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  • Gaza, la fausse vertu de l’extrême droite et la comédie des civilisés :

    Gaza, la fausse vertu de l’extrême droite et la comédie des civilisés :

    « Qu’un
    officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de
    drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses
    enfants
    . »

    C’est une bien triste époque pour les
    professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça
    saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination
    presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et
    l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas
    la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la
    redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire
    ou dans un tweet de la France Insoumise.

    Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un
    État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des
    villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide
    sanitaire, réussit encore l’exploit d’écrire des élégies sur sa propre
    souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà
    chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un
    étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la
    civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité,
    c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe
    irréprochable.

    Ils aiment convoquer la culture, l’histoire et les grands massacres de la
    terre de l’Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix
    tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d’exterminer.
    Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les
    vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui
    défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la
    mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé,
    vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien
    polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer
    deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

    La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette
    extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime
    en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre
    vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un
    occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme
    » est un martyr de la liberté.

    On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux
    sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté
    imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme,
    parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du
    ressentiment » chez ceux qui s’indignent, plutôt que d’évaluer le tonnage
    d’explosifs balancé par leurs protégés.

    Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme
    humaine fra
    gile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui
    préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités
    d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La
    barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu’elle se traite en conférence de
    presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens :
    le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu’aux dents.

     A/Kader
    Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

  • L’Imposture du Bouc Émissaire : Sebta et l’Indicatif +213.

    L’Imposture du Bouc Émissaire : Sebta et l’Indicatif +213.

    Il y a des
    prodiges politiques devant lesquels la raison pure doit s’incliner avec un
    soupçon de pitié. Prenez la presse officielle de nos voisins de l’Ouest :
    chaque fois qu’une fissure apparaît sur le mur de leur récit national, ce n’est
    jamais la faute de la gravité, encore moins de l’usure du plâtre. Non, c’est
    invariablement la faute du souffle du voisin algérien.

    La dernière
    trouvaille du roman policier sous presse ? Un indicatif téléphonique : le +213.

    Le bouc émissaire comme paravent social : En attribuant la détresse
    de milliers de jeunes Marocains prêts à sauter les grillages de Sebta à un «
    piratage numérique algérien » (+213), le texte évacue purement et simplement
    les causes structurelles (chômage, désespoir, précarité, manque de perspectives
    d’avenir).

    L’argument d’autorité importé : Le recours à un journaliste «
    italo-suisse » (Stefano Piazza) ou à un expert espagnol permet d’habiller une
    thèse d’État d’un vernis « d’expertise internationale neutre ».

    La théorie du complot hybride : Réduire des mouvements sociaux ou
    migratoires massifs à de simples « consignes WhatsApp émises par le voisin »
    relève de la caricature. Un indicatif téléphonique ne crée pas, à lui seul, le
    désespoir de 400 000 membres de groupes sociaux.

    L’inversion des rôles : Le gouvernement marocain passe du statut de
    gestionnaire débordé d’une crise sociale interne à celui de « victime héroïque
    et protectrice » de sa propre jeunesse contre l’ogre de l’Est.

    À en croire
    les gazettes locales, relayant avec un sérieux papal les illuminations
    d’analystes « italo-suisses » et « d’experts » sortis du chapeau pour
    l’occasion, des milliers de jeunes Marocains ne fuiraient pas la misère, le
    chômage structurel ou l’absence criante d’avenir. Non, voyons ! Ils seraient
    simplement hypnotisés, téléguidés à distance par des cartes SIM algériennes
    depuis leurs applications TikTok et WhatsApp.

    Quelle
    puissance maléfique que ce voisin de l’Est ! Un simple SMS envoyé depuis Alger aurait
    donc le pouvoir magique de faire courir des dizaines de milliers de citoyens
    vers les barbelés de Sebta et Melilla, sous le regard médusé d’un État
    incapable de retenir sa propre jeunesse autrement qu’en accusant le réseau
    téléphonique adverse.

    La magie noire du code +213

    Soyons
    sérieux une minute. À quel moment l’incompétence de gestion interne a-t-elle
    besoin d’un passeport étranger pour expliquer le désespoir social ?

    Réduire la
    tragédie d’une jeunesse prête à braver la mer et les forces de sécurité à une «
    attaque hybride » conçue par des numéros en +213 relève d’un
    théâtre d’ombres d’un ridicule absolu.

    Est-ce
    l’Algérie qui fixe le taux de chômage des jeunes au Maroc ?

    Est-ce Alger
    qui rédige la politique économique de Rabat ? Est-ce un serveur informatique
    basé à Oran qui prive ces gamins d’hôpitaux, d’écoles et de salaires décents ?

    Accuser le
    voisin d’avoir « inventé » la fuite vers Sebta, c’est traiter sa
    propre jeunesse avec un mépris effroyable. C’est dire à ces milliers de jeunes
    : « Vous n’avez aucune conscience, aucun cerveau, aucune douleur réelle ;
    vous n’êtes que les marionnettes crédules d’un groupe WhatsApp algérien. »

    L’insulte faite à leur intelligence et à leur détresse est sans borne.

    L’art de la projection névrotique

    Ce récital
    d’accusations est une vieille recette. Quand les gares du Nord étouffent sous
    la pression de ceux qui cherchent la porte de sortie, quand l’opération Marhaba
    menace de tourner à la démonstration de crise sociale sous le soleil d’août, il
    faut un paratonnerre. Et quel meilleur paratonnerre que l’éternel « complot
    extérieur » ?

    On nous
    explique sans rire qu’un simple appel sur Facebook oblige des bataillons
    entiers de forces de l’ordre à verrouiller Fnideq et que la défaite réside déjà
    dans « la tension permanente ».

    Mais qui est
    en tension ?

    Un État
    incapable de donner une raison de rester à ses enfants, ou le voisin qui
    contemple, navré mais guère surpris, cette ridicule pièce de théâtre
    géopolitique ?

    Si un code
    téléphonique étranger suffit à ébranler l’architecture sécuritaire d’un pays et
    à inciter des milliers de personnes à prendre d’assaut une frontière coloniale,
    ce n’est pas d’un rapport sur le terrorisme dont ce pays a besoin, mais d’un
    miroir.

    Rire noir devant l’imposture

    L’Algérie a
    bon dos. Elle est l’explication magique à la sécheresse, aux pénuries, aux
    fuites de cerveaux, et maintenant au somnambulisme migratoire de la jeunesse
    locale. Bientôt, le moindre pneu crevé sur l’autoroute Donald Trump
    sera attribué à une interférence hertzienne venue de Tindouf.

    Cette
    surenchère paranoïaque ne trompe plus personne, à commencer par ces mêmes
    jeunes que l’on prétend « protéger contre la propagande ». La vérité est
    nue, brutale et tragique : quand un peuple n’a plus que la mer comme horizon,
    ce ne sont pas les cartes SIM du voisin qui le font courir. C’est le vide
    abyssal qu’il laisse derrière lui.

    Alors
    continuez de scruter les indicatifs téléphoniques, de convoquer les experts de
    salon et de crier au complot à chaque vague d’août. Mais n’oubliez pas une
    chose : on peut censurer la réalité, on peut fabriquer des coupables
    imaginaires, mais on ne colmate jamais les fuites d’un navire en accusant le
    phare du voisin d’éclairer les trous dans la coque.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. » 

  • Une réforme comptable déguisée en pédagogie : anatomie d’un aveuglement de la meute :

    Une réforme comptable déguisée en pédagogie : anatomie d’un aveuglement de la meute :

     

    Parce que le
    débat éducatif en Algérie mérite mieux que l’invective
    , je tiens d’emblée à exprimer mon
    entier soutien à l’un des pédagogues les plus lucides de notre pays,
    aujourd’hui livré aux attaques dogmatiques d’une frange réactionnaire. Son tort
    ? Avoir défendu une école de la rationalité, du doute méthodique et de la
    science face au carcan de l’idéologie.

    Pourtant,
    au-delà de la cabale haineuse et des procès d’intention, un constat s’impose :
    la crise de nerfs autour de la prétendue « suppression de la philosophie » n’est
    qu’un leurre grossier. Une diversion idéale qui occulte les véritables
    renoncements méthodologiques de cette réforme scolaire. Une analyse froide des
    nouvelles grilles horaires montre en effet que la philosophie n’a pas été
    bannie, mais simplement déplacée en classe de deuxième année secondaire pour
    les filières scientifiques. Quant au report du français en primaire, il ne
    relève en rien d’un drame idéologique, mais d’un ajustement pragmatique face à
    la surcharge d’un programme inadapté au développement psychomoteur des jeunes
    enfants.

    Le véritable
    problème est ailleurs. Il réside dans la pauvreté structurelle d’un
    réaménagement qui relève davantage du bricolage comptable que d’une vision
    d’avenir.

    Tu sais, ce genre de phénomène, il faut vraiment l’avoir vécu de l’intérieur
    pour piger ce qui se joue. De loin, on a l’impression d’un grand mouvement
    d’idées, d’un élan collectif. Mais quand tu regardes de près… c’est juste de
    la compensation. Une mécanique hyper bien rodée qui tourne sur deux carburants
    : la rancœur des uns et le besoin de sécurité des autres.

    Ce qu’on appelle « la meute« , ce
    n’est pas un rassemblement de gens forts. C’est tout l’inverse. C’est le refuge
    de ceux qui ont peur d’être seuls. Chacun vient y déposer sa petite
    frustration, son ressentiment, et cette fichue envie de faire tomber celui qui
    tient debout tout seul. Prises isolément, ce sont de petites misères. Mais
    additionne-les, et tu obtiens une force de frappe assez effrayante.

    Regarde les animaux : le loup chasse parce qu’il
    doit bouffer. Il a une bonne raison. La meute humaine, elle, poursuit les gens
    juste pour le plaisir de la chasse.

    Et aujourd’hui avec le Web, c’est devenu un jeu
    d’enfant. Tout le monde est bien au chaud derrière un pseudo ou une photo de
    profil. D’autres finissent par avancer à visage découvert, mais uniquement
    parce qu’ils se sentent intouchables au milieu de la foule. Ce qu’ils cherchent
    ? Certainement pas à débattre ou à comprendre. Ils veulent juste faire taire,
    humilier, effacer le mec qui dérange. Si tu ne répètes pas le refrain du jour
    gentiment, tu deviens louche avant même d’avoir fini ta phrase.

    Et la cible, c’est presque toujours la même : la
    personne qui a gardé une colonne vertébrale. Celle qui ose dire « non ».
    Celle qui préfère perdre sa place dans le groupe plutôt que sa dignité. Et ça,
    le groupe ne le pardonne pas. Parce que sa simple présence rappelle aux autres
    tout ce qu’ils ont abandonné en chemin : le goût du risque, le courage,
    l’honnêteté.

    Sauf qu’aujourd’hui, c’est accéléré. On signe des
    pétitions sans lire le bouquin, on condamne un auteur sur une rumeur ou une
    phrase sortie de son contexte, juste parce qu’il refuse d’enfiler le costume
    officiel de la bien-pensance. Le militantisme est devenu une pose, un filtre
    Instagram. On ne cherche plus à réfléchir, on veut juste montrer qu’on est dans
    le bon camp. L’œuvre, le texte ? Tout le monde s’en fout. Ce qui compte, c’est
    d’être conforme aux règles du moment.

    C’est quand même un comble, parce que la véritable  éducation demande exactement l’inverse. Elle
    demande du silence, du temps, et parfois le courage de penser contre son propre
    camp. Éduquer, ce n’est pas aller manifester ou scander des slogans. Éduquer,
    c’est accepter d’être bousculé, contredit, parfois blesse. Une foule ne lit pas
    : elle applaudit ou elle hue. Entre les deux, l’intelligence n’a plus d’espace
    pour respirer.

    Notre époque adore les chorales. On aime les grands
    rassemblements, les festivals, les belles déclarations collectives où tout le
    monde se prend en photo en souriant sous la bannière de la vertu. On s’applaudit
     ensemble, on se rassure… et on se
    trouve un ennemi commun. Peu importe qui c’est cette semaine, du moment qu’il
    permet de resserrer les rangs.

    Mais le plus triste dans tout ça, ce n’est pas que
    la meute attaque elle a toujours fait ça. Le plus flippant, c’est qu’elle
    réussit à faire croire aux spectateurs que le courage est une faute, que la
    nuance est une trahison, et que la solitude est suspecte. Résultat ? Les gens
    honnêtes ne doutent pas de leurs convictions, mais ils souffrent juste d’être
    écartés comme des pestiférés parce qu’ils ont refusé de mentir.

    C’est exactement là que la meute gagne : quand
    elle réussit à faire passer la lâcheté pour de la morale, et qu’elle convainc
    chacun qu’il vaut mieux suivre le troupeau que d’assumer sa propre parole.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://www.kaddatahri.com/

  • Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

    Il existe un vieux métier, aussi cynique qu’éprouvé, qui consiste à fabriquer de toutes pièces des épouvantails pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation. Jadis, cela s’appelait de la propagande grossière. Aujourd’hui, cela se drape sous les oripeaux plus élégants d’une « chronique diplomatique ».

    Dans cette mise en scène, la Tunisie contemporaine est sommée de renoncer à son âme politique et à sa souveraineté pour devenir le théâtre d’un chantage à la terreur. Le script est rôdé : le Makhzen dépêche son monarque en chevalier blanc un Zorro de pacotille venant déjouer les plans machiavéliques d’un ennemi invisible. Ne craignez rien, semble-t-on dire au peuple : Hassan II et Mohamed V veillent toujours sur leurs sujets depuis leur position lunaire.

    La fabrique de l’ogre : anatomie d’une manipulation

    À lire une certaine presse aux ordres et ses précieux relais éditoriaux, l’Algérie serait devenue le monstre hégémonique du Maghreb.

    Chaque prise de parole d’Alger cacherait un agenda d’annexion. Chaque déclaration du président Algérien annoncerait une invasion imminente. Chaque coopération sécuritaire transfrontalière dissimulerait la mise sous tutelle d’un voisin.

    À ce niveau de paranoïa orchestrée, on s’étonne presque de ne pas encore voir des soucoupes volantes estampillées de l’ANP stationnées au-dessus de Tamanrasset.

    La mécanique d’abêtissement est pourtant d’une vulgarité sans nom. On commence par caricaturer le parler populaire du président algérien pour dénier toute stature d’État à la diplomatie d’Alger. Puis, on instrumentalise une mise en garde légitime pour la transformer en « menace existentielle ». On convoque ensuite une poignée d’opposants de salon, soigneusement sélectionnés pour fabriquer l’illusion d’un consensus. Enfin, le tour de passe-passe s’achève : on réinjecte subrepticement le dossier du Sahara occidental véritable névrose obsessionnelle du Makhzen et de ses parrains, sommés d’agiter le chiffon rouge dès qu’il s’agit d’attaquer l’Algérie.

    Ce n’est plus du journalisme, c’est un procès en sorcellerie.

    La géométrie très variable du « droit d’ingérence »

    L’hypocrisie atteint ici des sommets d’art contemporain. Les mêmes plumes qui célèbrent chaque matin le « droit sacré des puissances » à défendre leurs intérêts vitaux découvrent soudain les vertus virginales de la non-ingérence dès lors qu’Alger affirme une évidence : l’Algérie ne restera pas spectatrice devant la déstabilisation de sa frontière orientale.

    Depuis quand une puissance régionale renonce-t-elle à sécuriser son pré carré ?

    Washington s’octroie le droit de verrouiller tout le continent américain. Paris défend avec les dents les restes de son pré carré africain.

    Ankara projette sa puissance militaire de la Méditerranée jusqu’au Caucase. Rabat revendique sans vergogne une zone d’influence exclusive du Sahel à l’Atlantique.

    Mais que l’Algérie rappelle qu’une implosion de la Tunisie aurait des répercussions directes et dramatiques sur sa propre sécurité nationale, et la voilà immédiatement traînée dans la boue, taxée d’« empire menaçant ».

    Même comédie grotesque concernant la souveraineté tunisienne : voir des chroniqueurs habitués à justifier les guerres d’agression, les régimes d’exception, les sanctions et les ingérences occidentales se transformer subitement en vierges effarouchées et en gardiens du temple de la Convention de Vienne relève de la farce. La souveraineté est devenue un principe à géométrie variable : sainte et intouchable quand elle sert à frapper Alger, facultative et obsolète le reste du temps.

    La réalité du terrain face au théâtre du déni

    Puis vient le morceau de bravoure de la propagande, où l’on ose poser la question avec une naïveté feinte : « Mais enfin, qui menace la Tunisie ? »

    Comme si le Sahel était une station balnéaire pacifiée. Comme si la désintégration de la Libye  orchestrée par ces mêmes puissances n’avait jamais eu lieu. Comme si la peste terroriste, les trafics d’armes lourdes et les réseaux de criminalité transnationale relevaient de la science-fiction. Feindre l’ignorance stratégique pour tourner en dérision une urgence sécuritaire absolue ne relève plus de la naïveté : c’est une complicité idéologique.

    Et pourquoi cette fixation systémique sur le Sahara occidental dans un débat sur la sécurité tunisienne ? Quel est le rapport ? Aucun. Il s’agit purement et simplement de plaquer le logiciel anti-algérien du Makhzen sur n’importe quel sujet, d’imposer une grille de lecture unique et d’évacuer soigneusement les responsabilités de Rabat dans la déstabilisation régionale. La diplomatie n’est plus une analyse des faits : elle est devenue un tribunal fantoche où le verdict contre l’Algérie est rédigé avant même l’ouverture de l’audience.

    L’échec d’un logiciel périmé

    Le narratif d’une Algérie « isolée », pétrifiée dans la Guerre froide et incapable de lire le monde moderne ne tient plus debout. La réalité celle qu’on cherche désespérément à masquer  est tout autre :

    1. Redéploiement stratégique : L’Algérie multiplie et diversifie ses alliances globales, des BRICS aux puissances émergentes.
    2. Ancrage africain : Elle réaffirme sa doctrine de sécurité collective et de co-développement sans tutelle néocoloniale.
    3. Souveraineté décisionnelle : Elle s’impose comme un pivot incontournable dans un monde devenu multipolaire.

    On peut contester ces choix, on peut débattre de la méthode. Mais il faut le faire avec l’honnêteté des faits, pas avec des contes de fées pour diplomates aux abois. Au fond, ces attaques répétées en disent long sur l’impuissance de leurs auteurs. Elles révèlent la panique d’un système incapable d’accepter qu’un État souverain du Sud refuse de soumettre sa sécurité aux diktats d’un ordre ancien ou aux délires d’expansionnisme d’un voisin féodal. L’Algérie n’est pas irréprochable, et aucun État ne l’est. Mais réduire sa politique étrangère à des fantasmes impériaux relève de la psychiatrie politique. À force de fabriquer des ogres pour masquer leurs propres faillites, le Makhzen et ses scribes ne trompent plus personne : ce n’est pas l’Algérie qui menace le Maghreb, c’est leur propre propagande qui étouffe la vérité.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

  • La France démocrate interdit les langues régionales

    La France démocrate interdit les langues régionales

    La République française aime dénoncer le colonialisme, à condition qu’il soit ancien, abstrait ou pratiqué par d’autres. Elle condamne volontiers les dominations linguistiques ailleurs, se pose en protectrice des minorités culturelles à l’international, s’érige en donneuse de leçons morale. Mais cette posture s’effondre dès que l’on interroge sa propre histoire et ses pratiques présentes. Car la France n’a jamais cessé d’être une puissance coloniale, elle a simplement déplacé le front, à l’intérieur de ses frontières.

    Le non-respect du bilinguisme en France se manifeste par des discriminations linguistiques (glottophobie) envers ceux qui parlent d’autres langues, des débats sur l’usage de l’anglais dans le marketing (anglisme), et des restrictions sur les langues régionales malgré la reconnaissance constitutionnelle du français comme langue de la République, souvent perçue comme une entrave à la diversité linguistique. Cela inclut aussi les défis rencontrés par les enfants bilingues migrants, dont l’usage de la langue d’origine peut être découragé, et les débats juridiques concernant l’enseignement et l’usage des langues régionales, comme l’illustre la censure partielle de la loi Molac. 

    La domination linguistique est le cœur de ce projet. Interdire, marginaliser ou ridiculiser les langues locales fut l’un des premiers gestes du pouvoir central. Le français n’a pas été choisi parce qu’il était plus clair, plus rationnel ou plus moderne. Il a été imposé parce qu’il était la langue du pouvoir. L’école, l’administration, l’armée ont servi de relais à cette violence symbolique. On a puni les enfants qui parlaient breton, occitan ou basque. On a inculqué la honte. On a fait du silence linguistique une condition de l’ascension sociale.

    Eugen Weber l’a décrit sans détour : Être français signifiait être gouvernés par des administrateurs français », note Weber il s’agissait de « transformer des paysans en Français ». Autrement dit : détruire des cultures politiques autonomes pour fabriquer des sujets républicains dociles. La République a été un empire intérieur, et ses provinces, des territoires à pacifier par le modèle français de centralisation et l’imposition d’une langue commune au détriment des langues régionales. Les écoliers bretons se faisaient taper sur les doigts s’ils parlaient un seul mot de breton dans la cour de récréation.

    L’affaire de Perpignan, en 2024, n’est pas une erreur administrative. C’est un acte colonial contemporain. Refuser à un citoyen le droit de se marier en catalan dans sa propre ville, alors que cette pratique était reconnue depuis des décennies, n’est pas un détail juridique. C’est une affirmation de pouvoir. Supprimer les moyens (traducteurs, fonctionnaires bilingues), puis invoquer leur absence pour interdire la langue, relève d’une stratégie coloniale classique : créer la pénurie pour légitimer l’interdiction.

    Assimiler le catalan à une langue étrangère, dans un territoire où elle est autochtone, est un geste de dépossession. C’est nier l’existence même d’un peuple catalan au nord des Pyrénées. C’est transformer une langue vivante en curiosité tolérée, tant qu’elle reste privée, folklorisée, inoffensive.

    Que cette décision émane d’une municipalité dirigée par l’extrême droite n’est pas un hasard. Le Rassemblement national ne fait ici que dire plus brutalement ce que la République pratique depuis des décennies : l’unité comme arme, la diversité comme menace. Le cynisme de l’État français atteint son paroxysme lorsqu’il soutient, à l’étranger, des revendications linguistiques et identitaires qu’il écrase chez lui. En se posant en défenseur de minorités en Algérie ou ailleurs, Paris instrumentalise les droits culturels à des fins géopolitiques. Pendant ce temps, il refuse toute reconnaissance réelle aux langues qu’il a lui-même opprimées.

    Cette politique à géométrie variable révèle une vérité simple : les droits culturels ne sont acceptables pour la République que lorsqu’ils ne la mettent pas en cause. Dès qu’ils interrogent son architecture centralisée, ils deviennent subversifs, dangereux, « communautaristes ».

    Le discours sur la langue commune est l’un des grands mythes de la domination jacobine. Il n’existe pas de langue neutre. Le français n’est pas un simple outil de communication : il est une langue de pouvoir, chargée d’histoire, de hiérarchie sociale et de violence symbolique. L’imposer comme unique langue légitime dans l’espace public, c’est imposer une vision du monde et disqualifier toutes les autres.

    Les recherches en sociolinguistique l’ont démontré : le bilinguisme n’est pas un danger, mais une force. la mobilisation pour obtenir les moyens qui doivent permettre la vie sociale de nos langues, c’est à dire un patrimoine vivant et non des langues de musées, en les développant dans l’enseignement, dans les medias, dans la vie publique, en soutenant la transmission familiale. Nos langues sont un atout pour le développement intellectuel et affectif des jeunes générations, pour le polylinguisme, pour les sciences, pour la compréhension du monde. Ce qui menace réellement la cohésion sociale, ce n’est pas la pluralité linguistique, mais la négation des identités

    Après ce premier pas, la France, doit maintenant se mettre réellement au niveau des démocraties européennes qui appliquent démocratiquement la diversité linguistique. La République française doit en particulier donner aux collectivités, Régions, départements et collectivités locales les moyens nécessaires à la gestion de cette diversité dont elles ont la responsabilité avec l’Etat.

    Parler de « 72 langues régionales » pour tourner le débat en dérision est une stratégie de disqualification. Peu importe le nombre. Ce qui compte, c’est le principe : le droit des peuples à exister dans leur langue. Certaines de ces langues sont non latines basque, breton, alsacien rappelant que la France n’est pas une nation naturellement homogène, mais une construction politique issue de conquêtes, de suppressions et d’effacements.

    Décoloniser la France ne signifie pas la fragmenter. Cela signifie reconnaître qu’elle est plurielle, que son unité a été construite par la contrainte, et que la démocratie ne peut s’approfondir qu’en reconnaissant les peuples qu’elle a niés. Refuser aux citoyens le droit de vivre, d’aimer, de se marier, de travailler et de s’exprimer dans leur langue, c’est prolonger une domination coloniale sous couvert de République. Défendre les langues régionales n’est pas un combat identitaire étroit : c’est un combat démocratique, anticolonial et émancipateur.

    La question n’est donc pas de savoir si la République peut tolérer la diversité linguistique.
    La question est de savoir combien de temps encore elle pourra se dire démocratique en la refusant.

     A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

  • Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Par la surenchère verbale et la mise en scène du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.

    Ils étaient tapis dans l’ombre, attendant le moindre frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l’enclave espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent leur cirque médiatique habituel.

    Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir xénophobe grand grandeur nature.

    La fabrique de « l’invasion »

    Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu’à la corde. Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre guerrier  « submersion », « déferlement », « invasion » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des consciences.

    Le but de cette mise en scène n’est pas de protéger qui que ce soit : il est d’anesthésier la compassion et d’interdire toute réflexion rationnelle.

    En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace existentielle pour l’Europe, la droite et l’extrême droite accomplissent leur besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de digues à dresser contre la marée.

    Une indigence politique masquée par le bruit

    Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du monde ? Rien. Absolument rien.

    Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés, plus de vidéos d’intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et les désordres du continent africain relève de l’escroquerie intellectuelle pure et simple.

    Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement national pour lui arracher une bribe d’audience.

    Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de la division.

    Ils hurlent à l’invasion, mais ce qu’ils redoutent le plus, c’est l’apaisement. Sans l’image du barbelé franchi, sans la peur du voisin, leur fonds de commerce s’effondre instantanément.

    Refuser la dictature du ressentiment

    Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n’est plus de mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands d’angoisse, c’est ratifier leur victoire idéologique.

    Il est temps de dénoncer l’imposture : Nommer le cynisme : Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la grammaire sécuritaire de l’extrême droite et réimposer les exigences du droit, de la dignité et de la solidarité. Exposer l’impuissance : Rappeler que les réponses simplistes à des défis majeurs n’ont jamais produit que du drame au sud et du déshonneur au nord.

    Ceuta n’est pas le symbole de l’impuissance européenne : c’est le miroir de la déchéance morale d’une droite française prête à instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les écrans.

    Face aux événements de Ceuta, la droite et l’extrême droite sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d’une instrumentalisation politique cynique.

    Conclusion

    Les réactions relatives des politiques français adorent le Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent beaucoup moins leur bled, vu qu’en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis. Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)

    On peut voir ça autrement. On n’imagine pas en effet que les quelques dizaines de milliers d’individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une forme d’encadrement peut-être ?
    Parce qu’une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c’est bien mûr on peut lancer l’opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand on sait qu’on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d’Europe, on a la main d’œuvre, ne reste plus qu’à la coaguler autour d’une chimère. Aussi cette « fausse » invasion, message ou test, n’est-elle sans doute pas le fruit d’un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir groupés à l’assaut de l’Europe.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

  • Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait croire que l’Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que l’Algérie n’aurait plus qu’à contempler, impuissante, la prétendue « montée en puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu’un exercice d’autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la géopolitique.

    L’auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n’argumente pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d’autres collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord est présenté comme la preuve d’un supposé déclin algérien.

    La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l’adversaire et annoncer la victoire avant même que les faits ne l’aient consacrée.

    Franchement, y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l’Histoire et que l’Algérie serait juste là pour regarder passer le train.

    Sauf que… non.

    Le texte ne démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules, les effets d’annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l’Algérie est ramené à l’échec ou à l’immobilisme.

    Ça ressemble plus à un récit qu’à une analyse.

    Le plus étonnant est cette obsession de l’Algérie. Si le Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu’on le prétend, pourquoi consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les puissances confiantes regardent vers l’avenir ; les puissances anxieuses regardent constamment par-dessus leur épaule.

    L’auteur parle d’une Algérie « sans vision ». Pourtant, il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d’investir dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu’un chroniqueur les ignore.

    Il est tout aussi révélateur de voir l’auteur transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d’appeler à une solution politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans pour autant effacer d’un trait cinquante années de contentieux ni faire disparaître la nécessité d’un règlement politique accepté par les parties.

    Plus grave encore, l’article avance plusieurs affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l’Algérie par les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation tant qu’elle n’est pas étayée.

    Au fond, cette tribune révèle surtout une chose : certains milieux politiques semblent avoir besoin d’une Algérie imaginaire pour célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se mettre en scène. C’est une vieille recette : lorsqu’on peine à convaincre par les résultats, on construit un récit héroïque.

    Mais l’Histoire est moins sensible aux effets de manche qu’aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les faits, pas les envolées lyriques.

    Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de foi.

    À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

  • Ceuta contre le TGV : le vrai bilan du Maroc

    Regardons bien
    ces images. Des centaines de jeunes Marocains massés à Fnideq, prêts à charger
    la grille de barbelés à mains nues. D’autres qui nagent de nuit vers Ceuta, au
    risque d’y laisser leur peau. D’autres encore entassés sur des pirogues qui
    n’ont pas la solidité d’une barque de loisir. Puis regardons, juste à côté, la
    carte du même pays : un TGV qui file à 320 km/h, le plus grand port d’Afrique,
    des autoroutes impeccables Nommées Donald Trump, des stations balnéaires dignes
    d’un catalogue de luxe. Le contraste ne devrait techniquement pas exister. Et
    pourtant il existe, sous nos yeux, chaque semaine.

    C’est ce
    paradoxe que les éditorialistes de complaisance du Makhzen refusent
    d’affronter, parce qu’il dérange une évidence qu’ils sont payés pour ne pas
    voir : les infrastructures ne sont pas le développement. Elles en sont le
    décor.
    Et un décor, aussi photogénique soit-il, ne nourrit personne. Quand
    ce décor masque un désert industriel, la jeunesse ne l’applaudit plus : elle le
    fuit.

    Le TGV comme cache-misère

    Il faut le
    dire sans détour : on peut inaugurer une gare toutes les semaines et regarder,
    dans le même mois, des dizaines de milliers de jeunes risquer leur vie pour un
    CDI en Espagne au SMIC. Ce n’est pas une contradiction du système. C’est le
    système, tel qu’il a été conçu.

    Un pays qui
    investit massivement dans le transport de marchandises importées plutôt que
    dans les usines qui les fabriqueraient sur place ne construit pas une économie
    : il construit un couloir. Un couloir par lequel transitent des produits
    fabriqués ailleurs, avec de la valeur ajoutée créée ailleurs, et des emplois
    industriels créés ailleurs. Le camion roule vite sur l’autoroute marocaine. Ce
    qu’il transporte, en revanche, n’a souvent jamais vu l’intérieur d’une usine
    marocaine.

    Le piège contractuel qu’on nous vend comme une
    fatalité

    Pourquoi nos
    États s’endettent-ils avec une telle avidité pour construire des palais
    administratifs et des cités ministérielles plutôt que des complexes industriels
    lourds ? La réponse polie serait « manque de vision ». La réponse honnête est :
    obligation contractuelle déguisée en conseil désintéressé.

    Les
    conditionnalités des prêteurs multilatéraux valident sans difficulté le
    financement d’infrastructures de transport et de bâtiments administratifs —
    parce que ces chantiers ouvrent grand les marchés locaux aux marchandises des
    multinationales étrangères. Ces mêmes bailleurs se montrent en revanche d’une
    prudence extrême, pour ne pas dire d’une hostilité de principe, dès qu’il
    s’agit de financer des usines de transformation étatiques ou des filières
    manufacturières souveraines. On appelle cela, avec un aplomb remarquable, « ne
    pas fausser la concurrence
    ».

    Traduction
    honnête : on vous prête volontiers de quoi couler du béton qui ne rapporte pas
    un centime de devises, à charge pour vous de rembourser cette dette, intérêts
    compris, avec une économie qu’on vous a soigneusement empêchés de bâtir.

     

    Un élève du
    primaire comprendrait la logique inverse en cinq minutes : on construit
    l’usine, on produit, on vend, on encaisse, et ensuite on finance le
    confort collectif avec les excédents. Nos gouvernants, eux, ont inversé la
    formule avec un aplomb de mauvais élève : dette d’abord, béton ensuite, retour
    sur investissement jamais, chômage de masse en prime.

    Le stade comme instrument de propagande

    Ce système
    ne tiendrait pas une semaine sans une ressource essentielle : l’analphabétisme
    économique organisé de la majorité. Montrez à un citoyen un pont flambant neuf
    inauguré dans sa région, et il applaudira, il partagera la photo, il défendra
    le régime becs et ongles sur les réseaux sociaux sans jamais se demander qui a payé,
    à quel taux, et avec quelle monnaie de remboursement.

    Ce qu’on ne
    lui dit jamais, c’est que ce pont a été financé par une dette qui étranglera
    ses propres enfants : taxes d’importation alourdies, fiscalité punitive sur les
    PME locales, budgets de santé et d’éducation rabotés année après année. On
    sacrifie méthodiquement la capacité productive d’une génération entière pour
    offrir à la précédente un ruban à couper devant les caméras.

    Les grands
    chantiers vitrines servent en réalité deux intérêts, et deux seulement : ils
    offrent aux dirigeants un titre de presse flatteur et un capital politique
    immédiat ; et ils engraissent des majors du BTP souvent proches du pouvoir ou
    d’intérêts étrangers. Le pont, le viaduc, la façade ministérielle rutilante
    tout cela devrait être la conséquence d’une richesse produite par des usines
    qui tournent. Aujourd’hui, c’est l’inverse : le décor précède la richesse, et
    la dévore.

    Ce qu’une vraie politique industrielle exigerait

    Il ne s’agit
    pas de renoncer aux infrastructures un pays a besoin de routes et de ports. Il
    s’agit de renverser l’ordre des priorités et d’imposer une discipline que nos
    dirigeants n’ont, jusqu’ici, jamais eu le courage politique d’assumer :

    Geler tout
    financement par la dette
    d’un bâtiment administratif ou d’un
    projet de prestige qui ne présente pas un taux de rendement quantifiable en
    emplois industriels directs.

    Flécher
    l’épargne souveraine et locale vers l’appareil productif
    : machines-outils, brevets de
    transformation, automatisation des filières agricoles, hubs logistiques tournés
    vers l’exportation de produits finis — pas de matières premières brutes.

    Changer les
    critères d’évaluation d’un gouvernement
    . Cessons de mesurer la performance d’un exécutif au kilomètre de bitume
    coulé. Exigeons des chiffres qui comptent réellement : combien d’usines
    ouvertes cette année ? Combien d’emplois industriels durables créés ? Quelle
    part de nos matières premières est transformée sur notre propre sol avant
    d’être exportée ?

    La beauté ne nourrit personne

    Un stade est
    beau. Une autoroute à six voies impressionne. Mais la beauté d’une
    infrastructure ne remplit pas l’estomac d’un jeune diplômé sans emploi, et elle
    ne le retiendra jamais assez longtemps pour qu’il renonce à une pirogue de
    fortune. Tant que nos pays continueront à confondre le décor du développement
    avec le développement lui-même, la jeunesse continuera de voter avec ses pieds  et parfois avec sa vie contre des chantiers
    dont elle ne verra jamais les retombées.

    Il est temps
    de quitter le logiciel du spectacle. Blinder les structures de coûts. Investir
    dans la machine plutôt que dans la façade. Créer la valeur à la source. Le
    reste les ponts, les palais, la reconnaissance internationale suivra, ou ne
    suivra pas. Mais au moins, il aura été mérité.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

    À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait
    croire que l’Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que
    l’Algérie n’aurait plus qu’à contempler, impuissante, la prétendue « montée en
    puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu’un exercice
    d’autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la
    géopolitique.

    L’auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n’argumente
    pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d’autres
    collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque
    évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord
    est présenté comme la preuve d’un supposé déclin algérien.

    La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses
    succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l’adversaire et annoncer la
    victoire avant même que les faits ne l’aient consacrée.

    Franchement,
    y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le
    match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l’Histoire et que l’Algérie
    serait juste là pour regarder passer le train.

    Sauf que…
    non.

    Le texte ne
    démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules,
    les effets d’annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du
    Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l’Algérie est
    ramené à l’échec ou à l’immobilisme.

    Ça ressemble
    plus à un récit qu’à une analyse.

    Le plus étonnant est cette obsession de l’Algérie. Si le
    Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu’on le prétend, pourquoi
    consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les
    puissances confiantes regardent vers l’avenir ; les puissances anxieuses
    regardent constamment par-dessus leur épaule.

    L’auteur parle d’une Algérie « sans vision ». Pourtant,
    il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux
    enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses
    infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à
    son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d’investir
    dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu’un chroniqueur
    les ignore.

    Il est tout aussi révélateur de voir l’auteur
    transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat
    définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions
    internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure
    traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d’appeler à une solution
    politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans
    pour autant effacer d’un trait cinquante années de contentieux ni faire
    disparaître la nécessité d’un règlement politique accepté par les parties.

    Plus grave encore, l’article avance plusieurs
    affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations
    des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l’Algérie par
    les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation
    répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation
    tant qu’elle n’est pas étayée.

    Au fond, cette tribune révèle surtout une chose :
    certains milieux politiques semblent avoir besoin d’une Algérie imaginaire pour
    célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se
    mettre en scène. C’est une vieille recette : lorsqu’on peine à convaincre par
    les résultats, on construit un récit héroïque.

    Mais l’Histoire est moins sensible aux effets de manche
    qu’aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force
    évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les
    faits, pas les envolées lyriques.

    Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de
    confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes
    et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de
    foi.

    À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes
    finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité
    possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Par la surenchère verbale et la mise en scène
    du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent
    leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.

    Ils étaient tapis dans l’ombre, attendant le moindre
    frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que
    quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l’enclave
    espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent
    leur cirque médiatique habituel.

    Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains
    ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers
    théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir
    xénophobe grand grandeur nature
    .

    La fabrique de « l’invasion »

    Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu’à la corde.
    Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez
    la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre
    guerrier  « submersion », « déferlement
    », « invasion
    » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des
    consciences.

    Le but de cette mise en scène n’est pas de protéger qui que ce
    soit : il est d’anesthésier la compassion et d’interdire toute réflexion
    rationnelle.

    En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace
    existentielle pour l’Europe, la droite et l’extrême droite accomplissent leur
    besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits
    fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de
    digues à dresser contre la marée.

    Une indigence politique masquée par le bruit

    Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du
    monde ? Rien. Absolument rien.

    Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés,
    plus de vidéos d’intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire
    qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et
    les désordres du continent africain relève de l’escroquerie intellectuelle pure
    et simple.

    Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à
    gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement
    national pour lui arracher une bribe d’audience
    .

    Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa
    stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de
    la division.

    Ils hurlent à l’invasion, mais ce qu’ils redoutent le plus,
    c’est l’apaisement. Sans l’image du barbelé franchi, sans la peur du voisin,
    leur fonds de commerce s’effondre instantanément.

    Refuser la dictature du ressentiment

    Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n’est plus de
    mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands
    d’angoisse, c’est ratifier leur victoire idéologique.

    Il est temps de dénoncer l’imposture : Nommer le cynisme :
    Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement
    des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la
    grammaire sécuritaire de l’extrême droite et réimposer les exigences du droit,
    de la dignité et de la solidarité. Exposer l’impuissance : Rappeler que les
    réponses simplistes à des défis majeurs n’ont jamais produit que du drame au
    sud et du déshonneur au nord.

    Ceuta n’est pas le symbole de l’impuissance européenne : c’est
    le miroir de la déchéance morale d’une droite française prête à
    instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les
    écrans.

    Face aux événements de Ceuta, la droite et l’extrême droite
    sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d’une instrumentalisation
    politique cynique.

    Conclusion

    Les réactions relatives des politiques français adorent le
    Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent
    beaucoup moins leur bled, vu qu’en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves
    candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils
    oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à
    nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers
    l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les
    Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers
    de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de
    sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis.
    Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement
    économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées
    marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les
    tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la
    préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)

    On peut voir ça autrement. On n’imagine pas en effet que les
    quelques dizaines de milliers d’individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés
    par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains
    membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une
    forme d’encadrement peut-être ?
    Parce qu’une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c’est bien mûr on peut
    lancer l’opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand
    on sait qu’on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d’Europe, on a la
    main d’œuvre, ne reste plus qu’à la coaguler autour d’une chimère. Aussi cette
    « fausse » invasion, message ou test, n’est-elle sans doute pas le
    fruit d’un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir
    groupés à l’assaut de l’Europe.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/