Catégorie : Géopolitique

Analyses et décryptages consacrés aux rapports de force internationaux, aux relations entre États et aux grandes évolutions géopolitiques.

  • Le miroir obscène du conflit israélo-palestinien : Toutes les vies ne se valent pas

    Le miroir obscène du conflit israélo-palestinien : Toutes les vies ne se valent pas

    Alors que les médias occidentaux s’émeuvent de la libération d’otages israéliens, le sort des prisonniers palestiniens reste dans l’ombre.
    Cette tribune dénonce la hiérarchie des compassions, l’impunité d’un régime colonial et l’hypocrisie d’un ordre international qui a cessé de croire à l’universalité des droits humains.

    Oui, je me réjouis que des israéliens aient été libérés après des semaines de captivité. Et je me réjouis tout autant pour les prisonniers palestiniens enfin sortis des geôles israéliennes. Ces deux joies devraient être universelles, la libération d’êtres humains rendus à leurs familles.
    Mais à chaque fois que l’émotion médiatique s’empare de ce conflit, elle révèle une constante : toutes les souffrances n’ont pas le même poids, toutes les vies n’ont pas la même valeur.

    Le poids des mots, l’injustice du langage

    On parle d’« otages » pour les Israéliens et de « prisonniers » pour les Palestiniens. Comme si les uns incarnaient la tragédie et les autres la faute. Pourtant, il s’agit dans les deux cas d’êtres humains privés de liberté, souvent innocents.
    Cette asymétrie linguistique n’est pas anodine : elle reflète la hiérarchie implicite des compassions. On pleure les uns, on justifie les autres. On exige la libération immédiate des uns, on tolère la détention indéfinie des autres.

    Selon B’Tselem et Amnesty International, plus de 9 000 Palestiniens sont actuellement détenus en Israël, dont environ 3 000 sans inculpation ni procès, sous le régime de la « détention administrative ». Parmi eux, des mineurs. Ce sont des réalités que le droit international condamne, mais que les chancelleries préfèrent ignorer.

    Des prisons et des ruines

    Les images des échanges récents sont éloquentes : d’un côté, des civils israéliens affaiblis mais entourés, pris en charge ; de l’autre, des Palestiniens libérés après des années derrière les barreaux, marqués par la privation et la peur.
    Cette comparaison ne vise pas à hiérarchiser la douleur, mais à rappeler l’ampleur de la déshumanisation. On s’inquiète pour les captifs israéliens, mais qui s’indigne encore du sort de ceux qu’Israël enferme chaque jour en silence ?

    Et pendant que les caméras se tournent vers les célébrations de trêve, la vie continue de s’éteindre à Gaza. Des dizaines de milliers de civils ont péri sous les bombes. Les rapports de l’ONU, de Médecins sans Frontières et de Human Rights Watch parlent de destructions massives d’habitations, d’écoles, d’hôpitaux, d’infrastructures vitales. Une population entière broyée sous le prétexte de la « sécurité ».

    Le citoyen algérien que je suis

    Le citoyen algérien que je suis, dénonce sans détour le projet colonial sioniste, ce système d’expansion et de domination qui, depuis 1948, a effacé les particularismes locaux et détruit la continuité historique du peuple palestinien.
    Je condamne fermement l’impérialisme qui a déraciné des générations entières au nom d’une idéologie nationale excluante.

    Il faut le dire avec clarté : la colonisation n’est pas une politique, c’est un crime. Elle nie le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, elle piétine le droit international et elle pervertit toute idée de justice.
    Lorsque l’entité sioniste d’Israël actuel affirme refuser toute perspective d’État palestinien et toute souveraineté partagée sur Jérusalem, elle ne fait qu’entretenir un système de domination sans horizon de paix. La « politique du fait accompli » aggrave chaque jour un climat déjà saturé de souffrance et d’injustice.

    Dans ce contexte, le mouvement Hamas, quelles que soient les divergences qu’on puisse avoir avec sa ligne, reste perçu, pour une grande partie de la population palestinienne, comme un mouvement de résistance né de l’occupation et de l’enfermement. On ne peut comprendre sa raison d’être sans reconnaître la violence structurelle de l’occupation qui l’a engendré.

    Je le redis : la colonisation de la Palestine est illégale, immorale et indéfendable. Chaque balle tirée en Cisjordanie, chaque maison détruite à Jérusalem-Est, chaque oliveraie arrachée ou citerne rasée est un acte contraire au droit international, assimilable à un crime contre l’humanité. Les institutions internationales l’ont jugé, les ONG l’ont documenté, et pourtant, le silence persiste.

    La société israélienne, en grande partie unie dans la défense d’un projet colonial, porte aujourd’hui une responsabilité morale : celle de refuser la servitude du nationalisme et d’affronter la vérité de l’oppression commise en son nom.
    Car résister à l’occupation, ce n’est pas nier la souffrance des civils israélien c’est refuser que leur sécurité serve d’alibi à un régime d’apartheid.

    Cisjordanie : la colonisation au grand jour

    Alors qu’on célèbre la suspension des bombardements, les colons israéliens poursuivent leur avancée en Cisjordanie, soutenus par un gouvernement qui a fait de l’annexion une doctrine. Les violences contre les Palestiniens s’intensifient, souvent en toute impunité.
    Yesh Din et Breaking the Silence documentent depuis des années cette colonisation méthodique : confiscations, destructions, expulsions. Et malgré cela, les alliés occidentaux d’Israël maintiennent leurs livraisons d’armes et bloquent toute résolution contraignante au Conseil de sécurité.

    L’hypocrisie des puissances

    Les dirigeants occidentaux se veulent gardiens du droit international, défenseurs des droits humains, chantres du « plus jamais ça ». Mais leur indignation s’arrête aux frontières de Gaza.
    Quand Israël bombarde des camps de réfugiés, c’est une « riposte ». Quand des Palestiniens réclament leur liberté, c’est une « provocation ».
    Cette hypocrisie n’est plus seulement morale : elle est politique. Elle mine l’universalité des valeurs humanistes et révèle un ordre international à deux vitesses un ordre où la force dicte le droit.

    Le silence, complice du pouvoir

    L’opinion publique, lassée ou désorientée, finit par se taire. Le silence devient la norme, l’indifférence une forme d’obéissance. Pourtant, chaque jour à Gaza, en Cisjordanie, dans les camps du Liban, des Palestiniens continuent de croire que leur vie vaut autant que celle d’un autre.
    Ce n’est pas une revendication radicale : c’est une exigence de justice.

    Pour une égalité des vies

    Refuser la propagande, ce n’est pas refuser la compassion. C’est l’étendre à tous.
    Il ne s’agit pas d’opposer des souffrances, mais de rétablir une vérité simple : aucun peuple n’a le monopole de la douleur, et aucun État ne doit avoir le droit d’écraser un autre au nom de sa sécurité.

    La paix, si elle doit venir un jour, ne naîtra pas des calculs militaires ni des trêves imposées. Elle viendra du courage de dire que toutes les vies se valent — et que c’est ce principe, trahi depuis des décennies, qu’il faut défendre avant tout.

    Conclusion

    Le drame palestinien n’est pas une fatalité historique : c’est un choix politique, rendu possible par le silence des consciences.
    Tant que les voix libres refuseront de se taire, il restera une chance infime mais réelle de rendre à ce mot galvaudé, humanité, un peu de son sens.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Gaza, le souffle invincible de l’humanité

    Gaza, le souffle invincible de l’humanité

    Un hommage vibrant à la population de Gaza à sa dignité, sa résistance et sa lumière intérieure. Ce texte célèbre la force tranquille d’un peuple qui, malgré la guerre et le siège, continue d’incarner la vie, l’amour et l’espérance.

    L’héroïsme du Palestinien ne se mesure pas seulement dans les combats.
    Il se lit dans chaque souffle, dans chaque geste de survie, dans chaque regard qui refuse de se baisser.
    Il se trouve dans le pain qu’il cuit malgré le blocus, dans la lumière qu’il rallume malgré l’obscurité,
    dans l’enfant qu’il protège, dans la dignité qu’il porte comme un étendard au milieu des ruines.

    À Gaza, l’héroïsme n’est pas un mot, c’est un souffle.
    C’est la force invisible qui relève les pierres,
    c’est la tendresse d’une mère qui transforme la peur en berceuse,
    c’est le rire d’un enfant qui défie le vacarme du monde.

    Là où tout semble vouloir anéantir l’existence, le Palestinien recrée la vie.
    Là où les murs enferment, il construit des ponts d’espérance.
    Là où la nuit s’abat, il fait de chaque aube une déclaration de résistance.

    Car il ne s’agit pas seulement de survivre, il s’agit de témoigner, de dire au monde :
    Nous sommes encore là. Nous respirons. Nous espérons.

    Malgré le siège, malgré la faim, malgré les ruines,
    le peuple de Gaza reste debout indomptable, inaltérable,
    portant dans ses yeux la certitude que la justice, tôt ou tard,
    franchira les murs du silence.

    Pour les Israéliens  Il y aura toujours des candidats pour jouer la revanche de la revanche, la belle de la belle, et transformer les déroutes en « victoires » et dès qu’ils auront l’occasion de faire couler du sang Palestinien, ils se gobergeront  de massacrer et de purifier ethniquement le plus grand nombre possible de Palestiniens sous prétexte de « légitime défense », estimant que le 7 octobre leur avait valu la tolérance du monde pour commettre un génocide Quel que soit le prix, tant leur mépris pour le Palestinien est immense.

    Quant au peuple Palestinien, à lui va mon admiration.  Sans bornes.
    Qu’est-ce qui distingue ce peuple qui s’obstine à vouloir exister ?
    Depuis 80 ans. On leur reproche d’employer la force ?
    Un peuple aussi isolé par un blocus, habitant un confetti  de territoire, aussi faible, a-t-il d’autre choix que la force ?

    Le Palestinien n’est pas une victime parmi d’autres : il est le symbole vivant d’une humanité qui refuse de se rendre. Il est la preuve que la dignité peut fleurir même au milieu des cendres,
    que l’amour d’une terre peut être plus fort que la violence du monde.

    Et tant qu’il restera un Palestinien pour sourire,
    tant qu’une mère de Gaza bercera son enfant sous les bombes en lui murmurant des mots d’espoir, tant qu’une main reconstruira, tant qu’un cœur croira encore, alors le monde saura que la liberté ne se détruit pas.
    Elle se transmet. Elle se chante. Elle se vit.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Israël nourri le sophisme démographique du déni

    Israël nourri le sophisme démographique du déni

    Alors que les destructions à Gaza atteignent un niveau sans précédent, un discours se répand pour nier le caractère génocidaire de cette guerre : la population croîtrait, donc il n’y aurait pas volonté d’extermination.
    Ce raisonnement, sous couvert d’objectivité, relève du déni politique et moral. Il faut en dévoiler la logique

    Parler de Gaza aujourd’hui, c’est affronter une guerre des mots plus impitoyable encore que celle des bombes. À mesure que les ruines s’accumulent, un autre champ de bataille se déploie : celui du langage.
    D’un côté, les faits des milliers de morts, des hôpitaux rasés, des enfants amputés, une population affamée. De l’autre, un discours qui tente d’enrayer la compassion, de refroidir les consciences, en habillant la violence d’arguments démographiques et moraux.

    Ainsi entend-on dire qu’il ne saurait y avoir génocide puisque la population de Gaza continue de croître. Ce raisonnement, à la fois glacial et cynique, relève d’un sophisme politique : confondre le résultat statistique avec l’intention criminelle.

    Un sophisme d’État

    Le droit international est limpide : selon la Convention de 1948, le génocide se définit par l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un peuple, non par le nombre final de survivants.
    Ce n’est pas la démographie qui fonde le crime, mais la volonté de l’effacement.
    On peut massacrer, affamer, déporter, priver d’eau, de soins et d’avenir tout un peuple, sans pour autant en “réussir” la destruction totale.
    La croissance démographique n’est donc pas la preuve d’une absence de génocide, mais souvent la résistance d’un peuple à son anéantissement.

    Réduire l’histoire de Gaza à une courbe de natalité, c’est nier la mort dans sa dimension humaine et politique.
    C’est transformer la survie en argument contre la souffrance.
    Une telle froideur statistique ne relève pas de la raison, mais du déni.

    L’inversion morale : du bourreau à la victime

    À ce sophisme s’ajoute une inversion perverse des rôles :
    les civils palestiniens deviennent complices de leur propre destruction, tandis que l’armée qui bombarde les hôpitaux se pare des vertus de la défense légitime.
    C’est un vieux mécanisme colonial : présenter la violence de l’occupant comme une réponse à la barbarie du colonisé.

    On accuse les Palestiniens “d’utiliser leurs enfants comme boucliers humains” — manière commode d’expliquer pourquoi ces enfants meurent sous les bombes.
    Cette phrase, répétée à satiété, ne dit pas la vérité : elle la neutralise.
    Elle déplace la culpabilité, lave les mains de l’agresseur, et transforme chaque victime en preuve de sa propre faute.

    Le féminisme instrumentalisé

    Autre ruse du discours du déni : feindre de s’émouvoir du sort des femmes palestiniennes.
    On accuse le Hamas d’imposer la natalité, d’enfermer les femmes dans la maternité, comme si la critique de l’islamisme suffisait à effacer les bombes.
    Mais cette compassion sélective n’a rien de féministe : c’est un féminisme d’occupation, qui utilise le corps des femmes pour justifier la guerre.

    Depuis la colonisation de l’Algérie, ce procédé est bien connu : “libérer” les femmes pour mieux dominer leur peuple.
    Sous couvert de modernité, on perpétue la hiérarchie coloniale entre “eux” et “nous”.
    Ce n’est pas la liberté qu’on défend, mais le droit de parler à la place de celles qu’on réduit au silence par la destruction.

    Réécrire l’histoire pour effacer le crime

    Ces récits d’apparence érudite se nourrissent aussi d’un révisionnisme tranquille.
    En expliquant que les réfugiés palestiniens seraient une invention des régimes arabes, on nie la Nakba de 1948  l’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens lors de la création d’Israël.
    On efface la dépossession, la spoliation des terres, l’exil forcé.
    On réduit un peuple à une anomalie statistique, une variable régionale.

    Ce n’est pas une erreur d’histoire : c’est une stratégie d’effacement.
    On ne nie pas seulement les morts, on nie la mémoire.

    Les chiffres comme anesthésie morale

    La froideur des données démographiques agit comme un anesthésiant.
    On ne parle plus de visages ni de familles, mais de “croissance” et de “taux de fécondité”.
    C’est la langue technocratique du meurtre : celle qui transforme le charnier en tableau Excel.

    Pourtant, les chiffres qu’on brandit ne peuvent masquer le réel :
    plus de 35 000 morts, selon les estimations onusiennes, des centaines de milliers de blessés, des quartiers rayés de la carte.
    Et au-delà des corps, la destruction d’un peuple dans ce qui fonde sa continuité son territoire, ses infrastructures, sa mémoire.
    C’est cela, un génocide moderne : la destruction méthodique des conditions de vie.

    La paix comme prolongement de la domination

    Enfin, ces textes appellent à une “paix” fondée sur la démilitarisation et la tutelle.
    Autrement dit, une paix sans souveraineté.
    Une paix où Gaza serait gérée, surveillée, encadrée un espace sans peuple, une cage humanitaire.
    C’est la paix coloniale, celle des dominants : la paix de la reddition.

    Mais sans justice, il n’y a pas de paix et sans reconnaissance du droit des Palestiniens à vivre libres sur leur terre, il n’y aura que la répétition du désastre.

    Nommer pour ne pas trahir

    Il ne s’agit pas ici de faire de la rhétorique, mais de vérité. Nommer le génocide, ce n’est pas un acte militant, c’est un acte de lucidité.
    Le nier, c’est participer à sa perpétuation.
    Parce qu’à Gaza, ce n’est pas la démographie qui parle : c’est la volonté d’effacement.
    Et tant que cette volonté persistera, chaque mot de déni ajoutera une pierre au tombeau de la justice.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Flottille pour Gaza: Les pèlerins de la bonne conscience

    Flottille pour Gaza: Les pèlerins de la bonne conscience

    Il y a, dans une partie de la presse française, une étrange jubilation à tourner en dérision toute expression de solidarité envers les Palestiniens. Les participants à la dernière flottille pour Gaza ont ainsi été décrits comme des “Croisés sans Dieu”, des “repus de bonne conscience”, des militants “subventionnés par leur indignation”. Sous couvert de lucidité, ce discours ne révèle rien d’autre qu’une lassitude morale : celle d’un monde qui préfère moquer la compassion plutôt que d’affronter sa responsabilité.

    L’indignation comme résistance

    Dans un moment où la guerre de Gaza s’achève à peine, où les décombres couvrent encore la bande côtière et où les familles comptent leurs morts, ces attaques contre des militants humanitaires ont quelque chose d’indécent.
    On peut débattre des méthodes, on peut contester l’efficacité symbolique d’une flottille, mais réduire cet engagement à une mise en scène narcissique, c’est refuser de voir ce qu’il représente : une résistance morale à l’indifférence.

    L’indignation n’est pas un luxe.
    C’est la condition de toute société démocratique qui refuse de se soumettre à la fatalité du plus fort.
    Elle ne relève pas d’une religion laïque, mais d’une conscience civique : celle qui rappelle qu’aucun État, quel qu’il soit, ne peut s’exonérer du droit international et de la morale humaine.

    Défendre Gaza n’est pas haïr Israël

    L’un des procédés rhétoriques les plus utilisés par les soutiens inconditionnels de la politique israélienne consiste à assimiler toute critique à de l’antisémitisme.
    Ce glissement sémantique permanent permet d’éviter le fond du débat : les crimes de guerre, le blocus, les destructions massives et la négation des droits fondamentaux des Palestiniens.

    Critiquer un État, ce n’est pas haïr un peuple.
    C’est refuser qu’un gouvernement quel qu’il soit transformé la peur en doctrine politique.
    C’est affirmer que la liberté, si chère à Israël, ne peut pas être confisquée par la violence.
    La vraie amitié entre peuples, c’est celle qui ose dire la vérité, pas celle qui justifie l’injustifiable.

    La fabrication de l’ennemi

    L’article auquel nous répondons accuse “les indignés” de “fabriquer un ennemi” : Israël.
    Mais c’est précisément l’inverse qui s’y joue.
    L’auteur construit, pièce par pièce, la figure repoussoir de “la gauche européenne inféodée”, des “humanitaires hypocrites”, des “militants doudous”.
    Cette fabrication d’un ennemi intérieur permet de détourner le regard des véritables responsabilités : celles de l’occupation, de l’impunité militaire et de la cécité diplomatique de l’Occident.

    Ce procédé n’est pas nouveau.
    Il s’inscrit dans une longue tradition de disqualification morale des mouvements de solidarité internationale, accusés de “faiblesse” dès lors qu’ils rappellent l’universalité des droits humains.
    Mais cette faiblesse supposée est, en réalité, une force : celle de continuer à croire que la dignité ne se négocie pas.

    La vraie imposture

    La véritable imposture morale n’est pas du côté de ceux qui s’indignent, mais de ceux qui ont cessé de le faire.
    Derrière la posture du “réalisme”, il y a souvent la résignation.
    Derrière la dénonciation des “indignés professionnels”, il y a le confort de ceux qui n’ont rien à perdre ni proches sous les bombes, ni illusions à défendre.

    Moquer la compassion, c’est se protéger de la honte.
    Mais la honte, parfois, est le début du courage.
    Ceux qui prennent la mer pour Gaza ne prétendent pas changer le monde ; ils refusent seulement qu’on continue à le laisser couler.

    Redonner sens à la parole publique

    Dans un temps saturé de discours sécuritaires et d’inversions accusatoires, maintenir vivante la parole humaniste est déjà un acte politique.
    Il ne s’agit pas de choisir un camp contre un autre, mais de refuser le cynisme comme horizon.
    De rappeler que la démocratie ne se défend pas par la censure de l’empathie, mais par la reconnaissance de l’autre.

    Ceux qu’on raille aujourd’hui comme “pèlerins de la bonne conscience” sont, en réalité, les derniers à croire que les mots peuvent encore empêcher les murs.
    Et si cela dérange tant, c’est peut-être parce que leur indignation nous renvoie à notre propre silence.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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  • L’Algérie n’a pas besoin d’être citée pour exister

    L’Algérie n’a pas besoin d’être citée pour exister

    La polémique née de l’absence du nom de l’Algérie dans les remerciements du Hamas révèle moins un « oubli » qu’une volonté malveillante de salir une diplomatie de principe. Face à la duplicité régionale, l’Algérie reste fidèle à sa ligne : celle de la constance, de la dignité et de la solidarité sans calcul.

    Une tempête médiatique aussi absurde qu’indécente

    Il n’aura suffi que d’un nom manquant dans une déclaration du Hamas pour que certains s’agitent, bruyamment et sans retenue. Parce que l’Algérie n’a pas été citée dans la liste des pays remerciés pour leur rôle dans la conclusion du cessez-le-feu à Gaza, des voix hostiles se sont empressées de crier à l’« oubli », à la « mise à l’écart », voire à la « perte d’influence ».
    Mais cette polémique, montée en épingle, n’a qu’un seul but : discréditer un pays dont la position dérange, précisément parce qu’elle est droite, constante et incorruptible.

    Une fidélité historique, pas un calcul diplomatique

    Depuis son indépendance, l’Algérie a fait de la défense des peuples opprimés un principe fondateur de sa politique étrangère. Son engagement en faveur de la Palestine n’est pas conjoncturel ni intéressé : il s’enracine dans sa propre expérience du colonialisme et de la lutte pour la libération. Soutenir la Palestine, pour l’Algérie, n’a jamais été un moyen d’obtenir des faveurs ou des applaudissements. C’est un devoir moral, une fidélité historique, une cause qui transcende les gouvernements et les conjonctures.

    Alors, faut-il vraiment rappeler que la solidarité algérienne n’a jamais dépendu d’un mot ou d’une citation ? L’Algérie n’a pas besoin de figurer dans une liste de remerciements pour exister. Elle agit sans attendre la reconnaissance, parce que son engagement n’a jamais été motivé par la recherche d’un prestige.

    Les donneurs de leçons, champions de l’hypocrisie

    Le plus indécent, dans cette affaire, ce ne sont pas les silences du Hamas, mais les cris hypocrites de ceux qui s’en offusquent. Beaucoup de ces « défenseurs » de la Palestine sont les mêmes qui normalisent avec Israël, multiplient les accords militaires et économiques avec l’occupant, tout en prétendant jouer les médiateurs. Cette double posture celle de l’allégeance travestie en diplomatie est la marque de ceux qui ont depuis longtemps renoncé à la cause palestinienne, et qui ne supportent plus qu’un pays, l’Algérie, leur rappelle par sa constance la signification du mot principe.

    La clarté algérienne : soutenir un peuple, pas des factions

    Contrairement à ce que certains insinuent, le soutien algérien n’est pas aveugle. L’Algérie distingue la cause d’un peuple des manœuvres politiques de certains groupes. Elle soutient la résistance du peuple palestinien, pas les dérives idéologiques de mouvements instrumentalisés
    Cette nuance, essentielle, découle d’une mémoire douloureuse : celle des années 1990, quand l’Algérie a payé de dizaines de milliers de vies les conséquences d’un extrémisme importé. Elle sait ce que valent les discours religieux détournés à des fins politiques, et refuse d’en cautionner les porteurs.

    Cette position n’est pas une distance, c’est une lucidité. Elle témoigne d’un engagement mûr, réfléchi, enraciné dans l’expérience d’un peuple qui a appris que la foi n’excuse pas le fanatisme, et que la cause juste ne se confond pas avec ses manipulateurs.

    Ce que l’on attaque, c’est la constance algérienne

    Ceux qui tentent aujourd’hui d’opposer Alger à Gaza ne cherchent pas la vérité, mais la discorde. Leur cible n’est pas la diplomatie algérienne, mais ce qu’elle incarne : une indépendance de ton, une souveraineté de décision, une fidélité aux causes justes sans soumission à aucune puissance.
    Cette constance dérange. Dans un monde arabe où la cause palestinienne est souvent utilisée comme monnaie d’échange, l’Algérie continue de la porter comme un devoir moral et politique. Elle ne parle pas pour se montrer, mais pour défendre. Elle ne se tait pas par faiblesse, mais par dignité.

    Une diplomatie de dignité, pas de reconnaissance

    L’Algérie n’a pas besoin d’être citée pour exister. Sa voix résonne dans les forums internationaux, à l’ONU, à l’Union africaine, et partout où les peuples se battent pour leur liberté. Elle n’agit pas pour être remerciée, mais pour rester fidèle à elle-même. Sa solidarité avec la Palestine ne se mesure pas à la longueur d’un communiqué, mais à la cohérence d’un engagement. Et si certains s’acharnent à l’attaquer, c’est parce qu’ils savent que l’Algérie, elle, ne trahit pas. Elle ne renonce pas. Elle ne se vend pas.

    Une leçon de constance

    La polémique s’éteindra, comme toutes les tempêtes de l’instant. Mais la position de l’Algérie, elle, demeurera. Parce qu’ici, la solidarité n’est pas une posture : c’est une conviction. Et parce qu’au fond, la Palestine n’a pas besoin d’avocats hypocrites — elle a besoin d’alliés sincères. Au niveau international, Le 15 novembre 1988 à Alger, le Conseil national palestinien déclare unilatéralement l’indépendance de la Palestine. L’Algérie est le premier pays à reconnaître l’État de Palestine. Dans les jours qui suivent, 75 États reconnaissent son indépendance.

    L’Algérie n’a jamais recherché, en toute humilité, une quelconque gloriole ni un retour sur investissement dans les nombreux conflits où elle a mis tout son poids pour leur règlement juste et pacifique tels que la prise des otages en Iran, la question du Mali, etc…
    Ce qui importe en effet pour le peuple palestinien, c’est la cessation des massacres génocidaires et le retour à une vie normale.
    Je sais que ce n’est pas à la mode l’Algérie en ce moment… Mais c’est important de le dire , de le savoir, et c’est bien aussi de le souligner.
    Et sur ce terrain-là, l’Algérie n’a pas d’équivalent.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Respect aux résistants de Gaza : le ghetto du XXIe siècle :

    Respect aux résistants de Gaza : le ghetto du XXIe siècle :

    « Quand la force devient l’unique langage, la vérité se tait et l’humanité s’efface. »

    Dans l’étroite bande de Gaza, la guerre a cessé d’être un conflit pour devenir un miroir. Miroir de notre impuissance collective, de la déshumanisation ordinaire, et du courage silencieux de ceux qui résistent à l’effacement. Cette tribune rend hommage aux victimes civiles, à la dignité d’un peuple enfermé, et à la faillite morale d’une époque qui laisse mourir sous ses yeux.

    Gaza, une tragédie universelle

    Il existe des lieux qui deviennent des symboles au-delà de leur géographie. Gaza, aujourd’hui, en est un. Dans cette bande de terre minuscule où s’entassent des millions de vies, le monde assiste, impuissant ou complice, à une lente destruction, celle d’un peuple pris au piège de l’histoire et de la géopolitique. Sous les bombes, dans la faim et la peur, Gaza nous renvoie à nos contradictions : celle d’un monde qui se dit civilisé mais qui tolère l’inacceptable.

    Depuis trop longtemps, Gaza n’est perçue qu’à travers des chiffres : tant de morts, tant de blessés, tant de bâtiments détruits. Mais derrière ces nombres, il y a des visages. Des enfants qui rêvaient d’école, des mères qui enfouissent leurs fils sans tombe, des médecins opérant à mains nues, des familles qui survivent dans le vacarme de la guerre.
    Chaque ruine porte un nom, chaque silence une prière.

    La dignité comme ultime résistance

    Quand tout s’effondre, il ne reste qu’un seul territoire à défendre : celui de la dignité.
    Résister, dans Gaza assiégée, n’est pas un slogan : c’est un réflexe vital.
    Ce n’est pas une exaltation de la guerre, mais le refus obstiné de disparaître sans laisser de trace. Face à la puissance d’une armée surarmée, un peuple désarmé tente simplement de rester humain.

    Les murs qui entourent Gaza ne contiennent pas seulement ses habitants : ils enferment aussi la conscience de ceux qui les ont construits. Car l’occupation ne tue pas seulement des corps, elle étouffe des âmes, elle pervertit la morale.
    L’asymétrie est totale, mais la dignité ne se mesure pas à la force des armes — elle se mesure à la capacité de continuer à espérer, même au bord du gouffre.

    La guerre des récits

    La bataille de Gaza n’est pas seulement militaire ; elle est aussi narrative.
    Les mots, ici, tuent ou sauvent. Le pouvoir des armes se double de celui des images et des récits. Celui qui bombarde parle de “riposte légitime”, celui qui souffre est qualifié de “terroriste”.
    Ainsi, la réalité se déforme, la souffrance se banalise, et la vérité devient la première victime du conflit.

    Aujourd’hui, le colonisateur au lieu de se reprocher d’être à la mauvaise place dans l’histoire, il reproche à la résistance et à son peuple d’avoir osé faire l’inévitable pour recouvrer leurs droits.

    Aujourd’hui, nous constatons que la glorification des héros de Gaza n’est pas notre droit. Elle nous rappelle plutôt, à nous-mêmes comme à l’ennemi, que la vie, riche en expériences, ne comporte qu’un nombre limité de choix majeurs.

    Croire que la bataille de Gaza se terminera par une reddition épargnant à Israël le châtiment qu’il mérite, c’est une fois de plus une lecture erronée de l’histoire. Mais le temps seul est riche d’enseignements pour ceux qui souhaitent apprendre !

    La tragédie d’un peuple encerclé

    A Gaza, le colonisateur est supérieur en nombre, en armement, en tactique. Les civils sont encerclés, incapables d’échapper au feu sauf par des galeries qu’ils ont creusées ou qui existaient déjà.
    Devant cette écrasante supériorité, il ne reste que la guérilla qualifiée de “terrorisme” par ceux qui détiennent le pouvoir. Pour les civils encerclés, les morts s’accumulent sous les bombes ; la maladie et la faim faucheront encore des vies. Certains choisissent de mourir en emportant un adversaire — acte tragique qui, pour eux, est la dernière réponse à un génocide programmé. Et pourtant, paradoxalement, plus on cherche à réduire une population par la violence, plus la détermination de ceux qui résistent grandit : leur moral s’affermit à mesure que celui des agresseurs s’érode, car la longue durée transforme la puissance en vulnérabilité.

    Au-delà de la suprématie militaire, le colon contrôle les moyens de communication : il peut allonger ses victoires, minimiser ses défaites, et affirmer qu’il ne perd pas d’hommes. Pourtant ces hôpitaux se remplissent en cachette et l’ordre militaire est de taire les pertes. L’armée qui occupe doit paraître invincible, féroce et inhumaine, tel est la doctrine du colonisateur.

    Ce constat n’est pas une métaphore : c’est une photographie de l’histoire qui s’écrit sous nos yeux. Il dévoile la logique du désespoir, la mécanique de la domination et l’absurdité d’un système où la puissance croit pouvoir détruire la volonté d’exister.
    Mais l’histoire enseigne le contraire : la force brute finit toujours par se heurter à la mémoire des vivants.

    Le miroir de notre humanité

    Ce qui se joue à Gaza dépasse le conflit israélo-palestinien : c’est un test moral pour l’humanité entière.
    C’est la mesure de notre tolérance à l’inacceptable, de notre indifférence à la souffrance, de notre capacité à fermer les yeux quand la vie d’autrui nous dérange.
    Gaza n’est pas seulement une tragédie politique, c’est une tragédie humaine. Et c’est précisément pour cela qu’elle nous concerne tous.

    Rendre hommage aux victimes, ce n’est pas choisir un camp, c’est refuser l’oubli.
    C’est affirmer que la compassion est un devoir, que la justice est la seule voie vers la paix, et que la mémoire des morts ne doit pas servir d’argument mais d’avertissement.
    Un jour, les bombes se tairont, les ruines seront balayées, mais la question demeurera : qu’avons-nous fait, nous, quand l’humanité brûlait à Gaza ?

    Ce que révèle Gaza, c’est la faillite de la puissance et le triomphe paradoxal de la dignité.
    Plus les murs s’élèvent, plus les consciences s’éveillent.
    Plus on tente d’effacer un peuple, plus sa mémoire s’impose.

    Rendre hommage à ces vies fauchées, ce n’est pas une posture politique :
    c’est une déclaration de foi dans l’humain.
    C’est exiger la fin des bombardements, l’ouverture des couloirs humanitaires, des enquêtes indépendantes, et la reconnaissance du droit à la vie.

    Car si la guerre a fait de Gaza un cimetière, la mémoire peut encore en faire un lieu de conscience.
    Et peut-être qu’un jour, le monde regardera cette terre non plus comme une menace, mais comme un avertissement :
    celui de ce qui arrive quand l’humanité abdique.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Le Makhzen : la désinformation devient un instrument de survie politique

    Le Makhzen : la désinformation devient un instrument de survie politique

    Les relations algéro-marocaines connaissent une nouvelle zone de turbulence. Derrière les campagnes numériques accusant l’Algérie d’étouffer la joie populaire, se dessine une stratégie de diversion du pouvoir marocain, confronté à une contestation sociale grandissante. Analyse d’une provocation ratée.

    Les relations entre Alger et Rabat n’ont jamais été simples. Mais depuis quelques années, la rivalité s’est transformée en véritable guerre d’influence, particulièrement visible dans l’espace numérique.
    Le dernier épisode en date, une campagne en ligne visant à faire croire que les Algériens auraient été empêchés de célébrer la victoire de leur équipe nationale contre la Somalie – illustre une dérive préoccupante : celle de l’instrumentalisation politique de la désinformation.

    Une opération de manipulation mal calibrée

    Peu après le match, une série de comptes nouvellement créés, se faisant passer pour des Algériens, a diffusé un même message : “le peuple n’est pas sorti dans la rue, de peur de la répression.”
    Ce récit, construit de toutes pièces, cherchait à imposer une image d’un pays paralysé par la peur. Sauf que la manœuvre a échoué. Les internautes algériens ont rapidement détecté la supercherie, pointant la synchronisation suspecte de ces publications et leur origine étrangère.

    Ce type d’opération illustre l’usage croissant de la désinformation comme arme géopolitique. Dans ce cas précis, le calcul du Makhzen reposait sur une idée erronée : celle que la société algérienne réagirait mécaniquement à chaque victoire sportive. Or, face à une qualification déjà assurée, les Algériens ont fait preuve de maturité et de retenue, une attitude que Rabat n’avait pas anticipée.

    Un Maroc sous tension

    Pour comprendre ces provocations numériques, il faut regarder du côté du Maroc lui-même. Le pays traverse une période d’instabilité sociale : hausse des prix, chômage persistant, mécontentement populaire.
    Dans plusieurs villes, des manifestations ont éclaté ces dernières semaines, traduisant un malaise profond. Le récent discours de Mohammed VI, jugé déconnecté des réalités, n’a fait qu’accentuer la frustration.

    Dans ce contexte, la tentation de détourner l’attention vers l’extérieur est grande. L’Algérie, éternel rival et exutoire commode, sert de variable d’ajustement à une communication politique en crise. Les provocations deviennent alors un outil pour canaliser le mécontentement intérieur.

    La désinformation, symptôme d’une faiblesse politique

    Ces manœuvres ne sont pas anodines. Elles traduisent une perte de contrôle du récit national marocain. Plutôt que de répondre aux attentes sociales, le Makhzen préfère entretenir l’illusion d’un ennemi extérieur.
    Mais cette stratégie a ses limites : elle mine la crédibilité du Maroc sur la scène internationale et accentue la défiance au sein même de la société marocaine, de plus en plus consciente des écarts entre le discours officiel et la réalité vécue.

    De son côté, l’Algérie a choisi de ne pas réagir de manière impulsive. L’absence de débordements, la vigilance citoyenne et le calme des institutions démontrent une maturité politique qui contraste avec les calculs improvisés de son voisin de l’Ouest.

    Un révélateur des fragilités régionales

    Cet épisode n’est pas un cas isolé, mais le reflet d’une crise régionale plus large. Les pays du Maghreb font face à des défis économiques et sociaux majeurs, tandis que leurs jeunesses réclament plus de justice, de transparence et de perspectives.
    Dans ce contexte, les logiques de rivalité interétatique deviennent des écrans de fumée, retardant l’intégration régionale et la coopération économique, pourtant vitales pour les deux peuples.

    Pour sortir de la logique du soupçon

    La désinformation, qu’elle soit numérique ou médiatique, ne construit rien. Elle entretient le ressentiment et empêche le dialogue. Le Maroc, s’il veut retrouver sa crédibilité, devra rompre avec la tentation de la diversion et assumer la nécessité d’un débat interne sincère. L’Algérie, de son côté, gagnerait à maintenir sa posture de retenue et de lucidité, sans céder aux provocations.

    Car au-delà des querelles politiques, c’est tout le Maghreb qui pâtit de cette tension permanente. Tant que les élites privilégieront la confrontation à la coopération, les peuples des deux rives du désert resteront prisonniers d’un passé conflictuel au détriment d’un avenir commun.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Justice à sens unique ? Non, les Français détenus à l’étranger ne sont pas tous des innocents

    Justice à sens unique ? Non, les Français détenus à l’étranger ne sont pas tous des innocents

    L’article récemment publié sur les Français détenus à l’étranger se présente comme un cri d’indignation patriotique : nos ressortissants seraient systématiquement victimes d’injustices, et la France serait impuissante à les protéger. Cette vision manichéenne et sensationnaliste mérite d’être dénoncée. Il est temps de rappeler une vérité simple mais inconfortable : tous les Français détenus à l’étranger ne sont pas des innocents, et peindre chacun d’entre eux comme une victime irréprochable est non seulement faux, mais dangereux pour la crédibilité de la diplomatie et de lajustice.

    L’émotion ne fait pas la justice

    L’article multiplie les formules chocs : « otages », « tragique étau », « conditions inhumaines ». Ces mots dramatiques ne remplacent ni les preuves ni l’analyse juridique. Il est trompeur d’assimiler systématiquement détention à injustice. La France agit régulièrement pour protéger ses citoyens – mais discrètement et avec méthode, non sous les feux des projecteurs. La dramatisation émotionnelle sert à masquer la complexité réelle des situations.

    Sélection d’exemples biaisée

    Boualem Sansal, Christophe Gleizes, Frédéric Pierucci : l’article utilise des exemples spectaculaires pour prétendre que la détention arbitraire est la norme. Cette méthode est trompeuse. Ce sont des exceptions, pas la règle. La majorité des Français détenus à l’étranger le sont pour des motifs sérieux et documentés. Utiliser des anecdotes médiatiques pour généraliser à tous les citoyens relève d’un biais flagrant et dangereux

    La fiction de l’innocence généralisée

    L’article donne l’impression que tout Français détenu à l’étranger est un martyr innocent. La réalité est autre : Certains ont effectivement été victimes de régimes autoritaires ou de détentions arbitraires. D’autres ont commis des infractions graves, économiques ou politiques, qui justifient leur arrestation selon le droit local.

    Il est irresponsable de faire croire que chaque citoyen emprisonné est un héros persécuté. Cette vision flatteuse de la France et de ses ressortissants ignore la responsabilité individuelle et l’existence de Français coupables de faits sérieux à l’étranger.

    La saisine automatique de l’ONU : illusion et danger

    Les auteurs proposent de saisir automatiquement le GTDA de l’ONU pour chaque Français détenu. Une idée séduisante, mais naïve : Les États souverains peuvent refuser toute coopération et interpréter la démarche comme une pression politique, augmentant le risque pour le détenu. Le GTDA n’a pas de force coercitive : ses décisions sont consultatives.

    Présenter cette solution comme un remède universel relève de la naïveté diplomatique. Elle ne protège pas les innocents et peut mettre en danger ceux qui ont effectivement commis des actes condamnables.

    Chiffres et alarmisme : une rhétorique sans fondement

    L’article affirme que 5 à 10 % des 2 300 Français détenus seraient arbitrairement emprisonnés. Ce chiffre est totalement spéculatif et sert uniquement à renforcer le sentiment d’urgence et d’injustice. Aucune preuve solide n’est avancée. Il est irresponsable de transformer des hypothèses en certitudes pour justifier une action diplomatique radicale.

    Vision manichéenne et dangereuse de la diplomatie

    L’article oppose « États oppresseurs » et « France inactive ». Cette simplification est fausse et dangereuse. La diplomatie repose sur le discernement, la négociation, la coopération internationale et parfois la discrétion. Imposer une vision binaire fait passer la France pour faible et naïve, tout en ignorant que certains de nos compatriotes sont responsables de leurs propres mésaventures à l’étranger.

    La vérité dérangeante : tous ne sont pas victimes

    L’article insiste sur la victimisation totale de nos concitoyens détenus à l’étranger, mais la réalité est différente : Certains Français sont impliqués dans des affaires économiques ou politiques sérieuses, justifiant leur détention selon le droit local. Peindre tous les détenus comme des victimes innocentes est un mensonge partiel, qui dessert à la fois la France et la cause des droits de l’homme.

    Il faut défendre les Français injustement détenus, certes, mais sans ignorer la responsabilité de ceux qui ne sont pas innocents. Les exagérations de l’article alimentent le mythe d’une justice à sens unique, où le citoyen français serait toujours le bon et l’étranger toujours le méchant. C’est faux et contre-productif.

    Conclusion : nuance, rigueur et responsabilité

    Protéger les Français à l’étranger est une priorité légitime. Mais cela exige :

    Prudence et discernement, pour distinguer victimes d’arrestations arbitraires et citoyens responsables de leurs actes.

    Rigueur juridique, pour que chaque intervention diplomatique repose sur des preuves et non sur l’émotion.

    Réalisme international, car la souveraineté des États et la complexité diplomatique imposent des stratégies adaptées.

    L’article, sous couvert de défense des droits de l’homme, ignore volontairement la responsabilité individuelle et la complexité des affaires internationales, pour mieux construire le récit sensationnaliste d’une France passive face à des injustices universelles. Il est temps de rappeler que tous les Français détenus à l’étranger ne sont pas des innocents, et que la protection des citoyens passe avant tout par la rigueur, la nuance et le discernement, et non par des slogans simplistes et émotionnels.

    Alors, aux auteurs de cet article : cessez de prétendre que tout Français détenu à l’étranger est innocent. Cessez de transformer des exceptions en règles. Cessez de dramatiser pour masquer la complexité du monde. La vérité dérangeante est simple : tous les Français détenus à l’étranger ne sont pas des innocents, et la France ne peut protéger ses citoyens que si elle agit avec intelligence, rigueur et discernement.

    La justice n’attend pas les slogans. La vérité non plus.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Israël–Gaza : la guerre que les médias ne racontent pas

    Israël–Gaza : la guerre que les médias ne racontent pas

    « Les médias israéliens sont comme un médecin qui cache l’état de santé de son patient. »
    Cette phrase, tirée d’un article publié dans la presse israélienne, résume à elle seule l’ampleur du malaise moral et politique qui traverse la société israélienne depuis le déclenchement de la guerre de Gaza. En refusant de montrer la réalité des destructions, en réduisant le drame palestinien à des statistiques, ou en se réfugiant derrière le langage sécuritaire, une grande partie des médias israéliens ont participé à une entreprise de déni collectif.
    Mais ce silence n’est pas seulement celui des journalistes : il est aussi celui du public, de l’État et, plus largement, de l’Occident tout entier.

    Un silence médiatique structurel : la parole verrouillée au nom de la sécurité

    Depuis le 7 octobre, la presse israélienne opère dans un contexte de guerre où la censure militaire encadre strictement toute information liée aux opérations à Gaza. Les autorités invoquent des impératifs de sécurité nationale, mais ce cadre est devenu, de facto, un instrument de contrôle narratif. Les rédactions se conforment à une vision unique du conflit : Israël comme victime, le Hamas comme incarnation du mal absolu, et Gaza comme un théâtre d’opérations dépourvu d’êtres humains.

    Cette ligne éditoriale dominante ne relève pas uniquement d’une peur institutionnelle, mais d’une adhésion idéologique. De nombreux médias, notamment audiovisuels, se sont transformés en caisses de résonance du discours gouvernemental, réduisant les débats à des considérations militaires et occultant les dimensions politiques, humanitaires et juridiques du conflit. Les rares voix dissidentes Haaretz, +972 Magazine, ou encore les ONG comme B’Tselem et Gisha  sont marginalisées, taxées d’anti-patriotisme ou accusées de trahir la nation en temps de guerre.

    Ainsi, le silence médiatique n’est pas simplement le fruit d’une censure imposée, mais d’un consensus implicite : ne pas troubler la conscience nationale, ne pas fissurer le récit collectif.

    Le déni du public : un silence partagé et volontaire

    Pourtant, comme le souligne l’article, « le public n’a pas voulu savoir, ou alors il sait et s’en fiche ». Cette phrase révèle une vérité plus dérangeante encore : le silence des médias répond à la demande d’un public qui ne veut pas voir. Dans un contexte d’insécurité et de peur, l’information devient une consommation émotionnelle ; elle ne doit pas déranger, mais rassurer.

    Cette dynamique n’est pas propre à Israël. Dans toute société en guerre, la dissonance cognitive pousse les citoyens à refuser les vérités qui ébranlent leur identité nationale. Mais ici, la situation est plus profonde : le silence devient une forme de participation symbolique au conflit. En acceptant de ne pas savoir, en choisissant de croire que « tout est sous contrôle », le public israélien protège son propre confort moral.

    Il ne s’agit donc pas d’un peuple manipulé, mais d’un peuple qui collabore à son propre aveuglement. C’est pourquoi, comme le rappelle Haaretz, aucun citoyen israélien ne peut honnêtement affirmer : « Nous ne savions pas. »
    Les informations existaient, accessibles à tous sur Internet, publiées par des journalistes courageux. Mais la majorité a préféré détourner le regard. Ce silence collectif traduit une crise morale autant qu’une faillite médiatique.

    La rhétorique du « bouclier humain » : une justification du massacre

    L’un des éléments les plus révélateurs de cette cécité volontaire est la manière dont les médias et le discours public justifient les bombardements massifs à Gaza. L’argument récurrent« le Hamas se cache derrière les civils » sert de caution morale à une politique de destruction totale.
    Or, comme le rappellent certains commentateurs, l’écrasante supériorité militaire d’Israël (huit soldats pour un combattant palestinien) rend caduque cette excuse. Le droit international humanitaire impose des limites à la force, même contre un ennemi jugé terroriste.

    Mais dans la sphère médiatique israélienne, ces nuances disparaissent. Les victimes palestiniennes deviennent des « dommages collatéraux », des statistiques abstraites. Le langage militaire anesthésie la compassion. Ainsi, le silence n’est pas seulement absence de parole : il est substitution de mots, travestissement du réel, effacement du visage humain de l’autre.

    Cette déshumanisation n’est pas sans conséquences. Elle légitime l’impunité et, à long terme, nourrit la radicalisation de part et d’autre. Le silence devient alors une arme morale, plus destructrice encore que les bombes.

    Un silence occidental en miroir : la complicité globale de l’information

    Le texte met justement en lumière un paradoxe inquiétant : le silence des médias israéliens trouve un écho dans les rédactions occidentales. Aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou en Australie, de nombreux journalistes reprennent sans vérification les communiqués de Tsahal, occultant les témoignages palestiniens ou minimisant la gravité du drame humanitaire.

    Cette censure officieuse s’exerce non par interdiction directe, mais par conformisme idéologique, par peur d’être accusé d’antisémitisme, ou simplement par inertie professionnelle. Résultat : la couverture médiatique internationale de Gaza s’aligne sur le discours israélien, renforçant la perception d’une guerre « juste » contre le terrorisme.

    Pourtant, sur les réseaux sociaux, des millions d’images, de vidéos et de témoignages contredisent ce récit officiel. Le fossé entre la vérité visible et la vérité publiée devient abyssal. Ce décalage alimente une méfiance généralisée envers les médias traditionnels et révèle une crise profonde du journalisme occidental : celle de la dépendance au pouvoir et de la peur du réel.

    Le prix du silence : une responsabilité historique

    Le silence médiatique israélien et, par extension, occidental  n’est pas neutre. Il a un coût : celui de l’impunité, du prolongement du conflit et de la banalisation du mal.
    Lorsqu’un peuple choisit de ne pas voir, lorsqu’une presse se tait ou détourne les yeux, ce n’est pas seulement la vérité qu’elle enterre, mais sa propre humanité.
    L’histoire a déjà connu ce type de déni collectif. Après la Seconde Guerre mondiale, certains disaient : « Nous ne savions pas. » Aujourd’hui, cette excuse ne tient plus. Les images de Gaza sont partout. Ce qui manque, ce n’est pas l’information, c’est la volonté morale de la regarder.

    La presse a pour mission d’informer, mais aussi de réveiller les consciences. Lorsqu’elle renonce à cette fonction, elle devient complice du pouvoir qu’elle devrait questionner. En refusant de nommer les choses un siège, un apartheid, un massacre, les médias israéliens et occidentaux contribuent à normaliser l’inhumain.

    Haaretz et quelques rares journalistes courageux demeurent les exceptions d’une époque où le courage moral est devenu suspect. Mais ils rappellent une vérité essentielle : le silence n’est jamais neutre. Il est un choix politique, un acte de pouvoir. Et parfois, il tue.

    Conclusion

    Le silence des médias israéliens n’est ni accidentel, ni purement institutionnel. Il est le reflet d’un déni collectif, d’une peur de la vérité et d’un refus de responsabilité morale.
    Ce silence, reproduit et amplifié par les médias occidentaux, participe à la perpétuation d’un système d’oppression et à la banalisation de la violence.

    Un jour, comme le prédit l’article, « le grand public exigera des réponses sur le silence des médias ». Mais encore faut-il qu’il ait le courage de poser les bonnes questions. Car tant que les sociétés préféreront le confort du mensonge à la douleur de la vérité, les guerres continueront et les journalistes continueront d’écrire pour ne rien dire.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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  • Le discours royal du Makhzen : la grandeur des mots face au silence du réel

    Le discours royal du Makhzen : la grandeur des mots face au silence du réel

    Le 10 octobre 2025, le roi Mohammed VI a prononcé son discours d’ouverture du Parlement, un rendez-vous institutionnel majeur au Maroc. Si la presse officielle y a vu un moment de “grande vision” et de “stabilité monarchique”, de nombreux observateurs y lisent au contraire les signes d’un pouvoir de plus en plus coupé du terrain. Derrière la rhétorique du “temps long” et de la “cohérence d’État”, le malaise social s’accentue et les mots ne suffisent plus à masquer le décalage entre la monarchie et son peuple.

    Un éloge médiatique convenu

    Les journaux les plus proches du pouvoir n’ont pas tardé à saluer la “profondeur” du discours royal. Selon eux, Mohammed VI aurait rappelé la sagesse d’une gouvernance fondée sur la continuité, la patience et la cohérence entre développement économique et justice sociale.
    Le ton des articles parus au lendemain de l’allocution, souvent empreint de vénération, conforte une lecture institutionnelle du rôle du monarque : celui d’un arbitre visionnaire, au-dessus des contingences politiques et des “emballements conjoncturels”.

    Mais cette lecture lisse et laudative élude une question essentielle : à qui s’adressait vraiment ce discours ? Car dans les rues de Casablanca, Fès ou Ouarzazate, rares sont ceux qui en ont compris le sens, encore moins la portée. Pour beaucoup, ce fut un moment de rhétorique formelle, sans lien avec les urgences économiques et sociales du moment.

    Une rhétorique du “temps long” qui lasse

    Le Roi a insisté sur la “gouvernance dans le temps long”, sur “la cohérence” et “le cap stratégique” du Royaume. Ces formules récurrentes, déjà présentes dans ses précédents discours, traduisent une vision d’État centrée sur la stabilité et la planification à long terme.
    Or, dans un Maroc où la jeunesse peine à trouver un emploi, où les prix explosent et où les écarts territoriaux se creusent, cette invocation du long terme résonne comme une fuite devant les réalités immédiates.

    Les Marocains n’attendent plus des discours de méthode, mais des réponses concrètes : comment freiner la hausse du coût de la vie ? Comment relancer un marché du travail saturé ? Comment faire reculer la pauvreté rurale ? Autant de questions qui restent sans réponse, tandis que la communication officielle préfère insister sur la “vision royale”.

    Entre cohérence proclamée et contradictions du modèle

    L’un des passages les plus commentés du discours affirme qu’“il ne devrait y avoir ni antinomie ni rivalité entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux”.
    En théorie, cette phrase traduit une philosophie équilibrée ; en pratique, elle masque une contradiction persistante : le Maroc investit massivement dans les grands chantiers — infrastructures, tourisme, zones franches mais peine à redistribuer les fruits de cette croissance.

    Les inégalités territoriales demeurent criantes. Les régions rurales, notamment dans le Haut Atlas et le Sud-Est, continuent d’accuser un retard flagrant en matière d’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi.
    Le discours royal parle d’un “Maroc solidaire”, mais la réalité montre un Maroc à deux vitesses : celui des pôles économiques mondialisés, et celui d’une périphérie laissée à elle-même.

    La justice sociale, un slogan vidé de sens

    Depuis plusieurs années, la “justice sociale” revient comme un leitmotiv dans les allocutions royales. Pourtant, cette notion semble avoir perdu sa substance.
    Loin d’être traduite en politiques publiques visibles, elle se réduit à une formule rituelle, évoquée sans jamais être mesurée.
    Le système de protection sociale peine à se concrétiser, les filets de sécurité économique restent fragiles et les réformes annoncées, notamment dans l’éducation et la santé, se heurtent à des retards structurels.

    Pour une grande partie des Marocains, ces mots finissent par sonner creux. La répétition de promesses non suivies d’effets entretient un sentiment de distance et d’impuissance : celle d’un peuple qui écoute, sans jamais être entendu.

    Le fossé entre la parole royale et la réception populaire

    Selon plusieurs observateurs locaux et étrangers, la réception du discours fut marquée par une indifférence quasi générale. Sur les réseaux sociaux marocains, peu de débats, encore moins d’enthousiasme : un silence numérique révélateur.
    Cette absence de réaction n’est pas anodine ; elle traduit un phénomène plus profond : le déclin de la portée symbolique de la parole royale.

    Autrefois perçus comme des moments d’attente et d’unité, les discours du souverain semblent désormais suivre une routine institutionnelle, où la forme prend le pas sur le fond.
    L’écart entre les mots du pouvoir et les préoccupations réelles logement, emploi, santé, dignité se creuse à chaque allocution.

    Une communication verrouillée et sans relais politiques

    Le discours royal met en avant les devoirs du Parlement et la responsabilité des élus. Mais dans un système où les décisions stratégiques sont fortement centralisées, cette injonction reste symbolique. Le Parlement marocain, souvent critiqué pour son manque de pouvoir réel, ne peut que valider les grandes orientations venues du Palais. Les partis politiques, eux, souffrent d’une crise de crédibilité historique : déconnectés du terrain, sans ancrage idéologique fort, ils n’incarnent plus de contrepoids démocratique.

    Résultat : la parole royale, omniprésente, s’impose comme unique boussole, mais sans relais institutionnels efficaces pour en traduire les ambitions.
    Ce déséquilibre crée une gouvernance verticale, où la légitimité symbolique du Roi remplace les mécanismes de responsabilité politique.

    Le mythe de la stabilité

    La monarchie marocaine a toujours su se présenter comme le garant de la stabilité dans une région instable. Mais cette stabilité, à force d’être érigée en dogme, devient un frein à la réforme.
    Dans un pays où la contestation sociale gronde et où les jeunes peinent à s’identifier à un projet collectif, la stabilité ne peut suffire à masquer les fissures sociales.

    Un État stable mais inégalitaire n’est pas un État apaisé ; c’est un État qui retarde l’inévitable confrontation avec les attentes populaires.

    Conclusion : quand la parole s’épuise

    Le discours du 10 octobre se voulait un acte de continuité et de cohérence. Mais il a surtout confirmé le décalage entre le sommet et la base, entre la grandeur des mots et la dureté du quotidien. Le Maroc ne manque pas de visions ; il manque de traduction concrète, de politiques inclusives, de réponses tangibles aux souffrances sociales.

    À force de célébrer la stabilité et la patience, le pouvoir marocain risque de perdre le lien le plus précieux : celui de la confiance.
    Et sans cette confiance, la parole royale, si brillante soit-elle, risque de résonner dans le vide.

    Ce discours intervient dans un climat marqué par des tensions sociales récentes : la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes et les inégalités territoriales ont suscité des mouvements de protestation. En insistant sur la solidarité nationale et la responsabilité partagée, le Roi a totalement ignorait les revendications du peuple, le discours reste déconnecté des réalités, n’a fait qu’accentuer la frustration.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/