Catégorie : Géopolitique

Analyses et décryptages consacrés aux rapports de force internationaux, aux relations entre États et aux grandes évolutions géopolitiques.

  • Après l’attaque dans les Yvelines, la droite médiatique pleure de ne plus pouvoir distribuer les bons points du malheur :

    Après l’attaque dans les Yvelines, la droite médiatique pleure de ne plus pouvoir distribuer les bons points du malheur :

    Ah, la belle âme ! Quelle exquise pudeur ! L’éditorialiste qu’on lit ici a manifestement confondu sa plume avec un suppositoire rouillé : ça pique, ça gratte, et l’on se demande surtout par quel miracle mental un tel flot de bile a pu s’extraire d’un ciboulot en plein naufrage civilisationnel.

    Le pitch de ce grand penseur replié sur son canapé des beaux quartiers ? Un type armé jusqu’aux dents dézingue du passant à Trappes parce qu’il les imagine « racisés », le pays est en état de choc, le président bafouille un « tournant »… et notre champion s’offusque. Non pas du massacre, non ! Ce qui le met hors de lui, ce qui le transperce d’une sainte colère, c’est qu’on ose qualifier cet attentat de raciste.

    Le grand concours du « C’est-moi-qui-ai-la-plus-grosse-horreur »

    Le voilà donc qui déboule, chronomètre à la main, pour nous faire la morale avec la subtilité d’un tract lepéniste glissé sous la porte d’un foyer. Sa grande trouvaille dialectique ? Ressortir le catalogue des tragédies passées – Merah, Samuel Paty, le Bataclan – non pas pour pleurer les morts, mais pour s’en servir de massue cloutée et dire : « Vous voyez bien qu’on en a vu d’autres, alors arrêtez de pleurer sur des Arabes ! »

    C’est l’art consommé de la diversion par ces charognards de l’éditocratie. Pour cette caste de plumitifs, un mort n’est jamais un être humain arraché à la vie : c’est un matériel brut, une matière première prête à être recyclée en chronique indignée et en parts d’audience. Leur méthode repose sur un sophisme permanent : si vous vous indignez d’un crime raciste, ils brandissent les drames antérieurs pour vous interdire de nommer le mal. Le mort n’est plus qu’un pion dans un match de ping-pong morbide où la douleur des familles sert de club de golf pour assommer l’adversaire.

    Le syndrome du pompier pyromane outré

    Pendant des mois, on théorise le « grand remplacement », on présente l’immigré comme une menace existentielle, on s’insurge contre la « décadence ». Et puis, un beau matin, un forcené gavé de cette soupe idéologique prend un fusil et applique le programme.

    La réaction de notre fine lame ? Le grand numéro de la veuve inconsolée. Il tombe de sa chaise et feint l’ébahissement le plus total : « Comment ? Des accusations de racisme ? Quelle indécence ! »

    On inverse les rôles avec un aplomb délicieux : le vrai coupable ne serait pas celui qui arme les esprits, mais celui qui ose pointer la trajectoire de la balle.

    Accuser les autres de ce qu’on pratique avec art depuis trente ans, c’est l’ultime élégance de ces marchands de peur. Ils ont transformé le journalisme d’opinion en officine de recyclage du ressentiment. Et le bouquet final, le sommet du baroque réactionnaire, c’est de s’en prendre au « mea culpa » de la société et à la « culpabilité coloniale ». Traduction exacte de leur prose : « On ne peut même plus rêver d’une épuration sans que de vilains démocrates viennent nous gâcher la fête en parlant de racisme. C’est scandaleux ! »

    La lâcheté n’est pas là où il regarde

    L’éditorialiste termine sa logorrhée sur ce grand mot : « La lâcheté en paroles et en actes. »

    Ah, pour une fois, on est d’accord avec lui. La lâcheté, elle est effectivement là : elle consiste à refuser de regarder en face ce que produit l’idéologie de la haine. Elle consiste à vouloir faire diversion en criant au complot des « bien-pensants » dès qu’un suprémaciste blanc prend les armes.

    À ce niveau de contorsion, ce n’est plus du journalisme, c’est du cirque politique. À force de manipuler les drames pour nourrir leur fonds de commerce xénophobe, ces saltimbanques de la haine ont fini par transformer leurs colonnes en vaste champ de foire où la décence a rendu l’âme depuis belle lurette. À côté de ça, même les clowns de bas étage ont l’air de sérieux philosophes.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Pour le doudou Zemmour : l’Algérie aurait « colonisé » la France

    Pour le doudou Zemmour : l’Algérie aurait « colonisé » la France

    La France flambe. Les hôpitaux craquent sous le sparadrap, l’école publique prend l’eau, les fins de mois s’arrêtent désormais le 12 du mois et la colère populaire gronde dans la rue. Bref, le modèle néolibéral fait saigné à blanc le pays, mais rassurez-vous : le service après-vente a tout prévu. Pour éviter que le bon peuple ne regarde du côté de son portefeuille volé ou des coffres-forts des oligarques, le complexe médiatico-politique tire sur la ficelle du gros rouge. Quand le navire sombre, la consigne est simple : sortez le pantin identitaire de service, faites entrer Éric Zemmour !

    C’est la grande magie de la diversion de masse, calibrée sur mesure dans les salons dorés. Sur les plateaux en continu sponsorisés par l’empire Bolloré et la firme Bouygues — ces généreux mécènes qui possèdent l’information comme on possède un chenil —, notre polémiste de poche déroule son sketch quotidien. Et attention, la cuvée du jour vaut son pesant de cacahuètes : tenez-vous bien, l’Algérie aurait « colonisé » la France.

    On croit rêver. Il fallait l’oser, cette pyramide d’absurdité. L’inversion historique est tellement grossière, le délire sémantique tellement carambolé qu’on en rirait volontiers au cabaret si l’énormité n’était pas assénée avec le ton doctrinal d’un prophète de supérette. L’objectif ? Saturer le temps de cerveau disponible, faire exploser l’audimat et s’assurer que personne ne parle de la casse des services publics.

    Le prétexte à cette panique morale sur mesure ? Des drapeaux algériens aperçus dans les cortèges de manifestations. Pour la droite de la droite et ses parrains milliardaires, pas de doute : voilà la preuve irréfutable de l’Invasion Suprême et du « Grand Remplacement » en survêtement.

    Sauf qu’il suffirait d’ouvrir un bouquin d’Histoire ou simplement d’avoir deux neurones connectés pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Le calendrier des luttes sociales a simplement croisé celui de la mémoire : la commémoration du 17 octobre 1961. Ce jour sombre où des dizaines de manifestants algériens pacifiques furent massacrés et jetés dans la Seine par la police parisienne sous les ordres de Papon.

    Brandir ce drapeau dans la rue aujourd’hui n’a rien d’une prise de contrôle ou d’un outrage à la patrie. C’est un hommage aux morts et le symbole parfait de la convergence des luttes : la mémoire d’une tragédie étouffée d’un côté, la solidarité des opprimés face à la violence d’État de l’autre.

    Mais de cela, Zemmour et ses marionnettistes n’en ont évidemment que faire. L’Histoire les emmerde, le peuple les effraie. Tout ce qui compte, c’est que le spectacle continue, la haine en prime-time et les profits bien au chaud.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Mimi 6 en médecin imaginaire du Makhzen ausculte le voisin :

    Mimi 6 en médecin imaginaire du Makhzen ausculte le voisin :

    On connaissait le miracle des pains, voici venu le miracle des devises selon la presse de Sa Majesté. Il fallait au moins toute la finesse d’une rédaction visiblement convertie à la pythie financière pour venir nous expliquer, sans rire et sans trembler du menton, que 332 milliards de dollars algériens valent en réalité moins que la moitié, mais que les dettes bien réelles du voisin, elles, sentent la rose et la compétitivité.

    À lire ces doctes analystes qui n’ont de leçons d’économie à donner qu’à ceux qui ne leur ont rien demandé, l’Algérie serait au bord du gouffre, suspendue à une virgule statistique et au taux du marché noir du square Port-Saïd. C’est la grande trouvaille du jour : recalculer le Produit Intérieur Brut d’un État souverain avec la calculette d’un cambiste de trottoir ! Un chef-d’œuvre de haute voltige monétaire. Si l’on appliquait la même rigueur d’apothicaire aux finances du Royaume, il faudrait sans doute convertir le PIB marocain au cours du gramme de hachich ou à la valeur réelle des traites du FMI pour mesurer le niveau de souveraineté restant. Mais là, curieusement, l’encre manque.

    La paille algérienne et la poutre du FMI

    Poussons donc l’exercice avec la même mauvaise foi chirurgicale. Le papier s’étouffe devant un déficit de 9,6 % et nous demande solennellement : « Qu’a construit l’Algérie de durable ? »

    Réponse courte : une économie qui, avec ses défauts et ses lourdeurs, avance sans aller tendre la sébile à Washington tous les trois matins. Pendant que la presse du Makhzen fait des simulations virtuelles sur Excel pour ramener le PIB algérien sous la barre marocaine (une vraie fixation psychanalytique !), le Royaume, lui, collectionne les lignes de crédit comme d’autres les timbres-poste. C’est tout le charme de la pédagogie libérale à la sauce rabatie : être surendetté jusqu’au cou auprès des bailleurs internationaux, c’est de la « bonne gouvernance » ; afficher 332 milliards de dollars de PIB sans dette extérieure structurelle, c’est une « illusion statistique ».

    L’art de la leçon donnée par un bancal

    Qu’un journal aligné sur les volontés du Palais vienne disserter sur le « vrai niveau de vie des habitants », le prix du pain, le logement ou la santé avec des trémolos dans la voix, voilà qui ne manque pas de sel. Il faut une sacrée dose de toupet — ou un aveuglement médicalement fascinant — pour donner des cours de bien-être social depuis un pays englué dans les disparités, où la facture sociale est payée cash par les classes populaires pendant que le haut du panier parade à crédit.

    Mais au fond, la mécanique est connue : quand la maison brûle ou que la dette étouffe, quoi de plus pratique que d’agiter le chiffon rouge algérien ? On pointe du doigt le voisin, ses dinars, ses comptabilités révisées et son gaz pour faire oublier que, sur le terrain du concret, la dépendance aux diktats financiers extérieurs a déjà réglé le sort des souverainetés bradées.

    Que l’auteur se rassure : les chiffres ne racontent pas tout, c’est vrai. Mais ils racontent au moins une chose que toutes les contorsions journalistiques ne pourront pas effacer : à défaut de suivre les conseils avisés de la presse marocaine, l’Algérie garde la haute main sur ses choix. Et entre une économie qui gère ses rentes chez elle et une autre qui asphyxie sous les intérêts de ses créanciers, le comique de répétition n’est pas forcément là où le Makhzen pense l’avoir trouvé.

    A/Kadda Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet.
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • La presse du Makhzen se découvre une passion pour les droits de l’homme (des autres) !

    La presse du Makhzen se découvre une passion pour les droits de l’homme (des autres) !

     Il faut reconnaître à la presse du Makhzen une élasticité morale qui relève du grand art acrobatique. Je découvre dans la presse du Palais, dans une prose d’un sujet du Makhzen : des sanglots dans la voix, la larme à l’œil, le torse bombé de vertu républicaine, notre éditorialiste marocain s’étrangle d’indignation devant le sort de Christophe Gleizes, journaliste français détenu en Algérie. On en viendrait presque à sortir les mouchoirs, tant la démonstration sur la « prise d’otage diplomatique » et les « régimes voyous » respire la candeur humaniste.

    Puis, une brusque quinte de toux nous prend : dites-nous, M. Ould Boah, n’y aurait-il pas un léger strabisme dans votre indignation, au lieu de lancer un regard lointain vers le voisin, tout prés du Palais du Makhzen un homme de 81 ans moisit dans les cachots de sa Majesté ?

    Pendant que la plume makhzenienne verse des torrents de bile sur les travers bien réels ou arrangés du voisin algérien, un curieux trou noir mémoriel semble avoir aspiré la carte géographique locale. À Rabat, dans un cachot sans projecteurs de la FIFA ni violons de la Ligue des Champions, moisit un jeune homme de 81 ans. Son nom ? Mohamed Ziane. Ancien avocat, ancien bâtonnier, ancien ministre délégué aux Droits de l’homme. Son crime ? Avoir commis le sacrilège ultime en monarchie sous perfusion d’autosatisfaction : dénoncer la corruption et refuser de baisser la tête devant le palais.

    Mais de cela, motus et bouche cousue. Chez les « serviteurs » de la vérité à Rabat, M. Ziane est devenu un fantôme, un figurant gênant effacé du décor au Tipp-Ex nationaliste.

    L’art de balayer chez le voisin avec un balai troué :

    C’est le miracle de la géopolitique à la petite semaine : le Makhzen est prêt à signer toutes les pétitions pour Reporters Sans Frontières, pourvu qu’elles s’adressent à Alger ! Voir ces officines s’ériger en procureurs de la liberté de la presse, c’est un peu comme voir un pyromane multirécidiviste donner des cours de prévention incendie.

    Côté Algérie : On crie au « chantage d’État », au harcèlement de la presse sportive et aux procédés de « barbouzes ».

    Côté Maroc : On distribue des peines de prison fermes aux journalistes trop curieux (demandez à Taoufik Bouachrine, Omar Radi ou Soulaimane Raissouni), on applique la méthode du compromat à la chaîne, et on enferme un octogénaire droit dans ses bottes pour « offense aux institutions« .

    Mais attention, nuance subtile : quand c’est fait à Rabat, c’est de la « défense de la souveraineté nationale » ; quand c’est fait à Alger, c’est du « barbarisme d’État ». Vous avez dit hypocrisie ? Non, juste une gymnastique cervicale de haut niveau. Les « idiots utiles » et l’amnésie sélective.

    La manœuvre est aussi vieille que le monde : braquer les projecteurs sur la paille dans l’œil du voisin pour faire oublier le tronc d’arbre qui bouche la vue dans sa propre cour. La presse aux ordres ne cherche ni à défendre la déontologie journalistique, ni à sauver qui que ce soit du fond d’une cellule : elle cherche un os à rongeur pour alimenter sa haine organique d’Alger, usant d’un misérable cabotage politicien pour masquer ses propres tares.

    À jouer les idiots utiles d’un pouvoir qui embastille ses propres défenseurs des droits humains, cette presse-là ne convainc plus que les esprits déjà convertis à la mauvaise foi. On repassera pour la leçon de morale.

    Avant de distribuer les bons et mauvais points aux instances du football mondial, de réclamer des brassards à l’UEFA et de faire la leçon sur la liberté d’informer, la rédaction du Makhzen ferait bien de vérifier si sa propre conscience n’est pas, elle aussi, emprisonnée pour un long bail.

     

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Le Makhzen et le Miracle des 61 « Bons Samaritains »

    Le Makhzen et le Miracle des 61 « Bons Samaritains »

    Parce qu’il faut bien rigoler un peu, pour jeter un œil sur la dernière livraison des scribes du Makhzen. Selon la presse du voisin de l’Ouest, 61 personnes menées par un ex-militaire auraient fait un petit « trekking bucolique » de 1 200 km entre la Tunisie, les maquis d’El Tarf et Oran… juste pour « prendre un bateau » !  Oubliez les aveux, la logistique clandestine et les devises : pour la propagande d’en face, il s’agissait simplement d’une sortie club atlassien qui a mal tourné.

    À les lire, la presse marocaine s’étrangle, suffoque et hurle à l’imposture. On croirait entendre une cantate de castrats effarouchés. Leur drame du jour ? La prise au piège de 61 « innocents » compatriotes, cueillis par la Sûreté algérienne, avec parmi eux un ex-militaire des Forces armées royales.

    Mais attention ! Selon la gazette officielle du voisin de l’Ouest et ses informateurs anonymes tapis dans les couloirs obscurs de Jeune Afrique, ce ne sont absolument pas des saboteurs. Non, voyons ! Ce sont de doux agneaux, des candidats à l’émigration clandestine. De simples touristes du dimanche qui, pris d’une soudaine passion pour la randonnée pédestre extrême, ont décidé de s’offrir un petit trekking bucolique : vol pour la Tunisie, traversée commando des maquis touffus d’El Tarf, puis un marathon de mille kilomètres jusqu’à Oran. Tout ça, juste pour « choper un bateau vers l’Europe ». Voyons, qui n’a jamais fait un détour de 1 200 kilomètres à pied à travers des frontières militarisées pour aller prendre un café à la marine d’Oran ? C’est tellement plus logique !

    Le concours de mauvaise foi du Makhzen

    L’auteur de ce chef-d’œuvre de victimisation se déchaîne en huit leçons de logique inversée. Il nous joue le grand air de la défense des droits de l’homme et du droit pénal international avec le sang-froid d’un marchand de tapis pris la main dans le sac.

    « Où sont les armes et les bombes ? » s’indigne notre pamphlétaire du dimanche. Ah, la belle naïveté ! Parce que c’est bien connu, lorsqu’une cellule de renseignement et de sabotage opère en territoire étranger, elle voyage en bus touristique avec des kalachnikovs qui dépassent du sac à dos, des bâtons de dynamite en guise de saucissons et un panneau « Attention, mission secrète en cours ».

    « Ils avaient leurs passeports et des euros ! » bénit-il avec un aplomb fascinant. Ben voyons ! Quand on cherche à s’infiltrer et à financer de la logistique clandestine en sous-main, quoi de mieux que des devises fraîches et des papiers officiels pour blanchir sa présence avant le grand saut ?

    « Un ancien militaire, et alors ? » C’est vrai, quoi ! Qu’y a-t-il de plus banal qu’un ancien gradé des FAR qui mène une troupe de 60 gaillards à travers les maquis de la frontière algéro-tunisienne ? Probablement un simple moniteur de colonie de vacances en reconversion professionnelle !

    Quand les aveux dérangent le récit officiel

    Mais là où le vernis craque complètement, c’est dans le silence assourdissant des plumes du Makhzen face aux aveux mêmes des inculpés. Car pas de chance pour les scénaristes de Rabat : la justice ne s’appuie pas sur des « sources officieuses » anonymes qui murmurent à l’oreille de médias parisiens, mais sur des dépositions, des recoupements et des dossiers judiciaires bien réels scellés devant le pôle pénal spécialisé.

    L’imposture est là, flagrante, grotesque, presque attendrissante dans son amateurisme. Pour faire oublier la débâcle d’un réseau démantelé la main dans le collimateur, la presse de papa préfère hurler à la paranoïa algérienne. C’est l’arroseur arrosé qui accuse le tuyau d’être une arme de destruction massive.

    La négation comme seule ligne de conduite

    Au fond, ce texte d’une piètre qualité journalistique n’est que le reflet d’une panique morale. Faute d’arguments solides, on nous vend du sarcasme bon marché sur « l’Oscar du meilleur scénario ». Mais si la catégorie « Meilleure inversion des rôles » existait à Los Angeles, le Makhzen repartirait avec la statuette d’or, le tapis rouge et les félicitations du jury.

    Continuer à faire passer des infiltrés chevronnés et guidés par des professionnels de la guerre pour de pauvres « migrants égarés » n’est plus de la diplomatie ni du journalisme : c’est de la psychiatrie. Un exercice d’auto-persuasion où l’on tente de convaincre le monde que le feu ne brûle pas, que l’eau ne mouille pas et qu’un réseau de 61 personnes dirigé par un cadre militaire n’était là que pour cueillir des champignons dans la forêt d’El Kala.

    À mourir de rire, vraiment. Mais d’un rire jaune pour ceux qui croient encore que la naïveté feinte peut remplacer la vérité des faits.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • L’entité d’Israël : L’imposture du « Brevet de Démocratie » par le Sang de Gaza :

    L’entité d’Israël : L’imposture du « Brevet de Démocratie » par le Sang de Gaza :

    Ah, le lyrisme sucré des « belles consciences » de la droite réactionnaire ! Prenez un carnage télévisé, saupoudrez une pincée de Talmud, mélangez avec trois métaphores sur les prophètes bibliques, et paf : vous obtenez le plus magnifique tour de passe-passe intellectuel du siècle.

    L’exercice auquel se livre cet article (et la rhétorique Causeur/extrême droite qu’il caresse dans le sens du poil) est un chef-d’œuvre d’hypocrisie bourgeoise : transformer les ruines de Gaza en un simple décor de théâtre destiné à prouver la « grandeur d’âme » de la démocratie israélienne.

    Le sophisme de la « Vitrine Démocratique »

    Le raisonnement du texte est aussi tordu qu’ignoble :

    1. Israël bombarde, massacre et rase des quartiers entiers.
    2. Deux cinéastes israéliens courageux font un film pour dénoncer cette boucherie (Naza).
    3. Conclusion du pamphlétaire : « Voyez comme Israël est une civilisation supérieure ! Il produit ses propres accusateurs ! »

    C’est la théorie de la « consolation par le nombrilisme ». Peu importent les dizaines de milliers de morts palestiniens, l’essentiel est que des intellectuels de Tel-Aviv puissent en discuter autour d’un espresso en terrasse ! On applaudit la liberté d’expression du bourreau pour mieux faire oublier la liberté de vivre de la victime.

    « Regardez comme notre miroir est propre, pendant qu’on piétine le voisin ! »

    Appeler cela la « tradition du pilpoul » ou se réclamer des « prophètes bibliques », c’est prostituer la théologie pour blanchir des crimes de guerre sous couverture technologique. Quand le prophète Amos dénonçait les rois d’Israël, ce n’était pas pour servir de caution morale dans les salons vénitiens !

    La réalité du terrain vs le conte de fées libéral

    Le texte verse dans une vision poétique d’un Israël « querelleur et pluraliste » pour masquer une réalité politique bien plus sombre et brutale :

    Un pluralisme en peau de chagrin : Les dissidents comme Yuval Abraham et Rachel Szor ne sont pas les symboles d’une société tolérante, ils en sont les survivants menacés. En Israël même, la haine médiatique et la répression étatique contre les voix de la paix n’ont jamais été aussi féroces. Les traiter de « prophètes » permet de romancer leur calvaire pour éviter d’affronter le fascisme rampant du gouvernement en place.

    Le piège du narcissisme moral : Utiliser la dissidence interne comme un chèque en blanc moral est un braquage intellectuel. La liberté de parole des uns ne compense en rien l’absence totale de droits, de justice et de sécurité des autres (les Palestiniens sous les bombes ou sous l’occupation).

    Le tribunal des faux dévots

    La presse de l’extrême droite s’insurge contre les « 25 minutes d’ovation » à Venise, y voyant la jubilation d’une Europe antisémite trop heureuse de blâmer Israël. Quelle comédie ! Ce qui dérange Causeur et ses épigones, ce n’est pas le fait qu’on applaudisse un film, c’est que la vérité brute sorte de la bouche de ceux qui ont tenu le fusil.

    Quand d’anciens militaires racontent la « froide mécanique du ciblage », la droite identitaire crie au montage tendancieux et se réfugie derrière le traumatisme du 7-Octobre. Mais le traumatisme ne donne aucun permis d’éradiquer un peuple, et l’existence de trois journaux d’opposition à Tel-Aviv ne transforme pas un massacre en débat philosophique.

    En conclusion : Un rire jaune face à l’imposture

    Ce texte est une tentative désespérée de racheter une image écornée en étalant de la fausse érudition. C’est l’art d’utiliser la liberté d’expression des dissidents comme un bouclier humain idéologique pour le gouvernement Netanyahou.

    Non, messieurs les esthètes du pamphlet réac : la démocratie ne se mesure pas au nombre de films dissidents qu’on laisse projeter à l’étranger pendant qu’on écrase des enfants sous les décombres. Célébrer la « liberté israélienne » devant le spectacle d’un désastre humain, ce n’est pas de la hauteur d’esprit. C’est un obscène numéro de ventriloque.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Les hyènes de la plume se découvrent une passion pour la justice

    Les hyènes de la plume se découvrent une passion pour la justice

    Ah, qu’il est savoureux le spectacle de la vertu outragée ! Lisez cette prose dégoulinante de fausse gravité, pondue sur mesure par ces fins connaisseurs de l’extrême droite. Prenez un verre, installez-vous confortablement : nous assistons ici à un chef-d’œuvre d’hypocrisie en trois actes, où la pirouette intellectuelle dispute la vedette au ridicule le plus achevé.

    Le pitch ? Ayoub Aissiou est devenu un sujet de tension entre Alger et Madrid, décrit soudainement un homme d’affaires pur produit du système Bouteflika devenu « opposant » du dimanche se fait cueillir à Barcelone. Et voilà que des gazettes réactionnaires soudainement prises d’un élan d’amour fou pour la jurisprudence internationale se mettent à faire la leçon, à peser les « manquements » avec une balance d’épicier tout en feignant l’impartialité.

    Le double standard à haute dose

    Observons la malice de la démonstration : d’un côté, on nous explique avec un sérieux de pape qu’il ne faut pas confondre « politique » et « droit commun ». De l’autre, la même presse qui accuse d’ordinaire le monde entier d’ingérence s’improvise procureur pour blanchir les intentions d’un système ou diaboliser les uns pour mieux dédouanera d’autres. C’est l’hôpital qui se moque de la charité, mais sur grand écran et avec effets spéciaux !

    On s’étrangle de rire devant ces pirouettes : les voilà devenus experts en « montages financiers », spécialistes du « trafic international », découvrant soudain que l’argent sale, c’est mal à condition bien sûr que cela serve le narratif du jour. Quand la ficelle est aussi grosse qu’un câble de remorqueur, ce n’est plus de l’analyse, c’est de la prestidigitation pour idiots utiles.

    L’art de la bavette idéologique

    Le procédé est aussi vieux que le monde, mais toujours aussi vilain :

    Un bouillon de culture opportuniste : On mélange les soupçons de corruption sous Bouteflika, un soupçon de chèque d’aciérie au FLN, et, cerise sur le gâteau de drogue, des histoires de narcotrafic portugais dénichées dans un torchon espagnol.

    La vertu en peau de lapin : Ce sont les mêmes qui ferment les yeux sur les génocides réels, niaient ou édulcorent l’Histoire, mais qui s’étouffent aujourd’hui de pudeur devant un bilan comptable ambigu ou une chaire d’opposant tardif.

    Le parti pris puise dans un registre usé jusqu’à la corde : faire passer la haine d’un pays et le mépris d’un peuple pour un souci d’éthique diplomatique. C’est le triomphe des esprits tordus, pervers et viscéralement aigris, incapables de voir le monde autrement qu’à travers le filtre de leur ressentiment.

    Bilan des courses : Derrière le vernis neutre de l’article de presse (« Casse-tête », « Reste à savoir… »), la manœuvre est grossière. On cherche à salir, à semer le doute, à utiliser les failles des uns pour légitimer les obsessions des autres. Que la justice espagnole tranchera sur les faits réels d’un individu, c’est son rôle. Mais que la meute de la réaction vienne nous donner des leçons de morale, voilà la véritable imposture.

    Gardons le rire jaune pour nous : face à cette mascarade où l’ignorance rivale avec la mauvaise foi, la meilleure réponse reste le sarcasme le plus corrosif. Parce qu’au fond, quand le masque de la rigueur tombe, il ne reste qu’une bande de falsificateurs pris au piège de leurs propres contradictions.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • France : Revendication des Lycées: corps d’une hallucination bourgeoise :

    France : Revendication des Lycées: corps d’une hallucination bourgeoise :

    La presse de l’extrême droite sioniste de France semble perdre les pédales et propose une  grille de lecture très critique des mouvements lycéens et étudiants récents, du slogan « Bismillah, c’est les ténèbres », ainsi que du rôle joué par Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise.  

    On croyait le stock d’aigreur nationale à sec, mais non : la réserve fédérale des éditorialistes en charentaises tourne encore à plein régime. Un pamphlétaire d’arrière-garde vient de nous pondre son chef-d’œuvre de paranoïa bourgeoise, où quelques lycéens en doudoune et un slogan piqué à un flic infiltré suffisent à faire trembler les fondations de la République.

    Le pitch ? Du grand art. Les jeunes qui manifestent ne seraient pas révoltés par les massacres à Gaza ou par l’avenir bouché qu’on leur fabrique sur mesure : non, ils seraient simplement les figurants décérébrés d’un complot d’outre-tombe tricoté par Jean-Luc Mélenchon. Quel génie !

    La panique morale du « grand remplacement » linguistique

    Regardez-les trembler devant trois mots d’argot. Un pauvre condé sous couverture tente de jouer les djeun’s sur Snapchat, se prend les pieds dans le tapis sociologique, et voilà nos beaux esprits convaincus que le « rêve islamiste » a pris d’assaut les cours de récréation. Pour ces prophètes du déclin, la moindre syllabe empruntée à l’arabe dans une cour de lycée n’est pas de l’argot urbain : c’est l’avant-garde des armées du califat. À ce niveau de phobie linguistique, entendre quelqu’un dire « wallah » au rayon surgelés doit ressembler à une sommation d’abdiquer.

    La mécanique du déni : l’indignation sous passe-droit

    Le plus comique — ou le plus sinistre — reste la méthode. Pour ne surtout pas avoir à répondre à des jeunes qui dénoncent un carnage humain et l’hypocrisie internationale, l’auteur sort la boîte à clichés. C’est tellement plus reposant :

    Psychologiser la colère : Si un lycéen porte un drapeau palestinien, ce n’est pas une conscience politique, c’est de la naïveté manipulée par un vieillard en manque de barricades.

    Inverser la morale : Les vrais monstres ne sont pas ceux qui ferment les yeux sur les massacres, mais les gamin(e)s qui s’en indignent.

    Plaquer l’étiquette rouge : Agiter le spectre de l’« islamo-gauchisme » comme un hochet pour éviter de prononcer les mots qui fâchent : droit international, justice, dignité.

    C’est la grande supériorité du pamphlétaire de salon : il décrète d’avance qui a le droit de pleurer et qui a le devoir de fermer sa gueule. Les victimes de la guerre ont le « mauvais goût » de déranger la tranquillité de leurs éditos ? Qu’à cela ne tienne, on accuse la jeunesse d’être pervertie !

    Les « idiots utiles » ne sont pas ceux qu’on croit

    Ce media ricane de la « copie comique » de Mai 68, convaincu de détenir la patente de la vraie liberté de penser. Mais qui est le plus ridicule ? La jeunesse qui s’insurge contre la barbarie avec la fougue et les erreurs de son âge, ou le rentier du commentaire qui distribue les brevets d’honorabilité depuis son fauteuil, trop effrayé par l’histoire qui s’écrit dehors ?

    Pendant que ces nostalgiques du XIXe siècle auscultent le vocabulaire des banlieues avec une loupe de criminaliste, ils ratent l’essentiel : la jeunesse n’a pas besoin de la flûte de Mélenchon pour voir que le monde tourne à l’envers. Et s’il y a des esprits profondément malades dans cette histoire, ce sont bien ceux qui préfèrent criminaliser la compassion plutôt que d’affronter la réalité d’un génocide qu’ils s’obstinent à ne pas voir.

    Bref, leur « grande restauration » sent la naphtaline et la trouille. Qu’ils se rasurent : l’Histoire continue de s’écrire sans leur permission. Et certainement pas en charentaises.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

  • Le Nobel, les fâchos et la théorie du complot qui tâche

    Le Nobel, les fâchos et la théorie du complot qui tâche

    Parce qu’il fallait bien que la droite de la droite nous ponde sa petite crise d’urticaire du matin : Navi Pillay a osé recevoir le Nobel de la Paix 2026. Forcément, pour nos redresseurs de torts professionnels, c’est le drame absolu, le grand complot mondial des islamo-bisons et des fonctionnaires de l’ONU. L’attribution du prix Nobel de la paix 2026 à l’ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a suscité une vague de contestations virulentes au sein de la droite radicale et de certains cercles néo-conservateurs. En qualifiant cette distinction d’« imposture » ou de « dérive idéologique », ces attaques ne visent pas seulement une figure éminente de la justice internationale : elles traduisent une tentative délibérée de délégitimer les institutions multilatérales et d’annuler les principes fondamentaux du droit international public.

    Ah, quel délice de lire la prose enfiévrée de nos éditorialistes de garde. On croyait avoir tout vu en matière de gymnastique mentale, mais là, on touche au chef-d’œuvre. Résumons la thèse de cet éminent « contributeur » : si Navi Pillay — juriste sud-africaine, ancienne juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, ex-présidente de la Cour pénale internationale et Haute-Commissaire aux droits de l’homme — a eu le Nobel, ce n’est pas pour son œuvre. Non, voyons ! C’est parce qu’elle est le maillon faible d’une gigantesque machination pilotée en sous-main par le Pakistan, l’Érythrée et, soyons fous, une poignée de Norvégiens culpabilisés par leur pétrole.

    Il faut admirer l’art de la méthode : quand les faits dérangent, tirez sur l’arbitre, piétinez le terrain et accusez le jardinier d’être à la solde de Téhéran.

    L’art culotté de l’inversion des rôles

    Dans ce pamphlet en papier mâché, Navi Pillay ne serait qu’une « apparatchik » aigrie. On croit rêver. On parle d’une femme qui a passé sa vie à disséquer des crimes contre l’humanité, mais pour notre pamphlétaire en peau de lapin, elle ne serait qu’une marionnette manipulant « les émotions » pour le compte du Hamas. Mieux : pointer du doigt le bombardement de civils et des intentions génocidaires à Gaza relèverait du pur délire psychiatrique ou de l’aveuglement idéologique.

    Le mécanisme est rôdé jusqu’à la corde :

    • Vous citez les rapports de l’ONU ? Vous êtes un idiot utile des dictatures.
    • Vous parlez de droit international ? Une ruse pakistanaise.
    • Vous mentionnez le mot « apartheid » ? Une preuve d’antisémitisme viscéral, même si la moitié des ONG internationales et des juristes israéliens eux-mêmes emploient le terme pour décrire la colonisation en Cisjordanie.

    Et que dire du petit détour par la Norvège ? On nous explique doctement que si le Comité Nobel (composé en majorité de conservateurs et de chrétiens anti-avortement, s’il vous plaît) a voté pour Pillay, c’est par « naïveté géopolitique » et mauvaise conscience pétrolière. Le Norvégien moyen serait donc un pauvre neuneu tombé sous le charme de la propagande islamiste entre deux crevettes nordiques. C’est tellement gros que ça en devient comique.

    L’obsession du déni et la mort de l’empathie

    Derrière l’attaque ad hominem et les contorsions sémantiques se cache une réalité bien plus crasse : l’impossibilité morale d’admettre que les violations du droit international restent des violations du droit international, peu importe qui tient le manche ou le canon.

    Pour cette extrême droite qui s’improvise subitement défenderesse du Droit (mais uniquement quand ça arrange son agenda islamophobe et sécuritaire), le problème n’est jamais la destruction massive, la famine organisée ou les dizaines de milliers de morts civils. Non, le drame absolu, l’imposture insupportable, c’est qu’un rapport officiel de l’ONU l’écrive noir sur blanc.

    Navi Pillay a commis le crime ultime : elle a fait son travail. Elle a appliqué les mêmes grilles de lecture et les mêmes exigences juridiques à une démocratie occidentale qu’à n’importe quelle dictature. Et ça, pour les supporters de la guerre propre et du déni sur commande, c’est le pire des sacrilèges.

    Qu’ils continuent de couiner dans leurs gazettes. Le prix Nobel passera, les rapports resteront, et la vérité historique finira bien par rattraper les aveugles de bonne et surtout de mauvaise  foi.

    Un parcours guidé par l’exigence du droit

    Pour appréhender la légitimité du choix du Comité Nobel norvégien, il convient de rappeler la trajectoire de Navi Pillay. Ancienne juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) puis à la Cour pénale internationale (CPI), la juriste sud-africaine a consacré sa carrière à l’instruction des crimes contre l’humanité, des génocides et des violations des droits fondamentaux.

    Les critiques qui lui reprochent d’avoir présidé la Commission d’enquête indépendante de l’ONU créée en 2021 feignent d’ignorer la nature de sa mission. On accuse cette commission d’être une « machine de guerre politique » au motif qu’elle a été initiée au Conseil des droits de l’homme par des États tiers. Cet argument relève d’une confusion méthodique entre le processus diplomatique d’institution d’un mandat et l’indépendance juridique des experts chargés de le remplir. Discréditer les conclusions d’un rapport au seul motif de l’origine de sa saisine constitue un sophisme récurrent visant à éluder le fond des constatations factuelles.

    L’asymétrie critique et le procès d’intention

    L’argumentaire développé par les détracteurs de Navi Pillay repose sur une grille de lecture profondément asymétrique. Il lui est fait grief d’avoir qualifié les politiques d’occupation et de colonisation d’« apartheid », ou d’avoir mis en évidence des éléments établissant une intention génocidaire dans les opérations militaires menées à Gaza.

    Pourtant, ces qualifications ne relèvent pas du slogan politique, mais d’analyses juridiques fondées sur le droit international humanitaire et le droit conventionnel. La caractérisation d’apartheid est aujourd’hui documentée et partagée par la quasi-totalité des organisations non gouvernementales internationales de défense des droits humains ainsi que par de nombreux juristes spécialisés.

    De même, reprocher à la Commission de pointer la responsabilité d’un État souverain tout en l’accusant de complaisance envers des acteurs non étatiques procède d’une déformation des faits. Si les crimes commis par des groupes armés doivent être condamnés sans réserve au regard du droit international, cette condamnation ne saurait en aucun cas exonérer un État de ses propres obligations conventionnelles, ni justifier le non-respect des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution.

    Le rejet du multilatéralisme et l’affaiblissement de la norme

    En tentant d’expliquer l’attribution de ce Nobel par une soi-disant « naïveté géopolitique » ou une « culpabilité morale » du Comité norvégien, la rhétorique pamphlétaire refuse d’admettre une réalité pourtant simple : le droit international s’applique de manière universelle, sans double standard ni exception géopolitique.

    Attaquer l’impartialité des mécanismes de l’ONU dès lors que leurs conclusions dérangent les alliances stratégiques participe d’un affaiblissement dangereux de l’architecture juridique internationale. Lorsque la norme du droit est perçue comme un obstacle idéologique plutôt que comme un rempart contre l’arbitraire, c’est l’ensemble du système de protection des droits humains qui se trouve fragilisé.

    En honorant Navi Pillay, le Comité Nobel n’a pas cédé à une quelconque manipulation émotionnelle ; il a rappelé que la paix durable ne peut s’affranchir de la justice, de la documentation rigoureuse des faits et du respect inconditionnel de la dignité humaine.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 

  • Le Palais du Makhzen théorise la haine sous couverture sociologique :

    Le Palais du Makhzen théorise la haine sous couverture sociologique :

    Il est des textes dont la lecture produit un vertige : non pas celui des hauts sommets de la pensée, mais celui du ridicule le plus étalé, de la mauvaise foi portée au rang d’art d’État. La dernière élucubration sortie tout droit des officines de presse du Palais royal, publiée sur Maroc Patriotique, cette prose doucereuse embourbée dans des prétentions sociologiques, des pirouettes théologiques et des larmes de crocodile  voudrait nous convaincre d’une chose : le « mythe des peuples frères » serait mort, étranglé de la main même du voisin algérien.

    Rien que ça. Avec la morgue des régimes qui ont oublié jusqu’au goût de la vérité, le scribe royal décrète l’acte de décès de la fraternité maghrébine, appuyé sur un édifice d’aberrations historiques et d’incohérences béantes qu’il convient de démonter pierre par pierre, sans concession ni fausse politesse.

    La sociologie du Palais : quand le silence de la geôle devient « adhésion »

    L’auteur s’improvise d’emblée maître de conférences en sociologie politique. Son constat ? L’espace public algérien ne produit pas de pétitions, pas de motions syndicales pour supplier le Royaume de pardonner, pas de manifestations pour réclamer l’ouverture des frontières. Conclusion makhzénienne : la société algérienne adhèrerait « viscéralement » à l’hostilité d’État.

    Quelle farce ! Quelle cécité volontaire ! Le plumitif du Palais feint d’ignorer la nature des sociétés autoritaires tout en vivant sous la férule d’une monarchie absolue où le moindre tweet sur la personne royale vaut des années de prison. Exiger du peuple algérien qu’il batte la coulpe diplomatique au nom du Makhzen, c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

    Et que dire du coup de filet mémoriel sur l’année 1975 ? L’auteur verse des larmes sur les expulsions d’alors en occultant soigneusement l’agression territoriale, la trahison de la Marche Verte et le coup de poignard porté dans le dos d’un pays qui émergeait à peine d’un siècle et demi de colonisation sanglante. On nous ressort l’argument de la « fraternité rompue » le jour de l’Aïd al-Adha, comme si la géopolitique royale ne piétinait pas, elle, les principes sacrés à longueur d’année en s’alliant militairement avec les pires fossoyeurs du monde arabe.

    Le grand cirque de la « main tendue » et de la morale coranique

    Mais le sommet du comique troupier est atteint lorsque l’auteur se transforme en exégète du Coran pour délivrer des fatwas de diplomatie. C’est le festival des sourates détournées pour légitimer le ressentiment. On nous convoque Al-Mumtahana, Al-Hujurat et Al-Baqara pour décréter que le voisin algérien est tombé dans le munkar (le blâmable).

    C’est là une posture d’une indécence rare. Venir donner des leçons de théologie coranique et d’éthique musulmane quand on a troqué la cause palestinienne contre des reconnaissances territoriales transactionnelles via les accords d’Abraham de 2020, c’est toucher le fond de l’imposture.

    Le paradoxe makhzénien : Tendre la main gauche en criant « Frère ! » dans les micros officiels tout en armant la main droite avec des alliances sécuritaires ciblées directement contre le voisin.

    Le Roi propose le dialogue depuis sept ans ? Quelle générosité ! Un dialogue où le préalable exigé est la capitulation diplomatique pure et simple de l’autre partie sur le dossier du Sahara occidental. Dans quel dictionnaire la reddition inconditionnelle s’appelle-t-elle « main tendue » ?

    L’hôpital qui se moque de la charité : du Rif à la Kabylie

    L’ouverture d’un bureau pour la « République du Rif » à Alger en mars 2024 semble avoir provoqué une crise d’apoplexie au Palais. L’auteur y voit la preuve ultime du « terrorisme d’État » algérien.

    L’amnésie est décidément une maladie professionnelle chez les scribes du Royaume. Qui a, dès juillet 2021, par la voix de son représentant permanent à l’ONU à New York, distribué une note officielle soutenant explicitement le « droit à l’autodétermination du peuple kabyle » ? Qui héberge, finance et promeut les récits de déstabilisation de son voisin dès qu’une caméra s’allume ? Quand Rabat instrumentalise la Kabylie, c’est de la « diplomatie audacieuse » ; quand Alger offre deux chaises à des indépendantistes rifains, c’est un « crime contre la fraternité ». Cet art du deux poids, deux mesures frise la pathologie.

    Le masque est tombé

    La vérité de ce texte incendiaire n’est pas dans ses citations d’Axel Honneth ou d’Émile Durkheim, empilées comme des décorations en plastique sur un uniforme d’opérette. La vérité est que le Makhzen a besoin d’un ennemi intime pour faire oublier :

    Les fractures sociales profondes qui rongent le Royaume sous le vernis des projets pharaoniques.

    L’alignement géopolitique cynique qui blesse la conscience des peuples de la région.

    L’isolement juridique persistant d’un dossier territorial que ni l’ONU, ni les cours de justice internationales ne parviennent à plier aux désirs du Palais.

    La fraternité entre les peuples algérien et marocain n’a pas besoin de la bénédiction des conseillers royaux, ni des sermons de la presse officielle. Elle a survécu aux guerres, aux frontières fermées et aux campagnes d’injures numériques. Elle survivra à ce énième pamphlet de cour. Les régimes passent, les monarques s’éteignent, les plumitifs s’oublient ; mais les peuples, eux, restent. Et ils n’ont pas besoin qu’on leur réécrive l’histoire pour savoir qui est leur frère.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »