Catégorie : Géopolitique

Analyses et décryptages consacrés aux rapports de force internationaux, aux relations entre États et aux grandes évolutions géopolitiques.

  • Nobel de la paix pour les fauteurs de guerre : Trump, Israël et l’empire américain au banc des accusés

    Nobel de la paix pour les fauteurs de guerre : Trump, Israël et l’empire américain au banc des accusés

    Un Nobel de la paix pour Trump ? Voilà donc où en est tombée notre époque : célébrer les incendiaires comme pompiers, les bourreaux comme sauveurs, les menteurs comme prophètes.

    Donald Trump ne pacifie rien, il colonise les mots. Il proclame la paix là où il sème la guerre. Il s’auto-déclare sauveur pendant que des enfants meurent sous les décombres de Gaza, pendant que des réfugiés s’entassent dans des camps, pendant que des drones américains sillonnent le ciel comme des vautours. Et le pire : il n’est pas seul. Ce n’est pas la folie d’un homme isolé, c’est la logique d’un empire.

    L’empire américain et son bras armé

    Depuis des décennies, les États-Unis prétendent incarner la liberté. En réalité, ils imposent leur domination par le feu et par le sang. Ils ont bombardé le Vietnam au napalm, rasé Bagdad au nom de la démocratie, et livré Kaboul aux seigneurs de guerre. Ils prétendent « protéger Israël », mais ce soutien n’est qu’une pièce centrale d’un système plus vaste : exporter les guerres, contrôler les peuples, militariser la planète.

    Israël, loin d’être une exception, est l’atelier militaire de cet empire. Les bombes testées sur Gaza deviennent des contrats d’exportation. Les logiciels de surveillance, expérimentés sur les Palestiniens, finissent dans les polices du monde entier. Les colonies illégales sont maquillées en « accords de paix » avec la bénédiction de Washington. Israël n’est pas un simple allié : c’est le laboratoire d’un apartheid mondialisé.

    La paix comme marchandise

    Que signifie la « paix » dans ce théâtre ? Rien d’autre qu’un slogan marketing. Trump s’invente des victoires imaginaires : il dit avoir « réglé » l’Ukraine, « pacifié » l’Iran, « stabilisé » le Moyen-Orient. Mensonges. Pendant ce temps, les morts s’accumulent. Les Palestiniens enterrent leurs enfants, les Irakiens comptent leurs blessés, les Yéménites agonisent sous les bombes. Mais pour l’empire, tout cela n’existe pas : seule compte la photo, le tweet, la mise en scène.

    Les Nobel de la paix attribués à des dirigeants belliqueux ne sont pas des accidents, mais des révélateurs. On avait déjà honoré Kissinger alors que le Vietnam brûlait. On avait salué Obama, prix Nobel de la paix en 2009, alors qu’il multipliait les frappes de drones et les bases militaires. Aujourd’hui, on ose imaginer Trump décoré. Voilà la vérité : ce prix, entre leurs mains, n’est plus qu’une médaille de pacotille offerte aux architectes du chaos.

    Le masque de la démocratie

    L’arrogance américaine et israélienne repose sur une idée simple : ils peuvent tout faire tant qu’ils disent agir pour « la paix ». Occupation ? Sécurité. Bombardement ? Légitime défense. Sanctions économiques qui affament des millions d’Iraniens ? Prévention du terrorisme. Apartheid en Cisjordanie ? Réalisme politique. Tout est inversé, tout est perverti.

    La diplomatie n’est plus un espace de négociation, c’est une scène de théâtre. Les peuples, eux, n’y sont jamais invités. On signe des accords sur leur dos, on trace des frontières sur leurs terres, on décide de leur avenir depuis Washington ou Tel-Aviv. Et quiconque résiste est immédiatement qualifié de terroriste, d’extrémiste, d’ennemi de la paix.

    La vérité des peuples

    Mais les peuples ne sont pas dupes. La vérité est dans les ruines de Gaza, dans les cris des mères palestiniennes, dans les villages irakiens détruits, dans les montagnes afghanes occupées. La vérité est dans les luttes anticoloniales qui refusent de disparaître. Chaque pierre lancée par un enfant palestinien contre un char est une accusation contre cet ordre mondial. Chaque manifestation contre l’OTAN est un refus de la guerre permanente. Chaque dénonciation de l’apartheid israélien est une affirmation de dignité.

    Voilà la seule paix qui mérite d’être nommée ainsi : la paix des peuples, contre l’empire, contre le colonialisme, contre l’hypocrisie.

    Notre devoir

    Attribuer un Nobel de la paix à Trump ne serait pas seulement absurde, ce serait criminel. Ce serait effacer les cadavres, normaliser l’apartheid, et valider l’idée qu’un tweet vaut plus que mille vies. Ce serait admettre que la paix n’est plus une conquête humaine, mais une opération de communication.

    Nous refusons cela. Nous refusons que les fauteurs de guerre se déguisent en artisans de paix. Nous refusons que les peuples soient réduits à des statistiques. Nous refusons que la vérité soit étouffée sous les mensonges impériaux.

    La paix n’appartient pas aux empires. Elle appartient aux peuples. Elle se construit dans les luttes, dans la solidarité, dans la résistance. Elle ne se donne pas, elle s’arrache.

    Alors oui, crions-le haut et fort : pas de Nobel pour les fauteurs de guerre ! Pas de légitimation pour l’apartheid israélien ! Pas d’hommage pour l’empire américain !
    La paix ne sera jamais le produit d’un tweet, ni d’une bombe. Elle sera l’œuvre des peuples qui, malgré les massacres, continuent de résister.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

     

  • Maroc 2025 : entre vitrines mondiales et urgences citoyennes

    Maroc 2025 : entre vitrines mondiales et urgences citoyennes

    Un drame qui révèle un malaise profond

    Fin septembre 2025, l’hôpital Hassan-II d’Agadir a basculé dans le chaos. En quelques jours, plusieurs femmes y ont trouvé la mort, faute de soins adaptés et dans des conditions jugées indignes. Ce drame, largement relayé par la presse marocaine, a agi comme un électrochoc. Il a mis en lumière ce que beaucoup vivent au quotidien : un système de santé public sous-financé, débordé, incapable d’assurer un service essentiel.

    Cet événement tragique n’est pas isolé. Il cristallise une réalité que les Marocains dénoncent depuis longtemps : l’écart grandissant entre les ambitions affichées à l’international et les besoins fondamentaux d’une population qui peine à accéder à des soins de qualité, à une éducation décente, ou même à un logement digne.

    Quand la rue prend la parole

    À la suite de ce drame, la colère a gagné les rues de Rabat, Casablanca, Marrakech ou Tanger. Des milliers de citoyens ont scandé : « Pas de stades, des soins ! » ; « Pas de Coupe du monde, des écoles ! ». Ces slogans, repris par la presse nationale, résument parfaitement l’état d’esprit ambiant : le sentiment que l’État investit davantage dans l’image que dans la vie quotidienne de ses habitants.

    Cette contestation s’explique par un contexte social difficile. L’inflation, même en ralentissement, continue de peser sur les ménages. Le chômage, notamment des jeunes diplômés, reste préoccupant. Dans les campagnes, les enfants parcourent encore des kilomètres à pied pour rejoindre une école délabrée. Dans les villes, des familles survivent dans des logements précaires ou menacées d’expulsion. Et les sinistrés du séisme de 2023 vivent, pour beaucoup, toujours dans des abris temporaires.

    L’obsession du Mondial 2030

    Dans ce climat, la préparation de la Coupe du monde 2030 apparaît comme un symbole de ce décalage. Les investissements colossaux engagés pour rénover ou construire des stades, moderniser des infrastructures et répondre aux exigences de la FIFA contrastent avec les difficultés sociales de base.

    Certes, les défenseurs de cette stratégie soulignent les retombées économiques potentielles : augmentation du tourisme, emplois temporaires, rayonnement international. Mais une partie de la presse marocaine, ainsi que de nombreux économistes, rappellent que ces bénéfices sont incertains, différés, et parfois surestimés. La comparaison avec la Grèce, ruinée après ses Jeux olympiques de 2004, revient régulièrement dans les débats : une vitrine mondiale peut rapidement se transformer en fardeau budgétaire.

    Une diplomatie ambitieuse mais clivante

    Le Maroc ne se limite pas aux stades. Depuis plusieurs années, il déploie une diplomatie ambitieuse, cherchant à s’imposer comme acteur régional et partenaire stratégique de l’Europe et des États-Unis. Cette volonté de rayonnement s’est traduite par la normalisation des relations avec Israël, par des investissements massifs en Afrique subsaharienne et par une mobilisation continue autour de la question du Sahara occidental.

    Mais cette diplomatie a aussi ses fragilités. Elle se heurte à l’opinion d’une majorité de Marocains, toujours attachés à la cause palestinienne. Elle s’accompagne d’une fermeture des frontières avec l’Algérie, qui bloque toute perspective de coopération régionale. Elle nourrit enfin un sentiment d’isolement alors que les priorités sociales internes ne trouvent pas de réponses rapides.

    Une gouvernance fragilisée

    À ces tensions s’ajoutent des incertitudes politiques. L’absence prolongée du roi Mohammed VI alimente les spéculations sur sa santé et sur les modalités de sa succession. Dans le même temps, la montée de la contestation sociale met à l’épreuve la capacité des institutions à maintenir la stabilité.

    Le contraste est saisissant : un pays capable de planifier une Coupe du monde avec ses partenaires ibériques, mais en difficulté lorsqu’il s’agit de gérer un hôpital régional, de reloger les sinistrés d’un séisme ou d’offrir un avenir crédible à sa jeunesse.

    Le risque d’une fracture durable

    Le Maroc fait face à un dilemme que résume bien une formule entendue dans les manifestations : « la vitrine ne nourrit pas ». À force de miser sur le prestige international, il risque de négliger la cohésion interne. Or, un pays qui laisse s’installer durablement la pauvreté, l’injustice sociale et le désespoir des jeunes prend le risque d’une fracture difficile à réparer.

    Les leçons internationales sont nombreuses. La Grèce de 2004, déjà évoquée, a payé au prix fort ses ambitions sportives. Mais d’autres exemples montrent aussi que les grands événements peuvent être des leviers positifs à condition d’être accompagnés d’une politique sociale solide. La question, pour le Maroc, est de savoir s’il transformera cette opportunité en moteur de développement partagé ou s’il laissera grandir le ressentiment d’une population qui peine à joindre les deux bouts.

    Conclusion : l’urgence du social

    Le Maroc de 2025 est à un tournant. Son avenir ne se jouera pas seulement sur la pelouse d’un stade flambant neuf, mais dans la capacité de ses dirigeants à répondre à une exigence simple : garantir à chaque citoyen l’accès aux droits fondamentaux – santé, éducation, logement, emploi.

    La Coupe du monde 2030 peut être une fierté nationale. Mais elle risque aussi de devenir le symbole d’un pays qui a préféré séduire l’extérieur plutôt que de prendre soin de l’intérieur. Entre la vitrine mondiale et la réalité sociale, le choix est clair : aucun trophée ne vaudra la dignité de ses citoyens.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

  • Le chroniqueur du Makhzen : un serment scout ramené au café du commerce

     

    Ma réponse pointue à une chronique
    du Makhzen à charge qui réduit la reconnaissance de la Palestine à un « risque
    insensé
    » et l’Algérie à un 
    « État antisémite » Ici, on
    démonte les clichés, on moque les indignations fabriquées et  oralisateurs

    La presse du
    Palais du Makhzen avait promis une chronique percutante sur la reconnaissance
    de la Palestine et la position de l’Algérie vis-à-vis d’Israël. On a découvert
    un sermon mal maquillé, un mélange d’indignation fabriquée et de clichés dignes
    d’un manuel scolaire des années 60.

    Le
    chroniqueur se veut Cassandre, mais finit en caricature de café du commerce :
    tout est « antisémitisme d’État », tout est « menace pour
    la civilisation
    », et la géopolitique se résume à des bons et des
    méchants, un peu comme dans un mauvais western.

    À la place,
    on se retrouve face à un réquisitoire à sens unique, saturé de clichés et de
    jugements expéditifs. Passons donc en revue ces arguments et voyons pourquoi
    ils ressemblent davantage à des slogans de café du commerce qu’à une analyse
    politique digne de ce nom.

    La France « prend des risques » ? Vraiment ?

    Le grand
    drame, paraît-il, est que la France a « osé » reconnaître la Palestine. Ouh là
    là, quelle témérité ! Comme si Paris venait de déclarer son indépendance
    vis-à-vis de la planète entière.

    Nous voilà
    prévenus : la France, en décidant de reconnaître l’État de Palestine,
    s’exposerait à mille dangers. Antisémitisme en hausse, Hamas renforcé, et —
    horreur suprême — un calendrier qui tombe en même temps que Roch Hachana. Comme
    si une décision diplomatique devait se plier à l’agenda liturgique ! À ce
    compte-là, il faudrait consulter tous les calendriers religieux avant de signer
    le moindre traité. On attend maintenant la prochaine révélation : « Ne
    reconnaissons pas la Palestine un vendredi, ce serait une provocation pour les
    musulmans ! »

    Quant à
    l’idée que cette reconnaissance serait une audace folle, rappelons un détail
    embarrassant : près de 140 États dans le monde reconnaissent déjà la
    Palestine
    . Autrement dit, la France n’ouvre pas une brèche, elle comble un
    retard. Plus que de l’audace, c’est du rattrapage. Mais peut-être est-ce trop
    banal pour un chroniqueur en quête de drame.

    L’Algérie et son prétendu « antisémitisme d’État »

    Ah,
    l’argument massue : si l’Algérie ne reconnaît pas Israël, ce n’est pas par
    calcul géopolitique, ni par solidarité avec les Palestiniens, ni par rivalité
    avec le Maroc. Non, c’est parce que l’Algérie serait rongée par un
    antisémitisme viscéral, institutionnalisé.

    Traduction :
    inutile de parler de rivalité avec le Maroc, d’histoire coloniale, de soutien
    structurel aux causes tiers-mondistes, de calculs géopolitiques ou de rapport
    de force régional. Non, tout s’explique par la « haine des juifs »

    À ce niveau
    de simplification, on frôle la bande dessinée. On imagine presque un ministère
    algérien de la « haine obligatoire », où chaque matin les fonctionnaires signent
    leur quota d’hostilité. Ridicule ? Oui. Mais pas plus que l’argument du
    chroniqueur.

    On croirait
    presque que les diplomates algériens se réveillent chaque matin en se demandant
    : « Comment allons-nous haïr les juifs aujourd’hui ? »

    Cette
    caricature grossière permet d’éviter toute réflexion sérieuse. Elle gomme
    l’histoire complexe du pays, où une communauté juive a longtemps vécu, et où le
    discours anti-israélien relève avant tout d’une matrice idéologique héritée du
    tiers-mondisme et de la guerre d’indépendance.

    Réduire tout
    cela à « de la haine » n’est pas seulement simpliste, c’est paresseux. Mais il
    est vrai que l’analyse géopolitique est moins croustillante que les
    indignations morales toutes faites.

     Tebboune, coupable de… diplomatie

    Le président
    algérien aurait promis de reconnaître Israël « le jour même » où un État
    palestinien verrait le jour. Puis il aurait reculé. Et le chroniqueur s’étonne
    ! Comme si un chef d’État n’avait pas le droit d’adapter son discours selon le
    contexte et l’auditoire.

    Il faut tout
    de même rappeler une évidence : la diplomatie, ce n’est pas un serment scout.
    C’est un art du calcul, de l’équilibre entre pressions extérieures et attentes
    intérieures. Tebboune a parlé à une audience française, il a envoyé un signal
    d’ouverture. Qu’il ne soit pas en mesure de l’appliquer immédiatement en
    Algérie n’est pas une contradiction, mais une gestion politique de ses rapports
    de force. En somme, il pratique… la diplomatie. Mais non, le chroniqueur semble
    découvrir avec horreur que les chefs d’État ne sont pas des prêtres, mais des
    politiciens.

    À quand
    l’accusation suivante : « Tebboune a serré une main en public alors qu’il
    n’aime pas vraiment la personne. Quelle duplicité insupportable !

    Découvrir
    cela avec des airs scandalisés, c’est un peu comme reprocher à un acteur
    d’avoir appris un texte.


    Et le Maroc dans tout ça ?

    Le
    chroniqueur cite le Maroc en exemple, rappelant que Rabat a reconnu Israël,
    contrairement à Alger. Mais il omet un petit détail : la normalisation
    marocaine a été « achetée » par la reconnaissance américaine de la souveraineté
    du Maroc sur le Sahara occidental. Autrement dit, il y avait une contrepartie
    géopolitique concrète.

    En Algérie,
    aucune telle compensation n’existe. Pourquoi donc Alger céderait-il
    gratuitement ce que Rabat a obtenu à prix fort ? La diplomatie n’est pas une
    loterie morale, c’est une négociation permanente

    Ah, le
    Maroc, ce héros discret qui a reconnu Israël. Sauf qu’il l’a fait en échange
    d’une reconnaissance américaine du Sahara occidental. Un troc pur et simple.
    Mais ce détail est soigneusement mis de côté.

    Dans la
    chronique, Rabat est noble, Alger est haineux. On se demande si l’auteur croit
    vraiment à cette version ou s’il a juste peur d’avouer la vérité : que la
    diplomatie, c’est d’abord un marché, et que tout le monde joue à ce petit jeu.

    Conclusion :
    un faux procès

    Cette
    chronique prétendait démontrer l’aveuglement français et l’antisémitisme
    algérien. Elle n’a réussi qu’à exposer ses propres biais :

    • exagération des risques
      français,
    • caricature de la position
      algérienne,
    • incompréhension de la diplomatie
      comme jeu d’équilibre,
    • et oubli volontaire des
      logiques de transaction dans la région.

    Bref,
    beaucoup de bruit pour peu d’analyse. On attendait une réflexion sur les
    évolutions possibles du conflit israélo-palestinien. On n’a eu droit qu’à une énième
    variation sur le thème : « l’Algérie est irrémédiablement antisémite ». Une
    rengaine usée, qui éclaire moins qu’elle ne répète.  On voulait une analyse politique, on a eu un
    catéchisme. On attendait une réflexion sur la complexité, on a eu une fable
    pour enfants.

    Alors, un
    conseil amical au chroniqueur : la prochaine fois qu’il voudra écrire sur le
    Moyen-Orient, qu’il laisse tomber la morale simpliste et qu’il ouvre un atlas.
    Cela lui évitera de confondre un conflit géopolitique vieux de 75 ans avec une
    tragédie biblique de poche.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

  • Gaza brûle : le feu d’une idéologie coloniale

     « Gaza brûle. » Deux mots prononcés par un
    ministre israélien en mai dernier et relayés dans les médias internationaux.
    Deux mots qui résonnent comme un aveu glaçant : derrière la guerre se cache une
    idéologie qui célèbre la destruction d’un peuple et de sa terre. Alors que
    Netanyahou promet depuis 2024 une « victoire totale », Gaza n’est
    plus qu’un champ de ruines.
    Car ce qui brûle à Gaza, ce n’est pas seulement une ville : ce sont les
    prétentions morales d’Israël avec ce projet politique nourrit moins une
    victoire qu’une tragédie historique appelée à hanter la conscience humaine,
    avec elles, le crédit de toute une civilisation qui détourne le regard.  Les Nations unies qualifient la situation de «
    cataclysmique », et des experts internationaux parlent de génocide. Pourtant,
    Israël continue d’affirmer agir pour sa « sécurité ». Cette rhétorique masque
    une stratégie de punition collective et d’effacement, inscrite dans une
    continuité historique qui remonte à la Nakba de 1948.

    Une
    rhétorique qui célèbre la destruction

    En février
    2024, Benjamin Netanyahou déclarait à la télévision américaine que la «
    victoire totale » était « à portée de main ». Gaza est aujourd’hui ravagée,
    mais la victoire reste introuvable. Car on ne détruit pas un peuple en effaçant
    ses écoles et ses hôpitaux : on nourrit sa colère et sa mémoire.

    Un désastre
    humanitaire planifié

    Bombardements
    massifs, famine organisée, blocus étouffant : l’ONU parle d’une situation «
    cataclysmique ». António Guterres l’a qualifiée de « moralement, politiquement
    et juridiquement intolérable ». Ce n’est plus une guerre : c’est une punition
    collective qui frappe les plus vulnérables, ceux qui ne peuvent ni fuir ni se
    protéger.

    Le mot interdit : génocide

    En août
    2025, l’Association internationale des chercheurs sur le génocide a conclu
    qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Le mois suivant, une commission
    d’enquête de l’ONU confirmait ce constat. Privation délibérée de nourriture,
    destructions systématiques, massacres de civils : les preuves s’accumulent et
    fissurent l’impunité israélienne.

    Le soutien occidental vacille

    Pendant des
    décennies, Israël a bénéficié d’une protection inconditionnelle. Mais la
    sauvagerie est désormais trop visible. En septembre 2025, la Commission
    européenne a proposé de suspendre certains privilèges commerciaux accordés à
    Israël. C’est encore timide, mais cela marque la fin du mythe d’une exception
    morale.

    La résistance ne s’éteindra pas

    La Nakba de
    1948, Sabra et Chatila en 1982, et aujourd’hui Gaza : chaque tragédie nourrit
    la mémoire palestinienne. Les orphelins d’aujourd’hui seront les résistants de
    demain. Détruire une ville ne détruit pas un peuple. Cela renforce sa détermination.

    Conclusion

    L’incendie
    de Gaza n’est pas seulement celui des immeubles et des oliveraies : c’est celui
    de la légitimité morale d’Israël, et avec elle de l’Occident qui détourne le
    regard. Tant que nous accepterons que « Gaza brûle », c’est notre propre
    humanité qui partira en fumée.

    Pendant des
    décennies, Israël s’est appuyé sur les gouvernements occidentaux pour échapper
    à ses responsabilités. Mais leur soutien diminue. La sauvagerie et l’ignominie
    d’un État qui se vante que « Gaza brûle », alors que les enfants qu’il affame
    n’ont plus que la peau sur les os, et que les corps des civils qu’il a
    massacrés se décomposent sous les décombres, ne peuvent plus être dissimulées.

    Le projet,
    autrefois masqué par le soi-disant « brouillard de la guerre », est désormais
    clair : il s’agit de la punition collective d’un peuple, cyniquement dissimulée
    sous l’étendard de « victime » qu’arbore Israël. Mais l’histoire enseigne
    qu’aucune catastrophe n’éteint la résistance née de l’injustice. Elle
    l’intensifie.

    • « Ce n’est plus une guerre :
      c’est une punition collective. »
    • « Détruire une ville ne détruit
      pas un peuple. Cela renforce sa détermination. »

    « Gaza
    brûle
    » : deux mots qui hanteront la conscience humaine longtemps après que
    les braises se seront éteintes.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

     

     

     

  • Gaza sous siège : Témoignage d’une journaliste face à l’effacement d’un peuple »

     

    par Huda
    Skaik,— Ville de Gaza

    Je parle
    d’ici, du cœur même de la ville de Gaza. Ce n’est pas seulement un endroit sur
    une carte : c’est un corps collectif fait de rues, de voix, de mosquées, de
    cafés, d’oliviers et d’histoires. Quand ces lieux sont détruits, ce n’est pas
    seulement de la pierre qui tombe — c’est la mémoire, l’identité et l’existence
    d’un peuple qui sont visées.

    Le 29
    janvier 2024 reste gravé en moi comme l’un de ces instants où le monde cesse
    d’obéir à toute logique humaine. Pendant neuf jours, ma famille et moi sommes restés
    enfermés. Des chars entouraient le quartier d’Al-Rimal et la zone d’Al-Jawazat
    ; des bulldozers creusaient et piétinaient les artères de notre vie quotidienne
    ; des hélicoptères vrombissaient sans répit au-dessus de nos têtes. Des soldats
    ont fouillé notre maison, ont contraint mon père, mon frère, mon oncle et mes
    cousins à marcher les yeux bandés, les mains liées — puis ils ont fait sauter
    notre toit. Ce ne sont pas des incidents isolés : ce sont des opérations qui
    obéissent à une logique de dévastation systématique.

    Quand
    j’observe la stratégie en cours, je n’y vois pas seulement une opération
    militaire ponctuelle, mais un projet plus large : le déplacement forcé et
    l’effacement progressif d’un peuple. L’occupation, dans sa forme la plus
    brutale, ne se limite pas à la présence de soldats. Elle vise à rendre la terre
    inhabitable — à brûler les maisons, déraciner les arbres, raser les lieux de
    socialité et réduire au silence les institutions (les écoles, les hôpitaux, les
    lieux de culte) qui font d’une population une société. Cette logique
    d’effacement possède une dimension matérielle — la destruction
    d’infrastructures — et une dimension symbolique : la négation des récits et des
    vies qui ont façonné ces lieux.

    Les ordres
    d’évacuation répétés, les corridors forcés vers le sud, les zones dites
    «humanitaires» surpeuplées et sous-approvisionnées : tout cela forme un
    mécanisme connu et redouté. Historiquement, le déplacement forcé fonctionne
    selon un schéma qui isole, fragilise et disperse les communautés jusqu’à rendre
    leur retour improbable — voire impossible. Le terme même de Nakba, que mes
    grands-parents ont vécu en 1948, nous rappelle que le déplacement peut se
    transformer en dépossession définitive lorsque les exilés meurent sans retour
    et que leurs clefs restent accrochées au passé.

    Dire
    «génocide», comme je l’ai fait et comme beaucoup le font ici, n’est pas un
    simple choix rhétorique : c’est la tentative de nommer l’ampleur d’une
    politique qui combine bombardements aveugles, attaques sur les services essentiels
    (hôpitaux, approvisionnement en eau, abris), et expulsions massives. Nommer,
    c’est aussi exiger que la communauté internationale entende la logique de
    destruction systématique et prenne en compte non seulement les morts immédiates
    mais aussi l’éradication progressive d’un tissu social.

    Les récits
    individuels révèlent la conséquence humaine — un enfant épuisé qui s’endort sur
    l’une des rares possessions qu’il a pu emporter, des familles qui marchent la
    nuit, des personnes âgées écrasées par la fatigue — mais ils signalent aussi un
    phénomène collectif : la dépossession de l’histoire et de l’espace. Quand la
    mer, les marchés et les mosquées ne sont plus que décombres, que restera-t-il
    pour raconter qui nous étions ? C’est cette annihilation de la continuité qui
    m’effraie le plus.

    Vivre sous
    la menace constante d’un déplacement définitif transforme la temporalité
    individuelle et collective. Nous apprenons à « vivre comme si c’était le
    dernier jour » — boire notre café, observer le coucher du soleil, échanger des
    regards comme autant d’adieux préemptifs. Mais ce n’est pas seulement une façon
    de faire face : c’est la preuve d’une violence qui vole l’horizon politique et
    empêche l’espoir de se recomposer en projet. Lorsque l’avenir est arraché, la
    résistance et la dignité prennent une forme précaire : la persistance à
    exister, à nommer, à témoigner.

    L’expérience
    vécue en novembre 2023, lorsque les chars sont entrés à Rimal, et les frappes
    qui ont visé Al-Shati ou les abords des hôpitaux Al-Shifa et Al-Quds, illustrent
    la violence répétée et sa capacité à frapper les espaces censés protéger la
    vie. Que des ordres d’évacuation aient été suivis par des frappes meurtrières
    montre l’ambiguïté meurtrière des «protections» promises et la mise en scène
    d’un déplacement qui n’offre aucune sécurité réelle.

    Derrière ces
    stratégies militaires se dessinent des conséquences durables : la perte des
    racines matérielles (maisons, terres, arbres) et immatérielles (mémoire,
    relations, habitudes). Les tentes dans lesquelles certains d’entre nous ont
    déjà vécu après la Nakba sont un rappel brutal que l’exil peut devenir une
    condition transmise de génération en génération. Vivre dans une tente, encore
    une fois, ce n’est pas seulement affronter le froid ou la chaleur — c’est
    perdre un espace intime où se construisent la dignité et la réminiscence
    familiale.

    Pourtant,
    malgré la peur et la destruction, il y a une résistance qui n’est pas seulement
    armée : c’est la résistance de la mémoire, du récit, du reportage. En tant que
    journaliste, écrire et documenter est une façon de défier l’effacement. Mon
    attachement à Gaza n’est pas un simple ancrage géographique ; il est moral et
    politique : rester, témoigner et appeler à la reconnaissance de notre droit à
    exister comme peuple.

    Je ne peux
    prédire l’issue. Je refuse cependant de céder au silence qui accompagne souvent
    l’éviction : si nous mourons, que ce soit en portant encore le nom de nos
    maisons et de nos rues. Si nous sommes expulsés, que l’on sache qu’il ne s’agit
    pas d’un «départ», mais d’un exil forcé. Nous resterons attachés à Gaza dans
    nos paroles, nos souvenirs et nos récits — même si l’ennemi croit nous réduire
    au silence, nos vies et nos voix persistent à témoigner.

    Enfin, il
    faut insister sur une vérité simple mais essentielle : la paix n’est pas
    impossible. Refuser l’horizon de la paix, c’est choisir la perpétuation de la
    guerre et de la violence. L’histoire montre des réconciliations inattendues
    entre anciens ennemis — elles exigent cependant des décisions politiques
    courageuses, la reconnaissance des injustices passées et un engagement pour la
    justice. Tant que ces conditions manqueront, la violence pourra reprendre ;
    mais tant que nous parlerons, nous aurons la possibilité d’ouvrir des chemins
    différents.

    Je signe ces
    lignes depuis Al-Rimal. Si demain je ne peux plus les réécrire, que ces mots
    portent la trace de notre présence et l’accusation claire d’un processus qui ne
    détruit pas seulement des maisons, mais 
    Je signe ces lignes depuis Al-Rimal. Si demain je ne peux plus les réécrire, que ces mots portent la trace de notre présence et l’accusation claire d’un processus qui ne détruit pas seulement des maisons, mais cherche à effacer des peuples.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

  • Reconnaître la Palestine n’est pas un angélisme

     

    Cette
    tribune répond à l’article de l’extrême droite critiquant la reconnaissance de
    l’État de Palestine par la France. Il démontre que ce geste diplomatique n’est
    pas un simple acte symbolique ou de communication, mais une étape nécessaire
    pour maintenir vivant l’horizon d’une paix possible. Il dénonce le déterminisme
    qui enferme Israéliens et Palestiniens dans une logique de guerre sans fin,
    ainsi que l’instrumentalisation du conflit dans le débat français.

    Le discours
    d’Emmanuel Macron du 22 septembre 2025 à l’Assemblée générale des Nations Unies
    a marqué une étape diplomatique importante : la France a officiellement reconnu
    l’existence de l’État de Palestine, dans un cadre conditionné à la libération
    des otages et à un cessez-le-feu. Cette décision, qui s’inscrit dans une
    logique de long terme de la diplomatie française, a suscité des réactions
    contrastées, parmi cet autre article
     
    d’une presse de l’extrémisme de France, fidèle à son style acerbe,
    dénoncent une démarche «
    de vertu diplomatique », sans portée réelle,
    voire dangereuse. Cette presse, déjà épinglée pour avoir relayé
    des mensonges pro-Israël, mérite donc d’être pointée du doigt pour, a minima,
    une objectivité bien relative confinant à de la désinformation. Cependant réduire
    cet acte à un simple exercice d’angélisme ou de communication relève d’un
    contresens politique et historique.

    La diplomatie symbolique n’est pas inutile

    L’un des arguments centraux de l’article consiste à
    affirmer que reconnaître la Palestine « ne mange pas de pain », qu’il
    s’agirait d’un geste gratuit, destiné à flatter l’opinion internationale et à
    servir d’éventuelle rampe de lancement à Macron vers l’ONU. Or, cette vision
    cynique méconnaît le rôle fondamental des gestes symboliques dans les relations
    internationales.

    L’histoire
    regorge d’exemples où la reconnaissance formelle d’un État a ouvert la voie à
    des négociations, à une stabilisation ou à une légitimation internationale.
    Reconnaître la Palestine, ce n’est pas ignorer la colonisation mais c’est
    affirmer qu’une solution politique est non seulement nécessaire, mais aussi
    possible. Prétendre que ce geste est vain revient à confondre immédiateté et
    efficacité : la diplomatie n’est pas le domaine de l’instantanéité, mais celui
    du long terme.

    L’erreur du déterminisme : « c’est nous ou eux »

    La presse de l’extrême affirme que « le 7-Octobre
    est irréparable
    » et que pour beaucoup d’Israéliens, la conclusion est
    claire : « s’ils ont un État demain, les Palestiniens recommenceront ».
    Une telle formulation essentialise le conflit, comme si l’histoire était figée
    dans une opposition éternelle et irrémédiable.

    Pourtant partout
    dans le monde, les gens sont horrifiés et dégoûtés qu’Israël tire, bombarde et
    affame des hommes, des femmes, des enfants et des bébés innocents ! Israël
    commet un génocide ! Israël tue délibérément des journalistes pour empêcher le
    monde d’apprendre les innombrables atrocités insondables qu’Israël commet
    chaque jour ! Nous exigeons qu’Israël cesse immédiatement les massacres et
    permette à l’aide humanitaire indépendante et aux journalistes indépendants de
    Gaza de faire leur travail ! Nous exigeons également que tous ceux qui ont
    participé directement ou indirectement ou profité des innombrables crimes de
    guerre, crimes contre l’humanité et génocide soient tenus responsables avec
    toutes les conséquences et la sévérité nécessaires.

    Aujourd’hui
    plus personne ne peut nier le génocide. Gaza brûle. La destruction définitive
    de ce qui reste de la Palestine est en cours. Pour achever leur œuvre, Israël
    et ses alliés occidentaux exigent la capitulation et le désarmement de la
    résistance. Dans ces circonstances, la reconnaissance de la légitimité de la
    résistance palestinienne, qu’il s’agisse du Hamas, du Front populaire de
    libération de la Palestine ou des autres organisations de libération, doit être
    la principale préoccupation de tous ceux qui souhaitent que la Palestine
    survive.

    Bien sûr,
    les blessures de la colonisation et la répression des Palestiniens, ainsi que
    le génocide de Gaza  sont réelles et
    profondes que ceux du 7 Octobre. Refuser l’horizon de la paix, c’est choisir la
    perpétuation de la guerre. Or, aucun peuple n’est condamné éternellement à la
    haine. Les exemples d’anciens ennemis devenus partenaires – de la
    réconciliation franco-allemande après 1945 à celle de l’Afrique du Sud
    post-apartheid – prouvent que ce qui paraît impossible aujourd’hui peut devenir
    réalité demain.

    Un biais français : les « islamo-gauchistes » comme
    boucs émissaires
                . 

    Dans sa
    critique, cette presse ne résiste pas à une digression typiquement hexagonale :
    la dénonciation des « islamo-gauchistes » occidentaux qui, selon elle,
    donneraient raison au rejet israélien. Cette attaque traduit moins une analyse
    du conflit au Proche-Orient qu’une volonté d’importer la polémique française
    sur la gauche, l’université et la laïcité dans un débat géopolitique mondial.

    Or, réduire
    la solidarité avec la Palestine à une complaisance envers le terrorisme est une
    caricature. On peut défendre l’existence d’un État palestinien sans être
    complice du Hamas, comme on peut dénoncer la colonisation israélienne sans
    remettre en cause le droit d’Israël à la sécurité. Assimiler toute défense de
    la cause palestinienne à une forme d’extrémisme, c’est fermer l’espace d’un
    dialogue politique légitime et nuancé.

    Le paradoxe des drapeaux : entre liberté d’expression
    et peur des amalgames

    L’article en
    question souligne une incohérence : reconnaître la Palestine au niveau
    international tout en interdisant son drapeau dans l’espace public français.
    Sur ce point, sa critique est juste : il y a une contradiction entre le geste
    diplomatique et la censure symbolique. Mais l’analyse qu’il en propose reste
    insuffisante.

    Non, aucuns
    défilés brandissant le drapeau palestinien ne véhiculent une haine des juifs ou
    de la France. Mais doit-on pour autant délégitimer tout usage de ce drapeau, y
    compris lorsqu’il est associé à celui d’Israël pour appeler à la paix ?

    La liberté
    d’expression n’a de valeur que si elle s’applique aussi aux symboles qui
    dérangent. Refuser le drapeau palestinien au nom de débordements violents,
    c’est céder au soupçon généralisé et à l’amalgame, en niant l’existence d’une
    aspiration pacifique sincère.

    Conclusion : l’urgence d’un horizon politique

    La
    reconnaissance de la Palestine par la France n’est ni une capitulation devant
    le Hamas, ni un simple coup de communication. C’est une tentative, fragile mais
    nécessaire, de rouvrir un horizon politique dans un conflit qui tend à se
    fossiliser dans le désespoir et la vengeance.

    La presse de
    l’extrême droite critique Emmanuel Macron pour son supposé angélisme. Mais le
    vrai danger n’est pas l’angélisme : c’est le cynisme. C’est l’idée qu’aucune
    solution n’est possible, que le conflit est voué à se répéter indéfiniment, et
    qu’il faut s’y résigner. La diplomatie n’est pas faite pour entretenir cette
    résignation, mais pour la contester.

    Reconnaître
    la Palestine, c’est rappeler qu’au-delà des actes du Hamas et des dérives du
    gouvernement israélien, il existe des peuples, des individus, et surtout un
    avenir à construire. Refuser ce geste, c’est condamner la région à l’éternel
    présent de la guerre.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

  • Quand la mémoire et l’histoire sont instrumentalisées pour imaginer Israël en autarcie

                                        

    La
    reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron a suscité des
    réactions diverses, révélant les fractures profondes qui traversent le débat
    sur le conflit israélo-palestinien. Parmi elles, un article paru dans une
    presse d’extrême droite illustre un phénomène plus large : la mobilisation d’un
    récit identitaire pour encadrer le regard du lecteur. Dans plusieurs pays
    européens, l’extrême droite utilise la presse, les réseaux sociaux et les
    analyses historiques sélectives pour transformer des débats diplomatiques en
    batailles symboliques. Ces discours ne cherchent pas à informer, mais à
    renforcer un sentiment d’urgence identitaire, à mobiliser un électorat et à
    réduire la complexité du monde à des binarismes simplistes. L’article en
    question offre un exemple frappant de ce mécanisme, et mérite d’être décortiqué
    pour en montrer les ressorts et les contradictions internes.

    La mémoire juive comme instrument politique : Israël  associe la reconnaissance de la Palestine à
    une offense au peuple juif, notamment en raison de la coïncidence avec Roch
    Hachana. Ce lien symbolique transforme un geste diplomatique en provocation
    religieuse, sans preuve d’intentionnalité.
    La contradiction majeure est historique et idéologique : la presse d’extrême
    droite, longtemps marquée par l’antisémitisme, se présente aujourd’hui comme
    protectrice des Juifs. Mais cette protection est sélective, valable uniquement
    lorsqu’elle permet de désigner un nouvel ennemi – « l’islam » – et d’amalgamer
    toute cause palestinienne avec l’antisémitisme. La mémoire juive est ainsi
    instrumentalisée au service d’un récit identitaire.

    L’histoire utilisée comme arme : Le texte multiplie les
    références historiques – Hadrien, la conférence de San Remo, la résolution 181,
    Glubb Pacha – pour conférer une légitimité apparente à son argumentaire.
    Cependant, l’histoire y est sélective et orientée : elle ne retient que les
    éléments qui légitiment la thèse d’une illégitimité palestinienne. Les épisodes
    qui contredisent ce récit, tels que la Nakba, l’occupation, les colonies ou les
    résolutions internationales sur le droit des Palestiniens à
    l’autodétermination, sont absents. L’histoire n’est pas analysée pour
    comprendre, mais mobilisée comme arme politique.

    L’essentialisation des Palestiniens : Le texte insiste sur la
    corruption, la violence et la supposée culture de haine des Palestiniens,
    réduisant un peuple entier à une essence immuable.
    Ce mécanisme reproduit un modèle historiquement appliqué aux Juifs :
    l’essentialisation. Le contraste est frappant : l’essentialisation est dénoncée
    lorsqu’elle vise les Juifs, mais appliquée sans nuance aux Palestiniens. Il
    s’agit d’un double standard idéologique, qui nie la capacité des Palestiniens à
    se constituer comme sujets politiques autonomes.

    Israël valorisé, mais à contre-emploi : Israël est présenté comme un
    bastion civilisationnel et démocratique. Pourtant, cette vision occulte la
    complexité d’une société plurielle, composée de multiples identités et
    traversée par des tensions internes.
    La contradiction est manifeste : l’extrême droite française rejette le
    multiculturalisme et la pluralité des identités dans son propre pays, mais
    encense ces mêmes caractéristiques lorsqu’elles servent à défendre Israël comme
    rempart civilisationnel. Israël n’est pas célébré pour ce qu’il est, mais pour
    sa fonction symbolique dans un récit identitaire.

    La souveraineté à sens unique : L’extrême droite revendique
    la souveraineté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Or, ce principe
    est systématiquement refusé aux Palestiniens, dont l’autodétermination est
    décrite comme illégitime ou dangereuse.
    La souveraineté devient ainsi un privilège idéologique, accordé selon la
    légitimité attribuée par le narratif nationaliste et non selon un principe
    universel de droit des peuples.

    Le seul et
    unique responsable de cette situation s’appelle sionisme. Car c’est du sionisme
    que découlent depuis 1948 meurtres de masse, assassinats, épuration ethnique,
    colonisation, expulsion des autochtones, accaparement de terres, racisme et
    suprémacisme. Parce qu’il ne produit que mort, désolation, crimes de guerre et
    crimes contre l’humanité – parmi lesquels le crime suprême qu’est le génocide-,
    le sionisme, idéologie occidentale doit être dénoncé devant l’Histoire et la
    justice des hommes.

    La force des mots dénoncée et mobilisée : la presse pro-Israëlienne
    critique Macron pour sa diplomatie « verbale ». Mais sa démonstration
    repose elle-même sur la force des mots et des symboles : la date de Roch
    Hachana, l’origine du mot « Palestine », les couleurs du drapeau.
    Il y a une contradiction évidente : on dénonce la performativité des mots tout
    en construisant un raisonnement basé sur leur pouvoir symbolique. La rhétorique
    elle-même devient l’instrument principal de persuasion.

    Une solidarité juive conditionnelle : la presse pro-israélienne prétend
    défendre les Juifs, mais ne reconnaît que les voix qui confortent son récit :
    intellectuels critiques de la colonisation, ONG israéliennes ou militants
    progressistes sont ignorés ou disqualifiés. La solidarité n’est pas
    universelle, mais conditionnée par l’adhésion à un récit identitaire.

    Conclusion :
    les risques d’un récit fermé : la presse pro-israélienne illustre une
    logique connue : transformer un débat politique complexe en opposition binaire
    et simpliste, où Israël symbolise la légitimité et la modernité, et la
    Palestine incarne la menace et l’archaïsme. Il ne s’agit pas d’une analyse,
    mais d’une rhétorique de combat identitaire, fondée sur l’instrumentalisation
    de la mémoire, l’usage sélectif de l’histoire et l’essentialisation des
    adversaires.

    La lecture
    attentive de ces textes révèle aussi les contradictions internes : mémoire
    juive invoquée tout en niant l’antisémitisme historique de certains milieux,
    célébration d’Israël tout en rejetant ses complexités internes, dénonciation
    des mots tout en les utilisant comme preuve. Ces contradictions montrent que
    l’objectif n’est pas la cohérence intellectuelle, mais la mobilisation
    idéologique et émotionnelle.

    Plus
    largement, ce type de discours pose un risque démocratique et intellectuel : en
    enfermant le débat dans un récit clos et manichéen, il empêche la nuance, le
    dialogue et la réflexion critique. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour
    distinguer analyse politique et rhétorique de combat identitaire, et pour
    préserver un espace de débat public fondé sur l’information et la complexité
    plutôt que sur la peur et l’essentialisation.

    L’analyse sur
    la presse pro-Israëlienne révèle que son objectif n’est pas d’éclairer les
    enjeux géopolitiques ou diplomatiques, mais de construire un récit idéologique
    structuré autour de trois mécanismes principaux :

    Victimisation de la mémoire
    juive : elle est mobilisée pour délégitimer toute reconnaissance de l’État
    palestinien. La souffrance et l’histoire du peuple juif sont transformées
    en arguments politiques, instrumentalisées pour justifier un
    positionnement unilatéral et disqualifier symboliquement toute initiative
    de dialogue.

    Sélection historique partiale :
    en choisissant certains événements et en omettant d’autres, l’article
    construit une continuité d’illégitimité palestinienne. Les épisodes qui
    pourraient nuancer le récit – la Nakba, l’occupation, les colonies ou les
    résolutions internationales – sont ignorés, donnant l’impression d’une
    Palestine historiquement contestable et politiquement incapable.

    Effacement de la complexité et
    des responsabilités israéliennes : le conflit est réduit à une opposition
    binaire entre un Israël toujours légitime et des Palestiniens
    intrinsèquement incapables ou corrompus. Cette simplification masque la
    multiplicité des acteurs, des trajectoires et des enjeux qui façonnent le
    conflit depuis un siècle.

    Ces
    mécanismes montrent que l’article relève moins d’une analyse que d’une
    rhétorique de combat identitaire, conçue pour mobiliser, exclure et polariser.
    La lecture attentive de tels textes est indispensable pour préserver un espace
    de débat public nuancé, fondé sur la complexité, le dialogue et l’information,
    et non sur la peur, l’essentialisation ou la manipulation symbolique.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

  • La guerre sans fin de Netanyahou : l’Amérique un complice docile »

     

    Une paix assassinée, une guerre programmée, et un
    allié devenu vassal, quand un ancien porte-parole du département d’État admet
    que Netanyahou a systématiquement saboté les négociations, le scandale dépasse
    Israël : il éclabousse une Amérique complice, qui a couvert, financé et protégé
    la guerre au lieu d’imposer la paix.

    On prétend
    souvent que la paix au Proche-Orient s’éloigne par malchance, par complexité,
    par impossibilité. La vérité est plus brutale : elle a été sabotée.
    Délibérément. Et les États-Unis, loin de l’empêcher, l’ont financée, couverte
    et sanctifiée.

    Ce constat
    n’émane pas d’un militant, mais d’un ancien porte-parole du département d’État
    américain, Matthew Miller, qui avoue aujourd’hui ce que chacun pressentait :
    Israël n’a pas simplement échoué à conclure des accords de cessez-le-feu et
    d’échanges d’otages, il a sciemment choisi de les faire capoter.

    Le
    sabotage comme stratégie

    Les faits,
    d’abord. En 2024, lorsqu’un cessez-le-feu de six semaines fut mis sur la table,
    Israël donna son accord… puis prévint le Hamas qu’il envahirait Rafah malgré
    tout. Comment négocier si l’issue est déjà annoncée : la destruction ? Le
    Hamas, sans surprise, refusa.
    Ce scénario n’était pas un accident. Chaque tentative d’accord a été marquée
    par des « fuites », des « corrections » ou de nouvelles exigences impossibles à
    satisfaire. Tout, pour faire échouer l’effort diplomatique.

    Cette
    mécanique n’est pas une maladresse. C’est une méthode. Et c’est là le cœur du
    problème : Israël ne veut pas de la paix. Elle contredirait le projet assumé
    par Netanyahou lui-même : une guerre longue, interminable, conçue comme horizon
    politique.

    L’obéissance
    américaine

    Face à ce
    sabotage répété, que firent les États-Unis ? Rien. Non, pire : ils validèrent.
    Quand Israël ridiculisa publiquement le président Biden en déformant ses
    propositions, Washington répondit par davantage d’armes, davantage de
    financements, davantage de silence.
    Ce n’est pas de l’alliance. C’est de l’obéissance. Une superpuissance mondiale
    réduite à avaler les humiliations, à couvrir des crimes, à feindre de croire
    qu’elle « fait tout pour la paix », alors qu’elle arme et protège celui qui
    détruit toute issue politique.

    La formule
    choque, mais elle est juste : la relation américano-israélienne n’est plus une
    coopération, mais une dépendance toxique. Israël agit, l’Amérique suit. Israël
    sabote, l’Amérique paie. Israël annonce une guerre éternelle, l’Amérique signe
    le chèque
    .

    L’aveu et
    la complicité

    L’aveu de Miller est glaçant : pendant qu’il répétait les éléments de
    langage sur la « retenue » d’Israël, il savait que son gouvernement regardait
    ailleurs, alors que Netanyahou piétinait chaque initiative. Ce n’était pas de
    la diplomatie. C’était du marketing de guerre.
    Et cela pose une question plus large : jusqu’à quand une démocratie comme les
    États-Unis peut-elle financer une guerre qu’elle sait elle-même sans issue ?
    Jusqu’à quand le contribuable américain acceptera-t-il de payer, en milliards
    de dollars, une guerre que même ses diplomates admettent inutile et
    destructrice
    ?

    Le prix
    de la guerre sans fin

    Car cette guerre n’est pas seulement un cauchemar pour les Palestiniens et
    un gouffre moral pour Israël : elle devient un fardeau pour l’Amérique
    elle-même. Chaque bombe envoyée à Gaza est un futur retour de flamme. Chaque
    humiliation acceptée par Biden est une perte de crédibilité internationale.
    Chaque « soutien inconditionnel » est une dette politique que l’histoire fera
    payer.

    En choisissant l’obéissance à Israël, Washington renonce à son rôle de
    puissance diplomatique mondiale. En acceptant la logique de guerre permanente,
    il accepte aussi la logique de l’échec permanent
    .

    Une paix
    assassinée

    La paix au Proche-Orient n’est pas morte d’impossibilité. Elle n’est pas
    morte d’un désaccord insoluble. Elle a été assassinée, à coups de sabotages
    répétés, sous les yeux de ceux qui prétendaient la défendre. Et les États-Unis,
    loin de s’interposer, ont tenu la lampe.

    Voilà le scandale : non pas qu’Israël choisisse la guerre – c’est sa
    stratégie. Mais que l’Amérique, première puissance mondiale, se contente de la
    financer, de la protéger et d’en épouser les conséquences.

    Ce que révèle l’aveu de Miller, ce n’est pas seulement le cynisme d’un
    gouvernement israélien enfermé dans son projet guerrier. C’est aussi la
    faillite morale et politique d’un allié qui s’est transformé en vassal
    .

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

     

  • Les scribouillards de la honte : complices en plume et en silence

     

    Un pamphlet
    acide contre une poignée de célébrités françaises qui se parent de vertu en
    exigeant la libération de 49 otages israéliens tout en fermant les yeux sur le
    martyre d’1,5 million de Palestiniens. Ces « scribouillards » ne sont pas des
    consciences, mais des complices : sophiste de plateau, cabotin de la mémoire,
    animateur-moraliste, caricaturiste amnésique et acteur intermittent de
    l’indignation. Leur lettre n’est pas un appel à la paix : c’est un permis de
    massacrer, une hiérarchisation obscène des vies, une signature au bas de
    l’infamie.

    Honte. Hypocrisie. Complicité. Voilà les seuls mots qui conviennent pour
    qualifier ceux qui, du haut de leur confort parisien, osent exiger du Président
    de la République qu’il refuse la reconnaissance de l’État palestinien au nom…
    des 49 otages israéliens encore détenus. 49 vies, brandies comme un étendard
    sacré, alors que plus d’1,5 million de Palestiniens sont promis à la famine,
    aux bombes, à la mort lente dans un camp de concentration nommé cyniquement
    “ville humanitaire”.

    Ils crient « otages ! » comme on sonne le tocsin dans un village qui
    n’est pas le leur. Ils brandissent 49 noms comme on agite un drapeau de vertu,
    puis retournent dans leurs salons chauffés pour commenter l’horreur à la lueur
    d’un cocktail. BHL, Enthoven, Attal, Gainsbourg, Torreton, Arthur et la bande
    des autographes — ces petits comptables de la conscience signent, tapotent,
    se rassurent : leur indignation a l’éclat poli d’un bibelot.

    Ce ne sont pas des intellectuels : ce sont des marionnettistes du sentiment.
    Leurs plumes ne sont que plumeaux pour parer la poussière morale qu’ils sèment.
    Ils nous vendent l’indignation comme on vend une montre en toc : empaquetée,
    garantie dix-huit mois, remboursable à l’éternité. Leur lettre n’est pas un
    appel, c’est une opération marketing de l’émotion.

    Ils parlent “d’otages israéliens”. Mais se taisent sur les
    milliers d’otages palestiniens, y compris des enfants de 12 ans jugés par des
    tribunaux militaires, torturés dans les geôles israéliennes. Le mot est juste :
    otages. Car Israël échange ces vies arrachées à leurs familles comme on échange
    des jetons, dans une obscénité qui ne choque jamais ces grandes consciences de
    salon.

    Et pendant que ces intellectuels en carton-mâché brandissent la “carte
    Hamas
    ” pour faire taire toute critique, que disent les dirigeants
    israéliens eux-mêmes ?

    Smotrich l’a avoué : “ramener les otages n’est pas le but le plus
    important.”

    Herzog l’a reconnu : la libération des otages n’est plus une priorité.

    Des colons jubilent : mieux vaut écraser Gaza que sauver des vies
    israéliennes
    .

    Voilà la vérité nue : les otages ne sont qu’un prétexte, un outil de
    propagande pour justifier l’injustifiable, le génocide en cours.

    Car oui, parlons de génocide. Les chiffres ne mentent pas : 200 000 morts à
    Gaza, 640 000 déplacés, 85 000 tonnes de bombes larguées sur 360 km², 90 % des
    infrastructures détruites, 70 % des terres agricoles rasées. Famine planifiée,
    humanitaires abattus, journalistes assassinés. Netanyahou sous mandat d’arrêt
    de la CPI. L’ONU parle de génocide. Mais pour nos belles âmes, il faudrait
    détourner le regard, et s’indigner seulement quand Israël pleure ses morts.

    Regardons-les à la loupe : grands prêtres de la nuance sélective,
    spécialistes du tri des victimes. Ils classent les vies comme on classe des
    œuvres d’art : à l’abri, sous verre, selon l’étiquette du bon goût. 49 vies
    sont précieuses — elles pèsent lourd dans leurs discours, parce qu’elles leur
    donnent une excuse en or pour fermer les yeux sur un million et demi d’êtres
    humains qui crèvent à côté. C’est la comptabilité sacrée : une larme de
    célébrité vaut plus qu’un océan de sang anonyme.

    Ils ont cru
    signer une lettre. En réalité, ils ont signé leur portrait. Un autoportrait
    collectif de lâcheté, de tartufferie et de compromission. La plume trempée dans
    l’eau bénite de l’hypocrisie, ils jouent les prophètes de la morale alors
    qu’ils ne sont que les secrétaires d’un massacre.

    Enthoven, le sophiste en smoking

    Raphaël
    Enthoven n’enseigne pas la philosophie : il la maquille. Ses phrases roulent
    comme des perles de plastique : brillantes de loin, mais creuses à l’intérieur.
    Lorsqu’il proclame qu’à Gaza « il n’y a pas de journalistes », il ne fait pas
    une analyse : il décerne une autorisation de tir. Enthoven est Socrate sous
    somnifère, un bateleur qui vend des aphorismes comme d’autres vendent des
    rasoirs jetables. Son indignation est calibrée pour le plateau télé, son
    intelligence s’évapore dès qu’elle croise un cadavre palestinien. Philosophe ?
    Non. Porte-voix officiel du mensonge en col blanc.

    Yvan Attal, le cabotin de la mémoire

    Yvan Attal
    confond la tragédie avec son journal de bord. Lorsqu’il déclare que les
    Palestiniens « jalousent la Shoah », il ne fait pas une analyse historique : il
    signe un délire d’acteur en mal de rôle. Attal croit que la souffrance est un
    script, que les morts sont des figurants et que le martyre se distribue comme
    des premiers rôles. Sa vision du monde est un casting permanent : Israël en
    héros, Palestine en usurpateur. Mais la réalité n’est pas un plateau de cinéma
    : c’est un champ de ruines où ses métaphores odieuses deviennent des insultes à
    la mémoire qu’il prétend protéger.

    Arthur, le télévangéliste du divertissement

    Arthur,
    marchand de divertissement recyclé en moraliste discount. Lui qui a passé sa
    vie à distribuer des valises pleines de billets sur des plateaux croit
    désormais distribuer les brevets d’humanité. Il trie les victimes comme il trie
    ses candidats : un bouton, un buzzer, éliminé. Ses indignations ressemblent à
    ses émissions : artificielles, bruyantes, spectaculaires, mais sans profondeur.
    Arthur ne signe pas pour défendre des vies : il signe pour acheter une image,
    se draper dans une cause comme on s’offre une Rolex. Son humanisme n’a pas de
    cœur : seulement un chrono et des lumières de studio.

    Joann Sfar, le caricaturiste de l’amnésie

    Joann Sfar
    manie le trait mais gomme les cadavres. Il dessine des caricatures mais efface
    systématiquement les ruines de Gaza de son album de conscience. Il sait griffer
    quand il s’agit de flatter l’opinion dominante, mais son crayon tremble quand
    il s’agit de croquer la réalité d’un peuple écrasé sous les bombes. Sa liberté
    d’expression est une cage dorée : il s’y enferme en tournant en rond, répétant
    toujours la même image. Sfar a du talent, oui ; mais il l’a bradé pour devenir
    l’illustrateur officiel du silence complice.


    Philippe Torreton, l’indigné intermittent

    Philippe
    Torreton aime l’indignation comme d’autres aiment la scène : à la lumière,
    devant un public, quand l’applaudimètre promet des ovations. Mais hors
    projecteurs, il se tait. Sa colère est un rôle, son engagement une mise en
    scène. Quand il fallait dénoncer les procès militaires d’enfants palestiniens,
    silence. Quand il fallait pointer les bombes sur les hôpitaux, mutisme.
    Torreton pratique l’indignation sélective : intermittente comme ses cachets. Il
    est moins un acteur qu’un figurant de la bonne conscience collective.

    Voilà donc
    la troupe : un sophiste de plateau, un acteur en transe mémorielle, un
    animateur reconverti en télévangéliste, un dessinateur qui gomme les morts et
    un comédien qui répète son indignation comme une tirade éculée.

    Leur hypocrisie a l’éclat d’un néon publicitaire. Ils dénoncent «
    l’inhumanité » quand elle frappe un voisin qui leur plaît, mais ferment la
    bouche quand elle frappe ceux qui n’ont pas le bon accent. Ils hurlent à l’antisémitisme
    comme on agite un drapeau pour masquer la vacuité de leur argument. Mais quand
    il s’agit des prisons où sont jetés des enfants palestiniens, ou des convois
    humanitaires arrêtés en mer, leurs plumes prennent la pose muette du
    photographe mondain. Ils oublient commodément que le silence a un prix — et que
    ce prix, aujourd’hui, s’appelle mort.

    Qu’on appelle un chat un chat : leur lettre est la traduction moderne du
    renard qui surveille le poulailler en se présentant comme protecteur. Elle
    légitime non pas la paix, mais la perpétuation d’une stratégie meurtrière. Ils
    répètent les slogans de la rhétorique d’État sans un roman ni un soupçon de
    scepticisme. Ils prennent pour parole d’Évangile les déclarations officielles,
    et traitent toute contradiction comme une hérésie. Leur grille de lecture est
    simple : si ça vient d’un ministre pro-colonial, alors c’est vérité ; si ça
    vient d’un Palestinien qui meurt de faim, alors c’est propagande.

    Leur vocabulaire est une arnaque lexicale : « prisonniers » pour désigner
    les enfants arrachés à leur famille, « opérations ciblées » pour dire « tueries
    de civils », « trêve rompue » pour masquer la mainmise sur l’aide humanitaire.
    Ils politisent les mots pour blanchir les actes. Le langage devient leur
    complice. Et quand on met des mots sur le crime, ces scribouilleurs trouvent
    toujours un alibi rhétorique : « complexité », « nuance », « situation tragique
    des deux côtés ». Mais il arrive un moment où les deux côtés n’existent plus :
    il n’y a que l’un qui tue à grande échelle, et l’autre qui s’effondre.

    Leur posture est indécente ; leur morale, une monnaie de singe. Ils
    pratiquent la théologie de l’exception : une victime acceptable, une victime
    désirable, et puis toutes les autres, celles qui gênent, celles qui dérangent, invisibilités.
    Ils élèvent la hiérarchie des souffrances en art de gouverner l’émotion
    publique.

    Le terrorisme, ils l’imputent aux Palestiniens. Mais relisons la définition
    européenne : destructions massives, coupures d’eau, de nourriture, bombardements
    de civils, usage de la famine comme arme. Qui coche toutes les cases ? Israël.
    Un État terroriste, colonial, suprémaciste, rêvant d’un “Grand Israël”
    bâti sur les ruines de Gaza

    À ces signataires, la population de Gaza n’a pas d’argument poli à offrir : mais
    des vérités tranchantes dans sa réponse :

    Vous avez choisi le camp de la commode moralité. Vous avez troqué la
    pitié contre la posture. Vous avez fait de l’indignation un label de marque.
    Vous êtes devenus, sans l’avouer, les notaires d’un silence complice
    . Alors
    non, messieurs-dames les signataires. Votre lettre n’est pas un appel à la
    paix, mais un crachat sur les tombes palestiniennes. Vous hiérarchisez les
    vies, vous légitimez le massacre, vous transformez la lutte contre
    l’antisémitisme en arme de censure. Vous êtes les scribes de l’injustice, les
    relais d’un pouvoir criminel

    Et pour finir, une prophétie qui n’en est pas une : l’Histoire ne
    retiendra pas votre élégance mondaine. Elle retiendra vos signatures, vos choix
    et vos silences. Les registres se remplissent, et la mémoire, elle, n’oublie
    pas les renoncements déguisés en sagesse. Quand les peuples reliront ces pages,
    vos noms ne brilleront pas ; ils tachent. Vous aurez voulu être du côté du
    monde accepté — vous serez du côté de la honte.

    Ils ne
    signent pas une lettre : ils apposent leur sceau sur un permis de massacrer.
    Ils n’écrivent pas un texte : ils sculptent leur complicité dans le marbre de
    l’Histoire. Leur indignation ne vaut rien, parce qu’elle s’arrête là où
    commence le sang des autres. Qu’ils se rassurent : l’avenir retiendra leurs
    noms. Mais non pas comme des consciences éclairées. Comme des figurants de la
    honte, des porte-voix du silence, des notaires de l’inhumanité.

    Et
    l’Histoire, bientôt, vous classera là où vous méritez : du côté de la honte.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

     

     

  • Le génocide de Gaza : un crime qu’on refuse de nommer

     

    Il y a des vérités qui ne devraient souffrir aucune
    hésitation. Le génocide est l’une d’elles. À Gaza, ce mot n’est pas un abus de
    langage, ni une « opinion extrême » à débattre dans les studios feutrés des
    chaînes d’info. C’est un fait documenté, confirmé, répété par les institutions
    internationales, les juristes spécialisés, les ONG de terrain, et même des
    organisations israéliennes.

    Et pourtant, dans un monde saturé d’images, de
    rapports, de témoignages, on continue à faire semblant qu’il existerait un
    doute. On continue à présenter ce crime absolu comme une hypothèse contestée,
    une simple vision parmi d’autres. Ce mensonge méthodique, entretenu par les
    gouvernements complices et amplifié par une partie des médias, constitue déjà
    une forme de participation au génocide : la participation par le silence, par
    le relativisme, par la dilution de l’évidence.

    Ce qui se passe à Gaza n’est pas un « sujet à débat
    », encore moins une « divergence de points de vue ». C’est un génocide.
    Le terme n’est pas une exagération militante, mais la conclusion d’enquêtes et
    d’analyses menées par des instances internationales, des juristes, des ONG, et
    même des organisations israéliennes de défense des droits humains.

    La Commission d’enquête indépendante des Nations
    unies, l’Association internationale des spécialistes du génocide, Médecins sans
    frontières, Amnesty International, Human Rights Watch, et bien d’autres ont
    employé ce mot avec toute la gravité qu’il implique. Aucune institution
    équivalente n’est venue démontrer le contraire. Le constat est clair, et il est
    partagé.

    Un consensus écrasant, mais ignoré

    Les preuves s’accumulent. La Commission d’enquête des
    Nations unies parle de génocide. L’Association internationale des spécialistes
    du génocide aussi. Human Rights Watch, Amnesty International, Médecins sans
    frontières, la Fédération internationale des droits de l’homme, l’Institut
    Lemkin – tous emploient le même mot. Même Médecins pour les droits de
    l’homme-Israël, organisation née au cœur de la société israélienne, l’affirme.

    Face à ces accusations, Israël ne répond pas par des
    faits, mais par des slogans : «Hamas»,    « antisémite ». Toute critique, toute
    enquête, toute voix discordante se voit systématiquement réduite à une
    conspiration hostile. Cette rhétorique est devenue un écran de fumée, un
    réflexe destiné à délégitimer plutôt qu’à discuter.

    Mais qualifier l’ONU, Amnesty ou Médecins sans
    frontières de simples « relais du Hamas » n’est pas seulement absurde : c’est
    dangereux. Cela empêche de nommer la réalité, et cela réduit au silence ceux
    qui cherchent à l’arrêter.

    Face à ce consensus, qu’oppose-t-on ? Le vide. Le
    déni. Le soupçon systématique d’« antisémitisme ». Comme si l’ONU, Amnesty ou
    MSF n’étaient soudain plus que des marionnettes du Hamas. Comme si les ONG qui
    dénoncent les massacres étaient guidées par une haine millénaire, et non par
    une éthique universelle. C’est cela, l’arme favorite de l’État israélien :
    disqualifier au lieu de répondre, salir au lieu de débattre.

    Le vieux truc rhétorique : tout critique est «
    antisémite »

    Ce procédé est usé, mais efficace. Chaque fois que les
    bombes réduisent des quartiers entiers en poussière, chaque fois que les
    hôpitaux sont bombardés, chaque fois que les enfants sont ensevelis sous les
    décombres, la machine de communication israélienne s’enclenche. Elle ne
    conteste pas les faits – trop visibles, trop sanglants – elle accuse les
    témoins.

    Tout devient Hamas. Tout devient antisémitisme. L’ONU
    ? Hamas. Amnesty ? Hamas. Les médecins de Gaza ? Hamas. Les militants juifs
    antisionistes ? Antisémites contre eux-mêmes. Cette absurdité systématique vise
    un seul objectif : saturer le débat jusqu’à l’asphyxie, décourager toute
    dénonciation, transformer l’accusation de génocide en simple propagande
    ennemie.

    Mais ce stratagème ne peut plus masquer la réalité. Un
    génocide n’est pas moins un génocide parce qu’il est dénoncé par ceux qu’on
    insulte. Les faits ne disparaissent pas parce qu’on les qualifie de « complot
    ».

    Quand la neutralité tue

    Le problème ne réside pas seulement dans la propagande
    israélienne. Il réside aussi dans la manière dont une partie des médias
    occidentaux choisit de traiter la question. En plaçant sur le même plan les
    faits documentés et leur négation politique, ils transforment la vérité en
    simple hypothèse.

    Un journaliste n’a pas pour mission de répéter « un
    camp dit qu’il pleut, l’autre dit qu’il fait beau ». Son rôle est de regarder
    par la fenêtre. Or, la fenêtre est grande ouverte : Gaza est le théâtre d’un
    génocide, et le nier aujourd’hui revient à cautionner sa poursuite.

    Les médias occidentaux portent une part immense de
    responsabilité. Obsédés par l’équilibre des points de vue, ils transforment la
    vérité en hypothèse. Ils mettent sur le même plan les preuves du crime et son
    déni intéressé. Ils traitent le génocide comme une controverse intellectuelle,
    pas comme une tragédie en cours.

    Mais qu’est-ce que cette neutralité, sinon une
    complicité masquée ? Un journaliste n’est pas un perroquet qui répète « un
    camp dit qu’il pleut, l’autre dit qu’il fait beau
    ». Sa responsabilité est
    de regarder par la fenêtre. Et que voit-on par la fenêtre de Gaza ? Des
    immeubles rasés. Des cadavres d’enfants. Des hôpitaux réduits en cendres. Des
    familles affamées sous blocus. Un peuple entier écrasé dans l’indifférence.

    Le génocide comme déni universel

    Ne nous y trompons pas : le cas de Gaza n’est pas
    isolé. Tous les génocides de l’histoire ont été niés au moment où ils se
    déroulaient. Les Arméniens ont été massacrés pendant que l’Empire ottoman
    parlait de « trahison ». Les Juifs d’Europe exterminés tandis que les nazis
    dénonçaient une « propagande alliée ». Les Tutsis du Rwanda massacrés
    pendant que la communauté internationale cherchait à éviter le mot « génocide
    », pour ne pas avoir à intervenir.

    Aujourd’hui, Gaza. Même scénario, mêmes euphémismes.
    On parle de « guerre », de « riposte », de « dommages
    collatéraux
    », alors que la réalité crie un autre mot : génocide. Ceux qui
    refusent de l’employer rejouent, consciemment ou non, la vieille partition du
    déni.


    Nommer pour résister

    Nommer le génocide n’est pas une question de
    sémantique. C’est un acte de résistance. Car tant qu’on tait le mot, on
    autorise le crime à se poursuivre. Tant qu’on relativise, on permet à la
    machine de mort de tourner. Tant qu’on cherche des « deux versions », on donne
    au bourreau le luxe de l’ambiguïté.

    Le génocide de Gaza n’est pas un débat théorique.
    C’est une tragédie en cours, documentée par les institutions les plus
    compétentes. Refuser de l’appeler par son nom, c’est choisir la posture
    confortable de l’équilibre apparent, mais c’est en réalité s’installer du côté
    du crime.

    Notre responsabilité collective est claire : ne pas
    relativiser l’évidence, refuser la neutralité perverse, et nommer ce qui est en
    train de se dérouler. Car ne pas le dire, c’est déjà y participer.

    Gaza n’est pas une controverse, c’est une plaie ouverte.
    Refuser de la nommer, c’est déjà l’infecter davantage. Et c’est pourquoi il
    faut le dire, encore et encore, face au cynisme des puissants et à la lâcheté
    des médias : ce qui se passe est un génocide.

    Un appel universel

    Ce combat dépasse Gaza. Refuser un génocide, c’est
    refuser tous les génocides. C’est affirmer qu’aucune cause, aucune idéologie,
    aucune religion, aucun État ne peut se justifier par l’anéantissement d’un
    peuple. C’est affirmer que le droit à l’existence est sacré, universel,
    indivisible.

    Aujourd’hui, c’est Gaza. Demain, ce pourrait être
    ailleurs. La seule arme que nous avons, avant l’action politique, c’est la
    parole claire. Et cette parole dit ceci : le génocide de Gaza n’est pas une
    opinion, mais une réalité. Ceux qui le nient ne sont pas des contradicteurs, ce
    sont des complices.

    Le génocide de Gaza ne devrait pas être différent.
    Comme le dit le vieil adage, si un camp affirme qu’il pleut et l’autre qu’il ne
    pleut pas, votre rôle n’est pas de citer les deux camps, mais de regarder par la
    fenêtre. La fenêtre est là, médias occidentaux. Et c’est un génocide qui
    déferle.
    On ne débat
    pas d’un génocide, on l’arrête.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça
    . »