au demeurant impressionnantes  que par le énième rappel nous fait de la
    puissance de la propagande. Pourtant comme toujours les alliés d’Israël s’épuisent
    par des contre-récits qui ne convainquent guère au-delà du cercle sioniste. Mais
    en assimilant systématiquement le Hamas au nazisme et en généralisant ses
    accusations, le texte de cette tribune illustre lui-même ce qu’il prétend
    combattre : une bataille de récits où la nuance disparaît et où la complexité
    est sacrifiée au profit d’une rhétorique binaire.

    Dans une
    récente tribune à tendance sioniste célèbre les « prouesses » du Mossad et de
    Tsahal dans l’élimination de figures stratégiques du Hamas, du Hezbollah ou des
    Houthis. Mais au-delà de cette énumération de succès militaires, le texte
    cherche surtout à dénoncer la puissance de la propagande adverse, accusée
    d’avoir transformé le Hamas en symbole de résistance et d’avoir relégué les
    victoires israéliennes au second plan.

    Pourtant, ce
    texte dit finalement peu de chose de nouveau sur les prouesses israéliennes.
    Son véritable apport est ailleurs : il illustre, à son insu, la manière dont le
    débat sur la propagande du Hamas se mue lui-même en un exercice de propagande
    inversée.

    Le constat
    est juste : Israël gagne ses batailles tactiques, mais perd la guerre des
    récits. La résistance du Mouvement Hamas, sans disposer d’armées régulières
    comparables, s’impose dans l’opinion mondiale grâce à une narration fondée sur
    l’injustice et la souffrance. Mais c’est justement sur ce terrain que la
    tribune se révèle contre-productive.

    Car pour
    démontrer la nocivité de la propagande palestinienne, l’auteur en adopte
    lui-même les armes : analogies extrêmes avec le nazisme, figure de Goebbels
    convoquée pour qualifier Abou Obeida, dénonciation globale de l’ONU, de
    l’UNRWA ou encore des journalistes gazaouis assimilés à des « complices ».
    Cette rhétorique, binaire et saturée d’accusations, ne convainc pas au-delà du
    cercle acquis. Elle enferme le débat dans une opposition manichéenne : Israël
    serait synonyme de vérité et d’efficacité, La résistance du Mouvement Hamas, et
    ses soutiens n’incarneraient que haine et mensonge.

    Or c’est
    précisément cette absence de nuance qui alimente la défiance. Réfuter les
    accusations de « génocide » ou « d’apartheid » en les qualifiant
    simplement de « mots mensonge » ne suffit pas. Il faudrait s’interroger
    sur les raisons profondes pour lesquelles ces termes trouvent une telle
    résonance dans l’opinion internationale : images d’enfants blessés, quartiers
    détruits, blocage de l’aide humanitaire. Les ignorer ou les balayer d’un revers
    de main renforce le soupçon de déni.

    La guerre
    des récits ne se gagne pas par une contre-propagande encore plus martiale. Elle
    suppose de reconnaître la complexité, d’admettre les zones grises, et de parler
    un langage crédible, au lieu de se réfugier dans un discours défensif et
    moralisateur. La supériorité militaire d’Israël ne fait aucun doute. Mais sa
    parole reste enfermée dans un registre technocratique et accusatoire, incapable
    de rivaliser avec la charge émotionnelle de la narration adverse.

    En dénonçant
    la propagande de la résistance du Mouvement Hamas, tout en y répondant par une
    autre propagande, cette tribune illustre un piège récurrent : transformer un
    constat lucide en discours aveugle. Si Israël et ses alliés veulent un jour
    inverser la tendance, ils devront comprendre que convaincre ne consiste pas
    seulement à vaincre. La guerre de l’opinion exige autre chose qu’une liste de
    frappes réussies ou de mensonges dénoncés : elle exige un récit humain,
    complexe, capable d’émouvoir sans manipuler, et de convaincre sans écraser.

    Lorsque l’article affirme que « les enfants palestiniens ont été élevés dans
    la haine », il ne décrit pas une réalité, il construit une image totale et
    immuable de l’ennemi. Tout est amalgamé : La résistance du Mouvement Hamas, Autorité
    Palestinienne, UNRWA, familles, enseignants. L’école palestinienne ne serait
    plus qu’un laboratoire de haine, l’UNRWA complice criminelle, les parents
    simples relais d’un endoctrinement religieux impitoyable. Mais cette
    présentation caricaturale sert moins à informer qu’à délégitimer.

    Oui, l’instrumentalisation des enfants dans les conflits est une tragédie,
    et personne ne peut nier que certains manuels scolaires palestiniens ou
    certains discours officiels entretiennent un imaginaire de confrontation. Mais
    réduire toute une génération à une « haine incrustée » revient à nier leur
    humanité, à ignorer les témoignages d’enseignants, d’associations, de familles
    qui aspirent à autre chose qu’à la guerre.

    Là encore, la dénonciation de la propagande adverse se transforme en
    propagande miroir : on essentialise, on généralise, on enferme. Ce procédé
    empêche toute réflexion sérieuse sur la manière dont la violence, l’occupation,
    la misère ou le désespoir façonnent les représentations. La haine n’est pas une
    essence héréditaire, elle est le fruit d’un contexte politique et social qui,
    lui, peut changer. Mais pour le reconnaître, encore faut-il sortir du confort
    du récit binaire.

    « L’éducation dans la haine » : un récit trop commode

    L’article
    affirme que les enfants palestiniens sont « élevés dans la haine
    » par leurs familles, leurs écoles, l’Autorité Palestinienne, La résistance du
    Mouvement Hamas et même l’UNRWA. Cette généralisation radicale n’analyse pas
    une réalité : elle fabrique une image essentialisée de l’adversaire.

    Certes, il
    est incontestable que des manuels, des prêches et certains discours officiels
    entretiennent une vision antagoniste et véhiculent des stéréotypes dangereux.
    Mais réduire toute une société à une « haine incrustée » revient à nier la
    diversité des trajectoires, à effacer les initiatives éducatives alternatives
    et les voix palestiniennes qui aspirent à autre chose qu’à l’affrontement
    permanent.

    Qualifier
    l’UNRWA de « complice criminelle » relève davantage du procès idéologique que
    de l’enquête rigoureuse : aucune organisation internationale ne résiste à la
    tentation de la critique, mais balayer son rôle en bloc occulte aussi son
    action quotidienne auprès de millions de réfugiés.

    Ce type de
    discours ne combat pas la propagande, il la mime : il essentialise, généralise,
    délégitime. En enfermant les enfants palestiniens dans une identité de « haine
    », il rend impossible toute perspective de réconciliation future. Or la haine
    n’est pas un gène transmis à la naissance, c’est un produit de contextes
    politiques et sociaux — et c’est précisément parce qu’elle est produite qu’elle
    peut, à terme, être déconstruite.

    Abou Obeida n’était pas seulement un porte-parole : il incarnait la
    stratégie médiatique du Hamas, celle qui transforme chaque événement en arme
    narrative. Sa mort, pour symbolique qu’elle soit, ne met pas fin à ce système.
    Car la véritable force du Hamas ne réside pas seulement dans ses combattants ou
    ses infrastructures souterraines, mais dans sa capacité à imposer un récit qui
    dépasse les frontières de Gaza.

    Cette propagande fonctionne d’autant mieux qu’elle trouve un terrain fertile
    à l’international. Dans nos sociétés, où l’émotion collective précède souvent
    l’analyse, les images de destructions et de souffrances se substituent aux
    explications, et le Hamas sait les instrumentaliser. L’essentiel de la
    bataille, dès lors, ne se joue plus seulement au Proche-Orient : il se déroule
    aussi dans l’espace médiatique et politique occidental, où les récits circulent,
    se simplifient et façonnent l’opinion.

    La résistance du Mouvement Hamas a su développer une stratégie de
    communication singulière : présenter ses actions armées comme des actes de
    résistance, tout en exploitant médiatiquement les conséquences des ripostes
    israéliennes. Là où d’autres mouvements révolutionnaires du XXe siècle misaient
    sur l’héroïsme ou la pureté idéologique, La résistance du Mouvement Hamas combine
    deux registres : la fierté interne d’avoir frappé l’ennemi et l’image externe
    d’un peuple écrasé qui réclame justice. Ce « double discours » lui permet de
    fédérer ses partisans tout en séduisant une opinion internationale sensible aux
    récits de victimisation.

    Pourtant, ce texte dit finalement peu de chose de nouveau sur les prouesses
    israéliennes. Son véritable apport est ailleurs : il illustre, à son insu, la
    manière dont le débat sur la propagande La résistance du Mouvement Hamas se mue
    lui-même en un exercice de certitude inversée.

    L’article  de la tribune en question
    reste juste une suite de périphrases intellectuelles visant encore une fois à
    transformer les assassins sionistes en victimes juives. Ils ne mentent pas, ils
    sont en quelque sorte le mensonge.                                                                      
                                                                        Qu’est-ce que ça va être quand les gens vont
    comprendre que leurs mensonges ne se limitent pas aux 40 bébés de
    décapités ?

    Il faudrait tout de même qu’un jour, ils changent de disque car celui-ci est
    usé jusqu’à la trame, car il est aisément palpable que mise à
    part les Palestiniens,
    pour beaucoup de société monde autour du
    globe, la disparition d’Israël est devenue promesse de rachat. 

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

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  • Le Soldat d’Israël : Tu n’as jamais été un héros

     

    Sous le vernis humanisant du témoignage individuel,
    une vérité glaçante se dévoile : les soldats israéliens, même lorsqu’ils se
    disent “simples”, participent à une mécanique de mort. L’histoire d’un soldat
    d’origine philippine à Gaza, illustre à quel point l’innocence revendiquée sert
    de paravent à l’injustice structurelle.

    Le portrait du
    soldat israélien issu d’une famille migrante philippine, pourrait émouvoir. Ses
    dessins réalisés à Gaza, ses références bibliques à l’amour du prochain, sa
    fierté identitaire face aux discriminations, tout cela donne l’image d’un jeune
    homme sincère, attachant, presque exemplaire. Mais cette humanisation cache
    l’essentiel : ce soldat a servi dans une armée qui bombarde, détruit, déplace.
    Et ses propos, loin d’être neutres, reprennent mot pour mot le récit officiel
    israélien.

    L’illusion du “simple soldat” : « Je ne suis pas un homme
    politique… quand on m’appelle, je viens
    . » Cette phrase résonne comme une
    confession d’innocence. Mais c’est précisément le problème. Obéir sans
    réfléchir, réduire sa responsabilité à l’exécution d’ordres, c’est ce qui rend
    possibles les pires crimes collectifs. Hannah Arendt parlait de « banalité
    du mal
    » : le mal ne réside pas seulement dans les idéologues, mais
    aussi dans les foules de fonctionnaires et de soldats qui acceptent de faire « simplement
    leur travail
    ».

    Un discours verrouillé par la peur : Ce soldat n’est pas naïf. Il sait
    qu’en Israël, critiquer l’armée, c’est ruiner sa vie sociale, son avenir
    professionnel, sa sécurité. Alors il répète le catéchisme : nous protégeons
    les civils, c’est le Hamas qui est coupable, nous aidons à l’humanitaire
    .
    Mais chacun sait que Gaza est sous blocus, que des milliers de familles sont
    brisées, que des enfants meurent sous les bombes. Dire autre chose, pour lui,
    serait suicidaire. Mais se taire, c’est déjà collaborer.

    L’héroïsme confisqué : Le véritable enjeu n’est pas de
    savoir si ce soldat est “gentil” ou “méchant”. L’argument selon lequel « tous
    les soldats ne sont pas mauvais » est une diversion. Car le problème n’est pas
    l’innocence individuelle mais la machine collective : une armée qui
    obéit à une idéologie de domination, une société qui glorifie la violence, un
    État qui punit la dissidence. Le parallèle avec l’Allemagne nazie, cité dans le
    texte, n’est pas qu’une provocation : il rappelle que ce sont les systèmes qui
    écrasent, et que les individus qui “se contentent d’obéir” y sont complices.

    Conclusion : Le soldat Israélien veut « une vie normale » :
    travailler, se marier, avoir des enfants. On peut comprendre ce désir. Mais
    derrière son récit apaisant, il y a les familles palestiniennes qui n’auront
    jamais cette chance. Ses dessins ne changeront rien à la brutalité qu’il a
    servie. « Tu n’as jamais été un héros », lui rappelle le texte. Et c’est
    vrai.

    Les bombes
    ne font pas de héros. Elles fabriquent des complices.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

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  • Le grand mufti de Jérusalem n’a pas inventé la Shoah: quand l’histoire devient arme politique

     

    En accusant Hadj Amin al-Husseini d’avoir inspiré
    Hitler dans la mise en œuvre de la “solution finale”, Benyamin Netanyahou ne se
    contente pas de déformer l’histoire. Il invente un dialogue imaginaire,
    détourne la mémoire de la Shoah et jette une accusation infondée sur les
    Palestiniens. Or la vérité historique est claire : la Shoah est une
    responsabilité exclusivement nazie, déjà en cours avant la rencontre d’Hitler
    et du mufti.

    Quand
    l’histoire est réécrite pour servir la politique :
    À Jérusalem, devant le 37ᵉ Congrès
    sioniste mondial, Benyamin Nétanyahou a affirmé que le grand mufti de
    Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, aurait convaincu Adolf Hitler de passer de
    l’expulsion à l’extermination des Juifs. Il a même prêté aux deux hommes un
    dialogue hallucinant : « Que dois-je faire d’eux ? », aurait demandé
    Hitler. « Brûlez-les », aurait répondu le mufti.

    Or ce
    dialogue est une pure invention. Le compte-rendu officiel de la rencontre du 28
    novembre 1941 existe : il a été publié, étudié, analysé. On y lit la volonté du
    mufti de bloquer toute émigration juive vers la Palestine et la promesse
    d’Hitler de ne tolérer aucun « foyer juif » après sa victoire.
    Mais à aucun moment, pas une ligne ne mentionne une telle scène. Ce passage est
    imaginaire, forgé pour servir une narration politique contemporaine.

    En
    réactivant ce mythe, Benyamin Nétanyahou ne cherche pas tant à rétablir une
    vérité historique qu’à servir un objectif politique immédiat : délégitimer les
    Palestiniens d’aujourd’hui en les associant au crime absolu du XXᵉ siècle.
    C’est une manœuvre rhétorique, qui vise à figer l’adversaire dans la figure du
    bourreau nazi, à brouiller les lignes de responsabilité et à justifier la
    politique actuelle d’Israël en présentant le peuple palestinien comme héritier
    d’une haine génocidaire. Mais cette stratégie a un prix : celui d’affaiblir la
    mémoire de la Shoah elle-même

    La Shoah
    avait déjà commencé :
    Les faits sont établis : en novembre 1941, le génocide est déjà en marche.
    Depuis l’été, les Einsatzgruppen fusillent méthodiquement les
    communautés juives en Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes. À Kiev,
    le massacre de Babi Yar, en septembre 1941, coûte la vie à 33 771 personnes en
    deux jours. Ces crimes, commis avant la rencontre de Berlin, témoignent d’une
    dynamique exterminatrice déjà enclenchée.

    Faire croire
    qu’Hitler aurait hésité jusqu’à ce qu’un dirigeant palestinien l’oriente vers
    la solution radicale est une falsification flagrante. La Shoah fut conçue et
    organisée au cœur du régime nazi : Hitler, Himmler, Heydrich, et l’ensemble de
    l’appareil d’État allemand en furent les acteurs. Ni le mufti ni aucun autre
    responsable extérieur ne peuvent en être les inspirateurs.

    Le rôle réel
    du mufti :
    Il est
    nécessaire de replacer le mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini dans
    son contexte. Comme dirigeant politique palestinien, il a cherché à empêcher
    l’immigration massive de Juifs vers la Palestine, perçue alors comme une menace
    existentielle pour son peuple. Cela ne fait pas de lui un idéologue de
    l’extermination nazie. S’il a pu trouver un intérêt tactique à se rapprocher de
    l’Allemagne hitlérienne, ce rapprochement relève avant tout d’une logique
    anticoloniale et d’un refus du projet sioniste en Palestine, et non d’une
    contribution à la mise en place de la « solution finale ».

    Confondre
    opposition à une immigration coloniale et responsabilité dans un génocide planifié
    en Europe est une accusation infondée, qui déforme la mémoire et brouille les
    responsabilités.

    Le
    déplacement du Mufti à Berlin n’autorise en rien à le transformer en architecte
    ou en déclencheur de la « solution finale ». La complicité ne fait pas la
    paternité. Al-Husseini fut un allié opportuniste du Reich, pas l’idéologue ni
    le stratège de son projet exterminateur.

    En
    réactivant ce mythe, Benyamin Nétanyahou ne cherche pas tant à rétablir une
    vérité historique qu’à servir un objectif politique immédiat : délégitimer les
    Palestiniens d’aujourd’hui en les associant au crime absolu du XXᵉ siècle.
    C’est une manœuvre rhétorique, qui vise à figer l’adversaire dans la figure du
    bourreau nazi, à brouiller les lignes de responsabilité et à justifier la
    politique actuelle d’Israël en présentant le peuple palestinien comme héritier
    d’une haine génocidaire. Mais cette stratégie a un prix : celui d’affaiblir la
    mémoire de la Shoah elle-même.

    Une
    instrumentalisation dangereuse

    Les
    accusations de Netanyahu 
    :
    A par sa psychopathie avérée comme
    sa perversion et son narcissisme évident, tout est faux chez lui. Son
    incommensurable bêtise fait qu’il est devenu la risée de tous les peuples de la
    Terre que cette dernière soie sphérique ou plate. L’évidence est là !!!

    Lui et ses
    légions damnées formées par les immondes et mafieux Sataniques et sionistes
    nazis par leur maîtres : les Etats Unis et l’Occident sont l’alpha et l’oméga
    du mal incarné, sont historiques fausses. Ce que fait Netanyahou, ce n’est pas
    de l’histoire et l’histoire bégaie : c’est de la rhétorique politique. En
    associant la cause palestinienne au crime absolu du XXᵉ siècle, il cherche à
    délégitimer un peuple entier et à faire passer la lutte nationale palestinienne
    pour une haine génocidaire. Mais ce faisant, il minimise la responsabilité des
    nazis et fragilise la mémoire de la Shoah.

    L’antisémitisme
    séculaire des Palestiniens :
    En affirmant l’existence d’une tradition antisémite
    séculaire parmi les Palestiniens, culminant avec une participation active à
    l’anéantissement du peuple juif, Netanyahou entend établir une continuité historique
    directe et sans équivoque. Il insinue que l’Intifada actuelle n’a rien à voir
    avec l’occupation israélienne de la Cisjordanie, le mur de séparation, la
    question des colonies juives sur les terres palestiniennes ou la situation
    socio-économique générale des Palestiniens, mais qu’elle repose essentiellement
    sur un antisémitisme profondément ancré.

    Les
    historiens de Yad Vashem, des chercheurs israéliens et même le gouvernement
    allemand ont rappelé en 2015 l’évidence : la responsabilité de la Shoah est
    entièrement nazie. L’affirmer, ce n’est pas protéger les Palestiniens ; c’est
    protéger la vérité historique et l’humanité tout entière contre les
    falsifications qui nourrissent la haine.

    Protéger la
    mémoire de la Shoah :
    La Shoah n’a pas besoin de faux dialogues ni de boucs émissaires inventés.
    Elle a ses responsables : ils étaient allemands, nazis, et ils ont planifié la
    destruction de six millions de Juifs européens. La mémoire de ce crime exige
    rigueur, respect et vérité. La transformer en arme politique conjoncturelle,
    c’est trahir sa portée universelle et son rôle de garde-fou contre les
    idéologies de haine.

    Il faut le
    dire sans ambiguïté : les Palestiniens, en tant que peuple, ne portent aucune
    responsabilité dans la Shoah. Au contraire, nombre d’entre eux se sont battus
    dans les rangs des Alliés contre le fascisme. Associer artificiellement leur
    histoire nationale à l’extermination des Juifs d’Europe, c’est une injustice
    profonde, une calomnie qui alimente la haine au lieu de construire des ponts de
    compréhension et de paix.

    Aujourd’hui,
    plus que jamais, il importe de protéger la vérité historique. Le mufti de
    Jérusalem fut un personnage politique, il n’a pas soufflé à Hitler l’idée du
    génocide. Oui, la Shoah fut planifiée, mise en œuvre et assumée par le régime
    nazi, en Allemagne et en Europe occupée. Non, on ne saurait en faire une
    responsabilité palestinienne.

    L’histoire
    est assez lourde de tragédies pour qu’on la respecte telle qu’elle fut. La
    Shoah doit rester un lieu de vérité, non de manipulation. Elle n’appelle pas à
    accuser de nouveaux coupables imaginaires, mais à renforcer une vigilance
    universelle : celle qui dit « plus jamais ça », sans mensonge et
    sans calcul.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Gaza, le Cœur Invincible de la Résistance

     

    Je n’ai
    jamais vu, dans l’histoire contemporaine, une résilience comparable à celle du
    peuple de Gaza. Depuis vingt-deux mois d’une guerre implacable, sans répit ni
    rémission, ils continuent de tenir debout là où toute force humaine semblait
    devoir s’effondrer. Ni la puissance des armes, ni l’étouffement économique, ni
    les ruines accumulées n’ont pu briser leur volonté.

    Le modèle
    ici est celui d’une guerre urbaine: 
    Les combattants d’élite des Brigades Al-Qassam
    honorent leur unité de tunnel, embrassant leurs têtes en reconnaissance des
    hommes qui passent des années sous le sol de Gaza à creuser les artères de la
    résistance. Alors que l’armée sioniste se cache derrière des murs et des
    frappes aériennes, ces hommes travaillent dans l’obscurité, sous le siège et
    sous le feu, garantissant que lorsque la bataille éclate, les défenseurs de
    Gaza peuvent surgir de n’importe où. C’est le visage de l’engagement que
    l’occupation n’égalera jamais.

     Les combattants utilisent des embuscades à plusieurs
    niveaux : une première frappe pour immobiliser le véhicule de tête, scellant la
    colonne, puis des volées de précision de Yasin-105 ou de RPG sous plusieurs
    angles pour forcer les démontages. Les équipes anti-blindés se coordonnent avec
    les unités d’assaut rapproché, des hommes portant des charges de sacoche ou de
    ventre, pour achever les véhicules hors d’usage à une proximité mortelle,
    souvent quelques secondes après le coup initial. En cas de besoin, ils
    utilisent des engins de martyre aux moments décisifs, acceptant une détonation
    à bout portant pour garantir une mort certaine. Les voies d’évacuation sont
    pré-cartographiées à travers des bâtiments interconnectés et des tunnels,
    permettant un retrait rapide avant les tirs de riposte.

     Ils
    survivent, et plus encore : ils affirment leur présence face à ceux qui
    croyaient pouvoir les effacer. Leur résistance est une flamme que nulle tempête
    ne peut éteindre, une certitude que la terre qui les porte leur appartient et
    que nul mur, nul siège, nul bombardement ne saurait leur arracher.

    Sous les
    décombres, dans l’obscurité des tunnels, des hommes creusent comme on trace des
    veines au cœur de la terre. Chaque passage est une artère de vie, chaque
    battement dans l’ombre une promesse de liberté. Là où d’autres se cachent
    derrière des murailles et des machines, eux avancent avec la seule force de
    leur foi et de leur engagement.

    Leur lutte
    n’est pas seulement celle des armes, elle est celle de la dignité. Dans chaque
    maison éventrée, une famille persiste. Dans chaque enfant qui apprend malgré la
    faim et la peur, la mémoire se transmet. Dans chaque prière, dans chaque regard
    levé vers le ciel, Gaza proclame qu’elle ne sera jamais soumise.

    À chaque
    assaut repoussé, à chaque incursion ralentie, le monde entier assiste à une
    vérité éclatante : la technologie la plus sophistiquée, les budgets les plus
    démesurés, les alliances les plus puissantes échouent devant la ténacité d’un
    peuple qui refuse de mourir. Gaza n’est pas seulement un champ de bataille :
    elle est devenue le miroir où l’arrogance des envahisseurs se brise.

    Aujourd’hui,
    Gaza est le cimetière de la fierté de ceux qui pensaient la vaincre. Chaque pas
    qu’ils arrachent est payé d’un prix trop lourd, chaque avancée se transforme en
    défaite morale. Car ici, la résistance ne se mesure pas en kilomètres conquis,
    mais en siècles de dignité conservée.

    Et dans
    l’obscurité, ils continuent de creuser. Avec foi, ils continuent de s’élever.
    Chaque tunnel est une prière gravée dans la terre, chaque combattant est un
    battement de cœur de la Palestine. Ils portent le courage, le sacrifice et
    l’engagement que l’occupation ne connaîtra jamais.

    Gaza n’est
    pas seulement une ville assiégée : elle est une leçon pour le monde, un symbole
    éternel que la force véritable naît de l’injustice subie et du refus de plier.

    22 mois sans répit, 22 mois debout : Depuis vingt-deux mois d’une guerre
    implacable, Gaza se tient droite.
    Ce que l’on croyait être une reddition est devenue une affirmation de vie.

    Celui d’une guerre urbaine
    interarmes délibérée et disciplinée, compressée à une micro-échelle. Les
    moudjahidines intègrent la reconnaissance, l’ingénierie, la lutte anti-blindée
    et l’assaut d’infanterie dans l’espace d’un seul pâté de maisons. Ils frappent
    lorsque l’occupant est le plus vulnérable, lors de la récupération d’un véhicule,
    de l’évacuation de l’équipage ou de l’intervention d’un ingénieur, transformant
    ainsi des opérations de routine en événements à fort taux de pertes. Chaque
    Merkava brûlé est une émission diffusée au monde : la technologie occidentale
    et les budgets de plusieurs milliards de dollars ne peuvent pas vaincre les
    combattants qui les surpassent, les surpassent et les combattent dans leurs
    propres zones de destruction. Gaza ne se contente pas de résister, elle
    démantèle chirurgicalement la puissance terrestre de l’occupation, une colonne
    paralysée à la fois.

    Gaza est devenue le cimetière de leur fierté, et les
    moudjahidines s’assurent que chaque mètre que l’ennemi ose franchir sera payé
    en machines détruites, en moral brisé et en un héritage de défaite qui les hantera
    longtemps après la fin de la guerre
    Ni les bombes, ni le blocus, ni les deuils accumulés n’ont brisé la dignité de
    ce peuple.

    Les veines de la terre, les battements du cœur : Sous les ruines et dans l’obscurité,
    des mains creusent encore.
    Chaque tunnel est plus qu’un passage : c’est une artère de résistance, une
    prière gravée dans la poussière.
    Chaque combattant, chaque habitant est un battement de cœur de la Palestine.
    Là où d’autres se retranchent derrière des murailles et des machines, Gaza
    avance avec foi et patience.

    La dignité plus forte que les armes : La véritable lutte de Gaza n’est pas
    seulement militaire : elle est humaine et morale.
    Dans chaque maison éventrée persiste une famille.
    Dans chaque enfant qui apprend malgré la peur, la mémoire se transmet.
    Dans chaque prière murmurée sous les bombes, Gaza proclame son refus de plier.

    Le miroir de l’arrogance : Les technologies les plus avancées,
    les budgets les plus colossaux et les armées les plus lourdes échouent devant
    une vérité simple :
    on ne peut vaincre un peuple enraciné dans sa terre et porté par la justice de
    sa cause.
    Chaque incursion devient une défaite morale.
    Chaque tentative de conquête révèle la fragilité de ceux qui croyaient tout
    dominer.

    Gaza, flamme éternelle : Aujourd’hui, Gaza est plus qu’une
    ville assiégée : elle est devenue un symbole universel.
    Un exemple pour les peuples opprimés.
    Un rappel que la véritable force ne réside pas dans les chars ni les bombes,
    mais dans le courage, le sacrifice et la dignité.

    Dans
    l’obscurité, ils creusent.
    Avec foi, ils s’élèvent.
    Et tant que Gaza respire, la Palestine battra au rythme de son cœur invincible.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

  • Entre peste et choléra : droite/gauche,l’hypocrisie coloniale française face à l’Algérie

     

    Introduction : La relation entre l’Algérie et la
    France reste l’un des points aveugles du débat politique français. À chaque
    alternance, certains Algériens espèrent que la gauche française représentera un
    partenaire plus sincère que la droite. Mais cette illusion, persistante depuis
    les années 1980, n’a cessé de se heurter aux faits : qu’elle soit habillée de
    promesses socialistes ou d’un discours républicain musclé, la politique
    française à l’égard de l’Algérie reste fondamentalement coloniale.

    Comme l’a
    montré Benjamin Stora (1991), la mémoire de la guerre d’Algérie est refoulée en
    France, mais jamais dépassée. Ce refoulé produit une constante : une hostilité
    de fond, parfois brutale à droite, plus subtile à gauche, mais toujours
    présente. C’est cette hypocrisie structurelle que nous proposons d’analyser :
    une France qui ne comprend que la force, une gauche qui masque son poison
    derrière un peu de miel, et une diplomatie qui trahit la continuité coloniale
    jusque dans ses gestes symboliques.

    La gauche française : le
    poison sous le miel :
    L’illusion d’une gauche française « amie » de l’Algérie a été démentie par
    l’histoire. François Mitterrand en est l’illustration parfaite : célébré à son
    arrivée au pouvoir en 1981 comme porteur d’un nouvel espoir, il n’était autre
    que l’ancien ministre de l’Intérieur responsable de la répression coloniale
    dans les années 1950. Comme le rappelle Todd Shepard (2006), la gauche au
    pouvoir en 1981 n’a nullement amorcé une rupture mémorielle ou politique avec
    l’héritage colonial.

    Aujourd’hui,
    les postures de Jean-Luc Mélenchon ou de figures médiatisées comme Rima Hassan
    ne changent rien au fond : derrière un discours progressiste ou anticolonial de
    façade, l’Algérie reste perçue comme un objet de gestion diplomatique, non
    comme un partenaire égal. L’hypocrisie est constante : adoucir le ton pour
    mieux défendre les mêmes intérêts.

    La droite et
    l’extrême droite, elles, n’ont pas ce souci : elles disent ouvertement leur
    hostilité. Mais sur le plan des politiques concrètes — migrations, commerce, diplomatie
    — la différence reste minime.

    La France ne comprend que la
    force :
    Un constat
    s’impose : en 132 ans de colonisation comme depuis l’indépendance, Paris n’a
    jamais cédé par « gentillesse ». C’est la guerre de libération, menée par le
    FLN et payée au prix de centaines de milliers de morts, qui a contraint la
    France à partir. Comme l’écrit Mohammed Harbi (2004), « l’État colonial n’a
    jamais reconnu ses crimes de lui-même, il n’a reculé que devant l’échec
    militaire et la faillite politique ».

    Aujourd’hui
    encore, l’Algérie ne se fait respecter que lorsqu’elle adopte une ligne dure :
    réduction de l’usage du français, diversification des partenariats vers la
    Chine, la Russie, ou la Turquie, et fermeté mémorielle. Ces gestes irritent
    Paris, mais c’est précisément parce qu’ils affirment la souveraineté algérienne
    qu’ils obligent la France à écouter.

    L’histoire
    le rappelle : ce sont des soldats algériens qui ont libéré Marseille et la
    Provence en 1944, alors que l’armée française s’était effondrée en deux semaines
    en 1940. Dire aux Algériens « rentrez chez vous » relève donc de l’amnésie :
    les Algériens ne sont pas des intrus en France, ils en ont écrit une page
    essentielle. Ce rappel historique agit comme une arme polémique mais légitime :
    il déconstruit le récit d’une France « généreuse » qui aurait accueilli ses
    anciens colonisés, alors qu’elle leur doit sa propre survie.

    Héritages coloniaux : du
    pillage au Sahara occidental :
    L’histoire coloniale n’est pas un passé clos. La
    France est venue en Algérie « sans visa », par la force des armes, en
    massacrant et pillant les ressources (Le Cour Grandmaison, 2005). Le mouvement
    migratoire algérien vers la France après 1962 n’a rien d’un « envahissement » :
    il est le prolongement direct de cette histoire coloniale, comme l’a montré
    Abdelmalek Sayad (1999). Les Algériens en France ne volent rien : ils
    travaillent, cotisent, et contribuent.

    Les gestes
    diplomatiques récents confirment la persistance d’une logique coloniale.  Ces gestes nourrissent une conviction largement
    partagée en Algérie : la France n’a jamais digéré sa défaite de 1962 et
    continue de cultiver un imaginaire impérial. C’est pourquoi l’idée de
    réparations, de reconnaissance et même d’excuses publiques refont surface, non
    comme une provocation, mais comme une nécessité pour solder l’histoire.

    Force, mémoire combattante et stratégies
    algériennes:
    L’histoire
    des relations franco-algériennes semble confirmer une constante : la France ne
    comprend et ne respecte que la force. Déjà, lors de la Révolution française, la
    logique de l’insurrection violente fut glorifiée comme unique voie vers
    l’émancipation. De la même manière, ce n’est pas la négociation mais bien la
    guerre de libération menée par le FLN qui a contraint Paris à quitter l’Algérie
    en 1962 (Shepard, 2008 ; Stora, 1991).

    Ce constat
    structure encore aujourd’hui les choix stratégiques de l’État algérien. Face
    aux ambiguïtés françaises, Alger a multiplié les signaux de distanciation :
    réduction de l’usage du français dans l’enseignement et l’administration
    (Grandguillaume, 2004), ouverture diplomatique et économique vers la Chine, la
    Turquie, la Russie et l’Afrique subsaharienne. Loin d’être anecdotiques, ces
    décisions s’inscrivent dans une logique de souveraineté linguistique et
    géopolitique, interprétée comme la seule « langue » que Paris comprenne.

    Cette
    dynamique résonne particulièrement avec la mémoire de la diaspora algérienne en
    France. Nombre de travailleurs algériens et maghrébins ont participé à la
    Résistance et à la Libération de la France en 1944, notamment dans les combats
    de Provence et de Marseille (Pervillé, 2002 ; House & MacMaster, 2006). Ces
    contributions, pourtant décisives, sont largement occultées par les récits
    nationaux français, qui préfèrent insister sur l’humiliation de la défaite de
    1940 ou sur le rôle exclusif de la Résistance française. Ce refoulement
    mémoriel produit une contradiction criante : des Algériens ont versé leur sang
    pour libérer la France, alors que leurs descendants sont aujourd’hui sommés de
    « rentrer chez eux ».

    Ainsi, la
    mémoire combattante des Algériens en France, conjuguée à la stratégie
    d’autonomisation d’Alger, dessine une leçon de réalisme politique : tant que
    Paris refusera de reconnaître pleinement cette histoire partagée et
    douloureuse, il se heurtera à une Algérie décidée à faire de la force et de
    l’indépendance ses principaux instruments de dialogue.

    Héritages
    coloniaux et continuité symbolique :
    La conquête et la colonisation de l’Algérie par la
    France (1830-1962) furent marquées par une violence systématique : massacres de
    masse, spoliations foncières et accaparement des richesses. Les travaux de
    Benjamin Stora (1991), Olivier Le Cour Grandmaison (2005) et Sylvie Thénault
    (2012) ont montré comment l’administration coloniale mit en œuvre une politique
    d’expropriation, justifiée par un discours de « mission civilisatrice », mais
    qui reposait en réalité sur la dépossession et l’exploitation. Des villages
    entiers furent rasés, les terres les plus fertiles confisquées au profit des
    colons européens, et des générations d’Algériens réduits à l’indigénat.

    C’est dans
    ce contexte historique qu’il faut comprendre le retournement des mobilités :
    alors que les colons français se sont installés en Algérie sans « visa »,
    imposant leur présence par la force, ce sont aujourd’hui des générations
    d’Algériens et de Maghrébins qui vivent en France, non pas en envahisseurs mais
    comme travailleurs, citoyens et acteurs sociaux. Cette « inversion des flux »
    est perçue par certains comme une injustice, alors qu’elle illustre en réalité
    une logique de réciprocité historique, ce que l’anthropologue Abdelmalek Sayad
    (1999) appelait la « double absence » : l’immigré est à la fois produit de
    l’histoire coloniale et victime de son refoulement mémoriel.

    Loin
    d’appartenir au passé, ces héritages coloniaux réapparaissent sous des formes
    symboliques contemporaines. La polémique récente autour d’une carte brandie par
    l’ambassadeur de France au Maroc — représentant un « Grand Maroc » englobant
    l’Ouest algérien, le Sahara occidental et la Mauritanie — révèle la persistance
    d’un imaginaire colonial dans la diplomatie française. Comme l’ont montré
    Zoubir (2010) et Mundy (2020), la question du Sahara occidental reste un
    terrain d’ambiguïtés où Paris oscille entre soutien à Rabat et neutralité
    affichée, au détriment de la reconnaissance des droits des peuples à disposer
    d’eux-mêmes.

    Ce geste
    diplomatique, loin d’être anodin, renvoie à une continuité symbolique : la
    négation des frontières, la remise en cause de la souveraineté algérienne et
    l’aveuglement face aux traumatismes de la colonisation. Il alimente l’idée
    largement répandue en Algérie que, malgré les discours officiels de
    réconciliation, la France n’a jamais véritablement rompue avec ses réflexes
    impériaux.

    Conclusion :
    La relation
    franco-algérienne est moins marquée par des alternances politiques que par une
    constante : l’incapacité de la France à rompre avec ses réflexes coloniaux. La
    droite assume son hostilité, la gauche la maquille sous un vernis progressiste,
    mais le fond demeure le même : préserver les intérêts français et nier la
    souveraineté algérienne.

    L’Algérie,
    forte de son histoire, a compris que la seule voie crédible reste celle de la
    fermeté et de l’autonomie. La mémoire des massacres, des pillages, mais aussi
    de la libération de Marseille par des soldats algériens, rappelle que la
    relation franco-algérienne n’est pas unilatérale, mais bâtie sur une dette
    historique que la France refuse encore de reconnaître.

    Peut-être
    qu’un jour, comme le suggère une ironie polémique, les héritiers de cette
    histoire viendront demander pardon en arabe classique, tout en assumant les
    réparations dues. Mais d’ici là, une certitude demeure : l’Algérie
    n’obtiendra rien par la supplication, seulement par la force et la fermeté
    .

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

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  • L’ignominie du colonialisme : Israël, Gaza et les fractures du judaïsme

     

    Introduction : Depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, la
    question israélo-palestinienne cristallise débats académiques et passions
    politiques. Pour de nombreux chercheurs, ce conflit ne peut se comprendre sans
    être situé dans le cadre du colonialisme de peuplement (Wolfe, 2006 ; Pappé,
    2006), caractérisé par la dépossession des populations autochtones et
    l’imposition d’un nouvel ordre socio-politique. Gaza, qualifiée de « prison à
    ciel ouvert » (Finkelstein, 2018 ; Roy, 2016), incarne l’expression
    contemporaine de cette logique coloniale.

    Cet article
    propose une analyse critique en quatre temps :

    1. Le colonialisme israélien, ses
      continuités et mutations.
    2. La violence et la résistance
      dans une dynamique de domination.
    3. La fracture morale entre
      judaïsme israélien et judaïsme diasporique.
    4. Les perspectives éthiques et
      politiques pour l’avenir.

    Le
    colonialisme israélien : continuités et transformations :
    L’établissement d’Israël s’est
    accompagné de la Nakba, c’est-à-dire l’expulsion de plus de 700 000
    Palestiniens (Pappé, 2006 ; Masalha, 2012). Ce processus fondateur a instauré
    une dynamique de dépossession et de marginalisation qui perdure.

    À Gaza,
    malgré le retrait des colonies en 2005, Israël conserve un contrôle
    territorial, maritime et aérien, ainsi qu’une domination économique et
    militaire. Cette enclave de 365 km², peuplée de plus de deux millions
    d’habitants, reste dépendante de décisions extérieures pour ses ressources
    vitales. Human Rights Watch (2021) et B’Tselem (2021) qualifient ce système de régime
    d’apartheid, fondé sur une discrimination structurelle et systématique.

    Violence, résistance et cycles de représailles : Les violences du 7 octobre 2023,
    condamnées au niveau international, s’inscrivent dans une histoire longue de
    domination et de désespoir. Comme l’a montré Frantz Fanon (1961), la violence
    coloniale engendre des formes violentes de résistance, perçues par les
    colonisés comme une libération.

    La doctrine
    israélienne de « tondre la pelouse » (Eiland, 2010) illustre une gestion
    militaire du conflit : affaiblir le Hamas régulièrement sans chercher de
    solution politique durable. Les bombardements massifs, documentés par Amnesty
    International (2023), ont provoqué des milliers de morts civils, renforçant la
    perception d’un système colonial fondé sur la force brute.

    Judaïsme israélien et judaïsme diasporique : une
    fracture morale ?

    Le conflit
    révèle une tension croissante entre
    :

    • Le judaïsme israélien, marqué
      par une logique de survie nationale et de durcissement identitaire.
    • Le judaïsme diasporique, notamment
      américain, qui continue de valoriser une éthique universaliste fondée sur
      la justice et la compassion (Levinas, 1969).

    Judith
    Butler (2012) et Shaul Magid (2023) soulignent que le judaïsme en diaspora
    cherche à se dissocier d’un sionisme perçu comme identitaire et exclusif. Cette
    divergence pourrait annoncer un repositionnement du judaïsme mondial, où Israël
    ne serait plus le centre unique de référence.

    Colonialisme, morale et avenir : Comme le rappelle Schopenhauer, la
    compassion est la base de toute morale. Un projet politique qui nie l’humanité
    de l’Autre est condamné à l’échec. Des intellectuels palestiniens comme Rashid
    Khalidi (2020) insistent sur la nécessité de dépasser le paradigme colonial
    pour envisager une paix juste et durable.

    La diaspora
    juive, historiquement engagée dans des luttes pour les droits civiques
    (Feingold, 1995), pourrait jouer un rôle central dans cette transformation, en
    s’alliant à d’autres mouvements progressistes et en réaffirmant une tradition
    éthique de justice et d’égalité.

    Conclusion : L’histoire israélo-palestinienne illustre les logiques
    du colonialisme de peuplement : dépossession, enfermement, cycles de violence.
    Mais elle révèle également une fracture interne au judaïsme, entre un pôle
    nationaliste centré sur Israël et un pôle diasporique fidèle à des valeurs
    universelles. L’avenir dépendra de la capacité à dépasser ce paradigme colonial
    et à inscrire la coexistence sur le fondement de l’égalité.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Le sionisme d’Israël : entre réforme, dépassement et remise en cause

     

    Introduction : Depuis plus d’un siècle, le sionisme est au cœur des
    débats sur l’avenir du peuple juif, la légitimité d’Israël et la place des
    Palestiniens. Conçu à l’origine comme un projet d’émancipation et de refuge
    face à l’antisémitisme européen (Herzl, Der Judenstaat, 1896), il est
    aujourd’hui critiqué pour ses dérives nationalistes et exclusives. Le livre
    d’Uri Avnery, Israël sans les sionistes (1968), illustre la nécessité
    d’interroger cette idéologie à la lumière de ses résultats et de ses
    contradictions internes.

    Cet article examine les tensions entre judaïsme,
    sionisme et Israël, en analysant l’impact du sionisme sur la société
    israélienne, sur la diaspora juive et sur l’antisémitisme contemporain. La
    question centrale sera posée : faut-il réformer le sionisme, le dépasser, ou le
    supprimer ?

    Le sionisme
    : entre idéal fondateur et contradictions internes 
    : Le sionisme, dans sa version
    initiale, avait pour objectif moral de créer une patrie pour le peuple juif en
    Palestine. La Déclaration d’indépendance d’Israël en 1948 illustre cet idéal,
    en affirmant l’égalité complète des droits « sans distinction de religion, de
    race ou de sexe » (Shlaim, 2014). Cette vision laïque et pluraliste se voulait
    une garantie contre la domination religieuse et contre toute hiérarchie entre
    citoyens.
    Cependant, les travaux des « nouveaux historiens » israéliens, tels qu’Ilan
    Pappé (The Ethnic Cleansing of Palestine, 2006) ou Benny Morris (1948
    and After
    , 1990), montrent que la création de l’État s’est accompagnée de
    déplacements forcés de populations palestiniennes. Ainsi, d’un refuge pour les
    Juifs persécutés, le sionisme est devenu une idéologie nationale qui, selon ses
    critiques, tend à légitimer la marginalisation, voire l’expulsion des
    populations locales.

    Israël, la
    diaspora et l’antisémitisme 
    : L’un des arguments majeurs en faveur du sionisme fut
    sa fonction protectrice face aux persécutions. Pour les Juifs chassés d’Europe
    centrale ou du Moyen-Orient (par exemple les communautés d’Irak et d’Iran), Israël
    a effectivement représenté un refuge (Sasson, The Forgotten Exodus,
    2010).
    En revanche, pour une large partie de la diaspora, Israël n’a joué qu’un rôle
    limité dans la lutte contre l’antisémitisme. Comme l’explique Judith Butler (Parting
    Ways: Jewishness and the Critique of Zionism
    , 2012), l’État israélien tend
    à répondre à l’antisémitisme par un nationalisme renforcé plutôt que par des
    alliances avec d’autres groupes opprimés.
    De plus, l’identification systématique entre Israël et la totalité du peuple
    juif contribue parfois à nourrir de nouvelles formes d’antisémitisme. Brian
    Klug (2003) distingue ici entre un antisémitisme « classique » (lié aux
    stéréotypes sur les Juifs) et un « antisémitisme par association », lié à la
    politique israélienne.

    Faut-il
    réformer, dépasser ou supprimer le sionisme ?

    a) Réformer le sionisme: Shlomo Avineri (The Making of
    Modern Zionism
    , 1981) souligne la diversité historique du sionisme :
    socialiste, révisionniste, religieux, culturel. Pour certains, il est donc
    possible de le réformer en revenant à ses racines pluralistes et en
    garantissant l’égalité des citoyens. C’est la position de penseurs comme Amos
    Oz (In the Land of Israel, 1983). Toutefois, l’emprise croissante des
    courants religieux-nationalistes rend cette réforme difficile.

    b) Dépasser le sionisme : Les théoriciens du post-sionisme,
    tels que Uri Ram (The Changing Agenda of Israeli Sociology, 1995) et
    Gershon Shafir (Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian
    Conflict
    , 1989), soutiennent que le sionisme a rempli sa fonction
    historique et doit céder la place à un cadre politique où la citoyenneté ne
    serait plus fondée sur l’appartenance ethno-religieuse. Dépasser le sionisme ne
    signifie pas abolir Israël, mais envisager une société post-nationale et
    inclusive.

    c) Supprimer le sionisme : Pour d’autres auteurs, notamment
    Edward Said (The Question of Palestine, 1979) et Ilan Pappé, le sionisme
    est une idéologie coloniale intrinsèquement exclusive et incompatible avec la
    justice. Dans cette perspective, il devrait être aboli, comme l’apartheid en
    Afrique du Sud. La solution avancée est celle d’un État unique, démocratique et
    non confessionnel. Toutefois, cette position reste perçue par la majorité des
    Juifs comme une menace existentielle.

    La diaspora et les stratégies
    alternatives
    Historiquement,
    les communautés juives en diaspora ont développé des stratégies de coexistence
    et d’alliance avec d’autres groupes marginalisés. Aux États-Unis, les travaux
    de Cheryl Greenberg (Troubling the Waters: Black-Jewish Relations in the
    American Century
    , 2006) montrent que les Juifs ont été actifs dans le
    mouvement des droits civiques. Aujourd’hui encore, des mouvements juifs
    progressistes (Jewish Voice for Peace, IfNotNow) plaident pour une solidarité
    avec les Palestiniens et d’autres minorités, en opposition à une vision
    exclusivement nationaliste.

    Conclusion Le sionisme a répondu à un impératif
    historique — offrir un refuge aux Juifs persécutés. Mais ses développements
    contemporains révèlent une tension profonde entre son idéal fondateur d’égalité
    et la réalité de l’exclusion des Palestiniens. Trois voies se dessinent : le
    réformer pour le rendre inclusif, le dépasser vers un modèle post-sioniste, ou
    le supprimer en faveur d’un État démocratique unique. Chacune comporte des
    avantages et des limites, tant sur le plan moral que politique. Le défi reste
    de concilier la sécurité et l’autodétermination juives avec la reconnaissance
    pleine et entière des droits palestiniens. Ce débat conditionnera l’avenir non
    seulement d’Israël et de la Palestine, mais aussi celui de la diaspora juive et
    de ses relations avec le monde.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Hommages aux Françaises du FLN, c’est honorer le courage, pas la violence

     

    Hommage à celles qui ont fait don de
    soi pour une juste cause, ces femmes Algériennes d’origine Européenne, étaient
    mues par un seul idéal libérer l’Algérie du joug colonial.  Ces combattantes pour montrer un exemple tout
    simplement de courage et de foi  ont
    lutté pour l’indépendance de l’Algérie. Hommage à leur lutte et leurs
    sacrifices pour la liberté et la dignité du peuple algérien

    On nous dit qu’honorer des Françaises qui se sont
    engagées aux côtés du FLN pendant la guerre d’Algérie serait une «mode».
    Que ce serait insulter la France.

    Non : c’est juste rappeler une vérité historique que
    certains voudraient encore enterrer.

    Le récit tronqué des nostalgiques de
    l’Algérie française

    Quand une partie de la presse nous parle du 1er
    novembre 1954, elle décrit des victimes françaises avec force détails. Mais elle
    passe sous silence les milliers d’Algériens tués, torturés, disparus
    sous la botte coloniale. Elle ne dit rien des massacres de Sétif et Guelma en
    1945, rien des exécutions sommaires, rien des villages rasés, rien de la
    torture systématisée. Comme si la violence avait commencé le jour où les
    colonisés ont osé dire « assez ».

    Ce récit tronqué n’est pas innocent : il vise à délégitimer
    toute mémoire anticoloniale
    et à faire passer des femmes comme Annie
    Steiner ou Danièle Amrane-Minne
    pour de simples « complices de
    terroristes
    ».

    Ces femmes n’ont pas trahi la
    France, elles ont refusé l’injustice

    Annie Steiner et Danièle Amrane-Minne n’ont pas pris
    les armes par goût du sang. Elles ont fait un choix politique et moral : celui
    de refuser de se ranger du côté de l’oppresseur. Comme des Français
    s’étaient engagés dans les Brigades internationales en Espagne, ou dans la
    Résistance contre l’occupant nazi, elles ont choisi la solidarité avec un
    peuple colonisé.

    Annie Steiner a lutté contre la
    colonisation. En 1956, elle a été arrêtée et emprisonnée à la
    prison Barberousse à Alger, où elle a rencontré
    d’autres combattantes pour l’indépendance de l’Algérie. Elle a
    ensuite été transférée en France avant d’être libérée en 1961. Dès
    l’indépendance de l’Algérie en 1962 elle a choisi la nationalité algérienne et
    est retourné vivre dans son pays
    .

    La militante, historienne et poétesse Djamila
    Amrane-Minne, née Danièle Minne,
    En
    rejoignant Les maquis après la grève des étudiants (19 Mai 1956) Née Danièle,
    adopta en premier lieu son pseudonyme de guerre qui n’est autre que
    « Djamila » avant qu’il ne devienne son identité Officielle après
    l’indépendance,  Djamila Amrane a rejoint
    les réseaux du FLN à Alger en compagnie des fameuses poseuses de bombes, a
    l’instar de Djamila Boupacha, Djamila Bouhired, Djamila Bouazza, Zohra Drif et
    plusieurs qui se sont sacrifiées pour la nation, Alors qu’elle n’avait à
    l’époque que 17 ans,. Condamnée le 4 décembre 1957 puis incarcérée à la
    prison de Barberousse, elle a été par la suite transférée en France avant qu’elle
    ne soit amnistiée en avril 1962 grâce aux Accords d’Évian.

    Et qu’on le veuille ou non, l’histoire leur a donné
    raison : l’Algérie a gagné son indépendance, et la colonisation est aujourd’hui
    universellement reconnue comme un système de domination injustifiable.

    Honorer, ce n’est pas glorifier la
    violence

    Personne n’efface les victimes civiles. Mais réduire
    ces femmes à des « poseuses de bombes » est une falsification de l’histoire.
    Les municipalités qui leur rendent hommage ne célèbrent pas les attentats :
    elles rappellent que, dans la France coloniale, il y eut aussi des Françaises
    capables de dire non, capables de passer de l’autre côté, capables de se battre
    pour l’égalité et la dignité.

    Une mémoire partagée ou pas de
    mémoire du tout

    La guerre d’Algérie n’appartient pas aux nostalgiques
    de l’OAS ni aux défenseurs d’une mémoire amputée. Elle appartient à toutes et
    tous, et surtout à celles et ceux qui refusent l’oubli sélectif.

    Oui, donner le nom d’Annie Steiner ou de Danièle
    Amrane-Minne à des bâtiments publics est un choix politique. Et c’est un choix
    salutaire. Car il rappelle que l’histoire de la France ne se résume pas à l’histoire
    des dominants, mais aussi à celle de celles et ceux qui ont eu le courage de
    les défier.

    La
    municipalité en plus du magazine municipal rappelait récemment que le choix
    avait été validé en conseil municipal, l’adjointe au maire Sophia Brikh l’expliquant
    ainsi : « Refusant de voir le système colonial réduire les
    Algériens à la misère et à l’exploitation, Annie Steiner plaçait les valeurs de
    liberté au-dessus de tout, ce qui l’amènera à adhérer au Front de libération
    national
     ».

    Au cours
    d’un voyage en Algérie en 2022, « nous avons alors découvert ces hommes
    et ces femmes, Français ou Algériens de naissance, qui ont combattu ensemble et
    d’une seule voix le racisme et le colonialisme pour leurs valeurs humanistes.
    Annie Steiner était de ceux-là
    . »

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/