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  • La « croisade du garage » : quand Valeurs Actuelles découvre le martyr en banlieue d’Oran

    La « croisade du garage » : quand Valeurs Actuelles découvre le martyr en banlieue d’Oran

    En réponse à cet article de Valeurs Actuelles, je tiens à préciser que ces personnes se sont réunis dans un lieu non conforme pour pratiquer un culte (Garage) dans un Douar el Ayaïda (Aïn El Bia, Bethioua, wilaya d’Oran) est une localité. Douar el Ayaïda se trouve à proximité de la localité d’Aïn el Bya, ainsi que de la petite ville de Hassi Mefsoukh.  

    On constate depuis fort longtemps que les missionnaires  chrétiens en terre musulmane exercent le prosélytisme avec coercition, persuasion malhonnête, ou simplement peu loyale avec un manque au respect de la liberté autrui, dans l’annonce de leur Évangile supposé apporté une vérité toute relative alors que  la religion chrétienne avec une foi émotionnelle, superficielle semble à se  réclame avoir le monopole de la vérité.  Des ONG s’inquiètent  et apportent l’aide aux plus vulnérables, sans distinction de race ou de religion, au nom des catholiques du monde entier sauf en Territoire Occupée de la Palestine, les palestiniens ne sont pas donc considérés comme des personnes vulnérables. Comme c’est beau la Charité catholique.

    Ah, Valeurs Actuelles ! Toujours en première ligne quand il s’agit de verser une larme sélective sur la « persécution » des chrétiens à l’autre bout du monde, tout en expliquant du lundi au vendredi que les lois de la République française doivent s’appliquer sans concession chez nous. Mais attention : dès qu’il s’agit de l’Algérie, le respect des règles d’urbanisme et du droit local devient soudain un « crime contre l’esprit », et le moindre contrôle de police dans un garage transformé en temple clandestin prend des airs de grand martyre sous l’Empereur Néron.

    Accrochez-vous à vos rosaires : l’article nous sort le grand jeu. « En Algérie, terre de Saint-Augustin… » Rien que ça ! On nous convoque le théologien du IVe siècle pour légitimer douze illuminés du XXIe siècle réunis en catimini dans un garage de Douar el Ayaïda, à côté d’Aïn el Bya et de Hassi Mefsoukh. On repassera pour le prestige architectural de la cathédrale.

    Car de quoi parle-t-on exactement ? D’un obscur « House of Refuge », fermé administrativement depuis 2019 par la justice locale — sans doute par pure méchanceté tebbounienne —, mais où l’on continue poliment de braver les lois en pratiquant le culte clandestin dans la pièce à côté. En France, un lieu de prière clandestin ou un commerce non conforme fermé par la préfecture qui rouvre dans le garage d’à côté s’appelle une infraction. À Oran, sous la plume de nos grands défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne, cela devient une « cellule de résistance de la foi ».

    Mais la vraie farce est ailleurs.

    On nous vend ces officines évangéliques comme de saintes ONG pleines de bonté, venues distribuer des sourires, de l’amour et des Bibles aux « femmes vulnérables ». C’est tellement beau qu’on en sortirait son mouchoir. Ce qu’on oublie juste de vous dire, c’est que sous le masque de la charité chrétienne se cache trop souvent le bon vieux prosélytisme des familles : de la persuasion peu loyale, un ciblage cynique de la misère humaine et un zèle missionnaire agressif pour rallier du fidèle à la chaîne. La foi émotionnelle version « Gospel & Business« , où l’on prétend détenir le monopole de la Vérité absolue en distribuant des colis alimentaires.

    Curieusement, cette même charité « universelle » et ces grandes ONG internationales qui s’émeuvent du sort d’un garage oranais perdent mystérieusement leur voix quand il s’agit des chrétiens ou des civils de Palestine. Là-bas, sous les bombes en Territoire Occupé, la vulnérabilité semble tout de suite beaucoup moins télévisuelle. On ne repère plus aucun martyr à honorer dans les colonnes de la droite rance. Comme c’est commode !

    Personne n’a de problème avec le chrétien lambda qui vit sa foi dans le respect et la discrétion. Mais en Algérie, jusqu’à preuve du contraire, la liberté de conscience n’a jamais été un permis de chasser les âmes dans la clandestinité juridique. On a encore le droit souverain de dire NON à la croisade évangélique en kit et à l’imposture des marchands de temple.

    Alors, messieurs les scribes de Valeurs Actuelles, gardez vos sanglots de commande pour vos lecteurs du XVIe arrondissement. Le 4 septembre à Bethioua, la police n’a pas arrêté des martyrs de la Chrétienté : elle a simplement rappelé à des missionnaires du dimanche qu’un garage privé n’a jamais fait office de cathédrale, et que la souveraineté d’un pays ne se dissout pas dans le zèle d’une ONG.

    En Algérie, Nous avons bien le droit de refuser l’évangélisation !

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • La dindonade des Harkis : des larmes de crocodile :

    La dindonade des Harkis : des larmes de crocodile :

    25 septembre 2026 pour les harkis et leurs familles, ils veulent une reconnaissance qui s’arrêtera     à une cérémonie. À l’approche du 25 septembre, il faut rappeler cette histoire avec les mots justes.

    Les harkis n’étaient pas des Algériens ayant choisi de servir la France. Ils étaient Français et ils ont servi la France en tant que supposés Français. Certains étaient appelés, engagés ou militaires de carrière, d’autres harkis, moghaznis, GMS ou membres d’autres formations françaises.

    Il paraît qu’il ne faut plus « détourner le regard ». C’est un fils de Harki qui nous le dit, la main sur le cœur et la larme à l’œil, dans un texte qui ressemble à une brochure ministérielle ou à un sermon de patronage mal répété. À le lire, l’Histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie se résumerait à un conte de fées tragique où de braves citoyens, pris d’un amour soudain et irrépressible pour la Mère Patrie française, se sont retrouvés « par hasard » du mauvais côté du fusil, avant d’être punis par un cruel destin.

    C’est mignon, c’est touchant, mais c’est surtout une vaste fumisterie.

    Parlons-en, des « dindons de la farce ». Parce qu’il faut un sacré aplomb ou une amnésie sélective particulièrement bien entretenue  pour présenter le choix de la trahison comme un simple malentendu de l’Histoire. Rappelons les faits sans le filtre Instagram de la « mémoire réparatrice » : s’engager aux côtés d’une armée coloniale d’occupation contre son propre peuple, ce n’est pas un « accident de parcours ». Ce n’est pas une malheureuse erreur d’aiguillage. C’est un choix. Et en temps de guerre de libération, ce choix s’appelle la collaboration.

    La complainte de du fils de Harki nous livre un chef-d’œuvre de victimisation asymétrique. On nous sort le grand jeu : les barbelés, les camps d’accueil, les promesses non tenues de la République, et la fameuse loi de 2022 qui « reconnaît ». Ah, la grande reconnaissance républicaine ! La France officielle adore reconnaître ses torts soixante ans après, quand les acteurs sont sous terre et que ça ne coûte plus qu’un discours patriotique le 25 septembre et trois pièces jaunes de compensation.

    Mais le plus risible dans cette affaire, c’est ce paradoxe absolu que seuls des esprits singulièrement tordus refusent de voir :

    On choisit de servir la France coloniale contre les siens, en espérant sans doute être du côté du manche et des privilèges.

    On se fait jeter comme un vieux chiffon par cette même France dès que la farce coloniale prend fin — ce qui, entre nous, est la spécialité historique de la métropole avec ses auxiliaires du bout du monde.

    On passe le reste de sa vie à pleurer aux portes du maître pour qu’il veuille bien vous donner une médaille, une pension et un câlin officiel en vous disant : « Oui, pardon, on vous a bien jetés aux poubelles de l’Histoire. »

    Quelle grandeur ! Quelle dignité !

    Le texte de Karim nous explique que ces familles « ne demandaient pas des privilèges, mais que la France n’oublie pas ». Traduction : elles demandent désespérément la validation de ceux qui les ont instrumentalisés puis abandonnés. C’est le syndrome de Stockholm érigé en devoir de mémoire. On embrasse la main qui a frappé, puis on demande une réparation financière parce que la main n’a pas été assez douce lors du rapatriement.

    Ce récit larmoyant oublie juste un tout petit détail au passage : le peuple algérien, lui, n’a pas choisi de se faire coloniser, spolier et massacrer pendant 132 ans. Quand on choisit le camp de l’oppresseur, il faut assumer le solde de tout compte quand l’oppresseur remballe ses gaules. L’Histoire n’est pas un buffet à volonté où l’on vient réclamer son chèque d’indemnisation quand le pari politique a raté.

    Alors oui, les Harkis ont été les dindons de la farce. Mais les dindons ont eux-mêmes sauté dans la farce, la poêle et le four en chantant La Marseillaise.  Aujourd’hui ces harkis français sans être amnésique quand il s’agit de leurs actes coloniaux, ne craignent pas le ridicule, le déshonneur et la félonie, ils devront sans aucun doute méditer sur la citation de Charles Hamel : « Certains traîtres ont une étonnante faculté de se convaincre eux-mêmes de la sainteté de leurs intentions ! »

    Qu’on s’incline devant les souffrances humaines des enfants qui n’avaient rien demandé, soit. Mais qu’on essaie de réécrire la grande Histoire en transformant les auxiliaires du colonialisme en héros tragiques de la République, c’est une imposture intellectuelle et morale. Le 25 septembre, continuez à déposer vos gerbes et à écouter les sanglots de la République.»

    Mais ne nous demandez pas d’applaudir le spectacle.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • France-Algérie : De quelle « émotion » parle-t-on ?

    France-Algérie : De quelle « émotion » parle-t-on ?

    Dans un texte récent consacré aux relations franco-algériennes, l’Institut Montaigne – qui se présente volontiers comme un « think tank indépendant au service de l’intérêt général » – nous invite à « sortir de l’émotion ». Le mot est lâché, séduisant en apparence, emprunt d’un pragmatisme technocratique rassurant. Mais de quelle « émotion » parle-t-on exactement ? Et surtout, qui fixe les termes de ce que serait une relation « raisonnable » ?

    Sous couvert de neutralité d’expert, le discours produit par l’Institut Montaigne illustre précisément les biais et les faux équilibres d’une pensée dominante incapable de penser la relation franco-algérienne en dehors du prisme sécuritaire, utilitariste et post-colonial.

     « Sortir de l’émotion » : la recette des technos pour emballer le cadavre colonial

    Attention, fermez les écoutilles ! L’Institut Montaigne a chaussé ses lunettes de géomètre et sorti son décamètre à idées reçues. On parle ici du summum du « think tank » parisien : ces cabinets d’experts en cravate qui pensent le monde depuis des bureaux climatisés du VIIIe arrondissement, persuadés d’incarner « l’intérêt général » parce qu’ils savent transformer la douleur des peuples en graphiques Excel.

    Leur dernier chef-d’œuvre ? Une note d’éclairage sur les relations franco-algériennes intitulée sans rire : « Sortir de l’émotion ».

    C’est délicieux. Quand la France officielle s’étouffe dans ses vapeurs nostalgiques du temps des colonies, quand la droite et l’extrême droite font de l’Algérien le coupable idéal de la facture d’électricité et des embouteillages, Montaigne arrive, le ton calme, le doigt sur la couture, et nous souffle : « Du calme, voyons, soyez raisonnables, sortons de l’émotion. »

    Le grand cirque de la fausse symétrie

    Regardez comment ces sorciers de la synthèse emballent le poisson : D’un côté, il y aurait l’Algérie, méchante, « hostile », qui refuse gentiment de récupérer ses ressortissants frappés d’OQTF. De l’autre, la France, pauvre victime « choquée », soupçonnée à tort de « nostalgie coloniale ».

    Mettre sur le même plan 132 ans de razzias, de massacres, de spoliations et de mépris d’État d’un côté, et des tampons administratifs sur des arrêtés de reconduite à la frontière de l’autre : il fallait oser ! Mais chez Montaigne, on n’a peur de rien, surtout pas du ridicule.

    Pour nos technocrates, la mémoire coloniale n’est pas une dette morale ou un devoir d’Histoire : c’est juste un paquet de « gestes consentis au coup par coup ». Comprenez : « Bon, on vous a filé deux crânes de martyrs et un rapport de Benjamin Stora, maintenant vous allez nous reprendre vos OQTF et nous vendre votre gaz sans faire de manières, d’accord ? »

    L’art d’emballer la marchandise

    Derrière les mots doux  « complémentarité économique », « potentiels commerciaux », « liens humains », la grille de lecture est d’une sérénité terrifiante. Les gens ? Des variables d’ajustement. L’Histoire ? Un boulet comptable. Le partenariat ? Un marché où Paris fait la leçon et Alger doit dire merci.

    Il faut voir avec quelle condescendance feutrée ces stratèges de salon proposent d’« anticiper les réactions » d’Alger pour le prochain quinquennat. On s’y croirait : des vétérinaires en train de chercher la meilleure dose de tranquillisant pour calmer un animal un peu trop nerveux. La souveraineté algérienne ? Un paramètre à gérer. Le respect mutuel ? Une ligne dans un budget prévisionnel.

    La vraie émotion, c’est leur frousse

    La vérité, c’est que ce discours n’a rien de « neutre ». C’est du prêt-à-penser pour ministres aux abois. Sous couvert de dépasser les passions, l’Institut Montaigne fait exactement le jeu du chauvinisme ambiant : il valide l’idée que la relation franco-algérienne ne se mesure qu’au nombre d’expulsions réussies à l’aéroport d’Orly.

    Alors non, messieurs les experts de l’intérêt général sur catalogue. On ne « sort » pas de l’Histoire en appuyant sur la touche « Effacer ». On n’efface pas les traumatismes d’un peuple avec des formules de consultance pour banquiers d’affaires.

    Si la diplomatie française veut vraiment sortir du ridicule, ce n’est pas de « l’émotion » qu’elle doit sortir, c’est de sa paternaliste suffisance. Mais pour ça, il faudrait admettre que l’Algérie est un pays souverain, pas une sous-préfecture coloniale qui fait des caprices. Et ça, visiblement, ce n’est pas encore rentré dans les logiciels de l’Institut Montaigne.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • L’affaire de Carcassonne : Quand le racisme devient une simple « opinion dissidente »

    L’affaire de Carcassonne : Quand le racisme devient une simple « opinion dissidente »

    L’affaire de Carcassonne désigne une enquête judiciaire ouverte en septembre 2026 après la diffusion d’une vidéo montrant un policier municipal projeté violemment un jeune homme de 29 ans au sol, lequel est décédé treize jours plus tard. Les faits La scène : Le 21 juin 2026, lors de la fête de la musique, une altercation éclate. Un policier municipal nommé César R. attrape un jeune homme nommé Youssef et le jette brutalement sur le sol. Le choc : Youssef ne représente pas une menace à ce moment-là. Sa tête heurte violemment le trottoir. La vidéo : Des témoins filment la scène. La vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux en septembre 2026.Le décès de la victime La mort : Youssef décède le 3 juillet 2026, soit treize jours après l’intervention.

    Avez-vous remarqué ? Dès qu’un gardien de la paix décide de transformer sa caméra piétonne en micro d’open-mic pour stand-up suprémaciste, ce n’est jamais le flic qui pose problème. Non, voyons ! Le véritable coupable, c’est le récepteur. C’est le journaliste de radio publique qui commet le crime ultime de lire ce qui est écrit et d’écouter ce qui est enregistré.

    Voici donc la toute dernière acrobatie rhétorique en vogue dans les salons de l’extrême droite BCBG : l’art de métamorphoser un dérapage crasseux en traité de philosophie sur la « liberté d’expression ».

    Le procédé est aussi usé qu’efficace. Prenez un agent de la force publique à Carcassonne, attrapez-le la main dans le sac de l’injure raciste, homophobe et misogyne. Que fait la prose d’extrême droite ? Elle commence par un soupir de convenance (« C’est pas bien, c’est très vulgaire », une tape sur les doigts, circulez), pour immédiatement embrayer sur le vrai drame : la souffrance psychologique du pauvre bulletin de vote RN, injustement éclaboussé par les bavures de son service d’ordre.

    Le dictionnaire comme bouclier culotté

    Le texte s’offusque : « Sortez les dicos ! » nous crie-t-on. Mais bien sûr ! Ouvrons le Larousse, ce fameux recueil subversif. On nous explique avec une gravité tragique que le mot « racisme » serait devenu une « victime » fatiguée, assassinée par des hordes de sociologues et de journalistes trop bien nourris. Bilan des courses : condamner un flic qui insulte des citoyens en patrouille, ce ne serait plus lutter contre une discrimination, ce serait instaurer une « police du langage ». C’est connu : le vrai persécuté de l’histoire, c’est celui qui profère l’insulte, jamais celui qui la subit.

    On assiste là à un grand moment de haute voltige :

    Étape 1 : On concède du bout des lèvres que les propos sont « sordides ».

    Étape 2 : On accuse immédiatement ceux qui s’en indignent d’être des pervers affamés de posture morale.

    Étape 3 : On transforme les dérives haineuses d’un agent assermenté en une simple « exaspération du quotidien » subie par « les gens ordinaires ».

    Ainsi, par la magie de la plume, cracher sur son prochain en uniforme devient un acte de résistance civique, une simple subtilité que les esprits bien-pensants refusent de comprendre.

    L’art de pleurer sur le dictionnaire pour faire oublier la haine

    C’est là que le grand numéro de prestidigitation atteint son sommet. On nous sort le grand jeu sémantique : « Attention, à force de tout appeler racisme, le mot ne veut plus rien dire ! » Quel sublime enfumage ! Le véritable mensonge de cette dialectique d’extrême droite est désormais étalé au grand jour : il consiste à faire passer la haine ordinaire pour une simple « opinion dissidente » et la défense des droits pour une « police de la pensée ».

    Sous prétexte de sauver le mot « racisme » des griffes de la bien-pensance, nos pamphlétaires d’extrême droite tentent en réalité de dissoudre la gravité des faits dans une mare de fausse nuance. Ils voudraient nous faire croire que dénoncer un dérapage abject revient à imposer le silence aux honnêtes gens. Mais ne nous y trompons pas : lorsqu’une vertu comme la liberté d’expression est détournée pour servir d’excusette à la bassesse, elle cesse d’être une valeur démocratique pour devenir ce qu’elle a toujours été chez eux — un vulgaire bouclier pour planquer les préjugés.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • La valse des somnambules ou le concours du plus aveugle :

    La valse des somnambules ou le concours du plus aveugle :

    Le point journal semble avoir retrouvé son vrai gabarit juste un . (point). On nous ressort donc la vieille ficelle des « somnambules » de 1914. Un concept bien commode, poli dans les salons dorés des chancelleries et ressorti de la boîte dès qu’on ne veut surtout pas nommer le pyromane. À les entendre, le Maghreb et le Sahel seraient subitement frappés d’une épidémie de somnambulisme géopolitique. Les dirigeants d’Afrique du Nord marcheraient les yeux fermés vers la falaise, le pied trébuchant et la bougie à la main, tout cela par simple « maladresse ». Quelle touchante candeur !

    Si l’Europe cherche de vrais somnambules, qu’elle jette un œil dans le miroir ou qu’elle tourne le regard vers Abou Dhabi et Tel-Aviv. Car la vérité est beaucoup moins poétique : ce n’est pas une crise de sommeil, c’est un travail de sape.

    À Ceuta, on assiste à de la « diplomatie par le vide ». On pousse des dizaines de milliers de gamin·es contre des grilles en sachant très bien que les caméras de télé et les régiments de la peur feront le reste à Madrid ou à Bruxelles. Ce n’est pas un accident de parcours : c’est de la guerre hybride pur sucre, où le désespoir humain sert de cartouche à bas coût pour tordre le bras du voisin.

    Pendant ce temps, un peu plus au sud, au Sahel, d’aucuns applaudissent les étincelles. Un coup de chaud au Niger ? Formidable ! Rien de tel pour couper l’herbe sous le pied du gazoduc transsaharien. Car il ne faudrait surtout pas que l’Europe trouve une alternative énergétique stable en reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie. À croire que certains sponsors du Moyen-Orient, embourbés jusqu’au cou dans leurs propres brasiers, ont trouvé très malin de déporter leurs feux d’artifice dans notre arrière-cour euro-méditerranéenne.

    Faute d’histoire et de légitimité dans la région, on arrose à coups de pétrodollars, on distribue des logiciels espions et on finance des réseaux de mercenaires pour foutre le bazar. Et à Paris ou à Bruxelles, la presse chic continue d’analyser le spectacle avec de l’huile sur le feu et du chloroforme dans le texte, en déplorant « l’irrationalité » des acteurs locaux.

    La réalité est beaucoup plus crue : pendant que certains jouent les apprentis sorciers en sous-sol pour déstabiliser le Maghreb et l’Europe, il n’y a guère qu’Alger et Madrid pour tenter d’éteindre l’incendie avant que la maison tout entière ne brûle. Alors gardez vos métaphores de somnambules pour la littérature. Ici, tout le monde a les yeux grands ouverts, et certains ont juste le fusil à la main. Les somnambules sont à chercher du côté de Tel-Aviv et d’Abou Dhabi. Par leurs actions subversives, ils visent à déstabiliser deux zones stratégiques pour la profondeur sécuritaire de l’Europe: le Sahel et le Maghreb.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Le saint martyr des coffres forts et du blanchiment d’argent sale

    Le saint martyr des coffres forts et du blanchiment d’argent sale

    Il faut admettre à la presse française un talent certain pour la fiction romanesque : transformer d’un coup de plume magique un ex-magnat des affaires poursuivi pour blanchiment d’argent en une figure de proue de l’opposition politique. Une alchimie journalistique hallucinante où le sac d’écus mal acquis devient soudainement une profession de foi démocratique.

    Le récit omet toutefois, avec une pudeur fort commode, le détail qui tue : pourquoi ce bienheureux « réfugié », après avoir goûté à la fraîcheur des boulevards parisiens, a-t-il subitement senti le besoin d’aller faire tremper ses pieds dans les eaux de la Costa Daurada ? Les charmes de Miami Platja sont certes indiscutables, mais le trajet sent surtout la fuite en avant d’un homme cherchant à mettre de la distance entre ses montages financiers et les prétoires.

    Présenter Ayoub Aissiou sous les traits d’un dissident héroïque tenant en échec les chancelleries d’Alger et de Madrid relève de la farce tragique. La réalité, beaucoup plus prosaïque, s’écrit en chiffres et en mandats d’arrêt pour des crimes économiques bien terrestres. Il ne s’agit pas ici de liberté d’expression ou de combat pour la démocratie, mais de comptes à rendre à la justice algérienne pour des affaires d’argent sale.

    Seuls des esprits singulièrement tordus ou profondément partisans peuvent s’obstiner à grimer le blanchiment de capitaux en martyre politique pour le seul plaisir de pointer un doigt accusateur vers l’Algérie. Transformer la procédure pénale d’un homme d’affaires en bras de fer géopolitique menace de transformer le journalisme d’investigation en comptoir d’apologie pour fugitifs de haut vol.

    Voir ce brave homme d’affaires, libéré sous caution et assigné à résidence dans sa douillet balnéaire de Miami Platja, présenté comme une « bête noire » qui fait trembler les régimes, ça fait doucement rigoler. C’est vrai qu’affronter la tyrannie depuis sa chaise longue, un cocktail à la main en attendant l’audience, c’est du l’héroïsme à haut risque.

    Mais peu importe les faits ! Pour une certaine presse au ciboulot bien malade et au mauvais esprit viscéral, dès qu’un type fuit la justice algérienne avec des valises de billets, il gagne instantanément son brevet de démocrate accompli. Vous faites du blanchiment ?

    Ne dites plus « je fraude« , dites « je résiste » ! C’est plus chic, et ça vous offre un rond de serviette dans les gazettes. L’imposture est totale, le grotesque est absolu, et la déontologie est partie se baigner.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • La République du chiffon : un morceau de coton sur des cheveux menace la civilisation occidentale :

    La République du chiffon : un morceau de coton sur des cheveux menace la civilisation occidentale :

    Avez-vous remarqué à quel point les penseurs  français de la laïcité de comptoir ont le cuir chevelu sensible ? Prenez un bout de tissu, posez-le sur la tête d’une femme magistrat dans le Mississippi, et voilà tout le bréviaire de la réaction qui entre en convulsion. C’est la panique chez les cuistres ! Les voilà qui nous déballent Sosthène de La Rochefoucauld, la méthode Assimil, la traite arabe et Atatürk dans un gloubi-boulga pseudo-érudit pour nous démontrer une chose d’une gravité sans nom : un morceau de coton sur des cheveux menace la civilisation occidentale, la Constitution américaine et la vitesse maximale sur les autoroutes du Sud profond.

    Ces grands esprits  qu’on imagine habillés en experts du bon goût universel  s’étouffent d’indignation. C’est que le carré de tissu, voyez-vous, ne serait pas « neutre ». Il « synthétise un message ».

    Ah, la sémiotique de bazard ! Si l’on suit leur raisonnement de psychanalystes de Prisunic, porter un voile, c’est signer un chèque en blanc pour la charia, valider la soumission de la femme et planifier en douce la décapitation des automobilistes qui ont grillé un feu rouge.

    Mais alors, soyons logiques et poussons le délire jusqu’au bout !

    Quand un juge met sa toge, affirme-t-il qu’il appartient à une secte de druides fans du Moyen Âge ? Quand l’autre arbore sa kippa ou ses payots, est-il en train d’annexer le prétoire ? Quand un politicien parade avec une alliance en or au doigt, proclame-t-il la supériorité absolue du mariage hétérosexuel sur le reste de l’humanité ? Et que dire des tatouages, des piercings, des talons aiguilles, du maquillage ou des gourmettes en argent ? Quel dangereux message subliminal essaient-ils de nous faire avaler ? Est-ce une déclaration de guerre aux chauves, aux pieds plats ou aux dermatologues ?

    À écouter ces extrêmes inquisiteurs du prêt-à-penser, une femme ne porte jamais rien par choix, par foi personnelle ou par simple confort : non, elle « affiche ». Elle « propage ». Elle « soumet ». C’est fascinant cette obsession qu’ont les obsédés du contrôle vestimentaire à vouloir libérer les femmes malgré elles, en leur dictant exactement ce qu’elles doivent enlever pour avoir l’air « émancipées ». Mustafa Kemal doit se retourner dans sa tombe : voilà que les gardiens de la laïcité en sont réduits à faire la police des garde-robes pour sauver la démocratie.

    Des intellectuels de plateau télé prétendent qu’il faut penser au «citoyen ordinaire». En clair : si un extrémiste local fait une crise d’angoisse en voyant une juge qualifiée porter un voile, la faute reviendrait au voile ! Selon eux, le citoyen a le droit d’être intolérant, mais la juge, elle, devrait s’effacer et devenir une figure totalement neutre juste pour ne pas froisser ses préjugés.

    Sous leurs grands airs savants et leurs citations d’auteurs, c’est une imposture. Ils ne défendent pas la laïcité ni les valeurs de la République : ils expriment simplement leur propre peur panique de l’Autre. Ils se réclament de Voltaire, mais ils n’en ont retenu que le mépris.

    Alors, la question se pose, Français : renoncez-vous à connaître votre propre valeur au point d’avoir peur d’un bout de soie dans le Mississippi ? Ou êtes-vous prêts à vous vendre au premier marchand de haine qui vous jure que pour être libre, il faut d’abord déshabiller les juges ?

    Le génie est sorti de la lampe, disent-ils. La vérité, c’est surtout que la bêtise a retiré son masque.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Entre traîtres Maroc et les Emirats !

    Entre traîtres Maroc et les Emirats !

    Ah, la presse du Makhzen marocain ! Quel talent, quelle finesse dans le pinceau ! Quand le journaliste sujet du Palais sort sa plume, ce n’est pas pour faire dans la demi-teinte ou la diplomatie de salon. Non, c’est pour nous rejouer La Petite Maison dans la prairie contre L’Exorciste, version pétrodollars et couscous.

    Maroc et Émirats : une alliance au cœur des tensions régionales

    D’un côté du Ring, nous avons le diable incarné : le méchant voisin. Le type ne se réveille pas le matin pour gérer un pays, non. Il se lève avec des « pulsions maléfiques », l’écume aux lèvres, cherchant quel moulin à vent il va pouvoir démonter avant la pause café. À en croire la chronique, l’Algérie ne produit plus de gaz, elle ne fabrique que du « mal ». Alger e ne fait pas de la politique diplomatique : elle incarne les forces des ténèbres, boit les larmes des opprimés et conspire contre la paix mondiale entre deux allocutions.

    Et en face ? Sortez les harpes, faites pleuvoir les pétales de roses ! Voici Sheikh Mohammed ben Zayed, dit « MBZ » pour les intimes. Un homme si pur, si bon, qu’on se demande comment il fait pour marcher sur le sol sans s’envoler directement vers le Paradis des Saints. MBZ ne gère pas un État autocratique richissime : il pratique la « philanthropie érigée en mode de gouvernance ». Les prisonniers d’opinion ? Les guerres par procuration ? Voyons, de la simple poésie ! Quand Abou Dhabi investit, ce n’est pas pour le profit ou l’influence géopolitique, c’est uniquement par amour inconditionnel pour l’humanité. On en pleurerait presque.

    Face à la gifle diplomatique assénée par Alger et à la fermeture nette de son espace aérien, la montagne émiratie a accouché d’une petite souris. La riposte d’Abou Dhabi ? Un timide chuchotement diplomatique, articulé autour d’un vœu pieux : que tout cela ne soit que « temporaire ». Pas le moindre démenti, pas une once d’argumentation, aucune réciprocité. Abou Dhabi joue les grands indifférents pour faire croire que la gifle n’a même pas fait mal.

    Mais ne nous y trompons pas : ce mépris surjoué cache un véritable vertige. Cette rupture unilatérale, qui pendait au nez de MBZ et de ses ambitions démesurées, vient troubler le jeu d’une alliance régionale qui alimente une guerre hybride contre l’Algérie (narcotrafic, ingérences, tensions aux frontières).

    Pour Abou Dhabi, l’illusion est pourtant totale. Convaincu que les chèques en blanc règlent tous les différends géopolitiques, le régime s’imagine naïvement :

    Que son crédit diplomatique en Afrique, en Asie et en Amérique latine restera gravé dans le marbre ;

    Que son carburant financier dans les crises régionales passera indéfiniment sans facture ;           Que l’Algérie n’a pas les moyens stratégiques de lui damer le pion là où ça fait mal ;            Que l’ANP et les services algériens observeront ce manège à distance respectable.

    Ce changement de posture d’Alger est une piqûre de rappel historique. Il est toujours bon de rappeler à ces bâtisseurs de gratte-ciels que ce sont parfois les cadres et compétences algériens qui ont aidé à structurer leurs entreprises naissantes quand tout restait à construire. Une leçon de réalité brute pour ceux qui pensaient que tout s’achète, même le respect diplomatique.

    La diplomatie émirienne face aux attaques d’Alger ? Un spectacle de pure sainteté. Ils souffrent en silence, ils tendent la joue droite, puis la gauche, en observant du haut de leurs gratte-ciels la misère du monde avec une pitié paternelle. Mère Teresa avec une tasse de café arabe.

    Et la raison de tout ce raffut ? Le Makhzen, évidemment ! Car dans cette théologie politique, tout gravite autour du Royaume. Si Alger se fâche avec Abou Dhabi, ce n’est pas pour une histoire de réseaux au Sahel ou de rivalités d’influence : c’est uniquement par jalousie maladive du grand amour entre le Maroc et les Émirats. Une scène de ménage maghrébine où l’Algérie jouerait l’ex aigri et rancunier.

    C’est beau, c’est simple, ça tient sur un sous-bock. Pas besoin de s’encombrer avec la complexité du monde quand on a déjà distribué les rôles évidemment, pour les hérauts du récit enchanté du Palais, il est plus simple de vendre le conte de fées : l’histoire d’un Sheikh philanthrope agressé par d’incroyables forces maléfiques. Une belle leçon de théâtre de guignol pour adultes.

     A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • L’épreuve de la bureaucratie : du citoyen de droit au sous-citoyen d’expérience :

    L’épreuve de la bureaucratie : du citoyen de droit au sous-citoyen d’expérience :

    Pour des besoins des documents administratifs, Il était à peine plus de neuf heures, lorsque j’ai franchi le seuil de cette administration publique. Dans la salle d’attente, la quasi-totalité des sièges était occupée. L’atmosphère, à la fois lourde et feutrée, n’était troublée que par le bercement monotone des téléphones intelligents, le bruissement des dossiers serrés contre les poitrines, le claquement régulier des portes et la scansion impersonnelle d’un récepteur appelant les numéros d’ordre.

    À mes côtés attendait un homme d’une soixantaine d’années. Il tenait sur ses genoux une chemise cartonnée, visiblement usée par les manipulations successives. Par intervalles réguliers, il l’ouvrait, vérifiait méthodiquement l’ordonnancement de ses pièces justificatives, puis la refermait avec une précaution quasi rituelle  démarche anxieuse de celui qui cherche à se prémunir contre l’impondérable bureaucratie.

    Après près de deux heures d’une attente passive, son identifiant s’est enfin affiché. Se levant pesamment, il s’est avancé vers le guichet : Bonjour monsieur. Je viens pour le suivi de mon dossier. On m’avait indiqué de fournir cette série de documents.

    Sans lui accorder un regard, l’agent administratif s’est emparé du pli. Il a feuilleté brièvement l’ensemble, inversé deux ou trois feuillets, avant de reposer le tout sur le comptoir d’un geste machinal : Il manque une pièce. L’usager manifesta un mouvement de surprise : Pourtant… lors de mon dernier passage, on m’avait assuré que le dossier était complet.  Il manque ce document. Il vous faudra revenir. Un silence pesant s’est installé.  Quand dois-je revenir ? L’agent a esquissé un simple haussement d’épaules : Demain. Ou la semaine prochaine.

    L’homme a baissé les yeux sur ses documents, a fixé l’agent, puis est revenu à son dossier. Il aurait pu légitimement s’indigner, exiger un traitement bienveillant, solliciter un recours ou rappeler l’asymétrie d’un échange ayant gaspillé deux heures de son existence. Il n’en a rien été. Il s’est exécuté dans la résignation, rangeant ses feuillets avec une lenteur accablée. Un unique mot, presque inaudible, est sorti de sa bouche : « D’accord… »

    Je l’ai observé traverser la salle, les épaules voûtées, la pochette sous le bras. Une interrogation s’impose alors : à partir de quel seuil d’usure institutionnelle un individu doté de la citoyenneté en vient-il à intégrer une posture de sous-citoyen, jusqu’à renoncer à l’exigence fondamentale de considération ?

    La citoyenneté comme expérience concrète et la domination symbolique

    Les théories politiques contemporaines appréhendent généralement la citoyenneté sous un angle strictement formel et juridique : un statut octroyé par l’État, assorti de titres d’identité, conférant un panier normatif de droits et de devoirs. Or, la citoyenneté ne saurait se réduire à une mention marginale sur un acte d’état civil. Elle doit s’analyser comme une expérience phénoménale et relationnelle. Elle se mesure à la nature des interactions sociales, à la possibilité d’exprimer une revendication ou de contester une décision sans s’exposer à l’humiliation ou à l’asymétrie de pouvoir.

    Le « sous-citoyen » ne se caractérise pas nécessairement par la privation légale de ses prérogatives politiques ou civiles. Il s’agit plus insidieusement de l’individu qui, bien que détenteur en droit de ces prérogatives, a intériorisé l’inutilité de leur exercice. La dérive la plus redoutable pour l’ordre démocratique réside moins dans l’injustice manifeste que dans l’accoutumance à l’arbitraire.

    Lorsque l’usager soumis à deux heures de vacuité perçoit comme une fatalité le fait d’être éconduit sans ménagement, lorsqu’il substitue la soumission de l’œil à la demande de redevabilité (accountability), la promesse démocratique s’effondre de l’intérieur. Son « d’accord » de façade masque une aliénation profonde : l’inhibition de l’affirmation légitime de sa propre dignité.

    Une structure sociale authentiquement équitable ne peut se borner à distribuer des droits formels ; il lui incombe de garantir les conditions psycho-sociales et institutionnelles de leur exercice effectif. Car la citoyenneté ne se résume pas à une assertion juridique passive. Elle réside dans la capacité garantie pour chaque individu de s’inscrire dans l’espace public la tête haute, fort de la certitude que sa dignité intrinsèque jouit d’une valeur inaliénable et strictement égale à celle de tout autre membre du corps administratif.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.

  • Le Makhzen continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest !  

    Le Makhzen continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest !  

    À Rabat, le Makhzen semble toujours regarder le monde à travers les mêmes lunettes, comme si le temps s’était arrêté un sinistre jour de décembre 1975. Quand la machine institutionnelle s’enraye et que les dysfonctionnements internes s’accumulent, le réflexe reste pourtant le même : chercher un responsable à l’extérieur.

    À ce jeu-là, l’appareil médiatique du Makhzen  avec en tête d’affiche son champion incontesté du sensationnalisme, Le360  fait preuve d’une régularité quasi horlogère. Trois articles par jour au bas mot, emballés dans des titres volontairement alarmistes pour maintenir le citoyen sous perfusion d’angoisse. L’objectif ? Agiter l’épouvantail de l’« ennemi de l’Est » pour masquer l’absurdité du spectacle qui se joue en interne.

    Une diplomatie du spectre et un bêtisier institutionnel

    Le contraste serait comique s’il n’était pas orchestré avec tant de cynisme. D’un côté, nous avons un pouvoir empêtré dans une cacophonie permanente :

    Des alertes sans anticipation : On publie des rapports d’urgence sur des risques majeurs… que personne n’a vus venir. Des responsabilités sans coupables : On pointe du doigt des fautes graves dans l’administration, mais sans jamais nommer les auteurs (il ne faudrait pas fâcher les copains du cabinet). Un vaudeville de prétoire : Des fuites calculées le matin, catégoriquement démenties l’après-midi, et des versions opposées qui s’affrontent au sein même des couloirs du Palais.

    Le Makhzen et le réflexe de l’ennemi extérieur

    Mais dès qu’il s’agit d’ Alger, la magie opère ! La brume se dissipe, le désordre s’efface et laisse place à une mécanique d’une précision chirurgicale. Subitement, le Makhzen retrouve sa boussole et nous vend un « plan d’action pour 2027 ». 2027 ! Alors même que la diplomatie marocaine est incapable de clarifier sa ligne pour la semaine prochaine, elle prétend planifier des offensives juridiques internationales sur cinq ans.

    La fabrique du « contentieux stratégique » : de l’art d’imprimer du vide

    Le texte du Collectif international (CIMEA-75) repris religieusement par Le360 est un cas d’école de cette mystification. On y enfile les mots savants comme des perles sur un boulier : « contentieux stratégique », « compétence universelle », « Rapporteur spécial des Nations Unies ».

    Derrière ce jargon juridico-diplomatique pompeux se cache une opération de diversion bien plus terre-à-terre :

    Recycler l’histoire à des fins de politique intérieure : En réveillant le drame des expulsions de 1975  tragédie humaine survenue dans un contexte de guerre froide il y a plus d’un demi-siècle, le but n’est pas de rendre justice aux victimes, mais de nourrir une rancœur artificielle.

    Attaquer des fantômes : Parler d’engager des poursuites judiciaires contre des responsables algériens pour des faits datant de 51 ans relève de la pure science-fiction juridique. C’est l’art d’agiter des menaces qu’on sait inapplicables pour entretenir l’illusion d’un combat héroïque.

    Internationaliser l’impasse : À défaut d’avoir des arguments solides sur les dossiers régionaux actuels, on essaie de déporter le débat devant les instances de Genève pour meubler l’agenda diplomatique.

    La névrose anxiogène comme mode de gouvernement

    Le plus navrant dans cette surenchère reste l’instrumentalisation permanente de l’opinion publique marocaine. En matraquant quotidiennement des articles sur la « menace algérienne », la presse sous ordre ne cherche pas à informer : elle cherche à conditionner. C’est la culture de la peur élevée au rang d’art d’État. On crée un climat de siège permanent pour faire oublier la hausse des prix, le chômage des jeunes ou l’absence de perspective politique.

    En somme, l’imposture est totale. Ceux qui prétendent défendre la mémoire des victimes de 1975 ne font que l’exploiter comme de la chair à canon médiatique. Tant que le Makhzen préférera scruter son rétroviseur plutôt que d’affronter ses propres défaillances, le public aura droit à la même pièce de théâtre grinçante : un gouvernement qui trébuche dans ses propres couloirs, mais qui continue de crier au loup par la fenêtre de l’Ouest.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.