Catégorie : Géopolitique

Analyses et décryptages consacrés aux rapports de force internationaux, aux relations entre États et aux grandes évolutions géopolitiques.

  • Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Ceuta : la droite et l’extrême droite au bal des pyromanes xénophobes

    Par la surenchère verbale et la mise en scène
    du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent
    leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.

    Ils étaient tapis dans l’ombre, attendant le moindre
    frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que
    quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l’enclave
    espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent
    leur cirque médiatique habituel.

    Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains
    ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers
    théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir
    xénophobe grand grandeur nature
    .

    La fabrique de « l’invasion »

    Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu’à la corde.
    Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez
    la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre
    guerrier  « submersion », « déferlement
    », « invasion
    » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des
    consciences.

    Le but de cette mise en scène n’est pas de protéger qui que ce
    soit : il est d’anesthésier la compassion et d’interdire toute réflexion
    rationnelle.

    En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace
    existentielle pour l’Europe, la droite et l’extrême droite accomplissent leur
    besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits
    fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de
    digues à dresser contre la marée.

    Une indigence politique masquée par le bruit

    Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du
    monde ? Rien. Absolument rien.

    Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés,
    plus de vidéos d’intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire
    qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et
    les désordres du continent africain relève de l’escroquerie intellectuelle pure
    et simple.

    Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à
    gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement
    national pour lui arracher une bribe d’audience
    .

    Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa
    stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de
    la division.

    Ils hurlent à l’invasion, mais ce qu’ils redoutent le plus,
    c’est l’apaisement. Sans l’image du barbelé franchi, sans la peur du voisin,
    leur fonds de commerce s’effondre instantanément.

    Refuser la dictature du ressentiment

    Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n’est plus de
    mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands
    d’angoisse, c’est ratifier leur victoire idéologique.

    Il est temps de dénoncer l’imposture : Nommer le cynisme :
    Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement
    des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la
    grammaire sécuritaire de l’extrême droite et réimposer les exigences du droit,
    de la dignité et de la solidarité. Exposer l’impuissance : Rappeler que les
    réponses simplistes à des défis majeurs n’ont jamais produit que du drame au
    sud et du déshonneur au nord.

    Ceuta n’est pas le symbole de l’impuissance européenne : c’est
    le miroir de la déchéance morale d’une droite française prête à
    instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les
    écrans.

    Face aux événements de Ceuta, la droite et l’extrême droite
    sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d’une instrumentalisation
    politique cynique.

    Conclusion

    Les réactions relatives des politiques français adorent le
    Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent
    beaucoup moins leur bled, vu qu’en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves
    candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils
    oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à
    nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers
    l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les
    Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers
    de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de
    sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis.
    Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement
    économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées
    marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les
    tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la
    préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)

    On peut voir ça autrement. On n’imagine pas en effet que les
    quelques dizaines de milliers d’individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés
    par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains
    membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une
    forme d’encadrement peut-être ?
    Parce qu’une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c’est bien mûr on peut
    lancer l’opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand
    on sait qu’on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d’Europe, on a la
    main d’œuvre, ne reste plus qu’à la coaguler autour d’une chimère. Aussi cette
    « fausse » invasion, message ou test, n’est-elle sans doute pas le
    fruit d’un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir
    groupés à l’assaut de l’Europe.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  
    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

     

  • Crise de Sebta et propagande du Makhzen : le syndrome algérien.

    Crise de Sebta et propagande du Makhzen : le syndrome algérien.

    C’est une
    mécanique bien rodée, un véritable réflexe pavlovien : dès que les côtes de
    Sebta débordent sous la pression d’une jeunesse désespérée, dès que le cri de
    détresse de milliers de personnes résonne aux portes de l’Europe, les plumes de
    la presse du Makhzen trempent leurs calames dans l’encre du mensonge pour
    pointer du doigt le voisin de l’Est.

    À les
    entendre, ni la misère sociale, ni le chômage endémique, ni l’absence
    d’infrastructures de santé ou d’éducation, ni la corruption généralisée ne sauraient
    expliquer le drame de la frontière. Non ! La faute reviendrait, selon ce récit
    féerique, à des « numéros en +213 » et à de mystérieux algorithmes téléguidés
    depuis Alger.

    La fabrique du bouc émissaire : Quand la fiction masque la stratégie royale

    Pousse-t-on
    le ridicule jusqu’à faire croire que quelques administrateurs de groupes
    WhatsApp auraient le pouvoir d’orchestrer de tels mouvements ? Quelle insulte à
    l’intelligence ! Prétendre que la responsabilité incombe à l’Algérie relève de
    la psychiatrie politique, surtout au regard des révélations documentées par les
    services de renseignement espagnols et occidentaux.

    Car la réalité du terrain et les rapports du CNI (Centre National de
    Renseignement espagnol) dessinent une tout autre vérité, bien loin des
    affabulations de Rabat :

    Une
    ingérence orchestrée au plus haut sommet de l’État : Des rapports confidentiels
    du CNI révèlent que les opérations vers Sebta découlent d’une « stratégie
    parfaitement planifiée et dirigée depuis les plus hautes sphères du pouvoir »,
    impliquant directement un conseiller royal en coordination étroite avec le
    ministre des Affaires étrangères et les chefs des services secrets marocains
    (DGED et DGSN).

    Instrumentalisation
    cynique et portes ouvertes : Des sources de renseignement concordantes et des
    témoignages poignants font état de la libération ciblée par le pouvoir marocain
    de milliers de criminels et prisonniers juste avant les vagues d’assaut. Des
    criminels, des repris de justice, mais aussi des soldats de l’armée marocaine
    ont été littéralement entassés dans des camions, conduits à la frontière et
    escortés jusqu’aux grilles de Sebta par les forces de l’ordre marocaines. Sur
    place, la consigne des policiers était limpide : « Venez, entrez en Espagne ! ».

    Le chantage
    géopolitique comme doctrine : Selon le renseignement espagnol, l’objectif réel
    de ce déferlement organisé n’a jamais été un secret : faire pression sur le
    gouvernement de Pedro Sánchez afin de le contraindre à abandonner sa neutralité
    et à cautionner le plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental.

    Le mensonge
    par procuration démasqué

    Pour donner
    un vernis d’objectivité à leurs fables et masquer ce chantage d’État, les
    organes de propagande du Makhzen citent en boucle le journal espagnol La Razón
    et prétendent s’appuyer sur l’OSINT. Sauf que manque de chance à l’ère du
    numérique : l’article original de La Razón est accessible à tous. Et que
    constate-t-on ? Absolument aucune trace d’une quelconque accusation pénale ou
    étatique visant l’Algérie. L’Audiencia Nacional espagnole enquête sur la
    cybercriminalité et les réseaux de passeurs, pendant que les services secrets
    espagnols, eux, identifient clairement le véritable chef d’orchestre du drame :
    le cabinet royal et ses relais sécuritaires.

     

    Le réel ne
    se dissout pas dans la propagande

    Rappelons
    quelques réalités élémentaires que la manipulation ne saura étouffer :

    Une crise
    sociale exploitée comme arme : Transformer la détresse d’une jeunesse
    abandonnée et de prisonniers utilisés comme de la chair à canon diplomatique en
    une « conspiration algérienne » montre à quel point le régime refuse
    d’affronter ses propres faillites.

    Le trafic
    d’État contre la souveraineté européenne : Utiliser des camions militaires pour
    acheminer des foules à la frontière constitue une violation flagrante du droit
    international et une instrumentalisation criminelle de la misère humaine.

    Conclusion :
    À force de crier au loup…

    Accuser
    l’Algérie pour chaque vague migratoire, chaque émeute sociale, chaque dérive
    autoritaire est une stratégie éculée qui ne trompe plus personne — ni les
    observateurs internationaux, ni les services de renseignement européens, ni les
    citoyens de la région.

    Plutôt que
    d’investir des trésors d’ingéniosité dans la falsification de la presse
    étrangère et la fabrication de boucs émissaires, il serait temps pour le
    Makhzen de regarder en face ses propres méthodes : le chantage migratoire,
    l’usage de la criminalité comme levier diplomatique et le refus de toute
    reddition de comptes interne. On ne soigne pas les béances d’un régime par la
    manipulation, et aucun mensonge géopolitique ne pourra indéfiniment effacer les
    rapports des services de renseignement qui ont déjà mis à nu la vérité.

    A/Kader Tahri /
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • L’Algérie est née de sa Libération, pas des arbitrages coloniaux.

    L’Algérie est née de sa Libération, pas des arbitrages coloniaux.

    Un media marocain a présenté un article consacré aux archives de Vincennes et aux événements d’El Arja et de Ksar Ich qui relève d’une opération de communication bien rodée : instrumentaliser la complexité des archives coloniales et la détresse de quelques exploitants agricoles pour remettre en cause des réalités géopolitiques intangibles. Une note parlementaire d’un député colonial (Sabattier) n’a jamais représenté un acte juridique ou un traité international.
    C’était un document de travail parlementaire reflétant les débats internes aux factions coloniales françaises (certains plaidant pour l’extension de l’Algérie, d’autres pour des accords avec le Sultan
    .

    L’auteur s’appuie sur une note de 1886 d’un député français (Sabattier)
    pour affirmer que la France « savait » que ces terres étaient marocaines.
    Une note parlementaire d’un député colonial (Sabattier) n’a jamais représenté un acte juridique ou un traité international. C’était un document de travail parlementaire reflétant les débats internes aux factions coloniales françaises (certains plaidant pour l’extension de l’Algérie, d’autres pour des accords avec le Sultan

    La réouverture récurrente de la question des frontières par la presse marocaine ne relève pas de la quête historiographique, mais d’une stratégie d’agitation politique. Face à cette tentative d’altération des faits, une mise au point ferme et argumentée s’impose

    Une idéologie expansionniste dangereuse : Cette rhétorique s’inscrit en droite ligne avec la vieille doctrine du « Grand Maroc », un projet expansionniste qui a historiquement prétendu englober des territoires algériens, mauritaniens et sahraouis.

    Une menace pour la stabilité régionale : Tenter d’entretenir un irrédentisme territorial à partir d’archives coloniales tronquées fragilise l’équilibre sécuritaire déjà précaire du Maghreb et viole l’esprit de coexistence pacifique entre les peuples de la région.

    La narration victimaire autour d’El Arja (2021) et de Ksar Ich procède d’un déni des réalités sécuritaires frontalières.

    De la tolérance unilatérale à la souveraineté : Pendant des décennies, l’Algérie a fait preuve d’une tolérance de bon voisinage en laissant des agriculteurs marocains accéder de fait à des terres situées sur le sol souverain algérien. Une tolérance n’a jamais valant droit acquis.

    Impératifs de sécurité nationale : La décision de fermer l’accès à ces zones s’inscrit dans le cadre de la
    protection des frontières nationales contre la contrebande, les infiltrations et le narcotrafic transfrontalier. Tout État souverain possède le droit inaliénable de contrôler l’accès à son territoire et d’y appliquer ses lois.

    Rejeter la manipulation de l’histoire coloniale et l’inversion des rôles

    Accuser l’Algérie de perpétuer une « dépossession coloniale » constitue un contresens
    historique majeur et une provocation inacceptable.                                                                                                    L‘Algérie, fille de ses œuvres et de son sang : L’Algérie contemporaine n’est pas l’héritière passive de « l’Algérie française », mais le fruit d’une Guerre de Libération Nationale héroïque qui a arraché son territoire au prix de lourds sacrifices dans les limites territorialement établies.                                                                      Insulte aux luttes anticoloniales : Présenter l’État algérien souverain comme un « colonisateur » poursuivant l’œuvre de l’administration française de 1886 est une inversion coupable des rôles. Cette dialectique tente
    absurdement de transformer les libérateurs d’hier en oppresseurs d’aujourd’hui pour justifier des prétentions territoriales illégitimes.

    Conclusion

    La souveraineté de l’Algérie sur l’ensemble de son territoire national n’est ni négociable, ni sujette aux interprétations opportunistes de notes parlementaires du XIXᵉ siècle. Le respect des traités signés et le strict
    alignement sur le droit international restent les seules voies valables pour garantir la sécurité et la stabilité de la région.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

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  • Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

    Le voisin qui délire : quand le Makhzen fabrique un procès contre l’Algérie

     

    Il existe un vieux métier, aussi cynique qu’éprouvé, qui consiste à fabriquer de toutes pièces des épouvantails pour s’ériger ensuite en sauveur de la nation. Jadis, cela s’appelait de la propagande grossière. Aujourd’hui, cela se drape sous les oripeaux plus élégants d’une « chronique diplomatique ».

    Dans cette mise en scène, la Tunisie contemporaine est sommée de renoncer à son âme politique et à sa souveraineté pour devenir le théâtre d’un chantage à la terreur. Le script est rôdé : le Makhzen dépêche son monarque en chevalier blanc un Zorro de pacotille venant déjouer les plans machiavéliques d’un ennemi
    invisible. Ne craignez rien, semble-t-on dire au peuple : Hassan II et Mohamed V veillent toujours sur leurs sujets depuis leur position lunaire.

    La fabrique de l’ogre : anatomie d’une manipulation

    À lire une certaine presse aux ordres et ses précieux relais éditoriaux, l’Algérie serait devenue le monstre hégémonique du Maghreb.

    Chaque prise de parole d’Alger cacherait un agenda d’annexion. Chaque déclaration du président Algérien annoncerait une invasion imminente. Chaque coopération sécuritaire transfrontalière dissimulerait la mise sous tutelle d’un voisin.

    À ce niveau de paranoïa orchestrée, on s’étonne presque de ne pas encore voir des soucoupes volantes estampillées de l’ANP stationnées au-dessus de Tamanrasset.

    La mécanique d’abêtissement est pourtant d’une vulgarité sans nom. On commence par caricaturer le parler populaire du président algérien pour dénier toute stature d’État à la diplomatie d’Alger. Puis, on instrumentalise une mise en garde légitime pour la transformer en « menace existentielle ». On convoque ensuite une poignée d’opposants de salon, soigneusement sélectionnés pour fabriquer l’illusion d’un consensus. Enfin, le tour de passe-passe s’achève : on réinjecte subrepticement le dossier du Sahara occidental véritable névrose
    obsessionnelle du Makhzen et de ses parrains, sommés d’agiter le chiffon rouge dès qu’il s’agit d’attaquer l’Algérie.
    Ce n’est plus du journalisme, c’est un procès en sorcellerie.

    La géométrie très variable du « droit d’ingérence »

    L’hypocrisie atteint ici des sommets d’art contemporain. Les mêmes plumes qui célèbrent chaque matin le « droit sacré des puissances » à défendre leurs intérêts vitaux découvrent soudain les vertus virginales de la non-ingérence dès lors qu’Alger affirme une évidence : l’Algérie ne restera pas spectatrice devant la
    déstabilisation de sa frontière orientale.

    Depuis quand une puissance régionale renonce-t-elle à sécuriser son pré carré ?

    Washington s’octroie le droit de verrouiller tout le continent américain. Paris défend avec les dents les restes de son pré carré africain. Ankara projette sa puissance militaire de la Méditerranée jusqu’au Caucase. Rabat revendique sans vergogne une zone d’influence exclusive du Sahel à l’Atlantique.

    Mais que l’Algérie rappelle qu’une implosion de la Tunisie aurait des répercussions directes et dramatiques sur sa propre sécurité nationale, et la voilà immédiatement traînée dans la boue, taxée d’« empire menaçant ».

    Même comédie grotesque concernant la souveraineté tunisienne : voir des chroniqueurs habitués à justifier les guerres d’agression, les régimes d’exception, les sanctions et les ingérences occidentales se transformer subitement en vierges effarouchées et en gardiens du temple de la Convention de Vienne relève de la farce. La souveraineté est devenue un principe à géométrie variable : sainte et intouchable quand elle sert à frapper Alger, facultative et obsolète le reste du temps.

    La réalité du terrain face au théâtre du déni

    Puis vient le morceau de bravoure de la propagande, où l’on ose poser la question avec une
    naïveté feinte : « Mais enfin, qui menace la Tunisie ? »
    Comme si le Sahel était une station balnéaire pacifiée. Comme si la désintégration de la Libye  orchestrée par ces mêmes puissances n’avait jamais eu lieu. Comme si la peste terroriste, les trafics d’armes lourdes et les réseaux de criminalité transnationale relevaient de la science-fiction. Feindre l’ignorance stratégique pour tourner en dérision une urgence sécuritaire absolue ne relève plus de la naïveté : c’est une complicité idéologique.

    Et pourquoi cette fixation systémique sur le Sahara occidental dans un débat sur la sécurité tunisienne ? Quel est le rapport ? Aucun. Il s’agit purement et simplement de plaquer le logiciel anti-algérien du Makhzen sur n’importe quel sujet, d’imposer une grille de lecture unique et d’évacuer soigneusement les responsabilités de Rabat dans la déstabilisation régionale. La diplomatie n’est plus une analyse des faits : elle est devenue un tribunal fantoche où le verdict contre l’Algérie est rédigé avant même l’ouverture de l’audience.

    L’échec d’un logiciel périmé

    Le narratif d’une Algérie « isolée », pétrifiée dans la Guerre froide et incapable de lire le monde moderne ne tient plus debout. La réalité celle qu’on cherche désespérément à masquer  est tout autre :

    1.      Redéploiement stratégique : L’Algérie multiplie et diversifie ses alliances globales, des BRICS aux puissances
    émergentes.

    2.      Ancrage africain : Elle réaffirme sa doctrine de sécurité collective et de co-développement sans
    tutelle néocoloniale.

    3.      Souveraineté décisionnelle : Elle s’impose comme un pivot incontournable dans un monde devenu multipolaire.

    On peut contester ces choix, on peut débattre de la méthode. Mais il faut le faire avec l’honnêteté des faits, pas avec des contes de fées pour diplomates aux abois. Au fond, ces attaques répétées en disent long sur l’impuissance de leurs auteurs. Elles révèlent la panique d’un système incapable d’accepter qu’un État souverain du Sud refuse de soumettre sa sécurité aux diktats d’un ordre ancien ou aux délires d’expansionnisme d’un voisin féodal. L’Algérie n’est pas irréprochable, et aucun État ne l’est. Mais réduire sa politique étrangère à des fantasmes impériaux relève de la psychiatrie politique. À force de fabriquer des ogres pour masquer leurs propres faillites, le Makhzen et ses scribes ne trompent plus personne : ce n’est pas l’Algérie qui menace le Maghreb, c’est leur propre propagande qui étouffe la vérité.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

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  • Ceuta ou le grand mensonge : quand les prophètes du déclin oublient le rôle du Maroc :

    Ceuta ou le grand mensonge : quand les prophètes du déclin oublient le rôle du Maroc :

    Et si le véritable scandale n’était pas l’immigration… mais la manière dont certains transforment chaque crise en croisade idéologique ? La presse extrême droite de France, qui nous rapporte les évènements de Ceuta, personnellement j’estime à juste titre que c’est donc organisé par le
    Maroc, et pas un mot des média occidentaux !
    Ça me semble en effet d’autant plus gros que beaucoup sont déjà repartis au Maroc. Ça me rappelle beaucoup la « marche verte » vers le Sahara en 1975.

    Mais il ne faut pas fâcher leur ami le roi, les riads et vacances à Marrakech ou Essaouira sont en jeu pour ces journalistes

    À les entendre, tout serait limpide. Ceuta ne serait plus une crise diplomatique, ni un épisode géopolitique, ni la frontière sous tension de deux continents. Non. Pour la presse d’extrême droite française et sa cohorte
    d’éditorialistes en mal de déclin, Ceuta serait la preuve ultime de l’agonie de l’Europe, le grand signe précurseur de l’« effondrement civilisationnel» prophétisé depuis des décennies.

    Il faut reconnaître une constance à cette école du pire : elle transforme chaque convulsion du monde en confirmation de ses propres dogmes. Une émeute ? La décadence. Une baisse de natalité ? La décadence. Une crise aux frontières ? La décadence. Le réel n’est plus analysé ; il est enrôlé.

    À Ceuta, lorsque des milliers de personnes prennent d’assaut les grillages en quelques heures, les marchands d’apocalypse dégainent immédiatement leurs grands récits. Jean Raspail remplace les diplomates, les fantasmes identitaires étouffent l’analyse, et la géopolitique s’efface devant la surenchère théâtrale.

    Mais dans ce grand spectacle de la peur, une question fondamentale est soigneusement étouffée : comment des milliers d’individus atteignent-ils simultanément une frontière surarmée sans que l’État qui la borde n’ait orchestré  ou au moins toléré un tel mouvement ?

    Le grand silence de la « diplomatie des riads »

    L’histoire a pourtant de la mémoire. Cette manœuvre rappelle étrangement la « Marche verte » de 1975 vers le Sahara : une instrumentalisation méthodique des masses à des fins d’expansion et de pression stratégique. Il s’agit d’un secret de Polichinelle : les événements de Ceuta sont téléguidés depuis Rabat. Et pourtant,
    sidérant constat, une grande partie des médias occidentaux brille par son silence ou sa retenue déplacée.

    Pourquoi une telle pudeur ? Peut-être parce qu’il ne faut pas fâcher le Roi. Pour une certaine élite médiatique et politique, les séjours feutrés à Marrakech, les invitations dans les riads de luxe et la douceur des vacances à Essaouira valent bien quelques aveuglements stratégiques. On préfère taire la responsabilité du royaume chérifien plutôt que de gâcher des privilèges mondains.

    Lorsqu’il s’agit de tirer à boulets rouges sur Bruxelles, les certitudes de nos pamphlétaires abondent. Mais lorsqu’il s’agit d’interroger Rabat, les voix se font soudain mielleuses ou prudentes. Comme si le régime marocain bénéficiait d’une immunité intellectuelle et médiatique totale.

    Le double piège : crise civilisationnelle vs aveuglement volontaire

    Pourtant,personne n’ignore que le contrôle migratoire est devenu une arme diplomatique majeure. Depuis plus de deux décennies, l’Union européenne subventionne l’externalisation de ses frontières extérieures auprès de régimes tiers. En déléguant sa sécurité, l’Europe a elle-même forgé l’outil de son propre chantage. La migration n’est plus seulement une question humaine ou sociale : elle est devenue une monnaie d’échange, un levier d’extorsion géopolitique.

    Cette réalité dérange deux camps symétriques et tout aussi coupables :

    Les prophètes du déclin, qui voient dans chaque désespéré l’avant-garde d’une prétendue « invasion démographique » et exploitent la peur pour nourrir leur fonds de commerce électoral.

    Les aveugles volontaires, qui refusent d’admettre que certains gouvernements autoritaires utilisent froidement les flux humains comme de la chair à canon diplomatique dans leurs rapports de force avec l’Europe.

    Les uns fabriquent une invasion imaginaire ; les autres cultivent une naïveté complice. Entre ces deux postures, la vérité étouffe.

    Reprendre le contrôle du réel

    Car enfin, de quoi parle-t-on à Ceuta ? D’une frontière que l’Europe a abandonnée à la sous-traitance. D’accords cyniques où la souveraineté européenne est bradée contre des promesses de garde-chiourme. De gouvernements européens qui financent, coopèrent, puis feignent la surprise et l’indignation lorsqu’un partenaire décide d’ouvrir le robinet pour obtenir gain de cause sur le plan diplomatique.

    Voilà le véritable scandale. Mais ce scandale est bien moins vendeur qu’un sermon haineux sur « la mort de l’Occident ».

    Ceuta mérite mieux que des mythes préfabriqués. Cette frontière ne raconte pas la fin de la civilisation européenne, mais l’incohérence et la lâcheté de sa politique étrangère. Elle révèle le piège d’une Union qui délègue ses principes et sa sécurité à des partenaires dont les intérêts stratégiques ne sont pas les siens.

    Les grillages de Ceuta ne séparent pas seulement deux continents. Ils séparent deux
    exigences morales et intellectuelles :
    Celle qui réduit chaque crise à une prophétie apocalyptique pour flatter des bas instincts. Celle qui exige de regarder les faits dans toute leur gravité, d’affronter les chantages
    d’où qu’ils viennent et de dénoncer l’hypocrisie des complaisances bourgeoises.

    Entre le prophète de malheur et le diplomate endormi, il existe une place urgente : celle du citoyen lucide qui refuse de sacrifier la réalité géopolitique sur l’autel des mythologies idéologiques ou des renoncements dorés. C’est cette place qu’il est temps de réoccuper haut et fort.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet

    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Merci pour le carnage : quand le mépris du droit international devient un brevet de vertu.

    Merci pour le carnage : quand le mépris du droit international devient un brevet de vertu.

    La Presse occidental nous présente cette information : Cisjordanie : une femme perd
    son bébé dans une ambulance, bloquée par des soldats israéliens
     !
    Quelle information importante ??????  On nous explique qu’Israël subirait une « exigence morale démesurée ». Traduction : exiger d’une
    puissance occupante qu’elle respecte les Conventions de Genève et les ordonnances de la CIJ serait un « procès en sainteté ». Le mépris du droit international est désormais vendu comme un acte de courage républicain.

    Il paraît qu’il faut dire « merci ». Merci aux procureurs, merci aux
    sceptiques, et surtout, aux soldats israéliens, merci aux fossoyeurs. C’est la
    toute dernière acrobatie à la mode dans les salons feutrés et les rédactions
    climatisées : transformer des monceaux de ruines en brevet de supériorité
    morale, et le piétinement méthodique de la Charte des Nations Unies en un acte
    de courage tragique.

    On nous sert avec une assurance déconcertante la théorie du «
    privilège moral
    ». Israël, nous explique-t-on la larme à l’œil et le
    sarcasme sur les lèvres, souffrirait d’un excès d’exigence. On lui en
    demanderait trop ! Pensez donc : exiger d’une puissance occupante qu’elle
    respecte les Conventions de Genève de 1949, qu’elle applique la IVᵉ Convention
    sur la protection des civils en temps de guerre, qu’elle n’affame pas deux
    millions d’âmes et qu’elle ne pulvérise pas des familles sous les décombres, ce
    serait faire preuve d’un « antisémitisme moral », d’une « obsession
    mystique ». Quelle ingratitude de notre part ! Nous devrions au contraire
    comprendre que le mépris affiché pour les ordonnances de la Cour internationale
    de Justice relevait en réalité de la légitime défense républicaine et du salut
    de la civilisation.

    Le procédé est aussi ancien que la barbarie, mais il prend soin ici de
    s’habiller des oripeaux du cynisme éclairé. Pour blanchir l’inexcusable, on
    invoque les fantômes de Grozny, de Mossoul ou du Tigré. Regardez ailleurs, nous
    lance-t-on ! Voyez comme le monde est atroce ! Pourquoi vous obstiner à
    rappeler les résolutions du Conseil de sécurité
    de la résolution 242 à la résolution 2728 exigeant un cessez-le-feu,
    alors qu’il y a tant d’autres massacres plus silencieux à travers le globe ?
    C’est le triomphe du détournement décomplexé : puisque le sang coule ailleurs,
    il serait injuste de refuser à Tel-Aviv son exemption du droit international.

    Mais le sommet de la haute voltige intellectuelle réside dans cette logique
    où le bombardier devient le seul adulte dans la pièce. Selon ce raisonnement
    tordu, dénoncer le risque plausible de génocide identifié par la CIJ
    reviendrait à « infantiliser » les Palestiniens, tandis que leur
    pilonnage quotidien serait la preuve du respect qu’on doit à des êtres humains
    responsables. Le Hamas se cache parmi les civils ? Quelle opportunité
    stratégique et philosophique ! Il suffit alors d’éradiquer l’école, l’hôpital
    sous protection du droit humanitaire, le quartier et ses habitants pour prouver
    au monde qu’on refuse la « pureté intégriste ». On efface ainsi d’un trait de
    plume les principes cardinaux de distinction et de proportionnalité pour inventer
    l’humanisme par l’anéantissement : massacrer pour enseigner à l’humanité les
    dures vérités du « principe de réalité ».

    Quant aux milliers de cadavres de gosses, bien sûr, ils sont balayés d’un
    revers de manche ironique. Des « chiffres du Hamas », répète-t-on
    en boucle sur les plateaux de télévision, au mépris des rapports documentés du
    Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, de l’UNRWA ou des ONG
    internationales. Les corps amputés à vif ? De la mise en scène. Les
    journalistes et les humanitaires ciblés ? Des pertes annexes. Les avis
    consultatifs de la CIJ sur l’illégalité de l’occupation ? Des chiffons de
    papier. Il faut une dose de morgue peu commune pour réduire les violations
    flagrantes du droit international à une simple querelle de comptabilité
    sémantique.

    Soyons nets. Il n’y a ici aucune « attente mystique », aucun
    procès en « sainteté ». Il y a simplement le spectacle navrant
    d’un État qui réclame tous les privilèges diplomatiques et la protection du
    droit international quand cela l’arrange, tout en appliquant les méthodes du
    fait accompli territorial et de la punition collective, exigeant en prime que
    le monde applaudisse la performance.

    La comédie de la « mauvaise conscience occidentale » ne trompe plus grand
    monde. Ce que la Terre entière contemple à Gaza, ce n’est pas la tragique
    imperfection d’une nation assiégée ; c’est la laideur nue d’une violence
    industrielle en roue libre, drapée dans l’impunité la plus insolente.

    Alors non, nous ne dirons pas merci. Nous ne remercierons pas ceux qui nous
    somment d’éteindre notre raison et d’enterrer le droit international pour ne
    pas déranger le travail des démolisseurs. Et lorsque les sophistes
    d’aujourd’hui viendront nous expliquer, avec leur dédain habituel, que
    l’Histoire a pardonné parce qu’il le « fallait », il ne leur
    restera que la cendre de leurs certitudes et la jurisprudence de leur propre
    cynisme pour étouffer le remords d’avoir été les porte-cotons d’une boucherie.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça. »  

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  • Partir, c’est mourir un peu !


    Partir, c’est mourir un peu. Cette formule, si souvent répétée, porte en elle une vérité profonde. Chaque départ emporte avec lui une part de nous-mêmes : des habitudes, des visages, des lieux, des souvenirs qui ont façonné notre existence. Quitter un endroit ou une personne, c’est accepter une forme de deuil, celui d’un présent qui ne sera plus, mais cela reste également une nécessité, un besoin impératif à se retrouver.

    Mais trop souvent, partir n’est pas un véritable choix. C’est une nécessité imposée par les circonstances, une réponse à l’étouffement, au rejet ou à l’injustice. Partir, c’est parfois refuser de se soumettre à une volonté qui prétend décider à notre place. C’est dire non à une emprise, à une domination, à un diktat qui nie notre liberté d’être.
    A la fraîcheur du petit matin je quittai ce lieu en regardant chaleureusement mon PC, mon clavier, mon petit bureau dont j avais gardé la lumière du lampadaire allumé, certes partir c’est mourir un peu.
    Partir, c’est aussi dénoncer silencieusement ce que les mots ne parviennent plus à exprimer. Il y a des lieux où l’on ne peut plus grandir, des relations où l’on ne peut plus respirer, des situations où rester revient à renoncer à soi-même. Dans ces moments-là, le départ n’est pas une fuite ; il devient un acte de résistance.
    Sauvegarder sa dignité exige parfois de s’éloigner. La dignité ne se mesure pas à notre capacité à endurer l’inacceptable, mais au courage de quitter ce qui nous rabaisse ou nous emprisonne. Ce qui nous retient n’est pas toujours un lieu ; ce peut être une peur, une dépendance, une habitude ou le regard des autres. Pourtant, lorsque ces liens deviennent des chaînes, partir est parfois la seule manière de rester fidèle à soi-même.
    Il existe des départs qui brisent le cœur, mais qui sauvent l’âme. Ils ouvrent la voie à une liberté souvent incertaine, parfois douloureuse, mais toujours plus honnête que la résignation. Car partir n’est pas renoncer à vivre ; c’est choisir de vivre autrement, dans l’espérance de retrouver un espace où le respect, la liberté et la dignité ne seront plus des privilèges, mais des évidences.
    Ainsi, partir, c’est peut-être mourir un peu. Mais c’est aussi renaître à soi-même.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
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  • Le triomphisme de l’extrême droite : une “victoire” vide et une manœuvre sournoise

    Le triomphisme de l’extrême droite : une “victoire” vide et une manœuvre sournoise

    Le Rassemblement national se félicite d’une prétendue victoire parlementaire : l’adoption symbolique d’une résolution visant à dénoncer les accords migratoires de 1968 entre la France et l’Algérie. En réalité, cette opération n’a rien d’une avancée politique ; elle n’est qu’une démonstration de communication, une mise en scène du pouvoir destinée à faire oublier son impuissance réelle.

    Le texte triomphaliste publié dans la presse d’extrême droite n’en fait pas mystère : peu importe la portée juridique — inexistante — de la résolution, l’essentiel est de faire croire que Marine Le Pen et son camp “agissent”, là où le reste de la classe politique serait paralysé. C’est là toute la mécanique populiste : transformer un non-événement institutionnel en victoire symbolique, pour nourrir le récit du “peuple trahi par les élites”.

    Une victoire sans effet, une illusion de souveraineté

    Les accords franco-algériens de 1968 ont déjà été révisés plusieurs fois (1985, 1994, 2001). Les dénoncer unilatéralement serait contraire au droit international. Ce vote n’a donc aucune conséquence juridique, puisqu’il relève d’une relation diplomatique bilatérale. Le RN le sait parfaitement.
    Mais la vérité juridique n’intéresse pas le RN : seul compte l’effet de scène, l’image d’une France “reprenant le contrôle” face à un adversaire fantasmé, l’Algérie.

    Cette stratégie est ancienne : fabriquer des victoires symboliques pour masquer la vacuité programmatique. Derrière les effets de manche, rien ne vient répondre aux véritables enjeux migratoires, économiques ou sociaux. Le RN n’a pas de politique, seulement des ennemis.

    Le peuple instrumentalisé

    Le texte triomphaliste évoque une population “à 72 % favorable au rejet” des accords, sans jamais citer de source. C’est une technique bien rodée : faire parler “le peuple” à la place du peuple.
    Le RN se présente comme le porte-voix des “vrais Français”, mais c’est lui qui sélectionne, interprète, et simplifie leurs colères pour les transformer en consentement à la peur.

    Réduire la complexité sociale à un chiffre creux, c’est refuser la politique pour lui substituer une émotion dirigée : la rancune.
    Le “pays réel” dont parle l’extrême droite n’existe que dans son imaginaire. Le vrai pays, lui, est pluriel, traversé de solidarités, de débats, de contradictions — tout ce que le RN méprise.

    Le “front républicain” : cible stratégique du RN

    L’auteur de cet article se réjouit de “l’effritement du front républicain”. Ce n’est pas anodin : depuis des années, l’extrême droite mène une offensive culturelle pour banaliser son discours et dissoudre les réflexes antifascistes.
    Le RN cherche moins à gagner des élections qu’à faire perdre la mémoire. Son objectif : que voter avec lui ne paraisse plus scandaleux, que “l’interdit de la peste brune” tombe enfin.

    Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce qu’il appelle “désunion des têtes molles” est en réalité la fragilisation du socle démocratique. Le “front républicain” n’est pas un réflexe partisan ; c’est une ligne de défense contre la haine comme principe politique. L’attaquer, c’est fragiliser l’idée même de République.

    La revanche coloniale travestie en patriotisme

    Au cœur de cette rhétorique se niche un autre poison : le ressentiment postcolonial.
    En s’attaquant aux accords de 1968, le RN ravive le mythe d’une France “humiliée” par l’Algérie, d’une relation inégale à renverser. C’est le vieux rêve d’une revanche sur l’histoire.
    Ce discours n’a rien à voir avec la souveraineté : il relève du fantasme impérial blessé.
    L’Algérie y devient le miroir commode de toutes les frustrations françaises : la désindustrialisation, la précarité, la peur du déclin.
    Plutôt que d’en affronter les causes structurelles, le RN préfère désigner un coupable extérieur — étranger, musulman, ancien colonisé.

    Réaffirmer une autre idée de la République

    Face à ce théâtre d’ombres, notre tâche militante est claire : réaffirmer une République sociale, antiraciste et universaliste.
    Non pas une République du rejet, mais une République du lien.
    Non pas une souveraineté du repli, mais une souveraineté du partage.

    Les relations entre la France et l’Algérie sont une question politique, historique et humaine — pas une obsession identitaire. Les immigrés algériens ont contribué à construire la France contemporaine, dans les usines, les hôpitaux, les quartiers populaires. Les traiter en menace, c’est insulter notre propre histoire.

    Conclusion : refuser la victoire du mensonge

    Le RN n’a remporté aucune victoire politique. Il a simplement réussi à imposer son récit : celui d’un pays cerné, trahi, assiégé.
    Notre réponse doit être à la hauteur : démonter ce récit, point par point, sans jamais céder à sa logique de peur.

    Loin d’être un instrument de souveraineté, la dénonciation unilatérale de l’accord franco-algérien de 1968 serait, une rupture illégale, diplomatiquement risquée et politiquement inefficace, qui risquerait d’ouvrir plus de portes qu’elle n’en fermerait Ce n’est pas une France contre l’Algérie, mais une France avec tous ceux qui, d’ici et de là-bas, continuent de croire à la justice et à la fraternité.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    «Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça »   

     

  • Makhzen/Sahara occidental : le triomphalisme médiatique avant vote

    Makhzen/Sahara occidental : le triomphalisme médiatique avant vote

    À la veille du vote du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, toute  la presse marocaine annonce déjà une “victoire historique” du plan d’autonomie. Mais derrière le récit triomphal, le droit international, lui, reste inchangé.

    Ce que dit réellement le droit international

    Depuis l’avis consultatif rendu le 16 octobre 1975 par la Cour internationale de Justice (CIJ), la position du droit international est claire :

    “Il n’existe aucun lien juridique de souveraineté entre le Royaume du Maroc et le territoire du Sahara occidental.” [1]

    Autrement dit, le Sahara occidental reste un territoire non autonome soumis au processus de décolonisation des Nations unies. La CIJ a rappelé que seul le peuple sahraoui a le droit de décider de son avenir — par un processus d’autodétermination librement exprimé.

    Le vote attendu au Conseil de sécurité ne modifie pas ce cadre : ni une résolution de prorogation de la MINURSO, ni une formulation “favorable à l’autonomie” ne peuvent, à elles seules, changer le statut juridique du territoire.

    Une résolution politique, pas un changement de souveraineté

     Le projet de résolution porté par les États-Unis, souvent désignés comme « porte-plume », reprend une formule déjà utilisée :

    “Le plan d’autonomie marocain est sérieux, crédible et réaliste, et constitue une base pour parvenir à une solution.” [2]

    Mais “base de solution” ≠ “reconnaissance de souveraineté”.
    Le Conseil encourage une négociation politique entre les parties (Maroc, Front Polisario, Algérie, Mauritanie) ; il ne tranche pas la question de souveraineté.

    Même les passages vantés comme « prééminence du plan d’autonomie » n’ont qu’une valeur politique : ils reflètent une tendance diplomatique, non une décision juridique.

    Le mythe du vote acquis

    La presse Marocaine affirme que “neuf voix sont assurées” et que “le texte passera sans veto”. Or, cette certitude relève de la spéculation.
    Les votes du Conseil dépendent souvent d’amendements de dernière minute, d’équilibres régionaux et d’échanges bilatéraux :

    • La Russie a demandé à “rééquilibrer” certains passages jugés trop favorables à Rabat ;
    • La Chine continue d’appeler à “une solution politique mutuellement acceptable” ;
    • Le Guyana, la Slovénie ou le Pakistan restent prudents malgré des pressions diplomatiques.

    Même les pays européens, traditionnellement proches du Maroc, insistent sur la formule d’“une solution juste, durable et mutuellement acceptable”. [3]
    Ce langage de compromis, volontairement flou, permet d’éviter de se prononcer sur la souveraineté.

    Quand la communication précède la diplomatie

    Pourquoi proclamer une victoire avant même le vote ?
    Parce qu’en diplomatie interne, le symbole prime sur la procédure. La communication triomphaliste vise à :

    • Rassurer l’opinion publique marocaine, en lui présentant la cause nationale comme déjà gagnée ;
    • Façonner la perception internationale, en créant l’illusion d’un consensus ;
    • Désamorcer les critiques internes (notamment sur les lenteurs du processus politique).

    Mais ce discours ne résiste pas à l’examen juridique. Les Nations unies n’ont jamais reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et la MINURSO reste mandatée pour superviser un processus d’autodétermination.

    Politique ≠ juridique

    “Un texte diplomatique peut féliciter un plan sans changer la loi internationale. Le droit n’obéit pas au communiqué de presse.”

    Confondre appui politique et reconnaissance juridique revient à travestir le rôle du Conseil de sécurité.
    Les résolutions onusiennes sont souvent des compromis de langage ; leur portée symbolique est forte, mais leur effet juridique reste limité tant que le peuple concerné n’a pas exprimé sa volonté.

    Un texte qui «met en avant» l’autonomie comme base de négociation n’est pas une reconnaissance de souveraineté. Le Conseil produit souvent des formulations politiques (encourager «une solution basée sur l’autonomie», «encourager les propositions constructives», etc.) — cela oriente le processus, mais ne remplace pas les procédures juridiques d’un changement de statut. Il existe une grande différence entre préconiser/encourager le plan marocain comme cadre de discussions et reconnaitre la souveraineté marocaine sur le territoire

    Conclusion : une prudence nécessaire

    Le Maroc a le droit crié victoire pour son plan d’autonomie ; c’est une proposition politique qui cache une colonisation. Mais parler de “marocanité consacrée” avant même le vote relève d’un wishful thinking diplomatique.

    Avant de proclamer une “victoire”, il faudrait rappeler :

    • que le processus onusien est toujours fondé sur l’autodétermination,
    • que le statut final du territoire n’a jamais été tranché,
    • et qu’aucune résolution du Conseil n’a jamais reconnu explicitement la souveraineté marocaine.

    Le véritable test ne sera pas le vote du jour, mais la capacité du Conseil et du Secrétariat général à relancer un processus crédible de négociation directe entre les parties.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

    Sources
    [1] Cour internationale de Justice, Western Sahara – Advisory Opinion, 16 octobre 1975.
    [2] Le Monde Afrique, “Les États-Unis défendent à l’ONU l’autonomie sous souveraineté marocaine”, 29 octobre 2025.
    [3] Security Council Report, “Western Sahara: Draft Resolution and Member Positions”, octobre 2025.

     

  • Oui, Monsieur  Xavier Driencourt, j’ai lu et parcouru le rapport

    Oui, Monsieur Xavier Driencourt, j’ai lu et parcouru le rapport

    L’article présenté comme « explosif » sur les accords franco-algériens de 1968 a suscité de nombreux échos, notamment au Maroc. Pourtant, à la lecture du rapport parlementaire qu’il prétend résumer, on découvre une tout autre réalité : un document budgétaire instrumentalisé à des fins idéologiques. Réponse à un récit biaisé qui confond expertise et stigmatisation.

    Oui, Monsieur, j’ai lu et parcouru le rapport parlementaire dont vous parlez avec tant d’assurance et de superlatifs. Et c’est précisément parce que je l’ai lu que je m’étonne de la manière dont vous le présentez : sélective, approximative, et, osons le mot, idéologique. Vous en tirez des conclusions politiques qu’il ne contient pas, en le transformant en instrument de dénonciation plutôt qu’en base d’analyse.

    Un rapport administratif devenu arme polémique

    Le document en question, rédigé par les députés Charles Rodwell et Matthieu Lefebvre, relève d’un travail budgétaire de la Commission des finances. Il n’a ni vocation à juger de la politique migratoire française, ni à dresser un réquisitoire contre un peuple en particulier. Son objectif est strictement administratif : évaluer les implications financières et juridiques des accords bilatéraux, dont celui de 1968 conclu avec l’Algérie.

    Vous en faites pourtant un « rapport explosif », un mot que vous répétez jusqu’à l’épuisement (Le mot « explosif » revient pas moins de six fois : une répétition volontaire qui cherche à dramatise le propos et à lui donner une dimension de scandale d’État.) comme s’il s’agissait d’une découverte subversive. En réalité, les auteurs du rapport eux-mêmes prennent soin de nuancer leurs propos et d’appeler à une révision concertée des dispositifs existants, non à une rupture unilatérale ni à une stigmatisation. Nulle part ils ne parlent de « privilèges », encore moins de « largesses accumulées ». Ces termes sont les vôtres, pas les leurs.

    Des faits transformés en procès d’intention

    Vous affirmez que « les Algériens bénéficient d’un dispositif exceptionnel et dérogatoire à toutes les étapes du parcours migratoire ». Ce raccourci spectaculaire ignore les bases historiques et juridiques de l’accord franco-algérien de 1968, signé dans un contexte postcolonial où la France reconnaissait les liens humains, économiques et sociaux hérités d’un siècle de cohabitation.

    Cet accord n’a rien d’un privilège : il constitue un régime spécifique comparable à ceux existant avec d’autres États (Tunisie, Maroc, Sénégal), établi dans un cadre de réciprocité diplomatique. Les dérogations qu’il contient sont encadrées par le droit français et régulièrement adaptées aux réalités contemporaines.

    Vous évoquez des chiffres – « 2 milliards d’euros par an » – sans préciser qu’il s’agit d’une estimation partielle, qui ne prend en compte ni les cotisations sociales, ni la contribution économique, ni les recettes fiscales générées par les travailleurs immigrés algériens. Ce déséquilibre méthodologique est d’ailleurs souligné dans le rapport lui-même.

    En d’autres termes, vous transformez une question budgétaire complexe en argument identitaire, au service d’une narration binaire : la France paierait, les Algériens profiteraient.

    Une indignation à sens unique

    Votre texte se veut indigner par le « manque de transparence des administrations » et par la « dérive jurisprudentielle du Conseil d’État ». Ces reproches, adressés indistinctement aux fonctionnaires et aux juges, relèvent d’une méfiance généralisée à l’égard des institutions françaises elles-mêmes. Vous leur reprochez de respecter la loi, de garantir les droits fondamentaux, d’interpréter les textes en faveur de l’État de droit.

    Vous omettez de rappeler que le Conseil d’État, loin d’être « hors sol », a précisément pour mission de veiller à la cohérence juridique entre les accords internationaux et le droit interne. S’il a parfois étendu les effets de l’accord de 1968, c’est dans le cadre de la hiérarchie des normes et des principes constitutionnels que la République française s’impose à elle-même.

    Faire passer cela pour une « folie jurisprudentielle » relève moins de l’analyse que du slogan politique.

    L’Algérie, cible commode d’un discours sur commande

    Permettez-moi de vous retourner sur une note condescendante la formule : « Manifestement, il ne connaissait pas le sujet dont il parlait. »  Vous  n’avez pas lu le rapport dans son intégralité, ou qui avez choisi d’en retenir uniquement ce qui servait un propos préétabli.

    Votre indignation, loin d’être spontanée, s’inscrit dans un discours médiatique désormais bien rodé : celui qui consiste à transformer chaque dossier technique impliquant l’Algérie en argument de tension bilatérale.

    Et la reprise de votre texte par une certaine presse étrangère, notamment marocaine, confirme ce glissement. Loin d’informer, il nourrit une guerre narrative où le sujet n’est plus l’immigration, mais l’Algérie elle-même. Le journalisme cesse alors d’éclairer pour devenir un instrument diplomatique déguisé.

    Lire avant d’accuser

    Oui, Monsieur, j’ai lu le rapport. Et j’en retiens autre chose que des indignations à la chaîne :

    • la nécessité de réviser des accords anciens, sans céder à la caricature ni à la stigmatisation ;
    • la volonté des parlementaires de rétablir une transparence administrative, non de désigner des coupables nationaux ;
    • l’importance d’un débat serein sur l’avenir des liens franco-algériens, débarrassé des réflexes de l’époque coloniale et des simplifications électoralistes.

    Il n’y a rien « d’explosif » dans un travail parlementaire. Ce qui l’est, en revanche, c’est la facilité avec laquelle certains s’en servent pour rallumer de vieilles rancunes. La polémique ne remplacera jamais la lecture.
    Et dans un contexte international où la manipulation de l’opinion devient un outil politique, la rigueur intellectuelle reste notre meilleure défense.

    A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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    Note de contexte : l’accord franco-algérien de 1968

    Signé le 27 décembre 1968, cet accord bilatéral encadre les conditions d’entrée, de séjour, d’emploi et de protection sociale des ressortissants algériens en France.
    Il repose sur la reconnaissance de liens historiques spécifiques entre les deux pays, hérités de la période coloniale. Modifié à plusieurs reprises (1985, 1994, 2001), il reste le principal cadre juridique des migrations algériennes en France.
    Toute réforme ou dénonciation de cet accord suppose une négociation diplomatique bilatérale, et non une décision unilatérale.

    Lien de l’article  d’un rapport devenu prétexte à polémique :

    https://www.lefigaro.fr/vox/societe/xavier-driencourt-pourquoi-il-faut-lire-le-rapport-parlementaire-sur-l-immigration-algerienne-en-france-20251023