Blog

  • Crânes algériens : quand la mémoire profanée exige justice

     

    Il est des blessures que le temps n’apaise pas. Des blessures qui ne se
    referment pas parce qu’elles n’ont jamais été reconnues, ni même regardées en
    face. Celle des crânes algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris
    appartient à cette catégorie : elle est à la fois une cicatrice béante de
    l’histoire coloniale et une preuve matérielle d’une barbarie maquillée sous
    les habits de la science.

    Les résistants algériens tombés sous les balles du corps expéditionnaire
    français furent décapités, et leurs têtes exhibées pour terroriser les
    populations locales. « du terrorisme, au sens propre du terme »,
    rappelle l’historien Gilles Manceron. «d’habitude on a des
    égards à l’égard des morts dans un conflit, et ceux-là n’ont pas été traités de
    la même façon »
    . Comme si on refusait à ces peuples le qualificatif
    même d’humanité.
    Les têtes tranchées furent ensuite emmenées en France pour y être exposées
    comme des trophées de guerre. C’est ainsi que le crâne de Boubaghia, en
    compagnie de plusieurs milliers d’autres, s’est retrouvé dans les réserves du
    Musée de l’Homme à Paris. Des crânes, rappelle Gilles Manceron qui « ne
    devraient pas être là »
    ,
    170 ans plus tard, « le silence n’est plus possible » s’indigne
    l’historien Pascal Blanchard. Ces résistants ont droit à une
    sépulture digne, dans le pays pour lequel ils ont combattu. Mais voilà, ces
    crânes sont considérés par l’Etat français comme un bien inaliénable, faisant
    partie du patrimoine de la France
    !

    Une lettre glaçante
    comme preuve

    Le document
    daté du 10 décembre 1845 est glaçant. Dans un ton administratif, presque
    courtois, un « savant » français annonce l’envoi d’un baril : il ne s’agit pas
    d’échantillons géologiques, mais d’un fœtus de six mois, de la tête d’une
    fillette de huit ans, de lambeaux de peau de femmes, et de crânes conservés
    dans l’alcool. Ces dépouilles, prélevées sur des Algériens morts dans la guerre
    coloniale, étaient destinées aux laboratoires de la métropole.

    Cette lettre
    n’est pas un accident isolé : elle incarne un système. Un système où le corps
    colonisé devenait matériau d’étude, instrument de justification, preuve
    pseudo-scientifique d’une hiérarchie des races. En Algérie, l’anthropologie
    coloniale s’est nourrie des cadavres de ceux qu’elle avait préalablement
    exterminés.

    Une science sans conscience,
    une barbarie rationalisée

     Dans les
    caves du musée de l’Homme, il y a des crânes, des murs de crânes  18 000 crânes entreposés les uns à côté des
    autres, conservés, classés, répertoriés. Sur les étiquettes, on lit :

    « Bou Amar Ben Kedida, crâne n°5 943. Boubaghla, crâne n°5 940.
    Mokhtar Al Titraoui, crâne n°5 944. Cheikh Bouziane, crâne n°5 941. Si Moussa
    Al Darkaoui, crâne n°5 942. Aïssa Al Hamadi, lieutenant de Boubaghla, tête
    momifiée n°5 99
    …
    »

    Les crânes de ces Algériens décapités pendant la conquête coloniale furent
    longtemps exhibés comme des trophées de guerre. Ils témoignent de la résistance
    tenace opposée, dès 1830, à la colonisation. Comme à Zaatcha, une oasis du
    sud-est algérien, théâtre, en 1849, d’un massacre colonial d’une rare barbarie…

    Les
    colonisés n’étaient plus des hommes : ils devenaient des « sujets », des «
    pièces », des « téguments ». Leur nom disparaissait, leur histoire s’effaçait,
    leur mort se banalisait. Le langage savant anesthésiait l’horreur. Ainsi,
    l’Algérie n’a pas seulement connu l’occupation, les spoliations, les villages
    brûlés, les exécutions de masse : elle a connu ce qui est peut-être la forme
    ultime de profanation – le vol des corps, la négation du deuil, la conservation
    des restes humains comme simples spécimens de laboratoire.

    Par cet
    acte, la France coloniale a arraché aux Algériens non seulement leur terre et
    leur liberté, mais jusqu’à leur droit d’être enterrés et pleurés par leurs
    proches. C’est une violence qui traverse la mort, une négation de l’humanité
    jusque dans l’ultime intégrité du corps.

    Une restitution
    partielle, une vérité occultée

    En 2020, la
    restitution de 24 crânes a été présentée comme un geste symbolique, presque
    magnanime. Mais elle reste un geste incomplet, terriblement insuffisant. Car
    dans les sous-sols français demeurent des centaines d’autres restes algériens
    et coloniaux, soigneusement conservés, parfois cachés.

    Cette
    restitution parcellaire est une double trahison : elle apaise la conscience
    officielle à peu de frais, tout en masquant l’ampleur réelle du crime. Or, la
    mémoire ne se satisfait pas de demi-mesures. On ne répare pas une profanation
    par un geste diplomatique : on l’affronte par la vérité totale, par l’ouverture
    des archives, par la reconnaissance claire de la barbarie commise au nom de la
    science et de la République.

    Ma douleur face à
    l’humiliation des martyrs

    Je ne peux
    lire ces correspondances, je ne peux regarder ces crânes sans ressentir une
    douleur viscérale. Ce ne sont pas des ossements : ce sont les visages de
    martyrs algériens, résistants ou anonymes, qui ont combattu, qui ont souffert,
    qui ont été mutilés, et qu’on a privés même du repos éternel. Leur mémoire me
    hante. Leur humiliation me révolte.

    Ces crânes
    sont des témoins muets. Ils disent l’histoire que l’on a voulu taire. Ils
    disent l’arrogance coloniale qui transformait des cadavres en « collections ».
    Ils disent la souffrance des familles qui n’ont pas pu enterrer leurs morts.
    Chaque crâne est une clameur qui exige justice pour ces
    martyrs
    algériens morts au champ d’honneur, sont entreposés dans de vulgaires
    cartons, rangés dans des armoires métalliques, au Musée de l’Homme de Paris.

    Une exigence de
    vérité et de dignité

    La France
    pleure toujours ses morts à Oradour-sur-Glane, où tout un petit village de
    Normandie, a été massacré par des éléments d’une Division SS. 70 ans qu’ils
    répètent la même rengaine (ils ont jugé et condamnés les SS responsables).

    Et en
    Algerie ?  Combien d’Oradour sur
    glanes ont été commis?

    Des
    milliers, sans être jugés ni avoir de comptes à rendre La barbarie dans toute
    sa splendeur.
    La colonisation française et la guerre d’Algérie est la plus BARBARE qui ait
    jamais existé au risque de me répéter à côté Hitler fait office de saint. . Et
    ils osent parler de des aspects positifs de la colonisation !

    La France se
    proclame patrie des droits de l’homme, mais elle a conservé dans ses musées des
    crânes d’Algériens, comme on conserve des fossiles ou des antiquités. Ce
    paradoxe est insoutenable. La République ne peut pas se contenter de gestes
    symboliques : elle doit affronter cette part sombre de son histoire.

    La dignité
    des morts est une frontière universelle. La franchir, c’est se déshonorer
    soi-même. Restituer quelques ossements sans reconnaître le système de
    déshumanisation qui les a produits, c’est mutiler une seconde fois la mémoire.
    L’Algérie n’exige pas seulement des crânes : elle exige la reconnaissance d’un
    crime structurel, d’une anthropologie coloniale qui fut un instrument d’humiliation
    et de domination.

    Ne pas laisser
    l’histoire se dissoudre dans l’oubli

    Aujourd’hui,
    il ne s’agit pas seulement d’un devoir de mémoire. Il s’agit d’une urgence
    morale. La mémoire ne doit pas être diluée dans des commissions technocratiques
    ou des cérémonies figées. Elle doit rester vivante, brûlante, consciente. Car
    tant que la vérité n’est pas dite, tant que la justice n’est pas faite, les
    martyrs algériens demeurent séquestrés une seconde fois.

    La lettre de
    1845 nous oblige. Elle nous dit que le colonialisme n’était pas seulement une
    conquête militaire et économique, mais un saccage moral et anthropologique.
    Elle nous rappelle que la science, lorsqu’elle est arrimée à l’idéologie
    raciste, devient complice d’une barbarie rationalisée. Elle nous appelle à
    restituer non seulement des crânes, mais une dignité.


    L’histoire ne se
    tait pas.

    Ces crânes
    parlent. Ils témoignent. Ils accusent.
    Et ils exigent de nous, aujourd’hui, que justice leur soit enfin rendue et
    surtout afin que leur pays les honore, avec cette fois un écho nettement plus
    large pour recevoir une digne sépulture 

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Une décision américaine d’interdire l’accès aux dirigeants palestiniens à l’ONU

    Introduction

    La décision
    de l’administration Trump d’interdire aux représentants palestiniens l’accès au
    territoire américain, et par conséquent au siège des Nations Unies à New York,
    soulève de sérieuses questions politiques, diplomatiques et juridiques. Cette
    mesure, présentée comme un prolongement de la doctrine « America First », est
    perçue par de nombreux observateurs comme une atteinte directe au droit
    international, au rôle de l’ONU et à la crédibilité des États-Unis en tant que
    médiateur dans le conflit israélo-palestinien.


    Une atteinte au rôle des États-Unis comme pays hôte de l’ONU

    Le siège de
    l’ONU à New York bénéficie d’un statut juridique particulier. En vertu de
    l’Accord de siège conclu en 1947 entre l’ONU et les États-Unis, le pays hôte
    s’engage à faciliter l’accès des représentants de tous les États membres et
    observateurs accrédités, indépendamment des relations bilatérales. En refusant
    des visas aux responsables palestiniens, Washington viole potentiellement ses
    obligations internationales et met en cause la neutralité de l’ONU en tant que
    forum universel.


    Conséquences politiques et diplomatiques

    Cette
    décision fragilise la position des États-Unis comme médiateur crédible dans le
    processus de paix au Moyen-Orient. Elle envoie trois signaux majeurs à la
    communauté internationale :

    1. Que Washington n’est plus un
      intermédiaire impartial dans le dossier israélo-palestinien.
    2. Que le recours à une solution à
      deux États, déjà affaibli, perd encore davantage de crédibilité.
    3. Que la politique étrangère
      américaine est alignée de manière quasi inconditionnelle sur le
      gouvernement israélien actuel, au détriment du multilatéralisme.

    De plus, un
    précédent dangereux est créé : si le pays hôte de l’ONU peut décider
    unilatéralement qui peut ou non accéder à l’organisation, l’indépendance et
    l’efficacité de celle-ci sont gravement compromises.


    Options juridiques et diplomatiques pour la Palestine

    Face à cette
    situation, plusieurs mécanismes peuvent être envisagés par l’Autorité
    palestinienne et ses alliés :

    • Transfert temporaire de l’Assemblée générale à
      Genève ou Vienne, comme cela avait été le cas en 1988.
    • Mobilisation d’une coalition
      d’États
      pour
      soutenir une motion contre la décision américaine (Afrique du Sud, Brésil,
      Indonésie, Espagne, Irlande, etc.).
    • Activation du Comité des
      relations avec le pays hôte
      , chargé d’examiner toute violation de l’Accord
      de siège.
    • Saisine du Secrétaire général
      et arbitrage international
      , voire demande d’un avis consultatif à la
      Cour internationale de Justice
      sur les obligations des États-Unis.


    L’impact sur l’image des États-Unis et d’Israël

    Au lieu de
    renforcer leur position, les États-Unis et Israël risquent un isolement accru.

    • Pour Washington, cette mesure
      accentue l’image d’un acteur partial, instrumentalisant l’ONU pour ses
      intérêts politiques internes.
    • Pour Israël, elle ne fait que
      renforcer la perception d’un État qui, malgré ses violations répétées du
      droit international (colonisation, blocus, recours disproportionné à la
      force), cherche à étouffer toute contestation légale ou diplomatique.

    Ainsi, loin
    de marginaliser la cause palestinienne, cette décision pourrait conduire à une
    reconnaissance accrue de la Palestine sur la scène internationale.


    Dimension morale et humanitaire

    Au-delà des
    enjeux institutionnels, cette mesure témoigne d’un cynisme préoccupant. Elle
    nie le droit d’un peuple à faire entendre sa voix dans les enceintes
    multilatérales et participe indirectement à la légitimation de politiques
    d’occupation et de colonisation largement condamnées par la communauté
    internationale. Refuser aux Palestiniens l’accès à l’ONU équivaut à leur dénier
    un espace de représentation, renforçant leur marginalisation politique et
    diplomatique.


    Conclusion

    En refusant
    des visas aux dirigeants palestiniens, l’administration Trump a franchi une
    ligne rouge, transformant le siège de l’ONU en instrument de chantage
    politique. Cette décision affaiblit la crédibilité des États-Unis, mine le rôle
    de l’ONU et ouvre la voie à une contestation accrue du monopole diplomatique
    américain sur le processus de paix au Proche-Orient.

    La solution
    durable au conflit israélo-palestinien ne passera pas par l’exclusion ou la
    délégitimation, mais par le respect du droit international, la reconnaissance
    mutuelle et la recherche d’une paix juste et équilibrée.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/


     

  • Le 7 octobre, Gaza et la guerre des récits : vérité, mémoire et dignité humaine

     

    Le 7 octobre
    2023, le monde a basculé. L’attaque du Hamas contre Israël a causé la mort de
    centaines de civils, provoqué des prises d’otages et révélé l’impréparation
    d’une armée réputée invincible. Un traumatisme immense pour la société
    israélienne, et une horreur indéniable pour tous ceux qui défendent la dignité
    humaine. Mais ce drame, au lieu d’ouvrir la voie à une réflexion universelle
    sur la sécurité, la justice et la paix, a été figé en récit sacré. Un récit
    présenté comme indiscutable, brandi comme un talisman politique et médiatique,
    et utilisé comme justification à une guerre qui a plongé Gaza dans l’abîme.

    Gaza sous les bombes : du
    droit de riposte au châtiment collectif

    Depuis ce
    jour, Gaza meurt. Plus de 30 000 morts, dont une majorité de femmes et
    d’enfants. Des hôpitaux détruits, 80 % des immeubles rasés, une famine
    organisée par le blocus. Cette réalité, documentée par Amnesty International,
    Human Rights Watch, l’ONU et de nombreux journalistes, ne peut être balayée
    d’un revers de main. Nous ne sommes plus dans la logique de la « riposte » mais
    dans celle du châtiment collectif, prohibé par le droit international
    humanitaire. On peut discuter des mots — crime de guerre, nettoyage ethnique,
    génocide — mais on ne peut pas nier les faits : la population palestinienne est
    prise pour cible en tant que telle.

    Le silence des élites face à
    Gaza

    On peut
    aussi s’étonner du silence assourdissant de ceux qui, hier encore, se mobilisaient
    avec fracas pour d’autres causes. Un migrant disparu en Méditerranée, une
    étoile de David tracée sur un mur, une polémique sur les réseaux sociaux :
    autant d’événements qui déclenchaient tribunes, campagnes et hashtags. Mais
    face à la catastrophe humanitaire de Gaza, ces mêmes voix se taisent ou
    hésitent. Cette indignation sélective interroge : pourquoi certaines vies
    semblent-elles compter davantage que d’autres dans l’espace public occidental ?
    La hiérarchie des souffrances fragilise non seulement la cohérence morale de
    nos sociétés, mais aussi la crédibilité du discours universel des droits
    humains.

    Guerre des récits : Israël,
    Hamas et le piège des mémoires concurrentes

    La guerre
    des récits est au cœur du problème. D’un côté, un Israël qui érige le 7 octobre
    en « deuxième Shoah », interdisant toute nuance et assimilant toute critique de
    sa politique à de l’antisémitisme. De l’autre, certains discours qui minimisent
    la douleur des victimes israéliennes en invoquant exclusivement Gaza. Ces deux postures
    sont des impasses. Aucune mémoire ne devrait être utilisée comme arme
    politique
    : la Shoah n’autorise pas l’écrasement de Gaza, et l’indignation
    face aux crimes israéliens ne justifie pas le terrorisme.

    La responsabilité des médias
    et du droit international

    Dans ce
    climat, la responsabilité des médias et des intellectuels est immense. Nommer
    les faits, relayer les enquêtes des ONG, rappeler les règles du droit
    international : voilà ce qui devrait primer. Or, trop souvent, la couverture
    médiatique cède à la peur de « mal nommer » ou de « heurter ». Cette prudence,
    qui se traduit par une invisibilisation des victimes palestiniennes, participe
    à l’impunité. Car ne pas dire, c’est déjà cautionner.

    Conclusion : une dignité
    indivisible

    L’histoire
    n’absout pas, elle oblige. Elle oblige à ne pas répéter sous d’autres formes
    les logiques d’oppression, à ne pas punir des enfants pour les crimes de leurs
    dirigeants, à ne pas hiérarchiser les morts. Ceux qui croient défendre Israël
    en justifiant la mort de milliers de Palestiniens n’assurent ni sa sécurité ni
    son avenir. Ils enferment toute une région dans une spirale de haine qui
    prépare d’autres drames, d’autres 7 octobre.

    La vie
    humaine est indivisible. Chaque enfant israélien tué le 7 octobre et chaque
    enfant palestinien enterré sous les gravats de Gaza méritent la même
    compassion, la même mémoire, la même justice.

    Quand un attentat islamiste est commis, on
    demande aux musulmans du monde de le condamner, mais personne ne demande aux
    juifs de se désolidariser ou de condamner ce qu’il se passe en ce moment à
    Gaza…

    Qui ne dit mot consent

    Le 7 octobre
    doit être commémoré, mais pas instrumentalisé. Gaza doit être secourue, mais
    pas effacée des récits. Aucune tragédie, aussi réelle soit-elle, ne peut en
    justifier une autre.


    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

  • Résilience ou anesthésie morale ? Quand Israël danse sur les ruines de Gaza.

     On nous parle de fractures internes,
    de mémoire traumatique et de vitalité collective. Mais derrière le mythe de la
    résilience israélienne, il y a une société qui a intégré l’horreur dans sa
    normalité et qui, en occultant les Palestiniens, transforme l’indifférence en
    vertu. Cet article dénonce le récit victimaire israélien, l’endoctrinement et
    l’effacement systématique des Palestiniens de l’horizon moral. Quand la « joie
    d’être soi » devient un alibi pour justifier l’inhumain.


    On voudrait nous faire croire que la
    société israélienne vit dans la complexité, dans la contradiction, dans une
    tension noble entre mémoire et désir de vie. On nous raconte l’histoire de ces
    pères et fils qui débattent stratégie militaire, de ces amis qui s’imposent de
    regarder les massacres pour se rappeler « contre qui » ils se battent, de ces
    foules qui remplissent Salons de café, pelouses et plages malgré la guerre. On
    cite Deleuze pour donner une dimension philosophique à ce « vivre ensemble » :
    la joie d’être soi, l’élan collectif qui résiste à l’abomination.

    Mais arrêtons l’hypocrisie. Cette
    soi-disant vitalité, cette « joie d’être ensemble », cette insistance sur les
    cafés et les plages, n’est pas la preuve d’une grandeur morale. C’est la marque
    d’une anesthésie. Car derrière cette façade de normalité, derrière cette
    capacité à continuer de vivre, il y a un prix : l’effacement total des
    Palestiniens de l’horizon moral israélien.


    Une société qui s’habitue à
    l’horreur

    On nous parle des traumatismes du 7
    octobre, des doutes stratégiques des soldats, des fractures internes. Mais
    jamais des milliers de civils écrasés sous les bombes à Gaza. Jamais des
    familles réduites à chercher de l’eau potable, à enterrer leurs enfants dans le
    sable, à survivre dans des ruines. Dans ce récit, la vie israélienne est
    multiple, riche, traversée de contradictions. La vie palestinienne, elle,
    n’existe pas. Elle est gommée, occultée, comme si elle n’avait jamais compté.

    Aucun État internationalement reconnu –
    et encore moins une démocratie – n’a infligé d’atrocités aussi vastes et
    systématiques à des civils totalement sans défense : bébés, enfants,
    mères, médecins, journalistes, etc., tous anéantis avec des armes de nouvelle
    génération dans l’une des cages les plus surpeuplées du monde, appelée « le
    Labo ». Ce cocktail est tout simplement sans précédent. — Soit dit en
    passant, sous le régime nazi, c’étaient principalement les unités SS Totenkopf
    et la division Totenkopf qui faisaient le sale boulot.

    Ce n’est pas le cas à Gaza. Ici, ce sont
    les soldats de Tsahal – hommes et femmes, citoyens ordinaires, un échantillon
    représentatif de la société israélienne. Des jeunes femmes tireuses d’élite,
    tirant des balles dans la tête d’enfants ou de femmes enceintes…

    Voilà le cœur du problème : une société
    capable de rire sur la plage pendant que des bombes tombent à quelques
    kilomètres, et qui érige cette capacité à « vivre malgré tout » en vertu, alors
    qu’elle n’est que la banalisation de l’inacceptable.

     La résilience érigée en vertu, mais
    fondée sur le déni

    Qu’on ne s’y trompe pas : la «
    résilience » dont on nous parle n’est pas neutre. Elle s’appuie sur une
    hiérarchie des vies. On se souvient jusqu’à la nausée du 7 octobre, on brandit
    le traumatisme comme une identité, mais on refuse obstinément de voir les traumatismes
    infligés en retour. On glorifie la mémoire sélective, mais on invisibilise la
    souffrance voisine.

    Et c’est là que la rhétorique devient
    obscène : on cite Deleuze, on convoque la philosophie pour justifier une
    société qui, par son silence, par sa normalisation du massacre, s’est habituée
    à l’inhumain. On transforme un peuple occupé et bombardé en décor lointain, en
    bruit de fond.


    La vraie « joie d’être soi » ?

    La vraie « joie d’être soi » ne peut pas
    se construire sur l’écrasement d’un autre. La joie de Tel-Aviv, les cafés
    bondés, les concerts, les plages, tout cela n’est pas un pied de nez à la
    barbarie. C’est une manière de rendre invisible la barbarie qu’on inflige.
    C’est un aveuglement collectif, une anesthésie morale qui se fait passer pour
    résistance.

    On s’indigne du retour de
    l’antisémitisme en Europe, on se lamente de l’isolement diplomatique, mais on
    ne s’interroge jamais sur la cause : l’incapacité à reconnaître l’autre comme
    humain. Tant que les Palestiniens ne seront pas vus comme des êtres humains,
    tant que leur souffrance sera effacée des récits israéliens et occidentaux, il
    n’y aura pas de paix, pas de vérité, pas de justice.


    Une société endoctrinée par sa
    propre normalité

    On dit : « Les Israéliens sont
    endoctrinés par le sionisme. » Ce n’est pas faux. Mais l’endoctrinement le plus
    insidieux n’est pas seulement idéologique. Il est quotidien. Il est dans le
    fait de croire que la normalité israélienne est une normalité universelle.
    Qu’il est normal de siroter un café à Tel-Aviv pendant que Gaza brûle. Qu’il
    est normal de rire sur la plage pendant que des enfants palestiniens sont
    ensevelis sous les gravats. Qu’il est normal de faire passer cette anesthésie
    pour une vertu.

    Je reconnais que les Israéliens sont
    endoctrinés. Je n’irai pas jusqu’à les qualifier de victimes. Victimes de
    quoi ? De jouer sur la plage et de savourer du « houmous » en
    regardant Gaza bombardée pour le plaisir ? Mais ils sont endoctrinés au
    détriment du programme sioniste, on leur apprend que leur traumatisme historique
    leur donne droit à tout ce qui est nécessaire pour accéder aux terres où vivent
    d’autres, coûte que coûte.

    Jusqu’où les fascistes israéliens
    peuvent-ils aller ? Extermination massive, famine massive. Le statut de
    victime sans fin a expiré.

    On se sert des souffrances, tout à fait
    réelles, des Palestiniens de Gaza et des injustices et violences commises en
    Cisjordanie comme une excellente occasion de crier sa haine, et ceux qui
    braillent ne s’intéressent pas aux Palestiniens, qu’on ne voit pas comme des
    êtres humains et qu’on méprise.

    Il faut tenir compte de ce qui n’est pas
    ni vrai ni rationnel, la haine, le désir de torturer et d’assassiner, l’
    immoralité et l’absurde fièrement revendiquées, le mépris de tout ce qui n’est
    pas Européen, regardé comme un enfant ou une bête, toujours irresponsable. Ce
    n’est ni vrai ni rationnel, mais ces idées et ces émotions sont réelles. Des
    idées absurdes peuvent être des forces historiques.

    Voilà la vraie perversion : faire de
    l’aveuglement une force, de l’indifférence une sagesse, de l’oubli une identité
    nationale.


    Conclusion : la normalité comme
    complicité

    On peut multiplier les récits, montrer
    les divisions, les débats, les fractures au sein de la société israélienne.
    Mais si tout cela se fait sur fond d’effacement de l’autre, si tout cela se
    fait en invisibilisant la souffrance palestinienne, alors il ne s’agit pas de
    complexité, mais de mensonge.

    La vérité est brutale : Israël a réussi
    à se construire une identité collective où la joie et la fête coexistent avec
    la guerre et l’occupation — non pas par grandeur morale, mais par anesthésie
    volontaire. Et tant que cette anesthésie sera célébrée comme une vertu,
    l’abomination pourra continuer, sans fin.


    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Pourquoi le Hamas n’est pas un groupe terroriste :

     

    Une lecture anticoloniale et juridique

    Mes grands-parents ont connu l’épreuve
    de la colonisation française. Dépossédés de leurs terres, chassés de leurs
    fermes, dépouillés de leurs troupeaux, ils ont résisté avec les moyens du bord,
    avant d’être brutalement réduits au silence. Leur combat disait une chose
    simple et universelle : aucun peuple colonisé n’accepte de bon gré la
    soumission.

    Aujourd’hui, l’histoire se répète sous
    nos yeux, en Palestine. À longueur de plateaux télé et de dépêches officielles,
    on qualifie le Hamas de « groupe terroriste ». Mais cette étiquette ne repose
    sur aucun fondement du droit international. Elle relève d’une stratégie
    politique et médiatique, destinée à masquer l’essentiel : la Palestine est un
    pays occupé, et son peuple a le droit de résister.


    Un cadre juridique clair : l’ONU n’a jamais classé le
    Hamas comme terroriste

    Contrairement à ce que répètent certains
    gouvernements (États-Unis, Union européenne, Canada, Australie), l’Organisation
    des Nations Unies n’a jamais inscrit le Hamas sur une liste de groupes
    terroristes.

    La raison est simple : depuis 1967,
    Israël est reconnu comme une puissance occupante. La bande de Gaza, la
    Cisjordanie et Jérusalem-Est sont soumis à une occupation militaire.

    Or, selon le droit international
    humanitaire – les Conventions de Genève, les résolutions de l’ONU et la
    jurisprudence de la Cour pénale internationale – les peuples sous occupation
    disposent d’un droit légitime à la résistance, y compris armée, tant que les
    lois de la guerre sont respectées.

    À ce titre, la résistance palestinienne
    – sous toutes ses formes – relève davantage d’un mouvement de libération
    nationale que du terrorisme.   . 


    L’usage politique de l’étiquette « terroriste »

    Pourquoi alors persister à qualifier le Hamas de terroriste
    ? Parce que cette qualification sert des objectifs précis :

    1. Étouffer le débat sur
      l’occupation coloniale
      et la politique d’apartheid imposée aux
      Palestiniens.
    2. Justifier les bombardements
      massifs
      et le
      siège inhumain de Gaza.
    3. Criminaliser toutes les formes
      de résistance
      , même
      pacifiques : ONG, journalistes, étudiants, militants.

    Comme le rappelle la philosophe américaine Judith Butler, «
    la résistance armée sous occupation ne peut être réduite au terrorisme
    ». Le cœur du problème, ce n’est pas le Hamas, mais bien l’occupation
    elle-même. Aucune légitimité. Le gros mensonge, la
    manipulation du public, commence là. Comme le rappelle Francesca Albanese,
    juriste de l’ONU, le 6 septembre 2023, Gaza restait un territoire occupé au
    regard du droit international. Le blocus est un acte de guerre. Les
    Gazaouis avaient le droit de se défendre. Israël avait depuis 1967 et la
    résolution 242, le devoir de se retirer de Gaza. 


    Une lutte dénaturée par l’islamisation de la
    résistance

    Historiquement, la cause palestinienne a d’abord été portée
    par l’OLP, mouvement laïque et anticolonial. Mais Israël a laissé croître le
    Hamas, islamisant la résistance afin de la transformer en guerre de religion.

    Ce changement de narration a deux effets majeurs :

    • Marginaliser les chrétiens
      palestiniens
      , pourtant acteurs historiques de la résistance.
    • Détourner l’attention du
      problème central – la dépossession coloniale – pour le transformer en
      conflit civilisationnel opposant « l’Occident » à « l’islam ».

    Cette manipulation narrative permet de présenter la lutte
    palestinienne comme un danger religieux, plutôt que comme ce qu’elle est
    réellement : une lutte anticoloniale et universelle.


    Un combat qui résonne avec toutes les luttes
    anticoloniales

    Ce qui se joue en Palestine n’est pas isolé. C’est le
    prolongement des luttes qui ont marqué l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine
    au XXe siècle : des peuples dominés se levant pour recouvrer leur souveraineté.

    Tout comme les Algériens face à la France, les Vietnamiens
    face aux États-Unis, ou encore les peuples d’Amérique latine face aux
    dictatures, les Palestiniens portent une cause légitime et universelle.

    L’ONU, faut-il le rappeler, n’a jamais reconnu Israël comme
    puissance souveraine sur Gaza ou la Cisjordanie. Sans frontières définies, l’«
    entité sioniste » reste dans une illégitimité juridique que les bombes ne
    peuvent effacer.


    Conclusion : remettre le problème au bon endroit

    Qualifier le Hamas
    de « groupe terroriste » est un abus de langage. C’est une arme de propagande
    qui permet de délégitimer la résistance palestinienne, de masquer l’occupation
    et de prolonger l’apartheid.

    La vérité est plus
    simple, et plus dérangeante pour certains :

    • La Palestine est occupée
      illégalement
      .
    • Les Palestiniens ont le droit
      naturel, juridique et universel
      de résister.
    • Leur combat n’est pas religieux
      : il est anticolonial.

    Ce fut un choc
    profond pour les personnes âgées, qui n’avaient pas appris à l’école qu’Israël
    était un État colonial, et que le 7 octobre n’était que la réponse logique à
    l’oppression coloniale. Ils n’avaient pas le mythe brisé devant les yeux, ni la
    honte d’avoir accepté la tromperie.

    Comme mes
    grands-parents hier face à la colonisation, les Palestiniens aujourd’hui ne se
    couchent pas devant l’injustice. Leur lutte est celle de tous les peuples qui
    refusent l’asservissement.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

  • Gaza saigne. Gaza brûle. Gaza hurle. Netanyahou détruit la paix et le monde regarde.

     

    On nous répète qu’Israël se défend. Mensonge. Israël
    massacre. Israël écrase. Israël détruit.

    Assez d’hypocrisie. Assez de faux-semblants. Ce qui se
    déroule à Gaza n’est pas une guerre, c’est une punition collective, un massacre
    organisé, une destruction méthodique d’un peuple déjà brisé par dix-sept années
    de siège. On peut bien parler de « légitime défense », on peut bien invoquer «
    la lutte contre le terrorisme », les meurtres quasi-quotidiens de
    palestinien(ne)s désarmé(e)s etc…) ne sont que des injonctions Talmudiques et
    les faits sont clairs : le Hamas n’est pas anéanti. Tsahal ne combat pas le
    Hamas, il est même incapable de le localiser. Tsahal massacre des civils. Des
    enfants, des mères, des vieillards. Des hôpitaux rasés. Des quartiers entiers
    transformés en cendres. C’est cela, la réalité.

    On nous dit que c’est une « guerre ».

    Non. C’est un blocus transformé en boucherie. C’est
    une prison à ciel ouvert depuis 17 ans, transformée en charnier. C’est un
    génocide lent, qui avance sous nos yeux.

    Des milliers de morts, dont une écrasante majorité de
    femmes et d’enfants. Des quartiers rasés, des hôpitaux détruits, des familles
    entières pulvérisées sous les bombes. Voilà la réalité nue, voilà ce qu’on
    appelle aujourd’hui « sécurité ».

    Mais ce bain de sang n’est pas né du hasard. Il s’inscrit
    dans une logique de longue durée. Ben Gourion, en 1937, le disait sans détour :
    « L’acceptation du partage ne nous engage pas à renoncer
    à la Transjordanie ; on n’exige pas qu’à l’avenir nous ne nous étendions pas
    au-delà des frontières du partage.
    »  L’expansion était déjà planifiée, bien avant
    1948, bien avant la Shoah. Et cette expansion est toujours à l’œuvre, inscrite
    noir sur blanc dans la charte du Likoud, qui revendique la souveraineté israélienne
    « du fleuve à la mer.

    Hypocrisie suprême : on accuse les Palestiniens de vouloir
    détruire Israël quand ils reprennent ce même slogan pour revendiquer la liberté
    et l’égalité, c’est Israël qui, depuis toujours, l’applique par la
    colonisation, le blocus, l’expulsion.

    Cette logique de domination prend aujourd’hui un visage
    effroyable. Le ministre israélien Israël Katz propose de construire une « ville
    humanitaire » sur les ruines de Rafah, pour y enfermer 600 000 déplacés
    palestiniens. Une ville sous contrôle militaire, sans droit de sortie, sans
    avenir. Une  ville ?

     Gaza est déjà
    Theresienstadt sous les bombes
    .

    Non : une cage. Et comment ne pas entendre dans ce projet
    l’écho sinistre de Theresienstadt, ce ghetto « vitrine » que les nazis
    avaient présenté comme un camp modèle pour tromper le monde ?

    Le parallèle est glaçant : on repeint les murs de la prison
    pour mieux cacher l’horreur.

    Et même à l’intérieur d’Israël, les fissures sont visibles.
    Des soldats de réserve, revenus de Gaza, ont écrit à la justice militaire pour
    dénoncer des ordres illégaux, couverts, selon leurs mots, « d’un drapeau noir
    ». Quand les militaires eux-mêmes redoutent d’être complices de crimes de
    guerre, c’est que la ligne rouge n’a pas seulement été franchie : elle a été
    piétinée.

    Quant au gouvernement Netanyahou, il ne défend pas Israël :
    il sacrifie ses otages, ignore ses généraux, méprise ses services de
    renseignement, et enferme son propre peuple dans une logique suicidaire. Ce
    n’est pas la sécurité qu’il recherche, mais la survie politique, le maintien
    d’un pouvoir corrompu, au prix du sang palestinien et de l’isolement
    international d’Israël.

    Et que fait Netanyahou en très sioniste menteur atavisme
    (ce n’est pas une insulte mais une définition) ? Il sacrifie les otages.
    Il sacrifie son peuple. Il ne défend pas Israël : il l’entraîne dans l’abîme.
    Sa politique n’apporte ni paix, ni sécurité, ni avenir. Elle ne produit qu’une
    chose : la haine, génération après génération.

    Et l’Occident ? Il regarde. Les États-Unis, surtout,
    cautionnent, financent, arment. Ils parlent de paix tout en livrant des bombes.
    Ils parlent de droit tout en fermant les yeux sur la violation systématique des
    conventions internationales. Cette complicité n’est plus du silence : c’est une
    co-responsabilité.

    Alors arrêtons. Arrêtons de parler de « guerre ». Arrêtons
    de répéter que « les Palestiniens refusent la paix » alors qu’on les enferme
    depuis soixante-quinze ans dans le déni et la dépossession. Arrêtons de
    prétendre qu’Israël « n’a pas le choix » quand tout démontre le contraire. Ce
    propos, répété jusqu’à plus soif par tous les colonialistes sionistes.

    La vérité est brutale mais incontournable : Ce fut un choc
    profond pour les personnes âgées, qui n’avaient pas appris à l’école qu’Israël
    était un État colonial, et que le 7 octobre n’était que la réponse logique à
    l’oppression coloniale. Ils n’avaient pas le mythe brisé devant les yeux, ni la
    honte d’avoir accepté la tromperie. on ne construit pas la paix sur des ruines
    et des charniers. On ne peut pas enfermer deux millions d’êtres humains dans
    une enclave bombardée et affamée, puis s’étonner qu’ils résistent. On ne peut
    pas parler de démocratie en Israël quand une partie de la population vit sous
    occupation et blocus permanents. On ne peut pas invoquer la mémoire de
    l’Holocauste pour justifier une oppression, quand cette mémoire devrait être le
    rappel le plus fort que jamais plus un peuple ne doit subir l’humiliation,
    l’exil et l’effacement.

    Il faut avoir le courage de nommer l’injustice. Gaza n’est
    pas une menace : c’est une blessure. Et tant qu’elle sera laissée béante, tant
    qu’on préférera bombarder plutôt que négocier, coloniser plutôt que
    reconnaître, affamer plutôt que libérer, il n’y aura ni paix, ni sécurité, ni
    avenir.

    Il est temps de dire haut et fort : assez de mensonges,
    assez de massacres, assez d’hypocrisie. La dignité humaine n’est pas une
    option. Elle est un droit universel. Et aujourd’hui, elle exige de crier : plus
    jamais ça, pour quiconque, et surtout pas pour Gaza.

    Gaza est le miroir du monde. Si nous acceptons qu’un peuple
    soit traité ainsi, alors nous acceptons que notre humanité s’effondre. Si nous
    tolérons ces crimes, alors nous renonçons à tout ce qui fonde la dignité humaine.

    Aujourd’hui, il ne reste qu’un mot à dire, un mot à crier,
    un mot à écrire partout :
    Assez.


    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Maroc : crépuscule d’un roi fantôme, impasse d’un Makhzen

     

    « Le Maroc traverse une atmosphère de fin de règne
    : un roi absent, une société bâillonnée, une économie en panne et une monarchie
    qui s’aligne sur Israël au mépris de son peuple. Entre répression, pauvreté et
    isolement diplomatique, le Makhzen craque de toutes parts. La succession de
    Mohammed VI, déjà sous influence étrangère, n
    e promet pas un renouveau mais
    la prolongation d’un système à l’agonie. »

     Il règne une atmosphère de fin de règne à Rabat,
    écrit le journal français Le Monde. 


    Il flotte sur Rabat un parfum de fin de
    cycle. Les signes d’essoufflement du régime de Mohammed VI ne sont plus de
    simples murmures de salons : ils s’étalent à la une des journaux étrangers, se
    discutent dans les chancelleries et s’imposent jusque dans les ruelles
    populaires où l’amertume du quotidien se confond avec la colère politique. Le
    Maroc makhzénien vacille, non parce qu’une opposition révolutionnaire
    l’assaille de l’extérieur, mais parce qu’il pourrit de l’intérieur.

    Un système en bout de course

    Le règne de Mohammed VI, longtemps
    auréolé de modernisme de façade, se réduit aujourd’hui à une caricature : un
    monarque absent, retranché dans ses palais, laissant derrière lui une économie
    exsangue, une jeunesse désabusée et une société bâillonnée. L’obsession
    sécuritaire a transformé le pays en une prison à ciel ouvert : un post
    Facebook, une vidéo critique ou une caricature valent la geôle. Les prisons
    regorgent de voix étouffées.

    Le Maroc d’aujourd’hui, c’est une prison
    à ciel ouvert. Les journalistes croupissent derrière les barreaux, les
    militants se taisent ou s’exilent, les citoyens s’autocensurent sur Facebook de
    peur de finir en cellule. Les mythes du « roi moderniste » ont volé en éclats.
    La modernité makhzénienne, c’est la censure, la misère et la répression.

    Sur le plan économique, même constat :
    un pays qui pourrait nourrir sa population mais qui la condamne à la pénurie, à
    l’endettement et à la dépendance extérieure. Un pays riche en ressources, mais
    ruiné par une dynastie prédatrice.

    Sur le plan économique, le tableau est
    tout aussi désastreux. Les pénuries récurrentes, la dépendance alimentaire et
    énergétique, l’accaparement des richesses par une oligarchie prédatrice
    alimentent une rage sociale latente. Un pays potentiellement riche qui condamne
    ses citoyens à la pauvreté : voilà le paradoxe marocain.

    Israël, nouveau copropriétaire du
    royaume

    Mais c’est sur le plan diplomatique que
    la rupture est la plus flagrante. En signant des accords militaires et sécuritaires
    inédits avec Israël, Mohammed VI a franchi une ligne rouge historique. Cette
    normalisation, présentée comme un coup de génie diplomatique, se révèle en
    réalité être une mise sous tutelle. Le Maroc n’est plus seulement un
    protectorat français camouflé : il est devenu une copropriété israélienne.

    Le vrai scandale, celui qui marque un
    tournant, c’est l’alliance avec Israël. Le roi a vendu ce qui restait de
    souveraineté sur l’autel d’une normalisation honteuse. Ce n’est plus une «
    coopération », c’est une cogérance. Les investisseurs israéliens avancent leurs
    pions, les militaires voient leurs bases infiltrées, et l’armée marocaine,
    jadis pilier du régime, ronge son frein.

    Le roi tranche désormais en faveur de
    Tel-Aviv, et non plus en faveur de son peuple. Résultat : rancunes au sein de
    la Cour, défiance dans les casernes, colère dans la rue. Le Maroc est devenu un
    protectorat israélien maquillé en monarchie.

    Les conséquences sont explosives :
    infiltration dans les secteurs stratégiques, présence d’investisseurs
    israéliens dans des domaines naguère réservés au Makhzen, rumeurs insistantes
    sur une influence grandissante dans les sphères militaires. L’armée, longtemps
    cantonnée à son rôle de gardienne de la stabilité interne, voit ses
    prérogatives grignotées et ses frustrations s’accumuler.

    La monarchie face à son dilemme

    Deux camps s’affrontent désormais au
    sommet. D’un côté, le roi et son cercle rapproché, décidés à renforcer
    l’alliance israélienne, quitte à hypothéquer ce qui reste de souveraineté. De
    l’autre, les gardiens de la tradition makhzénienne, inquiets de voir
    l’équilibre interne se fissurer. Pour eux, la perspective d’un « Hassan III »
    ne suscite pas l’adhésion, mais la crainte d’une succession artificielle,
    imposée de l’extérieur. Deux camps s’opposent désormais : le cercle du roi,
    accroché à son alliance israélienne comme à une bouée de sauvetage, et les
    gardiens de l’orthodoxie makhzénienne, qui sentent que l’édifice s’effrite. La
    perspective d’un « Hassan III » n’excite personne. La succession n’est plus un
    héritage dynastique, c’est un plan de survie dicté par des parrains étrangers.

    Et pendant ce temps, le peuple observe.
    Les Marocains ne sont pas dupes : ils voient le contraste obscène entre la
    signature d’accords militaires avec Israël et les massacres en cours à Gaza.
    Ils comprennent que leur roi a choisi son camp, et que ce camp n’est pas le
    leur.

    Car la question n’est plus seulement
    celle de la fin de règne de Mohammed VI : c’est celle de la viabilité même de
    la dynastie alaouite. Chaque compromis concédé à Tel-Aviv, chaque recul social,
    chaque injustice non réparée alimente le ressentiment populaire.

    Une impasse historique

    Ce système, construit par Lyautey,
    entretenu par la France et recyclé par Mohammed VI, touche à ses limites. Les Marocains
    ne croient plus aux mythes d’une monarchie providentielle. Ils voient les
    contradictions flagrantes : un roi qui signe avec Israël pendant que Gaza est
    sous les bombes, un régime qui prêche la légitimité religieuse mais brade la
    souveraineté politique, un pouvoir qui se dit réformateur mais gouverne par la
    répression.

    Ce régime tient par la peur, par la
    police et par les réseaux d’affaires. Mais combien de temps encore ? Chaque
    jour, la fracture s’élargit : entre un pouvoir fantomatique et une société qui
    étouffe, entre un roi absent et un peuple abandonné, entre une monarchie
    soumise et une jeunesse en quête de dignité.

    La fin de règne n’est pas une hypothèse,
    c’est une évidence. La seule inconnue, c’est le moment et l’étincelle. Ce ne
    sera peut-être pas demain, mais ce ne sera pas dans un siècle non plus. Le
    Makhzen a beau se croire éternel, il n’est qu’un colosse fissuré, prêt à
    s’effondrer au premier choc.

    L’histoire est implacable : les
    dynasties qui survivent ne le doivent pas à leur carnet d’adresses, mais à leur
    capacité d’incarner un peuple. Or la monarchie marocaine n’incarne plus rien.
    Elle survit par inertie, par la peur et par l’appui extérieur. Mais jusqu’à
    quand ?

    Quitte ou double

    La monarchie marocaine joue son avenir
    sur une carte dangereuse : tenir grâce à une cogérance israélienne, au prix
    d’une fracture irréversible avec son peuple et son environnement arabe. C’est
    une fuite en avant, une stratégie du court terme qui hypothèque l’avenir.

    Le Maroc n’est pas encore au bord du
    gouffre. Mais il s’avance, inexorablement, vers son crépuscule monarchique.
    Comme toujours dans l’histoire, la fin viendra par là où on ne l’attend pas :
    une révolte sociale, une fracture au sein de l’armée, une étincelle que la
    répression ne pourra pas éteindre.

    L’illusion a vécu. Le Makhzen n’est plus
    une citadelle imprenable, mais une forteresse fissurée. Les Marocains, eux, ne
    sont pas dupes : ils savent que leur destin ne peut pas indéfiniment se
    confondre avec les caprices d’un monarque absent et les intérêts d’un allié
    encombrant.

    Le Maroc joue sa survie politique sur
    une carte minée. Soit la monarchie accepte une mutation radicale, réelle, et
    rend des comptes à son peuple. Soit elle persiste dans la fuite en avant
    israélienne et l’autocratie policière. Mais dans ce cas, l’histoire est écrite
    : elle finira comme toutes les monarchies déconnectées, balayée par sa propre
    arrogance

    Le choix est clair : ou bien la
    monarchie accepte une mutation radicale, ou bien elle sombrera dans le gouffre
    de sa propre arrogance.

    Maroc fin de règne, Mohammed VI
    succession, Makhzen crise, alliance Maroc Israël, normalisation Israël Maroc, Hassan
    III avenir monarchie, monarchie alaouite contestation, répression Maroc liberté
    d’expression, Maroc pauvreté inégalités, fin du régime makhzénien


    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

  • Bernard Lugan n’écrit pas l’histoire de l’Algérie, il écrit contre elle

     

    Lugan un Historien
    sur commande ne “lit” pas l’histoire de l’Algérie, il la découpe à l’emporte-pièce pour la rendre compatible
    avec une vision idéologique. C’est moins un travail d’historien qu’une chronique politique polémique, relayée par un
    contexte de rivalité maroco-algérienne.

    Dans une récente chronique commandée
    par la presse marocaine, le polémiste français Bernard Lugan prétend éclairer
    l’histoire de la guerre d’indépendance algérienne à travers le prisme de la «
    crise berbériste ». Mais au lieu d’une analyse historique, nous assistons à une
    démonstration idéologique : Lugan ne raconte pas, il accuse. Il n’analyse pas
    les sources, il empile des faits épars pour les transformer en arme polémique. Mais
    derrière l’apparat académique se dessine moins une analyse historique qu’une
    construction polémique, où l’empilement d’anecdotes
    sert un récit simplificateur, calibré
    pour un lectorat friand de «vérités qui dérangent».

    Le goût des vérités simples

    Personne ne nie la réalité de la crise berbériste de
    1949 au sein du PPA-MTLD, ni l’existence de tensions internes sur la question
    identitaire. Mais Lugan se contente d’aligner des épisodes connus – congrès de
    1947, divisions au sein du FLN, rivalités entre chefs. Tout cela est réel. Mais
    au lieu d’en faire un objet de réflexion, il s’en sert pour construire une
    histoire réduite à une opposition brutale : d’un côté des « Berbères » qui
    auraient mené l’essentiel de la guerre contre la France, de l’autre des «
    arabo-islamistes » accusés d’avoir confisqué le pouvoir et trahi leurs
    compagnons de lutte.

    L’absence de critique documentaire transforme ce qui
    devrait être une réflexion en une succession de signaux faibles, exploités pour
    conforter une thèse préconçue

    Ce schéma simpliste flatte un certain goût du public
    pour les « vérités qui dérangent », ces raccourcis séduisants qui donnent
    l’impression de briser un tabou. Mais l’histoire n’est pas un spectacle. Elle
    exige nuance, contextualisation, et surtout honnêteté dans le traitement des
    sources. Or, ces qualités brillent ici par leur absence.

    Une lecture manichéenne

    Présenter Abane Ramdane, Amirouche, Krim Belkacem
    ou Aït Ahmed
    comme les représentants exclusifs d’un camp « berbère »
    est trompeur. Ces figures, bien que kabyles, se définissaient avant tout comme
    nationalistes algériens. Leur combat ne se réduisait pas à la revendication
    identitaire, mais à une cause commune : l’indépendance et la souveraineté de
    l’Algérie.

    Le cœur de l’argumentation repose sur une dichotomie
    grossière : d’un côté des « Berbères » supposément véritables acteurs de la
    lutte armée, de l’autre des « arabo-islamistes » accusés de confiscation
    identitaire. Or, l’histoire du nationalisme algérien ne se réduit pas à ce duel
    binaire. Les figures citées se sont toujours définies avant tout comme
    nationalistes algériens. Leur combat ne se limitait pas à la revendication
    berbère, mais s’inscrivait dans un projet plus large d’indépendance et de
    souveraineté. En somme, il gomme la complexité pour servir une thèse déjà
    écrite.

     Une instrumentalisation
    politique

    L’article s’inscrit aussi dans un contexte précis :
    celui d’une rivalité persistante entre le Maroc et l’Algérie. Commandé par une
    presse marocaine, le texte trouve son utilité dans la mise en avant des
    fractures internes algériennes. Réduire l’histoire nationale à une querelle
    ethno-identitaire revient à alimenter une guerre des récits où la science
    historique se met au service de stratégies géopolitiques.

    Il faut aussi regarder du côté du commanditaire. Que
    la presse marocaine publie ce récit n’est pas un hasard. Depuis des décennies,
    le Maroc et l’Algérie s’affrontent sur le terrain mémoriel autant que
    diplomatique. Mettre en avant les divisions identitaires algériennes, suggérer
    que l’Algérie est une construction fragile, c’est participer à une guerre des
    récits au service d’une rivalité politique bien actuelle.

    Bernard Lugan, connu pour ses positions « iconoclastes
    », joue ici un rôle utile : offrir une version apparemment savante d’un
    discours qui affaiblit l’adversaire. Mais un historien ne devrait pas se prêter
    à ce jeu d’instrumentalisation

    Ce que Lugan occulte

    Plusieurs
    dimensions essentielles disparaissent de ce récit :

    • La diversité des trajectoires
      militantes, où Arabophones et Berbérophones se sont engagés côte à côte
      contre la colonisation.
    • Le rôle de la France coloniale,
      qui a cherché à exploiter les clivages identitaires pour fragiliser le
      mouvement national.
    • La complexité même du
      nationalisme algérien, traversé par des débats idéologiques, sociaux et
      régionaux, bien au-delà de la seule question linguistique.

    Ce qui est passé sous silence

    En mettant
    toute la lumière sur la fracture « berbères contre arabes », Lugan laisse dans
    l’ombre plusieurs dimensions essentielles :

    • La participation des
      populations arabophones, pourtant décisives dans la lutte armée.
    • La stratégie coloniale
      française, qui a constamment cherché à exploiter les divisions
      identitaires pour affaiblir le mouvement national.
    • Le caractère collectif de la
      guerre, où les appartenances régionales et linguistiques ont été
      transcendées par une cause partagée.

    Omettre ces
    aspects, c’est tronquer l’histoire.

    L’histoire comme champ de
    bataille

    Au fond, Lugan ne propose pas une relecture
    historique, mais une accusation politique. Son récit vise moins à comprendre le
    passé qu’à nourrir un présent conflictuel. La guerre d’indépendance devient une
    matière première pour opposer Kabyles et Arabes, et par ricochet affaiblir
    l’idée d’une nation algérienne unie.

    Mais l’histoire n’appartient pas aux polémistes. Elle
    appartient aux chercheurs, aux témoins, aux archives. Elle est faite de
    nuances, de contradictions, de débats. Elle ne se découpe pas à l’emporte-pièce
    pour être servie à un lectorat en quête de drames simplifiés.

    Pour une histoire qui éclaire,
    pas qui divise

    Réduire l’Algérie à une querelle entre « Berbères » et
    « Arabes », c’est faire injure à la vérité historique et à la mémoire de la
    guerre d’indépendance. L’histoire de ce pays ne se résume pas à ses fractures,
    mais à la force d’un combat collectif. Ceux qui, comme Bernard Lugan, préfèrent
    l’accusation à l’analyse ne livrent pas de l’histoire : ils fabriquent un récit
    idéologique. Or l’Algérie n’est pas une construction fragile ; elle est le
    fruit d’une lutte partagée, et c’est dans cette pluralité assumée que réside sa
    véritable identité.

    L’Algérie n’a pas besoin qu’on la réduise à ses
    fractures. Elle a besoin qu’on reconnaisse la diversité de ses mémoires, la
    pluralité de ses langues et de ses trajectoires, et qu’on restitue la
    complexité de son chemin vers l’indépendance. La guerre de libération fut une
    œuvre collective, portée par des hommes et des femmes de toutes origines. Plutôt
    que de l’instrumentaliser, il est temps de la comprendre. C’est ce qu’on attend
    d’un historien honnête

    Conclusion

    Lugan n’écrit pas l’histoire, il la met en accusation.
    En réduisant le FLN à un appareil « arabo-islamiste » dominateur et les
    Berbères à des victimes flouées, il adopte une lecture manichéenne, déconnectée
    de la richesse du réel. L’historien se transforme en chroniqueur polémiste,
    livrant une version taillée sur mesure pour un public amateur de tragédies
    simplifiées et de clivages figés.

    L’histoire algérienne mérite mieux que ce récit à
    l’emporte-pièce. Elle appelle un travail patient de contextualisation, une
    confrontation des sources, une attention aux nuances. Loin des raccourcis
    identitaires, l’historiographie sérieuse rappelle que la guerre d’indépendance
    fut une œuvre collective, portée par des femmes et des hommes de toutes
    régions, de toutes sensibilités. Lugan, lui, préfère la polémique à la
    complexité. C’est son droit, mais ce n’est pas de l’histoire.

    Donc, l’Algérie est bien loin des pronostics de l’historien
    de commande, en effet, il faut bien que ce dernier doit besogner pour justifier
    les subsides et des feuilles de route anti-algériennes glissées dans la fente
    de la presse du Makhzen qui en raffole, dont la dignité à jamais mise en berne,
    pour avoir la possibilité de virées prépayées à la Mamounia de Marrakech !

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

     

  • Non, la colonisation de l’Algérie n’a pas « civilisé » : elle a détruit !

    Certains intellectuels français
    persistent à entretenir la fable d’une colonisation bienveillante,
    civilisatrice, presque nécessaire. Qu’il s’agisse des dithyrambes autour de la
    « conquête » de l’Algérie, ou des diatribes sur la supposée « névrose
    algérienne », un même mécanisme est à l’œuvre : blanchir l’histoire coloniale,
    inverser les responsabilités, et transformer les victimes en coupables.

    Je relève à mon tour que certains
    récits, comme ceux consacrés à l’ouvrage sur la conquête de l’Algérie, on
    croirait presque que la colonisation française aurait été une étape «nécessaire»,
    une aventure civilisatrice, voire un laboratoire social généreux. Une telle
    présentation est non seulement trompeuse, mais dangereuse : elle recycle les
    mythes coloniaux qui, depuis deux siècles, servent à maquiller une guerre de
    conquête en geste humanitaire.

    Des mots « appropriation », «
    cohabitation », « expérimentation sociale » sont des euphémismes indécents. La
    vérité est là : enfumades dans les grottes ((Les estimations oscillent entre
    700 et plus de 1 000 victimes humaines.), villages entiers rasés,
    terres volées, famines organisées, populations réduites à l’indigénat. Entre
    1830 et 1872, un tiers de la population algérienne a disparu. Est-ce cela,
    votre civilisation ?

    Ah, la rengaine est de retour. Chaque
    fois qu’on parle de colonisation, voilà qu’arrivent les défenseurs de «
    l’Algérie française », la larme à l’œil et le verbe docte, pour nous expliquer
    que, sans la France, les Algériens n’auraient jamais découvert ni la roue, ni la
    lumière, ni qui sait l’hygiène. On se demande encore comment ce peuple,
    supposément plongé dans l’obscurité totale, avait réussi à exister plusieurs
    millénaires avant 1830. Miracle ou magie noire, sans doute.

    Non, les
    infrastructures ne furent pas un cadeau

    Ils nous brandissent les routes, les
    ports, l’école comme preuves de modernisation. Mais ces routes servaient
    d’abord aux colonnes militaires ; ces ports exportaient le blé et le vin
    spoliés ; ces écoles formaient une élite docile, tout en maintenant la masse
    dans l’analphabétisme. La colonisation ne construisait pas pour les Algériens :
    elle construisait contre eux, pour enrichir la métropole et asseoir la
    domination.

    Oui, l’Algérie
    s’est forgée, mais dans la résistance

    Ah, celle-là, je
    l’adore. Donc avant les canons de Bugeaud, l’Algérie n’existait pas ? C’était
    un décor vide, avec des figurants qui attendaient sagement qu’un général
    français vienne leur donner un nom, un drapeau et un mode d’emploi ? Comme si
    les royaumes berbères, les dynasties musulmanes, la régence d’Alger étaient des
    hologrammes en attente d’une colonie. Sérieusement ? C’est comme dire qu’un
    incendiaire a « inventé » la maison qu’il vient de brûler.

    C’est Abd el-Kader, pas Bugeaud, qui a
    donné à ce pays son souffle politique. C’est la guerre de libération, pas le
    Code de l’indigénat, qui a forgé l’État moderne. L’Algérie est née du refus
    d’être soumise, pas du joug colonial. Voilà la vérité que vous cherchez à
    travestir.

    Cesser de se
    cacher derrière les échecs du FLN

    Enfin, à vous qui détournez le regard en
    pointant du doigt la corruption, la dictature ou la guerre civile
    post-indépendance : votre argument est fallacieux. Oui, l’Algérie indépendante
    a connu ses drames et ses trahisons. Mais ces échecs n’effacent pas les crimes
    coloniaux, pas plus que la misère actuelle d’un peuple ne justifie qu’il ait
    été autrefois asservi. Et n’oubliez pas : beaucoup des travers du pouvoir
    algérien sont l’héritage direct d’un État colonial militarisé et autoritaire.

    L’Algérie n’est
    pas une invention française

    On lit encore que « l’Algérie est une
    création française ». C’est une absurdité historique. L’Algérie existait bien
    avant 1830, dans sa profondeur humaine, culturelle et politique : royaumes
    berbères, dynasties musulmanes, régence ottomane. Ce que la France a inventé,
    ce n’est pas l’Algérie : c’est une colonie taillée pour servir ses intérêts
    militaires et économiques, construite sur la négation des peuples qui y
    vivaient.

    La mission
    civilisatrice : un alibi pour la spoliation

    L’idée que la colonisation aurait apporté
    l’école, les infrastructures, le progrès est un mensonge répété à l’envi. Les
    routes et les ports ? Ils servaient à déplacer les troupes et exporter les
    richesses vers la métropole.

    L’école ?

    Réservée aux colons et à une élite
    minoritaire, destinée à fabriquer des auxiliaires de l’administration
    coloniale. Pendant ce temps, la grande majorité des Algériens était maintenue
    dans l’analphabétisme et la misère.

    La « mission civilisatrice » fut un
    habillage idéologique. En réalité, la colonisation signifiait spoliation
    massive des terres, apartheid juridique du Code de l’indigénat, et dépossession
    culturelle systématique.

    L’Algérie s’est
    forgée contre, et non grâce à la colonisation

    Ce que la France a voulu étouffer, les
    résistances l’ont fait naître. Abd el-Kader incarne la première affirmation
    nationale, prolongée plus d’un siècle plus tard par la guerre de libération.
    C’est dans la lutte, pas dans l’assimilation forcée, que s’est forgée la
    conscience algérienne. L’Algérie moderne est fille de la résistance, pas de
    l’occupation.

     Mais enfin, regardez
    l’Algérie d’aujourd’hui !

    Certains, pour dédouaner la France,
    n’hésitent pas à pointer les dérives du régime algérien après 1962 :
    autoritarisme, corruption, guerre civile. Mais ce procédé est une diversion.
    Les erreurs des dirigeants algériens ne sauraient en rien justifier ou
    minimiser 132 ans d’apartheid colonial. D’autant que bien des travers de l’État
    algérien indépendant centralisation autoritaire, militarisation du pouvoir sont
    directement hérités de l’organisation coloniale.

    Argument préféré des nostalgiques.
    Traduction : puisque vous avez des problèmes politiques et économiques en
    2025, cela prouve qu’on aurait dû vous coloniser encore un siècle de plus
    .
    Génial. Avec ce raisonnement, on pourrait dire que puisque la France actuelle a
    ses crises sociales et ses scandales de corruption, elle aurait bien besoin de
    se faire recoloniser par qui ? L’Allemagne, pour parler enfin l’Allemand ou
    lieu du Français que l’Afrique presque entière vient de le refuser.

    La vérité ? Elle
    pique

    La colonisation n’a pas apporté la
    lumière, elle a imposé les ténèbres de l’apartheid. Elle n’a pas bâti une
    nation, elle a tenté d’en étouffer une. Elle n’a pas donné, elle a pris. Et
    ceux qui continuent de parler de « bienfaits » ressemblent à ces pickpockets
    qui, après vous avoir volé votre portefeuille, vous expliquent qu’ils vous ont
    « soulagé du poids ».

    Nostalgie
    coloniale : une maladie française

    À force, on se demande si ce n’est pas
    ça, la fameuse « névrose » : cette incapacité de certains Français à tourner la
    page de leur empire perdu, préférant se bercer de contes pour enfants plutôt
    que d’affronter la vérité. Eh bien non, désolé : l’Algérie n’était pas une page
    blanche. Et la France coloniale n’était pas une institutrice bienveillante,
    mais une armée d’occupation.

    Alors, amis nostalgiques, rangez vos
    violons. La civilisation ne sort pas du canon d’un fusil. L’histoire n’est pas
    un roman de cape et d’épée. Et votre empire, quoi que vous en disiez, n’a pas
    laissé des bienfaits mais des cicatrices.

    Assez de
    nostalgie coloniale

    Messieurs les nostalgiques, cessez de
    travestir l’histoire. La colonisation ne fut pas une mission civilisatrice : ce
    fut une spoliation, un apartheid et une guerre de destruction. Persister à la
    présenter comme un bienfait, c’est insulter la mémoire de millions de victimes
    et prolonger l’arrogance d’un empire disparu.

    La seule attitude digne aujourd’hui
    n’est pas la nostalgie, mais la lucidité. La France ne s’abaisse pas en
    reconnaissant ses crimes : elle s’honore. À continuer de se réfugier dans le
    mythe, elle ne fait que retarder le jour où les mémoires pourront, enfin, se
    réconcilier dans la vérité.

    La vérité est claire : la colonisation
    de l’Algérie fut une entreprise de domination violente, qui a détruit des vies,
    des structures sociales et des cultures entières pour enrichir la France et
    asseoir sa puissance. La présenter encore aujourd’hui comme une œuvre «
    civilisatrice » est une insulte à la mémoire des victimes et un obstacle à
    toute réconciliation sincère.

    Reconnaître cela ne signifie pas
    s’enfermer dans une « guerre mémorielle ». Cela signifie simplement dire la
    vérité. Car sans vérité, il ne peut y avoir ni paix des mémoires, ni avenir
    partagé.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
    comme ça
    . »

    https://kadertahri.blogspot.com/

     

     

     

     

     

  • La colonisation de l’Algérie : la France doit reconnaître sa dette et réparer

     

    Je refuse le
    silence.
    Je refuse l’oubli.
    Je refuse l’hypocrisie d’un discours officiel qui reconnaît du bout des lèvres,
    mais qui se garde bien d’assumer.

    Oui, je le
    dis sans détour : la colonisation fut un crime.
    Un crime contre des peuples qui n’avaient rien demandé. Un crime contre des
    cultures que l’on a méprisées, brisées, parfois effacées. Un crime contre des
    générations entières condamnées à l’humiliation et à la misère au nom de la
    “mission civilisatrice”.


    L’histoire qu’on cache, l’histoire qu’on maquille

    On m’a
    longtemps appris que la colonisation avait “apporté des routes, des écoles, des
    hôpitaux”. Comme si une poignée de routes pouvait effacer les massacres, comme
    si quelques dispensaires pouvaient laver le sang versé.
    On a maquillé la violence derrière des mots technocratiques : “pacification”,
    “progrès”, “évangélisation”. Mais derrière les mots, il y a des réalités :
    pillages, déportations, répressions, exécutions, travail forcé.

    L’histoire
    coloniale de la France n’est pas une parenthèse. C’est un chapitre central de
    modernité. Et tant qu’on le travestira, tant qu’on le minimisera, ils vivent dans
    le mensonge.


    Des excuses claires, pas des formules creuses

    On a entendu
    tout et son contraire :
    – “Ni excuses ni repentance.”
    – “Regard apaisé.”
    – “Devoir de mémoire.”

    Mais la
    vérité, c’est qu’aucune excuse claire n’a été prononcée. Or, comment parler de
    réconciliation sans reconnaissance pleine et entière ?
    Les descendants des victimes n’attendent pas des pirouettes diplomatiques. Ils
    attendent une parole forte : oui, la France coloniale a commis des crimes.
    Oui, nous demandons pardon.


    Réparer, c’est possible

    On me dira :
    “Réparer est impossible, on ne peut pas payer pour l’éternité.”
    C’est un argument de mauvaise foi.

    Réparer, ce
    n’est pas se ruiner. C’est poser des gestes justes et ciblés. Le Royaume-Uni
    l’a fait pour les survivants Mau Mau au Kenya. L’Allemagne l’a fait en Namibie
    pour les Herero et les Nama. La France a commencé à le faire en restituant des
    trésors spoliés au Bénin et au Sénégal.

    Alors
    pourquoi s’arrêter là ?
    Réparer, c’est :
    – Restituer les biens pillés ;
    – Ouvrir complètement les archives ;
    – Indemniser, quand cela est juridiquement possible, les survivants et leurs
    descendants ;
    – Ériger des mémoriaux dignes ;
    – Enseigner, enfin, cette histoire sans fard, dans toutes nos écoles.


    Une dette morale, une dette politique

    La
    colonisation n’est pas un simple héritage abstrait. Ses effets se prolongent :
    inégalités économiques, discriminations, blessures identitaires. Fermer les
    yeux sur cette dette, c’est accepter que les fractures d’hier se reproduisent
    aujourd’hui.

    Je ne
    réclame pas la culpabilisation des générations présentes. Je réclame la
    justice. Je réclame la vérité. Je réclame la dignité rendue à ceux qui l’ont
    perdue par la faute d’un empire aveuglé par sa domination.


    Je dénonce
    la colonisation.
    Je dénonce le déni.
    Je dénonce les discours qui relativisent ou qui renvoient dos à dos toutes les
    violences de l’histoire pour mieux éviter leurs propres responsabilités.

    La France
    doit des excuses. La France doit des réparations.
    C’est la seule voie possible si nous voulons un jour refermer cette plaie
    ouverte.

    Kader Tahri
    Chroniqueur engagé, observateur inquiet
    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
    ça. »

    https://kadertahri.blogspot.com/